28 octobre 2012

Lucy

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4e de couverture : "Une gamine refuse de suivre ses parents à l'heure où la famille décide de s'exiler hors d'I'rlande. Elle disparaît, on la recherche en vain, tout le monde la croit morte... jusqu'au jour où elle s'en revient dans la maison vide, désertée par ses habitants d'hier. Lucy ne tarde pas à comprendre qu'elle a voulu, en quelque sorte, cette vie d'orpheline : qu'une force secrète en elle refuse ce que les autres appellent le bonheur... Dans  la lignée mélancolique d'En lisant Tourgeniev, un très grand Trevor."

Je confirme la dernière partie de la dernière phrase de la 4e de couverture : du très grand Trevor ! Par contre, je modère la thématique de refus du bonheur par Lucy . Ce n'est d'ailleurs pas le sujet essentiel du roman ou du moins pas que cela !

Lucy est une petite anglo-irlandaise, qui comme toutes les familles de la "Protestant Ascendancy" d'Irlande, vit dans une belle demeure. Seulement, dans les années 20, les choses sont compliquées en Irlande : la guerre d'indépendance fait rage, puis la guerre civile. Alors, autant dire qu'il ne fait pas bon du tout être anglo-irlandais ! Les parents de Lucy ne se sentant plus en sécurité alors que les belles demeures comme la leur sont incendiées, que le capitaine Gault, le père de Lucy a blessé à l'épaule une activiste nationaliste s'étant introduit sur son domaine, dans le but de faire la même chose que chez ses voisins, ils décident de quitter ce pays qu'il aime tant mais qui leur est si hostile. Mais Lucy, du haut de ses 8 ans en a décidé autrement : elle veut rester. Très attachée à la maison et à ce qui est aussi son pays au même titre que les Irlandais catholiques, elle se cache, ne mesurant pourtant pas toutes les conséquences de son acte. Lorsqu'elle revient dans la demeure de ses parents, ceux-ci sont partis, pensant qu'elle s'est suicidée ! Mais elle retrouve les fidèles domestique, Henry et Bridget, qui lui serviront de parents de substitution et veilleront tendrement sur elle, même adulte, jusqu'à ce que la vieillesse les emporte.

J'ai absolument adoré ce roman de la veine "Big house", que je mets sur le même pied d'estale que Coup du sort : William Trevor vous emporte dans un univers irlandais sans doute moins connu que celui de l'Irlande catholique et nationaliste. Le personnage de Lucy, femme au caractère bien trempé mais d'une extrême douceur est très attachant, même si on peut lui reprocher son inertie et son refus d'épouser celui qu'elle apprécie et inversement : une sorte d'auto-flagelation, de punition en raison de sa mauvaise conscience, qui lui fera rater sa vie sentimentale. Cependant, Lucy n'est pas malheureuse  car en dépit d'énormes sacrifices, elle a obtenu ce qu'elle voulait : rester en Irlande, rester sur sa terre et dans sa maison. Elle le fera jusqu'au bout, émouvante dans sa solitude et regrettant d'être, femme vieillissante désignée comme la "dame protestante", parce que dans l'Irlande d'aujourd'hui (le roman se termine à l'ère de l'Internet), "une Protestante, c'est une relique attardée, respectée pour ce quelle était, mais qui n'avait pas sa place".

Dans ce magnifique roman, William Trevor amène une réflexion sur l'extrêmisme, dépoussiérant l'Histoire de l'île d'émeraude, et amenant sur le devant de la scène une thématique que je ressens comme encore assez taboue : la chasse à l'anglo-irlandais, dans une Irlande nationaliste prise au piège de la violence. Cependant, il est également important de remettre les choses dans leur contexte : celui de la provocation de part et d'autre, ayant eu pour résultats des milliers de morts, dont bons nombre d'innocents, des deux côtés.

Grâce à William Trevor, je ne regarderai plus jamais les belles demeures irlandaises sauvées du massacre de la même manière !

Ce roman n'est, hélas ! plus édité ! On le trouve néanmoins dans toutes les bonnes bibliothèques ou en version originale. C'est tout à fait étonnant car il n'a qu'une dizaine d'années : les mystères de l'édition me laissent parfois perplexes...

 


14 octobre 2012

Le silence du jardin

 

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William Trevor n'a pas obtenu le Prix nobel de littérature mais ce n'en est pas moins un écrivain génial. Donc je lui consacre un billet - un de plus sur ce blog ! En effet, je n'en suis pas à ma première rencontre avec lui et plus j'explore et plus il me plaît et m'étonne !

Dans un manoir perdu sur une île dans le sud de l'Irlande au début du XXe siècle, vivent des anglo-irlandais. Ils s'entendent bien avec les Irlandais et adorent balancer des vannes sur les Anglais. Sarah Pollexfen, parente pauvre de la famille, est employée comme gouvernante pour s'occuper des trois enfants du clan Rolleston, orphelins de mère. Puis elle rentre chez elle, au presbytère près de Bandon, sinistre et froid. Pendant des années elle rêve des années idylliques qu'elle a passé à Carriglas (le nom du manoir) et n'a qu'une envie : y retourner. Ce qui se produira 25 ans après sa première arrivée. Entre temps, la Première Guerre mondiale est passée par là, les enfants ne sont plus des enfants mais sont devenus orphelins (père tué lors des combats). Le manoir part à vaux-l'eau.

C'est tout à fait volontairement que je n'en dis pas plus sur cette histoire qui m'a frappée par ses personnages hors normes et par la manière dont elle est traitée, avec justesse, humanité mais aussi sans concession.
Une bonne touche de suspense, quelques fantômes qui traînent dans les placards, du tragique mais aussi de l'humour, et ça vous en bouche un coin pour un moment !
En tout cas, je ne pouvais pas me douter, que ce roman qui trainaît dans ma PAL depuis plus d'un an, me mènerait sur le chemin que je prends actuellement - pour mon plus grand plaisir !
Si vous aimez les Big House, je vous conseille vivement de tester celles à la sauce trevorienne, ça vous changera et ça vous étonnera !

Ce roman est disponible en français, aux éditions Phébus.


 

 

 

 

 

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08 octobre 2012

William Trevor, prix Nobel de Littérature 2012 ?

 

Je dois avouer que j'ai frôlé l'arrêt cardiaque en lisant ces quelques lignes du Guardian hier  : l'Irlandais William Trevor en lice pour le Prix Nobel de Littérature !

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Les jeux ne sont pas faits, mais j'avoue que ce serait une incroyable coïncidence dans mon actualité personnelle...

Je me fais rare par ici en ce moment et c'est en partie à cause de lui ! 

A vrai dire, ce prix, le plus honorifique que l'on puisse recevoir en tant qu'écrivain (et Trevor est un immense écrivain), ne serait pas volé.
Suite au prochain épisode - même si quelque part je pense qu'il se fera voler la vedette par d'autres beaucoup plus connus mondialement etc...

 

 

 

 

 

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