20 juin 2015

La gueule du loup

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Mathilde et Lou viennent de décrocher le bac et décident de partir en vacances à Madagascar, toutes seules. Le séjour débute dans un lieu paradisiaque, avec rhum arrangé et musique. Puis elles poursuivent leur road trip  dans l'île en direction de la capitale où elles découvrent l'envers du décor du Paradis : la misère dans toute son horreur. De la mère qui veut vous vendre son enfant à l'exploitation sexuelle que pratiquent sans vergogne des Blancs plein aux as et libidineux. Lou et Mathilde vont sympathiser avec une jeune Malgache de leur âge. En voulant l'aider, les gamines vont être entraînées dans une course folle : un type louche est à leurs trousses.

Je vais y aller "cash" : je suis très déçue par ce roman et c'est d'autant plus dommage que les pistes initiées (l'exploitation humaine par le biais de la  prostitution, la découverte d'une culture très différente de la nôtre)  auraient pu être intéressantes si tout cela n'avait pas été gâché par pas mal de choses.
Ce livre a toutes les allures d'un thriller sur fond documentaire. L'environnement malgache est très envoûtant, on en apprend beaucoup sur le malheur de cette île continent, sur sa culture et les rites qui y perdurent. On se perd avec Mathilde et Lou dans la jungle, sous un arbre censé protéger des mauvais esprits. De ce point de vue-là, le roman vous emporte loin.
Par contre, j'ai trouvé très étrange que la copine malgache de Mathilde et Lou s'expriment exactement comme elles, avec ce langage un peu trop "djeunse" pour être totalement crédible.
Quant au "méchant", il échappe de manière tout à fait miraculeuse d'une chute qui aurait dû lui être fatale (on le devine très tôt d'ailleurs). Et en fin de compte, à la fin, on se dit qu'il n'était pas si malin...
L'intrigue en elle-même tombe donc à plat assez vite. Je me suis peu attaché aux personnages, pas assez fouillés. Mathilde est la copine intrépide et Lou la copine timide. A un moment, on pense que Lou a plus d'un tour dans son sac et va nous montrer une autre facette de sa personnalité. Mais là encore, ça ne va pas jusqu'au bout et ce n'est pas à elle qu'il va arriver ce que je vais appeler "quelques bricoles"...

Cependant, le pire est ailleurs : par dessus tout, j'ai vraiment détesté jusqu'à en être horripilée le registre choisi pour ce roman. Je sais que Marion Brunet écrit sans fioritures. Mais pour un roman destiné aux ados, ça dépasse les bornes, à mon goût. Registre trop vulgaire, trop trash pour le public visé à qui ça n'apportera rien.


Extraits  :

"Quand elles te sucent, t'as peur qu'elles y laissent les dents." (p.53)
"Qu'il me baise, c'est un détail. Ouvrir mon corps je sais faire, pour que ça fasse pas mal" (p.75)
"Terreur et vide, dans mes prunelles et jusqu'à mes orteils peints en rouge, en passant par ma chatte, ma peau et mes viscères" (p.75)
"Si à chaque fois que tu promènes ta queue hors de la maison, tu ramènes une nouvelle bouche à nourrir, il va falloir que tu travailles un peu plus, mon ami !"
"Et il s'est pointé à la maison, la queue entre les jambes (...)" (p.114)

Il semble qu'on peut faire passer le souffrance humaine et le comportement ordurier autrement, sans finalement passer par cette sorte de facilité qu'est le vocabulaire obscène (les scènes obscènes)  à répétition qui finit par agacer, vraiment. Parce que tout le monde est peu ou prou capable d'écrire ainsi. La pudeur peut aussi faire passer des choses, avec davantage de subtilité...
Bref, en défaut par rapport au public visé. Sans doute ce qui fera rater des sélections à ce roman qui aurait pu tenir la route par son fonds documentaire sur Madagascar riche et intéressant.

J'avais beaucoup aimé Frangine. Je suis d'autant plus déçue - deux fois de suite que ça m'arrive, c'est dur !

 


10 juin 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville - tome 2 : Les jumeaux Traîne-Malheur

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Traduction : Anaïs Goacolou



Rappelez-vous : en janvier vous m'avez suivie dans Sinistreville, à la rencontre d'Hubert très très méchant. Voici le deuxième volume de la vie de cette étrange cité sortie de l'imagination débordante de Christopher William Hill.

Je m'attendais à retrouver Hubert mais en fait il s'agit d'une histoire toute autre, indépendante de celle du premier tome.
Greta et Feliks Mortenberg sont jumeaux. Affligés depuis leur plus jeune âge du surnom de "Jumeaux Traîne-Malheur", abandonnés par leurs parents, ils vivent avec leur tante, Gisela et son perroquet Karloff, dans un quartier mal-famé de Sinistreville. Grâce à elle, ils ont échappé à la Maison de redressement pour enfants inadaptés. Gisela est une personne généreuse qui gâte ses neveux par mille gourmandises. Mais le jour de leur onzième anniversaire, l'argent se mit à manquer et tante Gisela décide de louer la chambre d'amis de son logement. Débarque un sinistre locataire, avec "une tête étonnamment ronde et [un] visage d'une pâleur de cire peu commune chez les créatures vivantes".  Une tête de tueur, en déduisent les jumeaux. Il s'appelle d'ailleurs Morbide...

Le roman commence de manière trépidante. Dès les premières pages, on assiste à un coup de théâtre après avoir eu une peur innommable ! Christopher William Hill nous embarque dans le monde du cinéma, façon Sinistreville : le film d'horreur. Ou plutôt une forme de parodie de celui-ci. On rencontre personnages aux allures glauques : les acteurs qui tournent pour les films diffusés au Cinéma du Sang. Ca sent les canines vampiriques ! Le lecteur comme les jumeaux en ont pour leur grade de frayeur ! Des films qui aiguisent la curiosité. Et du cinéma à la littérature, il n'y a qu'un pas pour s'évader, surtout quand on a compris le plaisir de se faire peur...
Les jumeaux se rendent à la Librairie impériale de Sinistreville et rencontrent Olga Van Veenen, un écrivain en mal d'inspiration, après son dernier roman, La tête de mort qui riait. Une femme très avenante qui saura séduire Greta par ses romans, prendra les jumeaux sous son aile, leur offrant tout ce qu'ils n'ont jamais eu, grâce à sa fortune.

J'ai beaucoup aimé le début du roman, dont les coups de théâtre successifs surprenent vraiment. On finit (presque) par être convaincu de la bonté réelle d'Olga, même si Feliks ne cesse de douter de sa sincérité, même si, au détour d'une conversation, elle sème elle-même le doute : "L'apparence est presque toujours trompeuse. (...) Tenez, lisez n'importe lequel de mes livres. Les méchants commencent toujours par se montrer charmants." On tourne les pages et Olga est toujours aussi prévenante, sauvant les jumeaux de mille dangers. Elle les gave de gourmandises. Je me suis même demandé à un moment si elle n'avait pas décidé de les manger une fois engraissés !! Et puis, ce qui devait arriver arrive....

Et le texte continue de courir, de rebondissement en rebondissement.  Mais trop ! On finit par quitter la trame narrative, lassé parce que ça part dans tous les sens. J'ai failli abandonner ma lecture.
C'est vraiment dommage ! J'ai été d'autant plus déçue que j'avais vraiment beaucoup aimé le premier volume qui m'avait fait sourire par son humour caustique. L'horreur devient réelle pour les personnages. La fausse gentille est une vraie méchante. Un peu trop de vrai-faux et de faux-vrai. De beaux méchants et de laids gentils, de faux et de vrais morts, de disparus et de revenants. La canine vampirique s'émousse et l'humour noir avec.

Je fais néanmoins confiance à Christopher William Hill pour un troisième tome aussi réussi que le premier !

Merci à Flammarion Jeunesse !

 

 

 

06 juin 2015

Adama ou la vie en 3D

 

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Petit

e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
"1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui..."

Quant j'ai découvert cette série sur le thème "Français d'ailleurs", ça a fait "tilt" ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J'ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d'origine malienne, d'autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu'un petit livre pareil, d'une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d'un CDI, qu'il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s'approcher d'un bouquin, sauf s'il s'agit d'un manga.... Un roman documentaire qui met en avant la vie et l'histoire de Français dont on parle peu et qu'en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un "rayon" sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l'ouvrage sur "L'immigration malienne en France". Adama, l'adolescent de ce roman porte d'ailleurs le même prénom qu'Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l'Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l'histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu'à l'indépendance (1960), l'immigration en vers l'Hexagone, les lois "Pasqua" (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l'ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu'il repart là-bas le temps d'inaugurer une école, Adama lui demande de l'emmener. Son père fait mine d'établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu'Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l'épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
"J'ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c'est Kayes, et puis j'ai poussé dans la cité, la tour 7, c'est mon ventre à moi, et à l'instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : "Cet été, j'ai fait des milliers de kilomètres, j'ai suivi les menottes d'Ibrahima, j'ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j'ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j'ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d'ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu.""

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c'est un chouia de manque de suspense dans l'histoire d'Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c'est l'aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Disponible au format poche à partir du 10 juin

Merci aux Editions Casterman !



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01 juin 2015

Nord-Michigan

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Traduit par Sara Oudin



Joseph vit dans une bourgade perdue du le Nord-Michigan, près de la Pine River. Il a 43 ans, tente de s'occuper de la ferme de ses parents. Il est également instituteur, métier qu'il déteste et exerce par nécessité et non par vocation. D'ailleurs, au moment où l'on ouvre le roman, on sait déjà qu'il n'en a plus pour longemps dans cette école. Joseph est un solitaire. Il préfère la pêche et la chasse à la compagnie humaine. Sauf en ce qui concerne les femmes... Quand une de ses élèves, Catherine, lui fait des avances, au lieu de les ignorer pour éviter les pires ennuis, il fonce sur l'occasion. C'est d'autant plus dangereux qu'il fréquente également depuis toujours (ou du moins une éternité) son amie d'enfance, Rosealee, qui est aussi sa collègue à l'école. Pourtant, il n'envisage pas vraiment de faire sa vie avec elle. Il habite avec sa mère, mourante, et qui décédera au cours de la narration. Quand il n'est pas avec ses maîtresses, Joseph adore également la compagnie d'une bouteille de whisky ou des poèmes de Keats et Witman, un échappatoire efficace.

L'histoire va tourner autour de l'indécision de cet homme à choisir entre Catherine ou Rosaelee. On découvre également au fur et à mesure le passé de Joseph, l'accident qui l'a rendu infirme et inapte à l'incorporation pendant la 2nd Guerre mondiale; ses petits frères et soeurs morts bébés des affres de la diphtérie, toute une histoire de famille douloureuse. Des souvenirs incessants qui hantent Joseph, l'empêchent de vivre et le conduisent à un comportement suicidaire. Bref, vous l'aurez compris, cet homme n'est pas vraiment un gai luron.

Jim Harrison offre une photographie de la vie dans le milieu agricole du Nord-Michigan à la fin des années 50. Le titre original du roman est d'ailleurs Farmer. Je dois avouer que ça ne fait pas très envie ! Entre alcool, ennui profond et dépression. J'ai vraiment eu du mal avec le personnage perpétuellement indécis, trop dépressif à mon goût. J'ai regretté que le roman focalise sur ses relations sexuelles avec Catherine et Rosaelee. J'ai fini par trouver ça indigeste. L'intrigue en elle-même ne m'a donc pas plu.

Par contre, j'ai vraiment apprécié la part belle que fait Jim Harrison à la nature et aux animaux. Des animaux qui paraissent parfois bien plus intelligents que les humains, comme l'anecdote sur un coyote qui roule dans la farine Jospeh, complètement fasciné par l'animal. La forêt est décrite avec un humour et une saveur culinaire sans pareil  :

"Les grouses étaient en somme de somptueux dîners sur pattes qui se baladaient dans la forêt en attendant d'être tuées et mangées."

Jim Harrison met aussi l'accent sur les origines des gens qui peuplent ce village du Nord-Michigan : le père de Joseph était suédois; le médecin de famille est d'origine galloise. Le machisme des hommes n'est pas en reste : les fermiers considèrent les filles comme des bouches inutiles. 

Une peinture sociale qui fait assez froid dans le dos, un roman à l'ambiance étouffante, (peut-être un peu trop à mon goût) malgré la nature sauvage qui peuple les pages. J'ai été un peu trompée sur le sujet par le titre français"Nord-Michigan", assez vague, et la couverture de cette édition de poche. Le roman focalise vraiment sur le personnage du fermier célibataire et dépressif.

C'est le premier roman que je lis de Jim Harrison. Je pense poursuivre malgré tout, puisqu'il est un géant incontournable de la littérature américaine  et que son attrait pour la nature et l'Histoire du Michigan, entre autres, ne peuvent que m'intéresser.



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Posté par maevedefrance à 19:25 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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