27 septembre 2015

Magique aujourd'hui

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Nous sommes dans les années 2050. Tim est chercheur. Il travaille "sur les facultés d'adaptation en situations extrêmes", en particulier sur "le cas d'un Japonais qui vit depuis 2011 dans la zone interdite autour de Fukushima".
Tim est un hyperconnecté. Le puissant Mouvement de Deconne-x-ion surveille les addictions et dès qu'il estime que vous dépassez les limites, hop, il vous envoie direct en cure de désintoxication déconnexion. Ces gens-là sont des obsessionnels : ils passent leur temps à "réduire eux-mêmes leur temps de connexion" et à "prôner un usage très limité des machines intelligentes". L'ironie de l'histoire, c'est que ces mêmes personnes ont été les premières à faire la queue des décennies auparavant le jour de la sortie d'une tablette, d'un ordinateur, d'un smartphone dernier cri...
Tim vit avec Today, un androïde qui l'aide aussi bien dans son travail que dans sa vie quotidienne. Il y est très attaché et entretient avec lui une relation fusionnelle. Hors de question pour le le Mouvement de Deconne-x-ion ! Voilà Tim mis en cure d'office. Today se retrouve livré à lui-même, pour la première fois de son existence.

Le lecteur suit alternativement les aventures de Tim Bix, mis au "vert" chez Mme Hauvelle (qui ressemble à une tatie Danielle)  et celles de Today, enlevé par ex-cantatrice désabusée.

Les humains de ce récit sont bien peu sympathiques - mis à part Tim pour qui on se prend vite d'empathie et un couple de Néerlandais philantrope. Les deux femmes auxquelles sont confrontés Tim et Today sont pour le moins acariâtres, frustrées et elles ne font pas dans la dentelle.  Le jeune homme se débat comme un beau diable avec les travaux ingrats que lui assigne Mme Hauvelle. En particulier celui d'arracher du bambou.  Le bambou, la plante qui, par excellence cache bien son jeu : vous croyez en avoir fini avec elle, mais c'est une illusion. Le bambou c'est traître et sans fin. Tim s'en aperçoit rapidement. S'il réapprend aussi à profiter de la nature, à réfléchir sur lui-même, il ne peut cependant oublier son Today d'amour pour qui il se fait un sang d'encre, parce qu'il pense que lui-même se fait un sang d'encre ! Tous les moyens seront bons pour tenter de se connecter avec lui...

De son côté Today, désorienté par l'absence prolongée de Tim, sort de la maison. Pas de bol, il tombe sur Mirène, l'ex-cantatrice, dépressive et calculatrice, qui voudrait bien le faire travailler à sa place : il faut dire que le boulot actuel de cette femme est quelque peu frigorifiant et déprimant. Seulement, cette femme est tellement insupportable que la cohabitation avec Today tourne court. Un petit extrait de la manière dont elle lui parle :

"- Ben dis-donc ! Quelle sorte d'artiste es-tu, qui ne sait ni ranger ni jeter ?
- Que voulez-vous jeter ?
- Mais tout, petit abruti, tout ! Toute ma vie n'est qu'un déchet, une fumisterie monstrueuse."

"Tu as déjà été amoureux peut-être ? D'une friteuse programmée ?"

J'ai adoré les scènes entre Mirène et Today, qui sont "tordantes". Surtout quand le narrateur explique une chose (que n'a pas compris Mirène) qui a pour effet de déclencher une action de Today qui la rend dingue.

Vous l'aurez compris, on adore Today ! Il est gentil, serviable, perdu et a une patience d'ange. Mais... (hé!  hé! ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin, sachez juste que j'ai failli en louper mon arrêt de bus - l'addiction n'est pas forcément là où l'on s'imagine qu'elle est!...).

Un roman malicieux, bourré d'humour, qui amène la réflexion sur le monde connecté, de manière ludique, avec finesse, justesse et philosophie.
Un Mouvement de Deconne-x-ion, s'il devait exister, aurait du souci à se faire...
Entre le bambou et le grille-pain, allez savoir lequel cache le mieux son jeu !



Un livre en lice pour le Prix Jean-Giono 2015.


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19 septembre 2015

D'après une histoire vraie

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Delphine, qui a publié Rien ne s'oppose à la nuit, est victime de son succès, dépassée par les événements au point d'en être fatiguée et déprimée. Au Salon du livre, elle s'entend refuser une signature à une lectrice. Quelques jours plus tard, elle rencontre une étrange femme chez une amie. Elle ne sait pas encore qu'à cause d'elle, sa vie va changer. Cette femme c'est L. Un écrivain nègre pour des célébrités. Delphine est fascinée par le personnage qui est son presque exact opposé, du moins au début. L. est une femme sophistiquée, toujours tirée à quatre épingles et au grand pouvoir de séduction. Dès le début, on est mal à l'aise avec cette personne très intrusive, qui veut tout savoir de la vie de Delphine, jusqu'aux choses les plus personnelles. On sent bien qu'il y a un truc qui cloche. Comme par hasard, L. se trouve souvent où est Delphine : en bas de chez elle, à Monoprix etc. Drôles de coïncidences. Puis Delphine s'aperçoit que physiquement L. se met à lui ressembler de plus en plus.
Un jour, L. demande à Delphine de l'héberger temporairement, le temps qu'elle retrouve un autre logement. Complètement sous l'emprise de cette femme, fascinée parce qu'elle est celle à qui elle aimerait ressembler, qu'elle a besoin qu'on la prenne en main sa dépression et sa solitude (ses enfants sont partis faire des études un peu loin, elle n'habite pas avec François, son compagnon), elle accepte.
Peu à peu L. vampirise l'auteur de Rien ne s'oppose à la nuit, au point de lui dicter la manière et les sujets sur lesquels elle doit écrire. Au point que justement, Delphine ne parvient plus à écrire une ligne, à ouvrir un fichier Word ou à répondre à ses mails. Et voilà que L. se fait passer pour elle, lui fait mentir à son éditrice, se rend à sa place à une rencontre lycéens, répond à son courrier.... "L. était une méduse légère et translucide, qui s'était déposée sur une partie de mon âme", raconte Delphine.  Et j'en ai largement assez dit.

J'avoue que je ne fais pas dans l'originalité avec cette lecture : on voit ce livre partout en cette rentrée littéraire. Mais j'avais adoré Les heures souterraines et No et Moi. Je n'ai pas lu Rien ne s'oppose à la nuit.  Donc voilà un De Vigan que je lis après des années après ses premiers romans. Et qui m'a laissé une impression ambivalente pendant toute ma lecture.

C'est très à la mode de brouiller les pistes en mettant un narrateur-écrivain qui porte le même nom que l'auteur du livre, de mêler fiction et réalité, et de jouer sur l'effet de réel. Amélie Nothomb le fait souvent (cf le truculent Pétronille), ou encore Eric Reinhardt (L'amour et les forêts) pour ne citer qu'eux. Donc de mon point de vue, Delphine de Vigan n'a rien inventé. On note qu'elle met en exergue Misery et La part des ténèbres de Stephen King. Evidemment, on ne peut que penser à Misery au fur et à mesure qu'on avance dans le roman qui vire au fur et à mesure au thriller.
Mais le suspense est arrivé trop tard à mon goût, même si la fin est très réussie et c'est ce qui fait la force de ce livre. Je me suis souvent un peu ennuyée parce qu'il ne se passait rien, que ça tournait en rond avec l'emprise de L. sur Delphine, avant que l'action ne reprenne le dessus, façon boomrang.

Le personnage de L. est vraiment flippant, vraiment glauque. Et quand L. se met à ressembler  tellement physiquement à Delphine qu'elle peut prendre sa place lors d'une rencontre écrivain-lecteurs, et que personne n'y voit goutte, là j'ai vraiment commencé à douter de la crédibilité de la chose. Je ne peux pas vous dire pourquoi mais il y a une raison à cela qui a sa solution dans la fin du roman.

Saurez-vous un jour qui est L. ? C'est une bonne question ! Et de ce point de vue, le livre m'a plu par sa fin, qui est une pirouette très habile. En tout cas, faites attention à vous...

Quant à la dissertation sur "seule la littérature permet d'accéder à la vérité" mais "toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion", ça n'a rien de très nouveau comme réflexion. Les (ex) étudiants en littérature connaissent Le récit est un piège de Louis Marin (1978), pour ne citer que lui.


Delphine de Vigan joue avec une réalité multiple qui attache l'attention émotionnelle du lecteur. Un roman habile mais dont certaines longueurs ont gâché mon plaisir.


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09 septembre 2015

Mentine tome 2 : Cette fois c'est l'internat

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Illustré par Margaux Motin

4e de couverture : "Exclue. Cette sentence est tombée en novembre, à quelques jours de mon anniversaire. J'allais avoir treize ans, j'étais déscolarisée, et sur le champ de bataille de ma vie, une survivante : Johanna Estamplade, ma seule amie !"

Rappelez-vous, il y a quelques mois, nous faisions connaissance avec Mentine, douze ans et quelques mois, envoyée dans le Larzac par ses parents, histoire de lui remettre les idées en place ou plutôt de tenter d'essayer de la remettre dans le droit chemin. Mentine est une surdouée mais n'en reste pas moins une gamine. Son obsession est de se fondre dans le moule de la "normalité", quitte à bouziller ses notes scolaires. Dans le Larzac, elle a dû confronter son intellect de surdouée et son caractère bien trempée à un paysan au caractère encore plus fort que le sien. Le résultat était positif, Mentine en est sortie grandie.

Pourtant dans ce tome 2, c'est repartie pour les bêtises en cascade. Mais pas des petites bêtises, des grosses, qui valent à Mentine l'exclusion de son établissement scolaire. Il faut dire que Mentine a les hormones en ébullition et ça ne l'aide pas. Elle se brouille et se bat comme une chiffonnière avec sa meilleure amie à cause d'un garçon. Le problème c'est que la copine est quelqu'un d'"influent" dans le bahut et elle parvient à liguer tous les "moutons" de son réseau contre notre surdouée déjà très mal : la sanction est tombée comme un couperet : Mentine est exclue du collège. Et même si elle s'excuse auprès de son ex-amie, rien n'y fait, celle-ci refuse de lui adresser la parole et la pourrit sur les réseaux sociaux. Mentine déprime vraiment. Ses parents décident de l'inscrire dans un institut suisse spécialisé pour les ados comme elle. Evidemment, elle voit rouge...

J'avais beaucoup aimé le tome 1 de cette histoire, le personnage de Mentine qui me rappelle tellement une vraie gamine en perdition exactement comme elle (à quelques détails près).

Dans ce second volume, je me suis laissée emporter par l'histoire et le regard de cette adolescente pas comme les autres sur le monde qui l'entoure. Mais, j'avoue d'emblée que si c'est une histoire sympathique, elle est peut-être un peu trop parfaite (oui, oui) dans le sens où Mentine intègre un établissement pour surdoués complètement idyllique, à la pédagogie fantaisiste et en ressort comme par miracle transformée et épanouie. Dans la réalité, ce genre d'établissement n'existe pas. Je suis très sceptique sur les écoles spécialisées pour "EIP" (Enfant Intellectuellement Précoce) qui sont pour beaucoup des écoles qui peuvent les ravager encore plus que dans le système traditionnel dit inadaptés à ces élèves-là. Mais même ceci est très discutable. Tout dépend des cas. Tout dépend de tellement de choses...
Bref, tout ça pour dire que j'ai bien aimé cette histoire entraînante qu'on a du mal à lâcher une fois le livre en mains mais que néanmoins elle n'est pas vraiment réaliste. Mais il est quand même bon de rêver !

Beaucoup plus de larmes que dans le premier, car Mentine est "la balafrée du cerveau", une dure à cuire devenue une hystérique et une pleurnicharde (merci les hormones !) Elle ne se reconnaît pas elle-même et elle repart à zéro : fini le faire-semblant d'être comme tout le monde : sa nouvelle école lui permet d'être elle-même et de rencontrer d'autres ados blessés par la vie à cause de leur différence, le regard des autres, leur jalousie, leur méchanceté etc.

Un bouquin sympa même si j'ai largement préféré le premier volume et joliment illustré par Margaux Motin : un beau vert menthe rafraichissant en couverture, à l'image du livre.

Je remercie beaucoup Flammarion Jeunesse pour l'envoi du roman.