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4e de couverture : "Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'un petite ville de l'Oranais. Cette guerre qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
"Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie.
Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une friolosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'étais pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ,"
Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur la guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a jamais été publié auparavant".

 La guerre d'Algérie est encore un sujet tabou que toute une génération n'a pas étudié à l'école ou si peu. C'est en grande partie ce qui m'a poussée vers ce roman où le lecteur est parachuté à l'intérieur de ce pays dans une guerre qui ne dit pas son nom dans le camp des colons. Laure est une jeune enseignante en lettres, dont l'attitude de ses concitoyens français, issus du même milieu bourgeois qu'elle, vis-à-vis de ce qu'ils appellent les "indigènes", (quand ils sont bien lunés), va de plus en plus la choquer. Ses collègues vont la bouder peu à peu. Elle va finir par se brouiller avec sa meilleure amie, Elena, parce qu'elle ne lui fait plus confiance, dans cette société à l'atmosphère paranoïaque. Jamais elle n'aura la preuve de la responsabilité de son amie dans ce qui va se passer ensuite (et je ne peux pas le révéler  !), mais Laure se trouve embringuée contre son gré dans cette guerre à laquelle elle ne voulait pas participer. Elle n'aura pas à choisir elle-même un camp, on va lui en assigner un.

Voici un roman fort, qui, s'il ne m'a pas vraiment appris grand chose de nouveau sur cette page de l'histoire de France, m'a tout de même surpris par la perversité, la sournoiserie de tout un système savamment orchestré. Un monde à deux vitesses et à deux justices, l'officielle et puis l'autre, beaucoup plus expéditive.
El Djong, la petite ville où vit Laure est un apartheid non officiel, avec d'un côté une ville européenne et de l'autre une ville indigène, appelée,  également "ville nègre"... "Le "glacis", au nord de la ville, c'était une grande avenue plantée d'acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l'instar d'une rivière ou d'une orée de forêt."
L'héroïne, dont la famille a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, se rend compte que ses amis ne supportent rien de ce qui n'est pas comme eux : ni les juifs, ni les Espagnols et encore moins les Arabes... C'est un portrait féroce qui est fait ici de la bourgeoisie "pieds-noirs".

Un livre court (130 pages) mais percutant, écrit dans un style neutre, sans colère ni amertume mais néanmoins sans concession.
A lire !

Je remercie Babelio et les Editions Métailié de m'avoir permis de découvrir ce roman.