20 juillet 2014

Par coeurs

Par-coeurs

 

Le jour de la rentrée, Mlle Levêque, prof de français, demande à ses élèves de seconde un sujet de rédaction pour le moins surprenant : " Quelle est votre vision de l'amour. Que représente l'amour idéal. Comment voyez-vous votre vie amoureuse plus tard." Imaginez un peu la tête des gamins ! Surtout que cette prof ressemble à un vieille fille, d'après une élève, qui, du coup,  révise rapidement son jugement. L'autre particularité c'est que les copies doivent être anonymes et que rendre le devoir n'est pas une obligation. Pourtant, la plupart des ados feront le devoir, évidemment puisqu'il s'agit-là d'un sujet qui les touche à coeur...

Le livre s'articule autour de onze "nouvelles" (pour reprendre le terme de la couverture) qui donnent la parole aux élèves de la classe. L'amour et ses conséquences y sont examinés sous toutes les coutures : première fois, sentiments, amour filial, physique, homosexuel, impossible, séparation, risque de grossesse... Chaque ado y va de son expérience : de celle qui n'a d'yeux que pour "le plus beau mec du lycée", (et qui du coup dit "thank you" au CPE pour son idée de constituer les classes par ordre alphabétique) à celle qui fait l'amère expérience d'un test de grossesse, en passant par celui qui pense que le mariage, c'est l'anti-amour  :
"Il n'y a rien de plus dur que d'être fils de parents mariés. Ouais, ouais, marrez-vous !  Mais qu'est-ce que vous croyez ? Au moins quand tes vieux sont divorcés, t'as deux piaules, deux vaisselles, deux façons de manger, deux emplois du temps, deux façons de vivre, deux environnements et tu ne t'ennuies jamais ! Et encore, je ne vous parle pas des cadeaux et des vacances multipliés par deux !  Alors que mes parents ! Ils sont mariés depuis seize ans et ils ont l'air de se faire tellement chier ensemble que tous les jours, je me pose la même sempiternelle question : Mais pourquoi ils ne se quittent pas ?!"
"A table !!!" dont est tirée l'extrait, est la nouvelle que j'ai préférée. Sa chute met une claque au gamin avec humour.  "Mademoiselle", qui ferme le recueil, permet au lecteur de comprendre le leitmotiv l'enseignante. Mais si c'est une surprise, cela met aussi à plat le mystère qui l'entourait au début du livre pour en faire un personnage complètement crétin. Dommage !

Pour le reste, j'ai apprécié ces récits dynamiques, bourrés d'humour mais aussi cyniques, qui restituent le parler inventif (et parfois agaçant) des ados, leur vision parfois "brut de décoffrage", leur naïveté et leur égocentrisme. Mais aussi leur fragilité. Une découverte sympa.


 

 

 


18 juillet 2014

Cher Dylan

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Georgie, 14 ans, est fan de Dylan Curtland, qui joue dans une série TV. Elle décide de lui envoyer un email. Et lorsqu'il lui répond, c'est le début d'un échange qui ne prendra pas du tout le chemin qu'on s'imaginait. Parce que Georgie, loin d'être stupide, s'aperçoit assez rapidement que Dylan a des réponses un peu trop standards et impersonnelles. Jusqu'au jour où... elle aura une surprise de taille, et le lecteur aussi !

Georgie a une histoire familiale douloureuse : son père s'est tué en moto, elle vit avec sa mère, un zeste alcoolique et surtout complètement soumise à son nouveau compagnon, un homme brutal et grossier. Georgie le surnomme "Sourdingue""Quand il se met en rage, il devient violet et les veines lui sortent du front. Il a l'air d'un crapaud." Georgie a la lourde responsabilité de s'occuper de sa demi-soeur de 4 ans qu'elle adore. Quand elle ne s'occupe pas de la petite, elle s'occupe de sa copine égocentrique qui lui pourrit aussi la vie, avec son obsession "fashion victime", genre "look saut du lit à Paris" . Heureusement, elle a une passion, le théâtre et l'échange avec la personne au bout d'Internet sera pour elle un exutoire à son existence compliquée mais aussi une belle histoire d'amitié. Et l'aboutissement de son rêve.

A priori, au regard de la couverture rose et du titre, je n'aurais sans doute jamais ouvert ce roman, qui au premier abord, fait un peu trop "Chick Litt" pour moi, genre qui ne m'attire pas. Mais heureusement, parfois, il y a aussi des indices qui vous poussent à aller au-delà des apparences.

J'avoue : j'ai passé un excellent moment ! Ce roman est incroyable. Malgré l'histoire dramatique de cette gamine dont la famille part en vrille, on rit beaucoup ! Parce que Georgie est une ado à la fois naïve et intelligente, à l'imagination sans bornes pour inventer des mots qui décrivent ses pensées et son quotidien. Quand elle aime vraiment, vraiment quelque chose, c'est "sorbet fraise". C'est la couleur du livre de l'édition française et celle de sa rencontre avec la mystérieuse personne de son échange email. C'est un récit qui vous mène aussi pas loin des larmes mais qui reste toujours optimiste : "la vie ressemble à un livre : les mauvais chapitres ne durent pas éternellement". Le leitmotiv de Siobhan Curham est d'ailleurs de toujours croire en ses rêves, de ne jamais les lâcher même si la vie vous malmène.
Un livre 2.0 qui plaira aux ados mais aussi aux adultes ! Un roman frais malgré une thématique grave, qui renouvelle le genre de la Chick Litt de manière intelligente. Merveilleusement écrit et traduit (par Marie Hermet).

J'ai écrit ce billet juste avec mes notes, sans "Dylan", déjà parti, le temps d'un été, dans les bras de quelqu'un d'autre.


 

16 juillet 2014

Les âmes égarées

 

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Depuis Muse, nous n'avions pas de news de Joseph O'Connor, en France. Et puis, le revoici, avec, cette fois, non pas un roman, mais un recueil de nouvelles (le deuxième après Les Bons Chrétiens publié en 2010), dédié à Dermot Bogler, qui n'est pas tout à fait étranger à ce volume. Les textes ont été publiés sur divers supports, remaniés, puis enfin réunis dans ce livre, sous le titre original de Where have you been ?. Il faut lire la page des remerciements, située à la fin du recueil, avant de commencer à le lire : on y apprend notamment que "Deux petits nuages" est un écho à "Un petit nuage", nouvelle de James Joyce. On apprend aussi que Joseph O'Connor s'est amusé avec les textes antérieurs et même les chansons irlandaises qu'il fait chanter à ses personnages. Il en fait revenir certains, qui étaient dans Les Bons Chrétiens ou reprend des phrases de Muse... Il s'est aussi inspiré de la réalité, comme l'ont fait ses prédécesseurs...

La majorité des nouvelles du recueil se déroulent dans l'Irlande de la crise économique, à Dublin et dans sa région. Parfois aussi avant : "The Wexford Girl", se situe en 1975 ; "Le Feu de la jeunesse" et "Orchad Steet, à l'aube" nous propulsent respectivement  à Londres en 1988, lors d'un match de foot historique entre l'Irlande et l'Angleterre et à à New York en 1869.

Toutes ces nouvelles néanmoins mettent en scène des hommes et des femmes tourmentés, en proie à une souffrance qui conduit parfois à la mort. La crise économique contemporaine y est pour quelque chose, évidemment, mais les crises antérieures qu'a connu l'Irlande aussi. Celle qui a vu s'expatrier les Irlandais vers les Etats-Unis et New York en particulier, très bien évoquée dans le poignant "Orchard Street, à l'aube", qui donne des frissons jusqu'à la chair de poule. Cette nouvelle est inspirée de la vie d'une famille ayant réellement existé. Dans la novella "Un garçon bien-aimé", Cian Hanahoe, qui dirige "le département des prêts immobiliers auprès d'une banque d'investissement irlandaise", démissionne après avoir passé cinq semaines en hôpital psychiatrique pour ce que son médecin excentrique nomme "un épisode".

Tout cela n'a pas l'air très joyeux. Effectivement, ça ne l'est pas toujours, mais cependant O'Connor ne se morfond pas non plus dans le pathos à se pendre. Son recueil recèle également une bonne dose d'humour ! C'est même ce qui ouvre le recueil. Dans "The Wexford Girl", le narrateur, qui s'appelle Patrick (comme son père, son grand-père, son arrière grand-père et son arrière arrière grand-père), explique le "craic" préféré de son paternel :
"Mon père disait que la mer ça fait du bien aux gens. Il disait que plus on se rapproche de la mer, plus on est sain d'esprit. D'après lui, c'est pour ça que les gens de Dublin sont vraiment des gens bien, dans l'ensemble. Et c'est pour ça aussi qu'ils sont tous dingues à l'intérieur des terres. Ils sont trop loin de la mer. C'est pas bon pour le cerveau."
Et son père mourra de rire (du moins c'est ce qui se dit) et dans sa vie, il rêvait d'être comique. Sachez qu'en Afrique, "tu sues tellement que tu te ramènes chez toi dans une bouteille".

Les pères ou du moins les hommes, sont la mémoire de la métamorphose de l'Irlande dans ce recueil. Patrick raconte la construction de la jetée de Dun Laoghaire : son arrière arrière grand-père a participé à la construction alors qu'il venait habiter dans le coin en 1848, depuis les Liberties, le quartier miséreux de Dublin. Il y a laissé sa sueur, avec tous les hommes venus extraire la roche des carrières de Dalkey. Et c'est en 1852, l'année de la construction du phare de Dun Laoghaire qu'il épousa l'arrière arrière grand-mère du narrateur. Le père du narrateur rencontra sa mère au pied du phare un jour de 1962. Plus tard, l'explosion immobilière et les bobos sont passés par là... La petite ville de la banlieue de Dublin occupe d'ailleurs une place importante dans le recueil. C'est la ville d'enfance du personnage de "Un figurant sur la photo", qui habite le Dublin de 2010; c'est là que cette même année, dans "Un garçon bien-aimé", Cian Hanahoe donne rendez-vous à sa nouvelle amie, "à l'ancien hôtel Elphin de Dun Laoghaire, transformé en pub gastronomique, avec terrasse chauffée", une manière de prendre un nouveau départ.

Enfin, passé et présent se rejoignent aussi parce que les nouvelles sont pétries de références littéraires, hantées par Beckett, Joyce, Patrick Kavanagh, Synge, Sean O'Casey et j'en oublie sûrement !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, parce que Joseph O'Connor, monument national de la littérature irlandaise, est un écrivain complexe. Je me suis régalée à cette lecture.

Je déplore juste une édition française pétrie de coquilles, à tel point que je me demande si l'éditeur ne m'a pas envoyé une version non corrigée. J'en ai trouvé quatre... ça commence à faire beaucoup !

Je remercie néanmoins Babelio et Phebus pour l'envoi de l'ouvrage.



 

 

 

 

 

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13 juillet 2014

Les anges aquatiques

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A la fin de La Cinquième Saison, je me posais la question de savoir s'il y aurait une suite aux aventures de l'inspectrice Malin Fors. Alors, qu'elle ne fut pas ma joie quand, aux hasards des pérégrinations Internet, je suis tombée sur ce sixième volume, paru il y a peu. Un bon gros pavé de presque
500 pages, qui prend bien de la place sur les étagères...

Le problème récurrent avec une publication tous les un an et demi, c'est qu'on ne sait plus exactement où on a laissé les personnages. Et avec Malin, "l'enquêtrice le plus brillante de toute la police de Linköping [qui] possède un don rare de foutre en l'air sa vie privée et s'attirer des ennuis", il y a presque de quoi être inquiet : aurait-elle fait des siennes même entre deux volumes ? Bon, heureusement, pour les mémoires de linotte, la situation personnelle des personnages est brièvement récapitulé dans chaque volume. Ce qui n'empêche pas qu'il faut absolument lire les livres dans l'ordre parce que, justement, la vie des personnages occupent une dimension primordiale chez Mons Kallentoft. Elle influe sur la manière dont ils mènent une enquête dans l'équipe de police, sur la manière dont ils ressentent les choses, surtout pour Malin, femme ultra-sensible, dotée d'une sorte de sixième sens.

Patrick et Cecilia Andergren sont retrouvés sauvagement assassinés dans le jacuzzi de leur luxueuse villa du quartier de Hjulsbro à Linköping. Leur fille, Ella, cinq ans, reste introuvable. En fouillant la maison, l'équipe de Malin découvre le portrait de la gamine : type asiatique. En creusant davantage, Malin apprend qu'Ella est a été adoptée et qu'elle est d'origine vietnamienne.... tout comme Tess, la fille de Karin, de la police scientifique. Et hop, cette affaire d'enfants adoptées va embarquer Malin dans une nouvelle enquête qui la tient à coeur, d'autant que blessée lors de la précédente aventure, elle ne pourra plus avoir d'enfants. Ce qui n'est pas franchement du goût de Peter, son dernier compagnon. Alors pour faire face à l'horreur, à l'inadmissible et aux blessures personnelles, la tequila est aussi de retour dans la vie de Malin.

Autant vous dire qu'il ne se passe finalement pas grand chose dans ce polar dimension roman noir, ou plutôt que si vous cherchez un thriller, passer votre chemin. L'enquête prend son temps, piétine à souhait et pourtant, on ne lâche pas ce bon gros pavé très bien documenté sur la société suédoise contemporaine (pas étonnant, Mons Kallentoft est aussi journaliste !). La disparition de la gamine adoptée est l'occasion d'évoquer le scandale du trafic d'enfants entre le Viêtnam et la Suède, jusqu'à ce que le pot aux roses soit découvert : celui des enfants volés à leur famille, un enfant contre un cochon... La Suède a rompu ses accords en matière d'adoption avec le Vietnam, mais pas le Danemark. L'occasion pour Malin de décharger sa haine des Danois, un pays de  racistes par excellence selon elle, puisqu'il a fermé ses frontières. Pour elle, Copenhague est "une ville de brique et d'immondices. De gaz d'échappement, de fumée de cigarette et de couenne de porc". Et si Mons Kallentoft évoque par la voix de son héroïne, de manière récurrente, le cochon, le porc, ce n'est pas un hasard.

Malin est toujours aussi peu lisse (et donc d'autant plus crédible), mais les autres aussi, notamment Karin, que l'on découvre sous un autre jour. Personnage pétri de contradictions, et jusqu'à beaucoup de violence dans ce volume, on se dit que parfois elle exagère vraiment trop, qu'il faut qu'elle se calme sérieusement. A tel point qu'on se demande si ce ne sera pas là, vraiment, sa dernière enquête - mais il y a des scènes pas piquées des hannetons, qui valent le détour !

J'allais oublier que les morts parlent toujours mais on se demande pourquoi parce qu'ils ne donnent pas vraiment d'indices supplémentaires au lecteur, contrairement aux autres volumes, où la touche fantastique était franchement assumée et apportait une touche d'originalité. L'auteur devrait laisser tomber l'idée des morts qui parlent si ce n'est pas rien en faire, parce que l'idée qu'il y a derrière agace un peu. 

Reste une bonne analyse du désespoir humain jusqu'à l'aveuglement. De l'agence d'adoption à l'agence du crime organisé au nom du fric.

Un volume plus réussi que La Cinquième Saison : je me suis régalée malgré mes quelques réserves.


 NB : Pour info, un bug empêche depuis plusieurs jours de laisser des commentaires sur les blogs de la plate-forme...
Et je dirai même que là mon billet a carrément disparu : ça devient vraiment pénible !!

 

 

 

05 juillet 2014

On Canaan's Side

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Lilly est une vieille femme de 89 ans. Elle vient de perdre Bill, son petit-fils et pense mettre fin à ses jours. Mais avant cela, elle a décidé de vous raconter sa vie... Lilly vit à Washington mais elle est irlandaise. Elle a dû fuir son pays dans les années 20 parce qu'elle s'est amourachée de Tadg, le compagnon de tranchée de son frère Willie. Celui-ci, contrairement à Willie, est revenu vivant du bourbier picard de la Première Guerre mondiale. Comme il a besoin de travailler, il s'engage par hasard, sans trop savoir pourquoi, dans la milice des Black and Tans. Seulement voilà, l'IRA ne fait pas de cadeaux à ceux qu'ils considèrent comme des traitres. Lilly et Tadg s'embarquent donc pour New York pour échapper à leurs tueurs. Seulement, l'IRA a des ramifications aussi de l'autre côté de l'Atlantique. Et c'est le début d'une vie mouvementée et riche d'expériences pour Lilly, qui encaissera bien des tragédies ...

Tout d'abord, il faut signaler que On Canaan's Side (disponible en français chez Folio sous le titre Du côté de Canaan) est la suite du magnifique roman Un long long chemin. Il n'est pas forcément nécessaire de le lire mais ça aide à comprendre les allusions au début du roman et à comprendre qui est le père de Lilly, ainsi que l'époque compliquée dans laquelle ils vivent. C'est en fait le troisième roman que Sebastian Barry consacre à la famille Dunne, le premier étant Annie Dunne.

L'épopée de Lilly aux Etats-Unis est vraiment prenante. Sebastian Barry mène avec brio deux plumes ici : celle de la poésie et celle du thriller.
Ayant lu le livre en VO, ce qui m'a frappée, c'est que ce roman est peuplé d'oiseaux (je ne suis déjà pas très fortiche en ornithologie avec des noms de piafs en français, alors autant vous dire que je me suis heurtée à un problème de vocabulaire sérieux dans les noms anglais!). Il y a les oiseaux de la nature irlandaise et les oiseaux humains qui sifflent dans leur salle de bain, s'envolent, disparaissant du jour au lendemain. En particulier, les hommes qui entreront dans la vie de Lilly. Des oiseaux partout chez eux, ici ou ailleurs. Aux Etats-Unis, ou en Irlande ou en Italie, ou en Afrique. Une image du peuple américain intéressante...
Lilly, quant à elle, organise ses souvenirs un peu comme dans un feuilleton TV (elle dit d'ailleurs que ses souvenirs sont comme une sorte de télévision). Le lecteur est pris dans l'enchaînement de sa vie et de ses rebondissements successifs au rythme de l'Histoire. Un récit riche en surprises, où rien n'est fortuit et ce, jusqu'à la dernière page. Un conseil : prêtez une attention particulière à la description de Joe, le deuxième homme de la vie de Lilly, après Tadg... Sebastian Barry insuffle dans son héroïne tout le talent d'une conteuse de veillée irlandaise ! D'ailleurs, elle adore les histoires : "I like stories that other people will tell you, straight from the mouth - or the gob as we used to say in Ireland. Easy-going tales, off the cuff, humourous. Not heavy-hearted tales of history."

On se prend d'empathie pour cette femme au coeur qui se brise comme une poupée de porcelaine. Une vieille femme de 89 ans au bord du vide mais à la vie bien remplie et qui ne se plaint pas. Malgré les malheurs qui l'ont frappée, elle ne s'est pas départie de son sens de l'humour. Elle résume sa rencontre avec l'homme de sa vie ainsi  : "It was my secret self meeting his secret self. They shock hands. They went at it."  

Sebastian Barry rend ici encore un roman émouvant, très riche et prenant. Je n'ai qu'un mot : somptueux !

Je ne regrette pas de l'avoir traîné dans mon sac à dos depuis Dublin et je me dis que j'aurais dû le lire depuis longtemps...