01 juin 2015

Nord-Michigan

nord-michigan

Traduit par Sara Oudin



Joseph vit dans une bourgade perdue du le Nord-Michigan, près de la Pine River. Il a 43 ans, tente de s'occuper de la ferme de ses parents. Il est également instituteur, métier qu'il déteste et exerce par nécessité et non par vocation. D'ailleurs, au moment où l'on ouvre le roman, on sait déjà qu'il n'en a plus pour longemps dans cette école. Joseph est un solitaire. Il préfère la pêche et la chasse à la compagnie humaine. Sauf en ce qui concerne les femmes... Quand une de ses élèves, Catherine, lui fait des avances, au lieu de les ignorer pour éviter les pires ennuis, il fonce sur l'occasion. C'est d'autant plus dangereux qu'il fréquente également depuis toujours (ou du moins une éternité) son amie d'enfance, Rosealee, qui est aussi sa collègue à l'école. Pourtant, il n'envisage pas vraiment de faire sa vie avec elle. Il habite avec sa mère, mourante, et qui décédera au cours de la narration. Quand il n'est pas avec ses maîtresses, Joseph adore également la compagnie d'une bouteille de whisky ou des poèmes de Keats et Witman, un échappatoire efficace.

L'histoire va tourner autour de l'indécision de cet homme à choisir entre Catherine ou Rosaelee. On découvre également au fur et à mesure le passé de Joseph, l'accident qui l'a rendu infirme et inapte à l'incorporation pendant la 2nd Guerre mondiale; ses petits frères et soeurs morts bébés des affres de la diphtérie, toute une histoire de famille douloureuse. Des souvenirs incessants qui hantent Joseph, l'empêchent de vivre et le conduisent à un comportement suicidaire. Bref, vous l'aurez compris, cet homme n'est pas vraiment un gai luron.

Jim Harrison offre une photographie de la vie dans le milieu agricole du Nord-Michigan à la fin des années 50. Le titre original du roman est d'ailleurs Farmer. Je dois avouer que ça ne fait pas très envie ! Entre alcool, ennui profond et dépression. J'ai vraiment eu du mal avec le personnage perpétuellement indécis, trop dépressif à mon goût. J'ai regretté que le roman focalise sur ses relations sexuelles avec Catherine et Rosaelee. J'ai fini par trouver ça indigeste. L'intrigue en elle-même ne m'a donc pas plu.

Par contre, j'ai vraiment apprécié la part belle que fait Jim Harrison à la nature et aux animaux. Des animaux qui paraissent parfois bien plus intelligents que les humains, comme l'anecdote sur un coyote qui roule dans la farine Jospeh, complètement fasciné par l'animal. La forêt est décrite avec un humour et une saveur culinaire sans pareil  :

"Les grouses étaient en somme de somptueux dîners sur pattes qui se baladaient dans la forêt en attendant d'être tuées et mangées."

Jim Harrison met aussi l'accent sur les origines des gens qui peuplent ce village du Nord-Michigan : le père de Joseph était suédois; le médecin de famille est d'origine galloise. Le machisme des hommes n'est pas en reste : les fermiers considèrent les filles comme des bouches inutiles. 

Une peinture sociale qui fait assez froid dans le dos, un roman à l'ambiance étouffante, (peut-être un peu trop à mon goût) malgré la nature sauvage qui peuple les pages. J'ai été un peu trompée sur le sujet par le titre français"Nord-Michigan", assez vague, et la couverture de cette édition de poche. Le roman focalise vraiment sur le personnage du fermier célibataire et dépressif.

C'est le premier roman que je lis de Jim Harrison. Je pense poursuivre malgré tout, puisqu'il est un géant incontournable de la littérature américaine  et que son attrait pour la nature et l'Histoire du Michigan, entre autres, ne peuvent que m'intéresser.



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25 mai 2015

Il était une rivière

Il était une rivière

Traduit par Elisabeth Peellaert

Margo Crane, 16 ans, est née au bord de la rivière Stark, affluent de la Kalamazoo dans le Michigan. Sa famille est dans le genre famille compliquée à embrouilles à n'en plus finir. Jusqu'au jour où son oncle Cal abuse d'elle. Ce qui aggrave encore un peu plus l'histoire familiale. Pour ne pas arranger les choses, sa mère dépressive quitte la maison et son père est assassiné par un de ses neveux. Margo se retrouve orpheline. Elle va partir à la recherche de sa mère mais elle devra trouver ses marques toute seule puisqu'elle se retrouve livrée à elle-même, avec comme seule modèle, celui d'une femme ayant vécu le siècle dernier et championne de tir : Annie Oakley. Margo ne se séparera jamais du livre écrit par cette femme, le seul qu'elle a lu.

Au tout début du roman, j'ai eu peur que ça tourne à une histoire de vengeance familiale à coup d'armes à feu. Heureusement, ce n'est pas le sujet. Plutôt celui d'un apprentissage de la vie au fil de l'eau. Nous sommes plongés du début à la fin dans l'univers des hommes des rivières du Michigan. Au fil de son périple sur sa barque River Rose, Margo aura souvent affaire à des hommes peu recommandables, qui vont profiter de sa beauté et de sa générosité. Pourtant, Margo n'est pas non plus une petit chose sans défense : elle ne se sépare jamais de ses armes qu'elle manie avec une dextérité qui épatera la gente masculine. Elle apprend aussi à mentir et deviendra une tueuse. Ouaip, la gamine tourne vraiment à la sauvage à un moment donné, mais c'est pour sauver un homme qu'elle trouve charmant, doux et gentil et qui souhaite... l'épouser. Mise au pied du mur devant son crime, Margot fera un choix : celui de continuer sa route plutôt que de risquer la prison. La rivière et la forêt, c'est son univers, son Paradis vert que pour rien au monde elle ne souhaite quitter.

On se prend une sacrée bouffée de chlorophylle et de verdure avec ce roman. Le texte s'attarde pour notre plus grand plaisir sur les bruits de cette forêt du Michigan, peuplée de cerfs, d'écureuils volants, de criquets de minuit, de lucioles, de grenouilles arboricoles "qui piaillent comme des insectes", ou de rats musqués (et encore je ne cite pas tous les animaux rencontrés). Avec la gamine, on apprendra la chasse, la pêche, la cueillette des vesses-de-loup géantes et des poulets-des-bois, ou comment dépecer des ratons-laveurs ou des rats musqués sans abîmer la fourrure, très prisée, que l'on peu vendre pour se faire de l'argent. Si vous avez un peu un âme d'écolo ou de trappeur, vous serez aux anges.

"Tandis que juillet s'épanchait sur le mois d'août, Margo écoutait les colonies de jeunes rouges-gorges picorer dans les taillis en si grand nombre que les sous-bois semblaient vivants. Elle observait les sitelles qui s'élançaient des arbres et tombaient en spirale tête la première, touchant le sol pour remonter aussitôt. Elle observait les vautours aura voler en cercles hauts dans le ciel chassant à l'odeur les créatures ayant survécu à l'été."

Un texte magnifiquement écrit, poétique, à la decription minutieuse et très bien documenté sur la vie dans cette partie du Michigan. Nous sommes dans les années 70, près d'une petite cité ouvrière mais pourtant, tout au long du roman, du fait de la vie sauvage de Margot, on a l'impression d'être dans une nature totalement vierge. Pourtant, Bonnie Jo Campbell s'attache également, par touche, à décrire la pollution de la Kalamazoo, comme pour nous ramener à la réalité sans toutefois interrompre trop brusquement notre promenade.

Quand Margo quittera son univers natal (toujours dans le but de tenter de retrouver sa mère), elle fera la connaissance d'un étrange Indien, venu à la recherche de ses ancêtres, les Potawatomi. Cette rencontre bouleversera à tout jamais la vie de la jeune fille, même si elle n'en aura pas conscience sur le coup. Mais en tout cas, dans sa tête, elle porte (comme moi, d'ailleurs) un image d'Epinal concernant les Indiens d'Amérique : "Sitting Bull ne dirait pas bon sang de bonsoir et hum et sacrebleu et vachement." Et puis cet Indien porte un jean et un tshirt.... (Si vous n'avez jamais rencontré d'Indiens, sachez que nous avons tous un mythe bien ancré dans notre tête de Blanc : celui l'homme habillé de peau et de plumes, et que 3 secondes, on se fait cette réflexion complètement idiote, je sais de quoi je parle :p ).

J'ai apprécié la juste de la rencontre entre Margo et cet homme. L'écrivain n'élide pas non plus le problème de l'alcoolisme, un réalité indienne contemporaine. Mais le personnage le plus attachant est celui de "Smoke", un vieil homme malade, en phase terminale, solitaire, bourru mais avec un coeur immense, qui fera office de grand-père par substitution pour Margo. Une rencontre touchante entre deux êtres solitaires qui ont décidé de vivre leur vie comme ils l'entendent, de rester libres, à tout prix et jusqu'au bout...

Margo devra décider du prix à payer pour rester libre tout en étant en paix. Un très beau roman sur une quête initiatique sur fond de Nature Writing. Difficile de replonger directement dans un autre roman après une lecture pareille. Je vous la recommande si vous avez besoin de grand air et de liberté : ça fait du bien !

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16 mai 2015

Les filles de l'ouragan

les filles de l'ouragan

Traduit par Simone Arous

Dana Dickerson et Ruth Plank sont nées le même jour au même endroit : le 4 juillet 1950, dans le New Hampshire. Elles ont été conçues un jour d'ouragan. Elles ne sont pas jumelles, juste "soeurs d'anniversaire". Leurs familles respectives sont dissemblables. Dana est délaissée par ses parents : sa mère est une artiste pour qui l'art est plus important que ses enfants ; son père est immature et passe son temps enchaîner les projets irréalisables en rêvant de gloire. Ruth est issue d'une famille de gens de la terre qui ont réussi : Farm Plank est réputée pour la culture de la fraise. Un jour, les Dickerson quitte le New Hampshire pour aller s'installer en Pennsylvanie. On peut penser que s'en est fini des liens entre les deux familles, qui avaient l'habitude de se voir une fois par an pour la date d'anniversaire de Dana et Ruth, sous la pression de Mme Plank. Pourtant. Aussi différentes soient-elles, ces deux familles semblent avoir leur destin lié. La vie des deux soeurs d'anniversaire ne sera pas un long fleuve tranquille, mais à l'image de la météo du jour de leur conception...

Nous suivons la vie de Ruth et de Dana des années 50 à nos jours, par un jeu d'alternance de voix narrative. Une manière pour Joyce Maynard de peindre ce coin d'Amérique au fil du temps, d'aborder plusieurs problèmes auxquels seront confrontés les jeunes femmes dans cette Amérique-là, liées par un drame familial dont elles n'ont pas connaissance. 
Ruth tombe amoureuse de Ray Dickerson, le frère de Dana, de plusieurs années son aîné. Sa passion pour cet homme ira de paire avec la passion qu'elle se découvre pour la peinture. Elle perçoit la vie à travers le prisme de l'art. Elle goûtera les années hippies, la liberté, l'érotisme, dans une cabane sur une île canadienne, avec Ray,  jusqu'à ce qu'un jour sa mère la ramène brusquement sur terre, brisant son couple, sa vie et son inspiration artistique.
Dana ne s'intéresse pas aux garçons, mais aux filles. C'est une terrienne, jusque dans son apparence trapue. Elle intégre l'Ecole d'agriculture du New Hampshire, fait la connaissance de Clarice qui deviendra sa compagne. Elle perd de vue son frère Ray et prend ses distances avec ses parents qu'elles ne considèrent pas.

Difficile de parler de ce roman sans raconter toute l'histoire!
En tout cas, on ne s'ennuie pas trois minutes et la prose de Joyce Maynard nous fait visiter cette Amérique rurale. Elle aborde des thèmes comme la spéculation immobilière qui n'aura de cesse de harceler les fermiers, de vouloir leur faire vendre leurs terres pour y construire des lotissements ; l'endettement de ceux-ci suite à des années de sécheresse : le père de Ruth a longtemps été fier de pouvoir faire tourner sa ferme sans emprunter un seul dollar aux banques, mais hélas !, son idéal sera mis à mal...
Et puis, être homosexuelle et femme est vraiment quelque chose de tabou, en particulier dans le monde du travail, même s'il est universitaire : Clarice en fera la difficile expérience.

Le mariage hétérosexuel (ça va sans dire dans cette Amérique puritaine !) et les enfants sont le modèle de la famille et la famille prime avant tout dans cette Amérique-là. Même Ruth finira par s'y plier, mais pour combler l'exaltation artistique qui l'a quittée.

Enfin, on en apprend un rayon sur la culture de la fraise, en particulier la naissance d'une nouvelle variété, plus savoureuse et plus résistante ! Tout cela est lié à à l'intrigue, à la famille qui en renaîtra, sous une forme différente, contre vent et ouragan. Sacrée mise en miroir !

Les deux héroïnes sont attachantes, l'histoire ne vous fait difficilement lâcher le roman avant de l'avoir terminé. J'ai vraiment aimé cette saga familiale américaine et j'apprécie vraiment la prose de Joyce Maynard, découverte avec L'homme de la Montagne (merci Festival America !). J'ai adoré l'ambiance rurale de ce bouquin. Le genre de livre qui vous donne envie d'aller cultiver du maïs et des fraises dans le New Hampshire, ça c'est clair !
Le seul reproche que je peux faire qu'on devine peu ou prou l'intrigue bien avant la fin parce qu'il y a trop d'indices pour que l'on n'y pense pas ! Mais en même temps, ce n'est pas tout à fait ce à quoi on s'attend....

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A cause, ou plutôt grâce à ce roman, je vais poursuivre sur ma lancée de découverte de la littérature américaine des grands espaces. Je suis déjà embarquée pour le Michigan.

 

 

 

16 mars 2015

Bingo's run

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Traduit par Laurent Bury

Bingo est un gamin des rues de Nairobi. Malgré ses quinze ans, il est le coureur à pied le plus rapide de la capitale, et peut-être même du monde. Pour survivre, il livre de la "poudre" aux clients du gang de narco-trafiquants du coin, sans trop se poser de question. Etre discret et rapide, c'est tout ce qu'on lui demande pour éviter les embrouilles avec la police. Un jour, Bingo assiste au meurtre dans des narco-tarfiquants. Le hic, c'est que ce meurtre est péreprétré par son boss, le terrible Wolf. Heureusement, celui-ci n'a pas vu Bingo, aussi discret qu'à son habitude.
Ce gamin est un sacré bon comédien, il aurait pu faire du théâtre ou tourner dans un film. Ca tombe bien car s'il raconte le meurtre à son boss, évidemment il ne va pas lui dire qu'il a tout vu. Néanmoins, il se retrouve expédié dans un orphelinat tenu par un homme d'église peu scurpuleux. En effet, Bingo n'a plus ni père ni mère. Tous les deux ont été tués par la violence quotidienne de Nairobi. Et c'est là qu'entre en scène une riche Américaine, Mrs Steele, marchande d'art divorcée, fortunée et en mal d'enfant...

Ne vous y trompez pas, ce roman n'a pas été écrit par un Kenyan mais bel et bien par un Américain. Pourtant on est immergé dans l'ambiance de la tumultueuse capitale d'un riche pays d'Afrique où pourtant la misère est le quotidien de la très grande majorité des gens. Le seul moyen pour survivre est le système D, les petites ou grosses magouilles. Le must en matière de rémunération, outre le trafic de drogue, c'est de se trouver un bon gros touriste blanc pété de tunes. Mais alors, quand on tombe sur une riche Américaine, avec des "chaussures de pute", c'est vraiment génial. Sauf si elle se met à vous raconter sa vie, quand vous lui demandez pourquoi elle vous a acheté et pourquoi elle veut vous emmener avec elle vivre au pays de cow boys... Et que vous vous rendez-compte que finalement, elle vous ressemble cette dame, même si vous, vous êtes un gamin noir et pauvre, qui a vu des milliers de gens se faire "buter" du haut de vos quinze ans. Le courant se met à passer entre Mrs Steel et Bingo. Mais c'est sans compter sur Charity, la femme de chambre du Livingstone Hotel, où résident Mrs Steel et Bingo, avant de s'embarquer vers les States....

Un roman très vif, aux chapitres courts, qui vous filent entre les mains aussi vite que la rapidité de Bingo. La corruption et la violence sont sur le devant de la scène. Mais ce roman est également une satire sur le monde des marchands d'art, où la malhonnêteté sur la valeur réelle d'une oeuvre est ce qui fait s'enrichir un petit cercle de gens qui ont bâti leur fortune en s'engraissant sur le dos d'imbéciles friqués, imbus d'eux-mêmes et capables d'acheter n'importe quoi très cher.

Un roman très drôle également, parce que Bingo est un personnage taquin, qui parle "cash", en rajoute une couche quand il faut, en prenant l'accent du coin, jusqu'à la parodie du petit Africain pauvre devant le Blanc riche.

Globalement, j'ai aimé cette lecture même si j'ai tout de même trouvé quelques longueurs, surtout quand Bingo est en compagnie de ses narco-trafiquants de patrons. Il y a également beaucoup de personnages, que l'on oublie pendant un moment parce qu'ils disparaissent du roman, pour réapparaîtrent ensuite. On s'y perd un peu.
J'ai donc eu des hauts et des bas au cours de ma lecture, mais c'est plutôt positif et parfait pour découvrir Nairobi !

Je remercie beaucoup Babelio pour sa masse critique "réservée" et les éditions Piranha (toute jeune maison d'édition aux textes qui m'ont l'air percutants) pour l'envoi du livre.

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12 octobre 2014

Une vie d'emprunt

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traduit par Stéphane Roques

4e de couverture : "Slava, jeune juif russe de New York, est un modèle d'intégration. Fuyant sa communauté, sa langue maternelle et le poids du destin familial, il s'est installé à Manathan où, à défaut de réaliser ses rêves d'écrivain, il a dégoté un poste de larbin pour la prestigieuse revue Century avec, en prime, une petite amie américaine branchée et sexy. Mais la mort de sa grand-mère le ramène brutalement parmi les siens, à Brooklyn, et plus précisément chez son grand-père. Le vieux Guelman a souffert dans la vie parce qu'il était juif, parce qu'il était citoyen de seconde zone en Union soviétique, puis immigré russe en proie au mépris d'une Amérique triomphante - et voudrait bien, aujourd'hui, obtenir réparation. Mais il n'est éligible à aucun programme d'indemnisation. Qu'à ne cela ne tienne, Slava est écrivain, il sait raconter des histoires..."

Je n'avais jamais entendu parler de Boris Fishman avant d'aller à Festival America et d'assister à un débat sur l'Histoire dans la fiction. Cet écrivain à l'humour corrosif et au discours intéressant m'a intriguée et j'ai eu envie de découvrir son roman, qui est de plus son premier. Ce fut une aubaine quand Babelio l'a mis en lot dans sa Masse critique de rentrée.
Boris Fishman est américain mais il est né en Biélorussie en 1979 et il est à présent journaliste. Le roman était prometteur : la vie plutôt compliquée d'un Américain d'origine russe, juif de surcroit et l'idée fumante (et immorale) qui lui vient à l'esprit pour que son grand-père touche une indemnisation était alléchante. L'idée de Fishman est audacieuse (elle n'est pas révélée par la quatrième de couverture mais il l'a révélé lors du débat à Festival America donc je la connaissais avant même d'avoir lu le livre) Seulement voilà...

On comprend bien, dès les premières pages que la famille de Slava est du genre pénible et accaparante  (même morte la grand-mère en impose encore et le grand-père, malgré ses quatre-vingts ans, ne perd pas le Nord). On nous raconte comment les petites magouilles entre immigrés, juifs,  sur le sol américain leur ont permis de se simplifier la vie. Le tableau est d'un humour corrosif et sans concessions. Puis la vie d'assistant de rédaction de Slava prend le relais et son idylle avec sa collègue, Arianna elle aussi juive et américaine, précédée par des considérations sur les fringues de deux Américains qui fréquentent un bouge appelé Le Kaboul, les fringues des collègues de Slava au Century, des considérations sur les articles qu'il a écrits...

... Le livre m'est tombé des mains au bout d'environ 150 pages. Trop de digressions, trop de détails encombre la narration : on en perd le fil. Peut-être est-ce parce que je voulais à tout prix être dans le vif sur sujet (que je connaissais). Mais sans le connaître, on se demande où l'écrivain veut en venir. Le coeur de l'intrigue tarde trop à venir. J'ai eu du mal aussi, avec son style assez alambiqué. Pas que les longues phrases me rebutent a priori, mais là, parfois, on ne sait plus trop de quoi il cause. A moins que j'ai manqué d'attention, ce qui est aussi possible !

Bref, je suis d'autant plus déçue que j'ai apprécié les interventions de l'auteur lors du débat à Festival America où il avait un discours tout à fait intéressant, doublé d'un humour que l'on retrouve dans ce livre : malgré tout, j'ai réussi à sourire par moments lors de la lecture. Même si ce roman est finalement une déception.

Je remercie Babelio et les Editions Buchet Chastel pour l'envoi du livre.

 

 


10 octobre 2014

L'homme de la montagne

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 Traduction : Françoise Adelstain

Nous sommes en 1979, en Caroline du Nord, plus précisément dans le Parc national de Golden Gate, dans une résidence superbement nommée "Cité de la splendeur matinale (!). Rachel a treize ans et sa soeur Patty en a onze. Leur père est le flamboyant inspecteur Torricelli, divorcé pour cause d'être aussi un flamboyant coureur de jupons. Néanmoins, il adore ses filles, qui, livrée à elles-mêmes (pour cause de mère dépressive), ont comme activités favorites les balades dans la montagne et regarder leurs séries TV préférées installées sur une couverture dans le jardin de leur voisin (tant pis si elles n'ont pas le son, l'image leur suffit, elles font elles-mêmes les dialogues !). C'est bien calme le Golden Gate National Park, un peu trop quand on a treize ans et onze ans. Mais voici qu'une série de meurtres va venir pimenter leur existence et leur réserver bien des surprises.

Ce roman s'est retrouvé de façon totalement inattendu dans ma Pile à lire suite à mes pérégrinations à Festival America. C'est parce que j'ai entendu Joyce Maynard en parler dans un débat et qu'elle a su susciter ma curiosité quand elle a parlé de ce roman en disant que ses héroïnes sont des personnages forts. Et que c'était l'une des choses qui lui importaient le plus. Et puis, il y avait l'issue de l'intrigue (non révélée, évidemment) qui avait l'air d'être un peu hors du commun.
Eh bien je dois dire que je ne m'y suis pas trompée : moi qui ne lit pas si souvent que ça des romans américains, je n'ai pas lâché celui-ci. Et c'est le premier que je lis de Joyce Maynard...

C'est tout d'abord, pour nous, lecteurs français, une sacrée plongée dans l'Ouest américain, un vrai dépaysement, dans cette bourgade à l'ombre du mont Tamalpais - où rodent, en plus des coyotes, ce serial killer qui va terrifier la population pendant des mois et des mois.

C'est aussi une plongée dans les années 70-80, avec en écho la série Drôles de Dames (Farrah est d'ailleurs le surnom que donne l'inspecteur Torricelli à sa fille Rachel). Drôles de dames, c'est en effet ce que sont ces gamines qui jouent les enquêtrices pour aider leur père à trouver le coupable. Parce que, au fil du temps, l'inspecteur Torricelli va perdre de sa superbe face aux medias et à la population car il ne parvient pas à arrêter le meurtrier. Seulement, à 13 et 11 ans, on est inconscients du danger. Les deux gamines vont échafauder un plan, qui évidemment ne se passera pas du tout comme prévu. Mais l'une d'elle aura une idée aussi géniale que burlesque pour les sauver d'un face-à-face qui prend une allure inattendue (ne vous apprêtez pas à pleurer mais plutôt à rire et à trouver, qu'effectivement, ces deux gamines sont de drôles de dames !).
D'ailleurs, Patty faire remarquer à sa soeur qu'"on est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une".

Ensuite, c'est l'âge de 13 ans qu'explore sous toutes ses formes Joyce Maynard. Je ne me rappelle pas de comment j'étais à cet âge-là exactement mais j'ai trouvé que le personnage de Rachel était à la fois très gamine et très mature pour son âge. Du moins, elle évolue au fil des pages dans sa vie d'ado, n'hésitant pas à larguer manu militari son premier  boyfriend qui la prend pour un objet. On s'attache rapidement aux deux gamines au caractère bien trempé, dont on sent que dans la vie, elles ne se laisseront jamais marcher sur les pieds. C'est un trait de caractère qui m'a beaucoup plu, notamment dans sa dimension féministe.

Parce que c'est aussi ce qu'est ce roman aux multiples facettes : un polar qui tient en haleine et un roman d'apprentissage féminin et féministe.

Enfin, la fin n'est pas convenue. Si ce n'est pas tout à fait une happy end (il y aura des morts), c'est toutefois une fin comme je les aime :habile, inattendue, émouvante, mais sans pathos larmoyant. Autrement dit : la vie reprend ses droits.

Et pour vous mettre dans l'ambiance de ce roman,  écouter le titre qui hante le roman:)

The Knack-My Sharona





 

 

29 mars 2014

Schroder

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Premier livre traduit en France d'Amity Gaige, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec un titre aussi énigmatique que Schroder. Et puis quand je me suis rendu compte que le personnage qui s'empare du récit s'appelle Erik, j'ai même un très fugace instant pensé qu'il pouvait s'agir de l'homme politique homonyme. Mais non, heureusement, on est loin du récit d'une vie d'un homme politique !

Erik Schroder est en prison quand débute le roman. Il risque vingt-cinq ans de prison. Il n'a pas prononcé un mot depuis des jours. Son avocat lui a conseillé de tout raconter dans le journal que nous lisons, depuis qu'il a disparu avec sa fille Meadow, dans un road trip qui nous emmènera à un rythme effréné à proximité de la frontière avec le Canada. C'est un récit-confession, une lettre d'excuses de plus de trois cents pages que nous avons entre les mains, Erik est divorcé de sa femme Laura. Il connaît les "joies" de la garde alternée. Jusqu'au jour où il décide d'emmener sa fille en promenade avec lui, sans donner de nouvelles à sa femme. L'occasion pour lui de dire la vérité à Meadow, sur qui il est vraiment. Parce que Erik n'est pas qu'il a dit être.


Arrivé à l'âge de neuf ans aux Etats-Unis ("J'avais quatorze ans et je vivais aux Etats-Unis depuis cinq ans seulement."), il a vécu à Dorchester, une banlieue populaire de Boston, avec son père, Otto qui a fui l'Allemagne de l'Est. Mais Erik falsifie son identité, se crée un personnage et se fait appeler Erik Kennedy. Il voulait un nom de héros et "à Dorchester, un seul homme pouvait prétendre à ce qualificatif. Un garçon du pays,un Irlandais persécuté, un demi-dieu. Il était aussi l'homme qui avait harangué sous les vivats la foule déprimée des Berlinois de l'Ouest en 1963". Il a réécrit son enfance et son adolescence pour se faire résident américain d'une banlieue chic. Sa vie entière est fut un mensonge. Une réinvention de soi qu'il portera finalement comme un fardeau.

Ce roman n'est pas - heureusement - un récit sur les "joies" du divorce et la douleur d'un couple qui se déchire. Laura n'est pas présente, juste décrite par Erik comme quelqu'un qui n'est pas vraiment facile à vivre. Pourtant, on ne se dit pas : "Bon sang, il est gonflé". Erik est un personnage attachant. C'est un homme blessé, qui porte comme une croix un sentiment de culpabilité mais surtout un amour sans commune mesure pour son enfant. Il sait qu'il ne ressortira pas intact de ce qu'il a fait, il sait que c'est une voie sans retour qu'il a emprunté et pour cela, il veut offrir le meilleur à Meadow, petite fille qu'il décrit comme surdouée. Leur chemin croisera celui de personnages haut en couleurs, comme April, une ex-star de variété vivant à présent en marge de la société, mais qui leur sauvera la mise. On lit avec délice ce récit de moments volés, de bonheur entre père et fille. On s'amuse aussi de la manière dont la petite fille fait parfois tourner son père en bourrique !

Amity Gaige se met dans la peau d'un homme avec une aisance bluffante. Elle démontre ainsi que les sentiments paternels et maternels se valent, que les sentiments maternels ne sont pas supérieurs aux sentiments paternels. Elle prend donc à contre-courant un certain puritanisme américain. Une plume poétique et efficace.
Seul bémol : les notes en bas de page, assez conséquentes, gênent parfois la lecture, au point qu'en fin de compte, on finit par ne pas les lire. Mais à part ça, j'ai vraiment aimé : on ne s'ennuie pas une seule seconde.

Je remercie Babelio et les Editions Belfond de m'avoir permis de découvrir ce roman.

 

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13 octobre 2013

Certaines n'avaient jamais vu la mer

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4e de couverture : "Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d'un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Choeur vibrant, leurs voix s'élèvent pour raconter l'exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l'humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l'oubli."

Le roman a obtenu le prix Femina étranger en 2012. Cela faisait un moment que le sujet me paraissait à la fois intéressant et intriguant. La parution en poche a fini de me convaincre de lire ce livre.

Mon avis va être rapide et aussi mince que ce roman pourtant dense.

Il s'agit à la fois d'une page de l'histoire du Japon et de celle des Etats-Unis, à savoir l'immigration japonaise vers les USA au début du XXe siècle, en particulier celle des Japonaises mariées à des Américains qu'elles ne connaissent pas et qui fuient leur pays parce qu'on leur promet un avenir meilleur là-bas. Mais la réalité est tout autre pour la plupart d'entre elles. Puis la Seconde Guerre mondiale surgit, avec ses hordes d'horreurs et de suspicions. Une page d'Histoire rayée des mémoires. Ce roman se veut un hommage et de ce point de vue-là il est réussi. Mais il y a quand même un bémol.

Ce bémol concerne le style d'écriture choisit par Julie Otsuka. Un choix courageux car on accroche ou pas. Elle choisit de ne recourir au "nous" collectif pour évoquer la multiplicité des situations mais aussi la communauté et l'anonymat de toutes ces Japonaises expatriées. Résultat me concernant : je suis restée en dehors du récit, je n'ai pas tout à fait réussi à m'accrocher aux personnages ni à ressentir autant d'émotion que les scènes décrites l'auraient voulues. J'ai fini par me lasser. Mais j'ai néanmoins appris une page d'Histoire que j'ignorais.

Une lecture en demi-teinte. J'attendais mieux.

 

 

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28 février 2012

84, Charing Cross Road

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4e de couverture : "Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes.
Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies."

 Une Américaine, écrivaine, sans fortune, passe commande le 5 octobre 1949, auprès d'un libraire de Londres, spécialisé dans les livres épuisés: "J"aime les livres anciens et tous ceux que je voudrais avoir sont introuvab les ici en Amérique, sfaut dans des éditions rares et très chères, ou bien chez Barnes & Noble, qui vend à des prix abusifs des exemplaires très défraîchis et ayant appartenu à des écoliers".

 C'est un échange de plus de vingt ans qui va s'établir là, entre Helene, l'Américaine et Frank, le libraire. Au-delà de lettres charmantes, c'est au choc de deux civilisations qu' à affaire le lecteur. En effet, en 1949, les Etats-Unis sont complètement sortis de la guerre, dans le sens où l'on trouve de tout, que ce soit pour manger ou se cultiver (à condition d'avoir de l'argent dans ce dernier cas). Au contraire, dans l'Angleterre soumise aux restrictions alimentaires, on crève la dalle ! Mais on trouve assez facilement, de beaux spécimens de livres pour trois fois rien. Helene, au fil des lettres, va joindre à ses courriers des colis de viande et d'oeufs, en échange... de nourriture de l'esprit. Cet aspect m'a sauté aux yeux dès le début. Et c'est par cette générosité, au-delà de sa passion pour les livres, qu'elle va établir un réel lien d'amitié avec tous les employés de la librairie, même si Frank est son principal interlocuteur.

On se régale de son humour, parfois sarcastique (mais jamais méchant) qui cherche à percer le flegme tout britannique. Franchement, il met un certain temps à se détendre le Frankie... Et encore, il sera toujours beaucoup plus réservé dans ses propos que notre excentrique américaine amoureuses des livres dans des éditions épuisées. On se régale des descripitions qu'elle en fait. Et à l'heure du livre électronique, ça fait vraiment réfléchir.... En tout cas, moi, ça me fait réfléchir. Un objet electronique ne donnera sans doute jamais autant de plaisir que les éditions  papier que maniuple Helene. " Le Stevenson est tellement beau qu'il fait honte à mes étagères bricolées avec des caisses à oranges, j'ai presque peur de manipuler ces pages en vélin crème, lisse et épais. (...) Je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie". Je suis tout à fait de son avis, je m'y retrouve parfaitement...
Un petit bémol sur la 4e de couverture (encore !) : je n'ai pas trouvé d'amour dans cette histoire, seulement une indéfectible et grande amitié.

De ce qui est devenu un livre à succès depuis les années 70 outre Manche et outre Atlantique, il a été tiré un film (et une pièce de théâtre). Un ouvrage propice à créer du lien - et ça c'est du vécu ! ;-).

 

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14 janvier 2012

Mississippi

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4e de couverture : "Dans le Vieux Sud sauvage des années 40, Laura et Henry luttent pour élever leurs enfants sur une terre ingrate. Laura sait qu'elle ne sera jamais heureuse dans cette ferme isolée et sans confort. Lorsque deux soldats rentrent du front, elle se sent renaître peu à peu. Empoisonné par le racisme, cet univers de boue, de désirs et de mort verra la sauvagerie tout emporter... Un premier roman magistral sur fond de bruit et de fureur."

Décidément, en ce début d'année, j'enchaîne les livres épatants ! C'est chez Canel que j'avais repéré ce roman il y a un bon moment. Eh bien, quelle belle découverte bloguesque - une fois encore !
Nous sommes dans le Mississippi, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Laura, qui a épousé Henry sur le tard et un peu en désespoir de cause, lâche son boulot, quitte Memphis, pour le suivre dans le Mississippi profond, celui des fermiers cultivateurs de coton, avec, déjà, comme un mauvais pressentiment. Et elle avait raison de s'inquiéter Laura. Déjà, la belle maison promise n'était qu'un attrappe-nigaud à mari un peu trop confiant. Peu importe, elle accepte, d'aller vivre à la ferme elle-meme, vite nommée "La Bourbière". Dès le premier jour, pas de chance, ses deux petites filles attrappent la coqueluche. Henry demande à la famille de metayers noirs occupant les terres à cultiver, de leur venir en aide. En effet, Florence Hap, sage-femme, s'y connaît en remèdes.

La vie de ses deux familles vont être inexorablement liées. Toutes les deux ont un gars parti à la guerre. Chez les Jackson, c'est Ronsel qui a été envoyé au front en Allemagne, comme tankiste ; chez les McCallan, c'est Jamie, le frère de Henry, qui a servi dans l'aviation. Pendant la guerre, en Europe, Noirs et Blancs étaient égaux devant l'ennemi. De retour au bercail, les deux jeunes gens, qui ne se connaissaient pas mais vont devenir amis, vont se prendre de plein fouet la rusticité et le racisme qui sévit toujours au Mississippi. Comme le dit Ronsel, en Europe, il était un libérateur, un sauveur. Dans le Mississippi, il n'est qu'un nègre qui pousse sa charrue, comme tant d'autres...

J'ai souvent eu l'impression de lire des scènes dignes du XVIIIe ou XIXe siècle et non du lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais c'était oublier que le Ku Kux Klan et ses idées moyennageuses sévissait encore dans cet Etat américain.Il y a de vrais méchants dans ce roman, comme Pappy - personnage qui n'a d'ailleurs pas d'autre nom -, le père de Jamie et Henry. Mais aussi de vrais héros, Ronsel et Jamie, mais aussi Laura, qui tente de surnager au milieu de tout ça. Henry est un personnage plus trouble. Florence fait parfois peur, même si on comprend parfaitement sa défiance à l'égard des Blancs - et l'issue de l'histoire lui donnera raison.

Cependant des amitiés et amours clandestines vont se lier (je ne vous dirai pas entre qui !) dans ce roman riche en rebondissements et où sont magnifiquement restituées l'âpreté et l'ingratitude de cet Etat. Chaque personnage prend à tour de rôle la parole plusieurs fois, pour raconter son histoire. J'ai été totalement prise d'effroi devant certaines scènes qui m'ont fait littéralement bondir.

Un livre, dont on n'a pas beaucoup parlé, mais qui pourtant est de la même veine et a la même force que La couleur des sentiments - qui lui, se déroule vingt ans plus tard. Ca ne donne pas trop envie de se perdre dans les coins perdus du Mississippi, même aujourd'hui ! A découvrir ABSOLUMENT !



 

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