01 février 2010

Bienvenue au Club et Le cercle fermé

J'ai découvert par le plus pur des hasards il y a quelques d'années, un auteur anglais, drôle qui n'aime pas Thatcher. En fan de l'Irlande, cela ne pouvait que m'attirer, quand on sait ce que la Dame de fer a fait subir à ce pays et aussi à la Grande-Bretagne.

Jonathan Coe décrit magistralement les années Thatcher dans, Testament à l'anglaise (voir la critique d'Ys) . Du coup, sous le charme,  j'ai dévoré tous les romans de cet aimable et acide Anglais... Notamment les deux romans qui complètent Testamment à l'Anglaise (et qui se situent en amont et en aval de ces années-là).

Bienvenue au club se déroule dans l'Angleterre des années 70. Le lecteur découvre cette Angleterre-là par les yeux d'une bande d'adolescents de Birmingham... :

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4e de couverture : "Trotter, Harding et Chase ont environ 15 ans et font leurs études à l'école de Birmingham. Nous sommes dans les années 1970, une période reculée où l'on n'avait pas encore de portables, où l'informatique ne régnait pas encore en maître et où les syndicats, depuis longtemps puissants, osaient parler haut et fort. C'était avant l'avènement de Mrs Thatcher. La vie de ces adolescents est riche en aventures, en espoirs et en déceptions. Ils lancent un journal, tombent amoureux, montent un orchestre de rock, se jalousent et se détestent, s'interrogent sur leurs aînés. Les parents ont d'autres préoccupations : la violence, le terrorisme de l'IRA, les grèves à l'usine de British Leyland où travaillent les pères, l'agitation sociale… Tout ce climat se reflète dans les existences des quatre jeunes héros. Un tableau à la fois comique et lucide de cette décennie de la vie de l'Angleterre, où, comme toujours chez Jonathan Coe, la satire sociale et politique est bien là, précise et affûtée.".

Les ados rêvent d'amour. Les syndicats sont prospères. Mais ne pas trop se fier aux apparences ! Chômage, tensions sociales, montées de l'extrême-droite, "troubles" en Irlande du Nord. C'est l'époque des attentats de l'IRA... Une des héroïnes voit son ami mourir et elle-même se retrouve à l'hôpital pour plusieurs années. Mais Coe n'accuse pas les Irlandais mais le parti Conservateur de Thatcher... Il assemble les pièces du puzzle pour le faire comprendre au lecteur. La vision naïve et rêveuse du monde adolescent est rattrapée par la réalité des adultes. Cette période-là est celle qui voit le pays basculer de l'Etat-providence au thatchérisme. Le roman s'achève l'élection de la Dame de fer. Chose impensable et pourtant...

Le 2e volume nous transporte dans l'Angleterre des années 1999-2003.

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4e de couverture : "L'Angleterre de Tony Blair entre dans le nouveau millénaire, et les héros de Bienvenue au club dans l'âge mûr. Vingt ans après, qu'ont-ils fait de leurs idéaux de jeunesse ? N'auraient-ils d'autre choix qu'entre compromissions et immobilisme ? Seul l'affreux Paul, leur cadet, un politicien opportuniste, semble s'adapter à ces temps nouveaux et aux nouveaux cercles du pouvoir. Mais si les utopies des années soixante-dix semblent maintenant lointaines, il suffit de bien peu pour faire resurgir les fantômes du passé... Jusqu'à ce que le cercle se referme. Tout en déroulant la chronique de l'histoire immédiate, du choc de la mondialisation à la guerre en Irak, Jonathan Coe fait le portrait d'une génération en proie à d'irréductibles contradictions. Impitoyable satiriste, il brosse un tableau ravageur de l'Angleterre de Tony Blair, qu'il dénonce avec la fureur vengeresse jadis réservée au thatchérisme. D'une lucidité aussi réjouissante qu'inconfortable, le diptyque composé de Bienvenue au club et du Cercle fermé se fait le miroir non seulement d'un pays, mais d'une époque tout entière, et constitue une fresque aussi ambitieuse et aussi aboutie que Testament à l'anglaise

Les ados sont devenus des quadragénaires, dont un très proche du pouvoir.
La deuxième partie se déroule dans l'Angleterre de Tony Blair, des neo-travaillistes, des attentats du 11-septembre, de la guerre en Irak... Là encore, l'écrivain a la plume acide mais drôle. Les énigmes restées en suspend dans la première partie sont résolues. Il dévoile notamment la raison d'une des mystérieuses disparitions... due à la haine anti-irlandaise qui s'est développée dans l'Angleterre de Thatcher, ou comment des Irlandais ont été assassinés simplement parce qu'ils étaient Irlandais... et les témoins de ces assassinats aussi.

Dans ce deuxième volume, le cynisme et le désenchantement des personnages donnent le ton. Leurs rêves de jeunesse détruits. Leur vie médiocre.

Bref une fresque magistrale de l'Angleterre de la fin du XXe siècle, sans concessions. Deux romans foisonnant qui vilipendent le Pouvoir et l'ultra-libéralisme triomphant au détriment de l'humain.

Une lecture, très aisée grâce, notamment à l'humour (noir) de l'écrivain, qui donne à méditer.