29 mars 2015

Le coeur qui tourne

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Traduit par Marina Boraso

4e de couverture : "Bobby Mahon était une figure respectée du village. L'ancien contremaître de l'entreprise locale est désormais, comme la majorité des habitants, au chômage. Sans indemnités ni espoir de retrouver du travail. La crise qui frappe de plein fouet l'Irlande comme toute l'Europe déchire les liens de sa communauté autrefois soudée. Les langues se délient, les rumeurs circulent, les tensions et les rivalités émergent. Et, faute de pouvoir s'en prendre au patron qui a mis la clé sous la porte, Bobby devient la cible d'hommes et de femmes démunis et amers. Jusqu'à l'irréparable..."

Je vais avoir un problème majeur avec ce roman : comment en parler ? Ce n'est pas que je sois amnésique ou atteinte d'Alzheimer ou je ne sais quel problème de mémoire mais faute de pouvoir faire mieux, je l'ai lu en plusieurs fois. Ce n'est certainement pas la façon dont il faut lire ce livre, pas si épais que ça (180 pages) mais qui met en scène vingt-et-un personnages, soit presque tout un village irlandais de l'après-Tigre celtique ! Un roman polyphonique - la mode veut qu'on dise "roman choral", mais bof, ça me fait penser à des gens qui pousseraient la chansonnette, ce qui n'est pas franchement le cas car ils poussent plutôt des gueulantes, à tour de rôle et avec le bagou irlandais.
Pensez donc, le mec qui faisait vivre tout le village grâce à son entreprise, s'est fait la belle avec la caisse, laissant en plan ses ouvriers, qui n'ont plu qu'à aller pointer au chômage. Et comme si ça ne suffisait pas, ils découvrent qu'en plus, le gangster n'a pas rempli les formalités administratives pour les déclarer. Donc, point de chômage. La vie des gens s'effondre. Et comme dans un village, tout le monde se connaît depuis belle lurette, le passé ressurgit, on refait le portrait de chacun. L'amertume est capable de tout.

Le point de vue de chaque personnage qui prend la parole éclaire d'un jour nouveau le portrait du "voisin" qui a été fait par un autre. Au lecteur de se faire son avis, à condition de s'y retrouver car chaque personnage s'exprime une seule fois et vingt-et-une personnes, ça fait beaucoup. Pourtant, tout se tient parfaitement. Une vraie performance littéraire même si je pense qu'il faudrait que je le relise une deuxième fois pour tout comprendre parce que le puzzle est complexe.
Bref, c'est du costaud. En plus c'est à la fois drôle, sarcastique, haut en couleurs et tragique.

J'ai décidé de laisser la parole à Lily, sans doute celle qui m'a le plus fait rire :

"Quand j'étais à la maternité pour accoucher de mon cinquième enfant, une fouille-merde de sage femme s'est débrouillée pour me faire dire le nom du père." (parce qu'elle était sous tranquillisant !)

"Il y a quelque chose d'inexplicable  dans l'attirance entre un homme et une femme. On ne peut jamais le définir. Comment est-ce que j'ai pu m'enticher bêtement d'un gros lourdaud mal fichu comme Bernie McDermott ?" (Ben oui, on se le demande !)

"Quand on tombe dans les orties, on ne risque pas de savoir d'où vient la piqûre."

"J'aime tous mes enfants comme l'hirondelle aime le bleu du ciel."

Bon allez, je donne aussi la parole à Jason qui a quelques soucis de santé :
"On m'a diagnostiqué un choc post-traumatique avec hyperactivité associée à un déficit de l'attention, trouble bipolaire, scoliose, psoriasis, tendance aux addictions et j'en passe" (un sex-symbole, quoi !)

C'est le premier roman traduit en français de Donal Ryan. Je pense qu'on entendra de nouveau parler de lui. Ce roman a été élu meilleur livre de l'année en Irlande en 2013. Il a été finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.

Un vrai bon roman, même s'il nécessite une bonne mémoire. A lire d'une traite ou à lire une deuxième fois.

 

 

 

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22 mars 2015

Salon du livre 2015 : un salon sur fond de revendications

 Oui, je suis finalement allée au Salon du livre, mais pas grâce à Reed Expositions, bien trop occupé à compter ses sous et à presser tout ce qui peut encore l'être comme un citron. Pourtant, j'ai bien regardé, à 12€ l'entrée, les murs ne sont pas en plaqué or, on ne marche pas sur de la moquette en poil d'astragan (je sais, ça n'existe pas)...
Bref, heureusement qu'il y a des gens qui ont pensé à moi et vraiment ça m'a fait plaisir !

Mon SDL mouture 2015 a pris, en partie, une dimension un peu inattendue : celle des revendications sociales des auteurs. Le Conseil Permanent des Ecrivains s'alarme de revenus à la baisse, de réformes sociales qui semblent préoccupantes, du droit d'auteur fragilisé par la politique européenne. Il tire de signal d'alarme : "Les auteurs de livres sont clairement en danger. Et à travers eux, c'est la création éditioriale qui est menacée, dans sa liberté et dans sa diversité". C'est vrai que dans l'imaginaire collectif, l'auteur se dessine sous une image très romantique et idyllique de celui qui vit de son oeuvre, tout tranquillement, sans soucis. C'est devenu une image d'Epinal. Auteur est, pour la plupart, un métier toujours plus précaire et les réformes à venir ne semblent guère réjouissantes. A travers eux, c'est toute une chaîne du livre qui peut se rompre.

Pour en savoir plus , voici la Lettre ouverte du CPE à ceux qui oublient qu'il faut des auteurs pour faire des livres  ICI.

En tout cas, ce n'est pas tous les jours qu'on assiste à une manif d'auteurs dans les travées du Salon du livre de Paris ! La marche revendicative organisée par le CPE s'est déroulée samedi en début d'après-midi, sur le thème "Pas d'auteurs, pas de livres", pas d'éditeurs, pas de lecteurs, pas de bibliothèques et... finalement pas de salon du livre !

 

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On aurait pu craindre un flop, mais ce fut un franc succès. La presse en parle beaucoup ce matin : L'humanité, Le Monde, Livres Hebdo...
Les auteurs appellent au soutien des lecteurs. Ils ont le mien, vous l'aurez compris.

A part cela, j'ai eu un très joyeux salon, plein de belles rencontres et retrouvailles.
La perle inattendue étant la présence du Président de la République dans une allée, à un moment tout à fait cocasse pour moi : c'était pas lui que je cherchais depuis 20 minutes, hein, mais la vie est bizarrement faite parfois ! Bazardée sur le côté par les gardes du corps avant même que je comprenne ce qui se passait et qui était là, ça m'a laissé pliée de rire quand je m'en suis aperçue. Un souvenir qui restera gravé dans mes annales. :)

Comme pour l'instant, il y a heureusement encore des auteurs et des éditeurs, je suis partie en repérage de futures pépites à lire. J'ai atterri je ne sais pas trop comment au stand des Littératures du Bassin du Congo

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Un petit tour par la Tunisie,qui a bien besoin de soutien en ce moment, et dont quelques écrivains étaient présents

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Je suis allée voir quelques stands fétiches

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J'ai croisé beaucoup de célébrités, dont Amélie Nothomb en train de dédicacer son dernier livre m'a tant fait rire (et qui évoque, entre autres, la situation des auteurs précaires)

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Peter May, le plus frenchy des écrivains écossais littéralement assailli par ses fans
(finalement, je préfère quand il n'est pas annoncé : au moins on peut discuter 3 sercondes !)

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Je suis rentrée avec pas mal de références et quelques bouquins

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Je serais bien malheureuse si je ne pouvais plus le faire pour cause de disparition d'écrivains ! 
Je laisse par ailleurs Reed Expositions méditer sur sa stratégie financière pas franchement convaincante et qui pourrait perdre de l'argent à force de vouloir toujours faire plus de profit.

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16 mars 2015

Bingo's run

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Traduit par Laurent Bury

Bingo est un gamin des rues de Nairobi. Malgré ses quinze ans, il est le coureur à pied le plus rapide de la capitale, et peut-être même du monde. Pour survivre, il livre de la "poudre" aux clients du gang de narco-trafiquants du coin, sans trop se poser de question. Etre discret et rapide, c'est tout ce qu'on lui demande pour éviter les embrouilles avec la police. Un jour, Bingo assiste au meurtre dans des narco-tarfiquants. Le hic, c'est que ce meurtre est péreprétré par son boss, le terrible Wolf. Heureusement, celui-ci n'a pas vu Bingo, aussi discret qu'à son habitude.
Ce gamin est un sacré bon comédien, il aurait pu faire du théâtre ou tourner dans un film. Ca tombe bien car s'il raconte le meurtre à son boss, évidemment il ne va pas lui dire qu'il a tout vu. Néanmoins, il se retrouve expédié dans un orphelinat tenu par un homme d'église peu scurpuleux. En effet, Bingo n'a plus ni père ni mère. Tous les deux ont été tués par la violence quotidienne de Nairobi. Et c'est là qu'entre en scène une riche Américaine, Mrs Steele, marchande d'art divorcée, fortunée et en mal d'enfant...

Ne vous y trompez pas, ce roman n'a pas été écrit par un Kenyan mais bel et bien par un Américain. Pourtant on est immergé dans l'ambiance de la tumultueuse capitale d'un riche pays d'Afrique où pourtant la misère est le quotidien de la très grande majorité des gens. Le seul moyen pour survivre est le système D, les petites ou grosses magouilles. Le must en matière de rémunération, outre le trafic de drogue, c'est de se trouver un bon gros touriste blanc pété de tunes. Mais alors, quand on tombe sur une riche Américaine, avec des "chaussures de pute", c'est vraiment génial. Sauf si elle se met à vous raconter sa vie, quand vous lui demandez pourquoi elle vous a acheté et pourquoi elle veut vous emmener avec elle vivre au pays de cow boys... Et que vous vous rendez-compte que finalement, elle vous ressemble cette dame, même si vous, vous êtes un gamin noir et pauvre, qui a vu des milliers de gens se faire "buter" du haut de vos quinze ans. Le courant se met à passer entre Mrs Steel et Bingo. Mais c'est sans compter sur Charity, la femme de chambre du Livingstone Hotel, où résident Mrs Steel et Bingo, avant de s'embarquer vers les States....

Un roman très vif, aux chapitres courts, qui vous filent entre les mains aussi vite que la rapidité de Bingo. La corruption et la violence sont sur le devant de la scène. Mais ce roman est également une satire sur le monde des marchands d'art, où la malhonnêteté sur la valeur réelle d'une oeuvre est ce qui fait s'enrichir un petit cercle de gens qui ont bâti leur fortune en s'engraissant sur le dos d'imbéciles friqués, imbus d'eux-mêmes et capables d'acheter n'importe quoi très cher.

Un roman très drôle également, parce que Bingo est un personnage taquin, qui parle "cash", en rajoute une couche quand il faut, en prenant l'accent du coin, jusqu'à la parodie du petit Africain pauvre devant le Blanc riche.

Globalement, j'ai aimé cette lecture même si j'ai tout de même trouvé quelques longueurs, surtout quand Bingo est en compagnie de ses narco-trafiquants de patrons. Il y a également beaucoup de personnages, que l'on oublie pendant un moment parce qu'ils disparaissent du roman, pour réapparaîtrent ensuite. On s'y perd un peu.
J'ai donc eu des hauts et des bas au cours de ma lecture, mais c'est plutôt positif et parfait pour découvrir Nairobi !

Je remercie beaucoup Babelio pour sa masse critique "réservée" et les éditions Piranha (toute jeune maison d'édition aux textes qui m'ont l'air percutants) pour l'envoi du livre.

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15 mars 2015

Printemps des poètes 2015

Contribution au printemps des poètes sous forme d'hommage à W.B. Yeats qui aurait eu 150 ans cette année !
J'aime bien l'humour noir de cette insurrection de poupées !

The Dolls

A doll in the doll-maker's house
Looks at the cradle and bawls :
"That is an insult to us."
But the oldest of all the dolls,
Who had seen, being kept for show,
Generations of his sort,
Out-screams the whole shelf :"Altough
There's not a man can report
Evil of his place,
The man and the woman bring
Hither, to our disgrace,
A noisy and fifthy thing."
Hearing him groan and stretch
The doll-maker's wife is aware
Her husband has heard the wretch,
And crouched by the arm of his chair,
She murmurs into his hear
Head upon shoulder leant :
"My dear, my dear, O dear,
It was an accident."

William Butler Yeats

Traduction (Jean Briat)
Les poupées
Une poupée chez un marchand
Regarde le berceau et s'écrit en braillant
"Cette chose nous insulte."
Mais la plus ancienne des poupées
Qui, ayant fait vitrine, avait vu
Des générations d'êtres semblables,
Brailla plus fort que toute la rangée :
"Bien qu'aucun homme ne puisse dire
Du mal de cet endroit,
L'homme et la femme y apportent
Pour notre déshonneur
Cette chose bruyante et immonde."
La femme du marchand de poupées
Entendant son mari s'étirer en geignant
Sait bien qu'il a entendu la gueuse
Et pelotonnée contre le bras de son fauteuil,
La tête penchée sur son épaule,
Elle lui murmure à l'oreille :
"Mon ami, mon ami, O mon dieu,
C'était un accident !"

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13 mars 2015

Salon du Livre de Paris 2015 ou comment aller se rhabiller...


Si vous ne le savez pas (mais ça m'étonnerait), au mois de mars, à Paris, il y a un salon, qui se veut prestigieux, rameutant toute la France parmi ses visiteurs et une foule d'écrivains ultra-connus. Je parle du Salon du livre de Paris.

L'an dernier, alors que je n'avais jamais osé, mais parce que je voyais que les copines blogueuses le faisaient sans se gêner, j'ai demandé une accréditation presse (comprendre un pass qui vous donne droit d'aller et venir dans le salon, de ressortir, de rentrer de nouveau, le tout gratuitement). Je n'y croyais pas vraiment, je m'y suis prise très tard et en fin de compte, sans aucune difficultés, on donné le précieux sésame ! J'étais ravie ravie ravie !
Ca tombait bien, parce que ça faisait des années que je n'allais plus au Salon : le Pass Education ne fonctionne plus pour y rentrer ; je lis beaucoup et en tant que grande lectrice, je ne me voyais pas payer 10€ l'entrée et encore moins en ayant un blog de littérature... 
J'avais des souvenirs du salon d'un temps où les blogs n'existaient pas, où j'étais partie rejoindre une copine de fac en stage chez Grasset, retrouver des amis avec lesquels on harpentait les travées jusqu'à l'épuisement, pour repartir avec nos belles découvertes sous le bras. C'était l'époque où Amazon n'existait pas, Internet était balbutiant et donc, pour nous le Salon, c'était le moyen de voir tout ce qui était publié. Si je me rappelle bien, même à l'époque j'avais réussi à me débrouiller pour ne pas payer l'entrée...

Bref, cette année, avec le bon souvenir du salon de l'an dernier et de l'impulsion que ça a eu sur mon blog (qui est plus actif grâce aux débats auxquels j'ai assisté, aux rencontres que ça a enclenché et aux idées que cela m'a donné en matière de lectures), j'ai demandé l'accréditation dès le mois de janvier. Je ne me faisais pas trop de souci, j'étais confiante. Ouais, ils étaient sympas au salon, ils ont les moyens financiers...

Mais il y a quelques jours j'ai reçu le même email que 99,99% des "vieux" blogueurs littéraires que je connais ayant fait une demande : 

"Nous avons le regret de vous informer que votre dossier n°  n’a pas été validé

Cependant, si vous le souhaitez, il vous sera possible d'accéder au salon avec un tarif préférentiel (6€ au lieu de 12€).
Pour ce faire, il vous suffira de vous présenter à l’accueil PRESSE et de retirer une contremarque qui vous permettra de bénéficier du demi-tarif en caisse principale.
Pour toute question vous pouvez écrire à accreditationpresse@facondedepenser.com, en précisant votre n° de dossier.
Cordialement,
L’équipe du Salon du livre de Paris"

On ne connaît tous plus ou moins et on s'est rendu compte qu'on avait tous reçu cette réponse quasiment en même temps. (un publipostage d'une lettre type de refus, du moins ça y ressemble grandement).
Ne pouvant me satisfaire d'une réponse pareille, sans aucune explication (pour la cordialité, il faudra repasser), j'ai demandé une explication. Comme d'autres, d'ailleurs.
Elle est tombée hier soir et me laisse un mince espoir en lisant entre les lignes (mais franchement, ça me laisse assez perplexe parce que de toute façon je suis moi et je n'ai qu'un blog...).
D'autres ont reçu des réponses stupéfiantes, avec du Vigipirate inside.
Et puis hier, on nous dit qu'il y a eu 500 demandes d'accréditation et que 150 blogueurs littéraires ont été accrédités. Ah oui ? Mais alors sur quels critères ? Pourquoi certains et pas d'autres ? C'est un tirage au sort ?  Un chiffre qui paraît d'ailleurs assez énorme pour la blogo littéraire (si l'on s'en tient à ceux qui habitent en Région parisienne). Des chiffres un peu trop ronds de surcroît. Etrange.
La seule chose que je vois depuis hier soir, ce sont des places à gagner sur certains blogs. Et là ça me fait vraiment rire !!!
Il est hors de question que j'aille, en tant que blogueuse, aller jouer chez les copines pour gagner une place. Soit je suis accréditée, soit je ne viens pas.

Je ne vais pas me prostituer pour obtenir un pass, je pourrais payer 6€, ma vie ne va pas s'effonder si je n'y vais pas, mais franchement, je ne pense pas ruiner le salon en demandant à ce qu'on me laisse entrer sans payer. Le Salon du livre de jeunesse de Montreuil l'a fait sans problème. Merci le Conseil général de Seine-Saint-Denis !  Reed Expo est une entreprise privée. Il me semble qu'elle perd de vue le but d'un salon consacré à la littérature.
L'an dernier, la journée professionnelle consacrée à la traduction a été annulée parce que les participants devaient payer... pour participer.
Cette année, la journée professionnelle du monde des bibliothèques ne verra pas le jour pour le même problème.
Certains petits éditeurs n'ont pas les moyens de se payer un stand parce que c'est hors de prix.
Même le groupe Hachette a décidé de ne venir qu'une année sur deux.
L'entrée a augmenté de 2€ (10€ l'an dernier contre 12€ cette année) et devient plus chère qu'une place de cinéma. Ca devient rédibitoire comme tarif pour le visiteur lambda !

J'ai adoré Festival America (où je suis allée sans accréditation), je suis très intéressée par Etonnants Voyageurs et Les Boréales.  Je me dis que ces festivals littéraires semblent avoir une âme, contrairement au SDL qui la perd à force de ne penser qu'à engranger de l'argent. C'est du moins l'impression que ça donne. J'adore les rencontres en bibliothèque et en librairie (qui sont gratuites, plus intimistes et qui permettent un dialogue avec l'écrivain, beaucoup plus facilement qu'au SDL.

Personnellement, je n'ai pas l'impression que mon blog a été lu par les "accréditeurs" (on voit le nombre de pages lues par une même personne dans les statistiques de l'interface et même parfois d'où ça vient). Je pense que c'est surtout un coup du sort, un jeu de dés. Je regrette les billets que j'ai consacré au SDL l'an dernier. Je les laisse sur le blog parce que j'avais passé une belle journée grâce au programme que je m'étais concoctée. Je n'aurais fait que arpenter les allées, je supprimerais tout.

Je pense que les blogs littéraires participent à la diffusion de la littérature, même passivement. Les avis sont lus par des lecteurs réguliers ou occasionnels. Je lis entre 40 et 70 livres par an... (quand un Français achète en moyenne 5 livres, d'après une statistique récente).

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Voici les provenances des connexions d'aujourd'hui, juste par curiosité...

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Voilà, c'était le récit d'une déception et d'une logique qui ressemble à de l'absurdité.
Heureusement, il reste les auteurs et les éditeurs, avec qui je partage de beaux moments toute l'année, sans compter. :)

Voir ce que pense George, une grand habituée du SDL, de tout ça ici


 

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12 mars 2015

Sans prévenir

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 Traduit par Marie Hermet

4e de couverture : "A quinze ans, Francis Wootton est passionné de vieux films, de musique rock et de lectures romantiques. Mais avant tout, il ne se prend pas au sérieux. Sans prévenir, un jour, la vie bascule. On lui diagnostique une leucémie. A l'hôpital où il entre pour son traitement, il rencontre Ambre, son caractère de chien, son humour, sa vulnérabilité."

Après Un voyage à Berlin de Hugo Hamilton qui parle du dernier voyage de Nuala O'Faolain malade d'un cancer, j'ai lu un autre roman sur la maladie pendant mes vacances d'hiver, sans pourtant avoir choisi ce thème expres...
On a beaucoup comparé Sans prévenir à Nos étoiles contraires de John Green. La quatrième de couverture le stipule aussi.  Pour avoir lu John Green, je dirai qu'à part le thème de la maladie pendant l'adolescence, ces deux livres sont assez différents, tant par le ton du livre que par le caractère des deux adolescents malades. Je ne vais pas me livrer à une comparaison parce que ça ne rime à rien, mais j'ai trouvé celui-ci beaucoup plus gai.

Beaucoup de personnages peuplent ce roman. Francis nous décrit sa famille : un frère aîné qui ne s'est pas vraiment remis de la mort de Curt Cobain ; un père qui a quitté le foyer ; une soeur jumelle morte à l'âge de sept ans écrasée par un camion sous les yeux de sa mère... Et pour parfaire le tout, une leucémie qui lui tombe dessus, sans prévenir.
L'hospitalisation. Une chambre avec deux autres ados qui sont très différents de lui, moins matures. L'arrivée d'Ambre qui va bouleverser sa vie d'ado malade et le faire tomber amoureux pour la première fois alors qu'il se bat contre la maladie. Un amour réciproque, perturbé par leur cancer. Mais heureusement, le texte s'attarde pas sur la souffrance, les détails scabreux de la maladie, et si l'auteur décrit par moment les symptômes dus au traitement et les moments de grande fatigue deux adolescents, il s'attache surtout à décrire la vie et c'est ce que j'ai vraiment apprécié. Ca tourbillonne de vie, même. Beaucoup d'humour avec le franc parler de ces gamins qui continuent malgré tout de vivre leur adolescence comme (presque) tous les adolescents. Entre coups de gueule, moqueries et même une grosse bêtise qui les mènera visiter le poste de police. Le personnage d'Ambre est une vraie tête brûlée qui, en plus d'un caractère ombrageux, n'a pas peur de grand chose mais elle a le coeur sur la main. Francis, beaucoup plus discret, se réfugie dans la littérature, les vieux films, le rock. Leur film fétiche sera  Certains l'aiment chaud...

Des gamins attachants issus de milieu social différent. Deux mères hors normes toutes les deux, un peu déjantée chacune à leur manière, qui vont se regarder en chien de faience avant de devenir amies. Deux familles qui finalement seront liées à vie, au-delà de la mort.

Je dois dire que la fin m'a vraiment surprise, interloquée même. Je suis revenue en arrière pour voir si j'avais bien lu. Mais oui...

Un roman qui ne s'achève pas sur la mort - même si on doit en passer par là pendant le récit - mais sur la vie qui continue.
Un livre avec beaucoup d'humour et quelques scènes savoureuses, loin de toute mièvrerie.






 

07 mars 2015

Frangine

 

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C'est la rentrée. Joachim rentre en terminale et Pauline en classe de seconde. Ils sont frère et soeur. C'est Joachim nous raconte au quotidien ce qui s'est passé en ce début d'année scolaire dans un lycée tout ce qu'il y a de banal, ni pire ni meilleur qu'un autre. Un lycée de la France d'aujourd'hui. Lui, il est plutôt à l'aise dans ses baskets, bon élève et observateur. Surtout quand il s'agit de sa petite soeur qu'il voit se renfermer, pleurer...  Très secrète, Pauline n'ira pas d'emblée vers lui pour expliquer ce qui lui arrive.

Et quand il le découvrira, Joachim décidera de toute façon de ne pas en parler à ses parents, pour les protéger. Ses parents ce sont Julie et Maline...
Julie travaille dans une jardinerie et Maline est éducatrice dans un centre de rétention fermé pour ados en déroute. Deux femmes ce qu'il y a de plus normal. Et aux yeux de Joachim et Pauline, une famille comme les autres, avec les mêmes problèmes que n'importe quelle famille : des engueulades, des problèmes de boulot, de la fatigue, des rires, des pleurs, des grand-parents, des souvenirs, des albums photos.  Enfin deux ados avec des problèmes d'ados. Joachim en pince pour une fille de son lycée. Mais Pauline se morfond.

Parce que Pauline est harcelée par ses camarades qui ont appris qu'elle avait deux mamans. On la traite de "gouine" (ben oui, si vous avez des parents homos, forcément, vous l'êtes, dans leur tête), on insulte ses parents, on la menace sexuellement, etc. C'est le fait des élèves, mais les adultes qui apprennent la violence psychologique subie par cette gamine ne volent pas non plus forcément à son secours. Heureusement, il y a un prof de sport, à qui Joachim va se confier. Heureusement aussi Pauline est quelqu'un de courageux, qui, malgré son accablement, trouvera le moyen d'affronter ses adversaires à sa façon (bonne partie de rigolade au rendez-vous pour le lecteur !)

Un livre que je n'aurais pas ouvert si je m'en étais tenue à la couverture que je trouve très moche. Mais pour en avoir entendu largement du bien, je l'ai ouvert et je ne l'ai plus lâché, absorbée par le ton percutant de Marion Brunet qui aborde un sujet d'actualité : l'homophobie.

Un roman sur l'intolérance, les préjugés et la bêtise. Cependant, Marion Brunet n'élude pas non plus les problèmes : les deux adolescents se posent inévitablement des questions sur leur père génétique; Julie et Malin ont dû se rendre à l'étranger pour mener à bien leur projet de fonder une famille ; c'est Julie qui a porté les enfant, mais est-ce que Malin se sent moins mère pour autant ? Bref, qu'est-ce qu'un père et qu'es-ce qu'une mère ? C'est quoi une famille ?

L'auteur démontrer aussi, à travers la figure des grands parents dans ce roman, que les familles hétéroparentales ne sont pas forcément parfaites : les grands-parents sont divorcés ou alors ont rejeté leur fille quand elle leur a annoncé qu'elle était "gay" et qu'elle allait quand même fonder une famille.
Elle met en balance avec beaucoup de justesse la question de la "normalité". En fin de compte ce qui fait le plus de mal à ces ados et leurs parents, c'est l'intolérance des autres.

Un roman primé dont j'ai apprécié le ton juste (pas du tout moralisateur), le franc parler , l'écriture dynamique et l'humour qui pointe par moments.

Un autre roman est paru récemment, La gueule du loup : je sais déjà que je vais le lire.

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04 mars 2015

Un voyage à Berlin

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Traduit par Bruno Boudard

4e de couverture : "Au gré de leurs pérégrinations dans Berlin, Liam et Una se retrouvent. Una est atteinte d'un cancer. Ce sera son dernier voyage. Chacun fait don à l'autre de sa propre histoire et de ses secrets avec pudeur, franchise, humour et tendresse. Una rêve d'assister à une représentation de Dom Carlos de Verdi, dont le personnage principal lui rappelle son frère aujourd'hui disparu. Liam, quant à lui, est obnubilé par le mariage de sa fille auquel, par égoïsme, il s'oppose.
On ne peut, en lisant ce texten ne pas penser à l'infini tendresse qui liait Hugo Hamilton à la grande romancière irlandaise Nuala O'Faolain, qui s'est éteinte en 2008."

Un livre sorti il y a un mois et dont personne ne parle en France : pas un article dans la presse "traditionnelle", pas une interview. Silence total. Ca me choque parce que Hugo Hamilton n'est pas un inconnu, ni ici, ni en Irlande où il est l'un des plus grands auteurs de son pays. Et puis, comme le dit la quatrième de couverture, on ne peut pas ne pas penser à Nuala O'Faolain qui se cache derrière les traits de Una et ce n'est pas une inconnue non plus en Irlande Nuala !!  C'est "juste" une journaliste connue, qui, un jour, a décidé de prendre sa plume pour raconter son enfance, sa vie  personnelle et intime, à la première personne, dans laquelle beaucoup d'Irlandaises se sont reconnues. Si vous n'avez jamais lu On s'est déjà vu quelque part - journal d'une femme de Dublin et J'y suis presque, je ne peux que vous inciter à le faire.

Le narrateur ici, c'est Liam qui accepte d'accompagner Una à Berlin, une ville qu'elle veut absolument découvrir avant de mourir du cancer qui la ronge. Vêtue de Converse rouges et d'une casquette qui la fait ressembler à Steven Spielberg, Una se laisse pousser par Liam, dans son fauteuil roulant à travers Berlin, sous l'oeil professionnel et bienveillant d'un chauffeur, que tous les deux ont décidé de surnommer Manfred. Una ne se sépare jamais d'un sac à main un peu particulier qui se résume à un grand sachet en plastique transparent fermé par une glissière, où elle fourre toutes ses affaires et ses médicaments.

Pourtant ne vous attendez pas à faire une visite touristique de la capitale allemande en compagnie de ce couple détonnant. En effet, nos deux Irlandais n'ont pas vraiment la tête à Berlin mais bien ailleurs. Una précise que ses "poumons sont en Roumanie [sa] tête à New York, [ses] pieds à Berlin et le reste à Dublin". A chaque fois qu'Una fixe son regard sur un monument ou un tableau, le texte rebondit, s'échappe ailleurs, se joue de la géographie et du temps pour permettre aux personnages d'évoquer leurs blessures intimes.
Una est obsédée par son frère mort, persuadée jusqu'à la fin de ses jours qu'il a été tué par son père et sa mère. Elle raconte son enfance difficile, entre une mère alcoolique et un père journaliste violent. Elle raconte comment ils ont fait d'elle, malgré eux, ce qu'elle est : une femme libre (au caractère sacrément bien trempé et jusqueboutiste), une femme qui "voulait voir les femmes gagner la liberté d'être elle-même, sans avoir à porter des bébés si elles ne le désiraient pas, de devenir artistes, écrivains ou musiciennes au lieu de sacrifier leur existence entière à élever des enfants, ainsi que l'avait fait sa mère".
Liam raconte son père très sévère : pas de fish & chips parce que le fish & chips n'est pas fait à la maison mais cuisiné ailleurs, alors hors de question ! Un oncle jésuite qui a "fauté".  Une enfance douloureuse qui faisait qu'il se sentait étranger en Irlande. On devine forcément un trait autobiographique de l'écrivain car Hugo Hamilton est de père irlandais (ultra-nationaliste) et de mère allemande. Ce qui lui a valu bien des déboires en Irlande quand il était enfant (il faut lire Sang mêlé et Le marin de Dublin). Liam est aussi obsédé par Maeve, sa fille, du moins l'a-t-il cru pendant longtemps, parce qu'il dira à Una quelque chose que personne ne sait, mais qui a fait basculer sa vie d'adulte.

Si vous vous attendez à un roman sur la maladie, ce n'en est pas un. Ce n'est pas non plus une histoire de couple. C'est avant tout une histoire d'amitié sincère et fidèle jusqu'à la mort :
"Nous n'étions pas liés l'un à l'autre, ni ne vivions sous le même toit, tels des amoureux, nous n'étions pas mariés ni apparentés d'une quelconque manière, comme avec sa famille. Nous étions bon amis, c'est tout. Nous nous sommes rencontrés à un moment où notre vie était un peu en vrac. Elle était mon aînée en livres, en tout." "Nous nous sommes trouvés des atomes crochus simplement en échangeant, en riant ensemble, je suppose."

Un roman où l'humour est loin d'être absent, superbement écrit, fidèle à l'image que l'on garde de Nuala O'Faolain, qui transpire à travers les traits de Una pour chaque lecteur qui a lu ses livres et ses articles (réunis dans Ce regard en arrière) . Le roman d'une grande lectrice, "qui avait la faculté de lire comme si rien ni personne n'existait au monde, en dehors de son livre", d'une journaliste à l'oeil aguerri sur son époque et finalement d'un grand écrivain.

Un magnifique hommage par le très discret Hugo Hamilton qui écrit ici un roman à la fois très intimiste et très pudique. Un livre dont on savoure Every Single Minute (titre original).