28 septembre 2014

Debout-payé

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4e de couverture : "Debout-payé est le roman d'Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990.
C'est un chant en l'honneur d'une famille où, de père en fils, on devient vigile à Paris, mais aussi en l'honneur de la communauté africaine avec ses travers, ses souffrances et ses différences.
C'est l'histoire politique d'un immigré et du regard qu'il porte sur notre pays, à travers l'évolution du métier de vigile depuis la Françafrique triomphante jusqu'à l'après 11-septembre.
C'est enfin le recueil, sous forme d'interlude, des choses vues et entendues par l'auteur lorsqu'il travaillait comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Elysées.
Une satire à la fibre sociale et au regard aigu sur les dérives du monde marchand contemporain, saisies dans ce qu'elles ont de plus anodin - et de plus universel."

Sortie d'abord discrète début septembre (aucun media professionnel n'en a parlé, dans tout le tintoin de la rentrée littéraire), ce bouquin a connu un succès fulgurant au point d'être en rupture de stock un peu plus d'une semaine après sa sortie. C'est suite à une interview de l'auteur sur France Inter et quelques éloges sur Facebook que j'ai décidé de le lire. Pourtant j'ai cru que je n'y arriverais pas : j'ai écumé 3 librairies, une grande surface (ok, on peut rêver!) et râtissé le web : c'était : "niet, y'a plus" ou alors des petits malins qui essayaient de se faire du fric sur le dos des lecteurs. Je dois mon salut à un libraire de Rennes mais si j'avais patienté une semaine de plus, j'aurais pu le trouver à peu près partout. Parce que maintenant toute la presse en parle  et il a fait l'objet d'un nouveau tirage. Il a été dit tellement tout que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir ajouter, surtout que la quatrième de couverture dit l'essentiel...

Je vais dire que c'est caustique, poil à gratter à souhait, truculent. On lit ce livre avec des sourires et des rires francs. La société de consommation et la communauté ivoirienne de Paris sont décortiquées par le regard acide d'un vigile qui n'a pas les yeux dans sa poche ni les oreilles d'un sourd. L'écriture est vive et inventive, parsemée de parler ivoirien ("Moi je n'achète pas les jeans wôrô-wôrô qui vont se gâter vite là!") . On se délecte des observations décapantes d'Ossiri. Elle sont entrecoupées par le récit de l'immigration africaine en France des années 60 à l'après-11 septembre : on assite à la création du statut de "sans-papiers" due à la création de la carte de séjour par un certain Poniatowski ; au petit "trafic" entre Ivoiriens pour le métier de vigile en France jusqu'à son éradication due indirectement à la tragédie du 11-Septembre et à la montée de la paranoïa; on revit même la très médiatique occupation de l'église Saint-Bernard représentée par ce qui sera l'icône du sans-papier : un Sénégalais, un certain Mamadou qui "s'appelait Diop en réalité mais un négro, ça s'appelle Mamadou, c'est plus simple et plus facile à prononcer. Il avait une bonne tête le Mamadou, et il parlait français sans un trop fort accent et beaucoup mieux que la plupart des analphabètes avec lesquels il s'était fourré dans la chapelle". "Depuis lors, à chaque nouvelle expulsion médiatisée, tout le monde rêvait d'être The Mamadou : syndrome MSB, Syndrome Mamadou de Saint Bernard", parce que l'histoire de Mamadou se "conte-de-fée-isa" : il obtint des papiers comme par magie et "gagna des millions de francs bien français dans une étrange histoire de plagiat de nom de domaine avec Vivendi Universal".
Une petite pensée pour les habitants d'une certaine ville pas si loin de chez moi et je sais maintenant qu'on n'a pas idée d'avoir les yeux verts parce que certains monstres des contes africains ont les yeux verts !

Un livre qui sort de l'ordinaire en pleine rentrée littéraire.
La seule chose qui m'a déplue c'est la jaquette (oui, je sais, je suis pénible !) mais j'ai apprécié toute l'originalité de la couverture couverte de texte et le verso de la jaquette,

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ainsi que "l'achevé d'imprimé" :


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:-)
(Ed. Le Nouvel Attila)

 






 


23 septembre 2014

L'amour et les forêts

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Bénédicte Ombredanne est agrégée de lettres et enseigne dans un lycée. Parce qu'elle n'est pas retenue pour être membre du jury d'un prix littéraire, elle décide d'écrire à Eric Reinhardt pour lui dire que si elle avait été retenue, elle aurait défendu son dernier roman qu'elle a adoré. Eric Reinhardt lui répond et s'ensuit, non sans hésitation et réflexion de la part de l'écrivain (les écrivains ayant "la réputation d'être des croqueurs de lectrices"), une correspondance email suivie de deux rencontres. L'écrivain est rapidement intrigué par cette jeune femme, habillée avec recherche, à la manière d'une dandy toute droit sortie du XIXe siècle (veste en pane de velours, bottines lacées, bague ancienne...). Il se confie sur son travail d'écrivain (l'angoisse d'écrire un prochain roman plus mauvais que celui qui l'a rendu célèbre) et cette confidence (un zeste manipulatrice, mais pas totalement) incite à son tour Bénédicte à la confidence : elle avoue être victime de harcèlement conjugal. L'écrivain, indigné, se prend d'amitié pour cette femme. De son côté, Bénédicte tente de changer sa vie : sur un coup de tête et de colère, elle s'inscrit sur Meetic.

C'est le premier roman que je lis d'Eric Reinhardt. J'avoue que j'ai été bluffée par la qualité de son écriture et les divers niveaux narratifs que contient ce roman. L'écrivain est d'abord narrateur puis s'efface pour laisser la plume à Bénédicte qui raconte son calvaire. On change souvent de registre de langue. On passe d'une écriture très soignée, aux longues phrases proustiennes, à un style très cru qui vous met des coups de poing dans les yeux, une écriture 2.0 qui vous plonge dans la jungle plutôt mal-famée de Meetic comme qui vous y étiez vous-même en direct (mais en même temps, c'était comique). On a l'impression de vraiment se faire harceler et insulter par le mari de Bénédicte. Enfin, la dernière partie du roman se fait presque polar : l'écrivain revient sur scène pour enquêter sur le passé de Bénédicte.

Autant le dire tout de suite : malgré tout le malheur de Bénédicte, j'ai eu du mal à avoir totalement de l'empathie pour elle. Pas que je ne trouve pas que ce qu'elle vit est insupportable (ça l'est vraiment totalement !), mais j'ai eu envie de la secouer à longueur de pages, de lui dire : "Mais purée, barre-toi ! Ne reste pas avec ce cinglé. Pour moins que ça d'autres l'ont fait ! En plus tu es agrégée, tu as les moyens financiers de te barrer !" Bref, Bénédicte est un personnage très agaçant parce qu'elle ne va pas au bout de ce qu'elle décide. Elle fait les choses sous le coup de la colère, de sursauts, puis n'assume pas et retourne dans ses pénates.
Voilà un exemple presque "soft" de la manière dont lui parle son mari : "Regarde-moi dans les yeux au lieu d'interroger la moquette, on dirait une demeurée. Ce n'est pas en adoptant cette attitude de contrition que tu vas t'en sortir, hypocrite, salope." Et quand je dis que ça c'est "soft", ça l'est vraiment. C'est quand il est "gentil" qu'il lui parle ainsi. Je ne parle même pas du reste qui va au-delà de ce qu'on peut imaginer. Ce type est un pervers narcissique et sa femme tombe dans les pièges qu'il lui tend (il pleure, il supplie, il promet) à tous les coups (sans jeux de mots!). Pourtant cette femme n'est pas une demeurée et elle le sait.  Elle entreprend des choses (la rencontre sur Meetic d'un homme bien qui la rend plus heureuse en une demi-journée que son mari en x années de mariage) mais elle rêve sa vie plutôt que de passer à l'action. Elle s'imagine un avenir : "Elle arrêterait l'enseignement : elle sortirait de cette prison-là (...). Elle en avait assez, en somme, de se dévouer quasi exclusivement, dans l'ordre, à son mari, à ses enfants, et aux enfants des autres, sans aucun retour constructif. Elle suivrait une formation pour travailler dans l'édition : après tout, elle était agrégée de lettres, ce n'était pas rien, sans doute pourrait-elle devenir correctrice, ou bien lectrice, ou bien encore, un jour, qui sait, une éditrice appréciée par ses auteurs, pourquoi pas ?"

Déjà le lecteur a son compte d'émotion devant cette histoire. Mais il n'est pas au bout de ses surprises. On imagine totalement que Bénédicte va finir assassinée par son époux. Eh bien non ! Et là attention je suis obligée de raconter la fin alors SPOILERS :
Bénédicte meurt d'un deuxième cancer (parce qu'elle en a eu un premier !). Mais avant de mourir, elle est encore accablée par son mari (et dénigrée par ses enfants). Bénédicte, mourante, souhaite qu'on la laisse seule et surtout que son mari ne dorme pas au bout de son lit d'hôpital. Evidemment c'est ce qu'il fait ! Et finit par lui faire comprendre qu'elle ne crève pas assez vite !!  A peine morte, sa fille dégage toutes les affaires de sa mère de la maison.
Alors là, pour tout ça j'ai dit : STOP. C'est "too much" ! J'ai trouvé que ça perdait en crédibilité par excès de malheurs. J'ai peut-être tort mais c'est mon ressenti. Limite il y a de quoi se pendre à la fin !

C'est d'autant dommage que l'idée du rebondissement qui fait de l'écrivain un enquêteur "familial" après la mort de Bénédicte est originale. L'idée de la jumelle de Bénédicte surprenante. Le contenu des révélations de la jumelle peut-être un peu moins, en fin de compte (j'avais en partie deviné).

En tout état de cause, malgré la dernière partie du livre qui m'a déçue par excès de malheurs, ce roman est vraiment un bouquin marquant et bluffant qui reste dans la mémoire même quinze jours après l'avoir refermé.

Ce roman a été écrit sur la base de témoignage de lectrices qui ont écrit à Eric Reinhardt pour témoigner de leur calvaire. L'une d'entre elles lui a même demandé d'écrire sa vie. Témoignage pour celles qui souffrent en silence. Comme je l'ai pensé dès le début : il ne faut sans doute pas aller très bien pour confier sa vie à ce point à un écrivain.

Eric Reinhardt brosse le portrait d'une femme en souffrance mais non sans quelques piques bien senties. Ce livre est en sélection pour le Prix Goncourt 2014, ça ne m'étonnerait pas tout à fait qu'il le remporte. Wait and see.

17 septembre 2014

La porteuse de mots

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Pernelle, 13 ans, est porteuse d'eau dans le Paris de 1499. Son frère, Séraphin, est déchireur de nefs (comprenez qu'il travaille dans une sorte de casse à bateaux dont on récupère les pièces). Pernelle est illettrée, comme tous les enfants du peuple à cette époque. Elle rencontre Enzo, un jeune étudiant italien qui accepte de lui apprendre à lire. Mais si la motivation de Pernelle est sans faille, la vie ne lui fait cependant pas de cadeau : son père meurt des suites de maladie, sa mère est accusée de sorcellerie : une voisine dit qu'elle possède un oeuf de coq et comme chacun le sait (n'est-ce pas ?), ce genre d'oeuf donne naissance à un basilic ! De plus, la pauvre femme a un fils aux yeux vairons, preuve aussi de son origine démoniaque.
Tant bien que mal, Pernelle, tout en cherchant à tirer sa mère de ce mauvais pas grâce à l'aide de Maître Chassanée, apprend à lire. Enzo lui fait rencontrer Erasme, elle devient la protégée du plus illustre éditeur de Paris, Antoine Vérard, qui la charge d'aller à Venise vendre ses livres. C'est le début d'une folle aventure, dans l'atelier de l'érudit imprimeur Aldo Manuzio.

Je dois dire que l'histoire du livre (et par conséquent de l'imprimerie), c'est un de mes dadas. Alors quand on m'a proposé ce roman jeunesse et que j'y ai vu une allusion à l'essor de l'imprimerie, j'ai sauté sur l'occasion !

Anne Pouget plonge le lecteur à l'époque charnière entre la fin du Moyen Age et celui de la Renaissance, celui de la naissance de l'humanisme qui met l'homme au centre du monde et des pensées. L'invention de l'imprimerie par Gutenberg au milieu du XVe siècle contribue à la diffusion du savoir à travers toute l'Europe alors qu'auparavant, les livres étaient recopiés manuellement par des scribes, ce qui prenaient beaucoup de temps. Avec l'invention révolutionnaire de l'imprimerie, les livres et donc les idées, se diffusent rapidement.

En ouvrant ce roman, au regard du titre, je m'attendais à être plongée assez rapidement dans l'univers des imprimeurs, qui à l'époque étaient des érudits. Mais il m'a fallu atteindre la troisième partie du livre (soit lire 135 pages sur 197) pour enfin y arriver. Auparavant, Anne Pouget nous brosse un tableau haut en couleurs du Paris de la fin du Moyen Age, avec ses superstitions qui donnent lieu à des moments cocasses. On apprend qu'à l'époque, on juge les animaux comme les humains et qu'un oeuf, soi-disant de coq, même non éclos, est capable de terroriser une cour de justice toute entière ! L'écrivain évoque également la vie très difficile du peuple de Paris, la maladie qui emporte facilement les gens, le travail des enfants, les constructions pas forcément très solides donnant lieu à des drames. Ce Paris-là contraste avec le faste de Venise la Sérénissime, pôle international de l'élégance et du savoir et donc de l'imprimerie.
C'est avec bonheur que nous rencontrons le fameux érudit italien Aldo Manuzio, considéré comme un génie au même titre que Gutenberg : il souhaitait rendre le savoir accessible au plus grand nombre et avait, à ce titre, le cerveau en pérpétuelle ébullition. Il a inventé le caractère italique qui permit de rendre les textes plus lisibles et de gagner de la place sur la page : le caractère gothique, lourd et difficilement déchiffrable, prédominait jusque-là. Il remit la ponctuation à l'ordre du jour et créa le point-virgule et, enfin, il inventa le livre facilement transportable partout, jusqu'au "petit coin" grâce au format in octavo : le livre de poche, ou il tascabile, comme on l'appela à l'époque. Une réduction du coût de production par là même occasion.

Un roman jeunesse très complet et très documenté sur l'époque, avec de nombreux appels de note et un dossier à la fin de l'ouvrage. Un livre qui comporte parfois un vocabulaire érudit qui pourra peut-être rebuter certains jeunes lecteurs de 12 ans non aguerris. On croise une foule de personnages historiques (Erasme, Barthélémy de Chassanée, Antoine Vérard et, évidemment, Aldo Manuzio au caractère impossible) qui piqueront peut-être la curiosité des jeunes lecteurs par leur implication dans l'histoire de Pernelle et les inciteront à en savoir plus.

Un bon roman, très complet sur l'ambiance d'une époque. Je me suis néanmoins interrogée pendant un long moment sur le rapport entre le titre et le contenu. On le comprend à la fin du roman. C'est un peu dommage, d'autant qu'il n'évoque pas tout à fait l'ensemble du livre.

Je remercie les éditions Casterman pour l'envoi du livre.



 

 

 

14 septembre 2014

Festival America 2014

 

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Ce week-end s'achève le septième Festival America qui se déroule tous les deux ans à Vincennes. J'y ai mis les pieds pour la première fois, curieuse. Je ne suis pas du tout une spécialiste en matière de romans américains et je n'en lis pas si souvent que ça, surtout depuis que j'ai découvert les Nordiques. Je connais davantage ce qu'on appelle désormais des classiques, comme Steinbeck, (que j'adore), Jack London, Faulkner etc. Dans ma Pile de la rentrée littéraire 2014, j'ai l'énorme pavé qu'est Le Fils de Philipp Meyer. C'est ce bouquin qui m'a décidé à aller au Festival, puisque son auteur est l'un des invités majeurs, aux côté de Joseph Boyden, (dont j'ai aussi le livre depuis un moment) et Richard Ford (même chose).

Le programme du festival est très chargé. Je n'y suis allée qu'une seule journée. J'ai sélectionné deux débats d'une heure trente chacun :

"L'histoire est un roman" qui réunissait Joseph Boyden, Gérard de Cortanze, Boris Fishman, Philippe Meyer et J. Courtney Sullivan

Ce premier débat n'était pas tout à fait à hauteur de mes attentes, un peu "bateau", mais néanmoins, les écrivains ont su le faire rebondir et capter l'attention. J'ai apprécié la dimension humaniste des interventions de Boyden, Meyer et la déclaration finale de Gérard de Cortanze sur la montée de l'intolérance en France. Il a d'ailleurs été chaleureusement applaudi.

J'ai été intriguée par Boris Fishman, écrivain américain d'origine biélorusse, j'ai aimé son humour pour comparer les USA, la France et les Russes dans leur manière de gérer leur Histoire et d'aller de l'avant. Les Américains foncent sans aucune retenue, les Russes reculent et les Français sont précautionneux. Il a mimé la chose, c'était tordant ! Ca m'a donné envie de découvrir son livre, Une vie d'emprunt.
Par contre, je ne pense pas lire un jour du J. Courtnay Sullivan : elle paraissait en retrait du débat. Un roman sur l'histoire du mariage, une idée qui lui est venue lors du débat sur le mariage homosexuel. Elle souhaite montrer qu'à travers le temps, le mariage a évolué. Mais j'avoue qu'un roman là-dessus n'est pas dans mes sujets de prédilection.

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J'ai regretté que deux écrivains (J. Courtnay Sullivan et Philipp Meyer) s'en aillent avant la fin du débat parce qu'ils devaient intervenir dans un autre qui chevauchait celui-ci : c'est moyen, niveau organisation.

Le deuxième débat, "De la violence en Amérique" m'a beaucoup plus enthousiasmée. Un plateau de choix qui réunissait Philipp Meyer, Donald Ray Pollock, Justin Saint Germain, Joyce Maynard et David Vann. J'avais décidé d'y assister en raison de la présence de Philipp Meyer. Mais j'ai découvert qu'il y avait aussi deux autres écrivains formidables : Donald Ray Pollock, dont je connaissais à peine le nom. Devenu écrivain sur le tard, après avoir travaillé 32 ans comme ouvrier dans une usine de pâte à papier, il n'est pas trop apprécié par les politiques dans son pays : il est pour la réglementation du port des armes à feu et il a démontré comment le gouvernement s'est débrouillé pour rendre la chose impossible.

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Lui et Philipp Meyer dialoguaient pour expliquer le pourquoi du mythe de la violence aux USA. Aux Etats-unis, on dit aux gens dès leur enfance qu'ils vivent dans un pays où tout est possible pour chacun d'entre eux, où tout le monde où l'on peut devenir astronaute, président, magistrat, médecin etc. Mais c'est faux (évidemment!). Selon eux, c'est la raison pour laquelle les gens qui échouent, par frustration, retournent en quelque sorte cette violence vers eux-mêmes par le biais de l'arme à feu tout puissante. L'image du mythe John Wayne n'est pas morte, parce que les gens baignent dedans dès leur prime enfance. Le mythe de la police qui est là pour protéger les citoyens est aussi un leurre. C'est du moins l'idée de David Vann chez qui tout est noir de chez noir et sans espoir : au moins lui, je sais que je ne lirai jamais ses livres : je n'aime pas le trop noir-sans-espoir !
J'ai découvert que le mentor de Justin Saint Germain (auteur de Son of Gun, autobiographique) n'est autre que Colm Toibin !
Enfin, l'intervention très enjouée de Joyce Maynard, qui parle français au point d'oublier qu'elle a une interprète, auteur très sympathique et accessible, m'a convaincue d'acheter L'homme de la montagne, tout simplement parce que je me demande ce qu'est la solution de son intrigue, sorte de Stand by me au féminin, qui l'a réveillée en pleine nuit ! L'animateur lui a réservé une question surprenante,  rien que pour elle (on se demande pourquoi) : "êtes-vous pour la peine de mort dans certains cas?" mais il n'a pas eu de réponse si ce n'est : "je suis une femme de gauche". Et bing !

Festival Amercia ce n'est pas que des débats : c'est aussi des projections de film (le matin, j'ai pas pu), un salon du livre où il y avait foule et des libraires sympathiques, légèrement débordés mais toujours prêts à conseiller, des dédicaces d'écrivains jonglant avec les interventions un peu partout

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(oui mais il était à un débat avec Djian à ce moment-là)

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(la littérature indienne n'était pas en reste - ni Québécoise d'ailleurs)

Quelques belles voitures du côté de l'Hôtel de Ville,

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des tipis pour les petits

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des expos photos :

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(les chats les plus américains du monde!)

J'ai dû faire des choix car une journée n'est pas tout à fait assez. Une journée réussie toutefois, avec la perspective de nouvelles lectures potentielles. Mais pour l'instant dans mon sac au retour, juste le dernier roman de Joyce Maynard :

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Un beau voyage outre-Atlantique  le temps d'un week-end. Maintenant, il va falloir attendre 2 ans pour renouveler l'expérience.













 

 

 

 

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06 septembre 2014

Quartier sous haute surveillance - Nom de Code : Komiko - tome 3

 

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Allez hop, je vous invite pour la troisième fois à prendre l'avion avec moi, direction Hong Kong pour retrouver la petite bande d'ados hackers, très sensibles à l'injustice du monde moderne et prêts à tout pour débusquer les malfrats de tous poils.

Nous sommes à la fin de l'année scolaire : Lian, Matt, et Mingmei s'apprêtent à affronter les examens et à réfléchir à leur orientation. Lian se demande si finalement, elle est vraiment faite pour intégrer le prestigieux conservatoire de Hong Kong pour lequel elle a pourtant postulé. Elle se verrait plutôt dans le droit international avec une spécialisation sur la défense des droits de l'Homme. Mingmei, toujours aussi "girly", n'a que deux obsessions : le shopping et savoir ce que pense d'elle le beau Matt. Mais elle ignore que ses deux meilleurs amis oeuvrent dans l'ombre, sur une sorte de plateforme web ultra-secrète, contre la corruption et l'injustice qui gangrènent la société. Néanmoins, c'est traînée de force dans une séance de shopping interminable que Lian se retrouve nez à nez avec une camarade de classe en train de faire la manche. Lian va ainsi découvrir la vie difficile de Jade. Autant dire que la semaine de révision avant les examens va être perturbée par cette découverte et que les jeunes hackers vont aller de surprise en surprise.

Après l'exploitation humaine dans toutes ses dimensions  ("Dans la nuit de Hong Kong") et le trafic d'animaux pour produire de faux médicaments ("Le poison du tigre"), le groupe "04/06" est confronté à la spéculation immobilière qui met en péril un quartier populaire de Hong Kong, où les habitants sont sommés de quitter leur logement sous la menace, pas assez indemnisés pour être relogés dans des conditions décentes. Lian découvre un autre monde, juste à une encablure de chez elle : celui de la misère, où les gens vivent entassés à dix dans une pièce sans aucune intimité.
Les ados vont également affronter la langue de bois d'une jeune politicienne charismatique dont le parti dit pourtant vouloir défendre les petites gens. Mais tout est très compliqué à Hong Kong : mieux vaut se méfier. Les mafia locale n'est jamais très loin, jusque dans les conseillers en import-export. Les gens se suicident, c'est très étrange... D'ailleurs, spéculation immobilière et mafia vont ensemble... Alors, même si on a été une rebelle en culotte courte avant d'être politicienne (en ayant organisé une manif contre les menus de la catine), rien n'est simple, ni évident. Lian découvrira qu'entre ce qu'on voudrait faire et ce qu'on peut faire, il y a parfois un gouffre, presque insurmontable. Mais presque, seulement.

Toujours aussi divertissante et addictive cette série ! On a du mal à décrocher avant d'avoir terminé l'histoire. Les jeunes hackers sont aussi des gamins, ce qui donne quelques moments cocasses, surtout quelque fils à retordre à Lian, obligée d'inventer une histoire de rendez-vous galant rocambolesque à cause de son incorrigible copine-commère-obsédée, Mingmei,  avant de se prendre les pieds dans les fils de son histoire imaginaire, qui lui vaudra un drame, au milieu de son enquête très sérieuse sur l'injustice sociale dans une société chinoise corrompue. Le duo Mingmei, (ado jusqu'au bout de son nombril)-Lian (altruiste jusqu'à mettre sa vie en péril)  est comique. Elles sont comme chien et chat mais elles s'entendent aussi comme larrons en foire quand il faut se réconforter l'une l'autre.

Après avoir refermé ce tome 3 je suis allée voir s'il y avait un tome 4 chez Working Partners. Ben non ! La petite bande d'ados et les vadrouilles dans Hong Kong, c'est terminé. Ca va me manquer !

Cette série, dont le premier volume a été primé par le Prix des Mordus du Polar en mai dernier, a l'avantage de sensibiliser les jeunes lecteurs aux problèmes du monde contemporain. Les vampires existent, mais pas forcément comme on les imagine ! Les couvertures de la série sont magnifiques.
Alors, c'est avec un petit pincement au coeur que je referme ce dernier livre.

Je ne peux que vous inviter à commencer la lecture de cette série si ce n'est pas déjà fait !





 

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