27 septembre 2010

La troisième Miss Symons

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4e de couverture : "Pourquoi est-ce que les gens ne m'aiment pas? " se demande Henrietta. Vilain petit canard d'une famille victorienne de sept enfants, dont elle est la troisième fille, Henrietta ne possède ni la beauté ni l'art de se faire aimer par tes autres. Différente de ses frères et soeurs, elle ne s'entend pas avec eux. Elle trouve alors refuge dans un monde imaginaire, ce qui exacerbe son mauvais caractère et l'exclut un peu plus en éloignant d'elle les personnes qu'elle affectionne. Plus tard, alors que ses frères et soeurs sont mariés et ont des enfants, Henrietta va arpenter le monde en quête de quelque chose pour combler son manque affectif. Quel sera alors le destin de cette jeune fille dans une société où les femmes n'ont d'autre porte de sortie que le mariage et la maternité ? Avec ironie et un sens étonnamment moderne du récit, Flora M. Mayor scrute ce qui fait la réussite ou l'échec d'une vie, entre le poids des circonstances extérieures et la part de la responsabilité individuelle.
Flora M. Mayor est née en Angleterre en 1872 où elle est décédée en 1932. Véritable " enfant littéraire " de Jane Austen, elle fut remarquée et éditée par Virginia Woolf. Elle est l'auteur de trois romans, dont La troisième Miss Symons, publié pour la première fois en Angleterre en 1913, de nouvelles, et de poèmes, qui n'ont jusqu'à présent encore jamais été traduits en français."

Ce roman est délicieux et bourré d'ironie. Ou comment une enfant mal-aimée parce qu'elle n'a pas la langue dans sa poche et laisse ses sentiments s'exprimer avec spontanéité, finit part devenir une vieille fille irascible et réactionnaire. Et il faut dire qu'elle n'a pas de chance Henrietta : c'est sa soeur aînée qui lui pique son prince charmant. Après un "plan" pareil il y a de quoi l'avoir mauvaise.

Henrietta est un personnage qui n'entre pas dans le moule victorien de l'époque, trop étroit et hypocrite pour elle, même si elle essaie de s'y immiscer au début. Echouant à devenir ce qu'on attend d'elle (une femme mariée et une mère de famille convenable) et à se lier d'amitié avec autruit, elle se crée un personnage, une amie imaginaire puis un amant tout aussi fantasmatique pour combler sa solitude. Elle se met à voyager pour se fuire elle-même car tout de même, elle a largement sa part de responsabilité dans ce qui lui arrive, même si les autres n'ont pas été spécialement tendres avec elle. Henrietta m'a tour à tour fait pitié et agacée car elle est à la fois prétentieuse, "crûche" et naïve.

Un texte écrit dans un style fluide, direct, sans concession. J'espère bien que les deux autres roman de Flora M. Mayor seront publiés en France car ce fut une belle découverte d'une écrivaine inconnue ici.

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05 juillet 2010

La reine des lectrices

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4e de couverture : "Que se passerait-il outre-Manche si Sa Majesté la Reine se découvrait une passion potin la lecture? Si, d'un coup, rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne. à négliger ses engagements royaux? C'est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les soeurs Brontë, Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'oeil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde so British de Buckingham Palace s'inquiète. Du valet de chambre au prince Philip, tous grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor. Un succès mondial a récompensé cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture."

Deux questions bizarroïdes que je me suis posées en refermant ce livre : "Et ce que la Reine a lu le roman ? Et si oui, qu'en a-t-elle pensé ?" :p.

Un joli petit roman (122 pages) qui ne donne pas mal à la tête et qui ne peut que plaire à tous les lecteurs assidus qui se reconnaîtront.

benn250108_13912tLorsque Sa Majesté découvre le plaisir de lire, c'est tout le protocole qui est ébranlé. Des stratagèmes diaboliques se mettent en place pour tenter de détourner la vieille dame (79 ans bien sonnés) de sa passion toute nouvelle pour la lecture : détournement de caisses de livres de leur trajectoire lors d'un voyage officiel au Canada, disparition mystérieuse de Norman Seakins, son "coursier" de lecture, qu'elle a débauché des cuisines tout exprès. Bref, Sir Kévin et le 1er ministre sont épouvantables...

On sourit très souvent à la lecture de ce roman :

"Si Sa Majesté avait dû elle-même faire les courses, préparer les repas ou - plus inconcevable encore - passer l'aspirateur et la serpillère, la famille n'aurait guère tardé à percevoir une baisse de qualité sensible concernant ces diverses prestations domestiques."  Hum !!

Rappelez vous :les femmes qui lisent son dangereuses ! :p Et la Reine va jusqu'au bout de ses idées à la fin du roman...

25 mai 2010

Un bonheur de rencontre

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4e de couverture : "Fâcheries, querelles, ennui... Mary et Colin se connaissent trop. Leur amour n'en finit pas de mourir dans cette ville de canaux bordés de palais et d'églises. Tout bascule le jour où ils rencontrent Robert et son épouse, la mystérieuse Caroline.
Sous l'influence de ce couple étrange, Colin et Mary se retrouvent dans un brusque regain de sensualité. Mais s'ils se serrent l'un contre l'autre, c'est que le jeu leur échappe et que commence une descente aux enfers rigoureuse et implacable, un long cauchemar...
Une œuvre violente, forte et cruelle."

Un couple (Mary et Colin) non marié en vacances à une ville qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Venise (même si jamais citée comme telle). Ils s'ennuient, passent leur temps dans leur chambre d'hôtel, au lit ou sur le balcon. Et lorsqu'ils sortent se promener, en soirée, c'est pour faire une bien étrange rencontre et se perdre dans le dédale des rues, incapables de retrouver leur chemin avant des heures. La rencontre de Robert et Caroline va bouleverser leur séjour et leur couple.

Un roman sur l'amour-passion, ou plutôt du "jusqu'où peut-on aller par amour?" qui ne m'a pas convaincu. Je l'ai trouvé "too much" ! Une femme qui aime être battue par son mari, du sado-masochisme jusqu'à l'extrême et un dénouement que je ne comprends pas. Bref, c'est la première fois qu'un livre de Ian McEwan me déçoit. Pourtant il y a un suspens intense par moments, c'est un livre fort bien écrit. Mais la thématique et son traitement me laisse perplexe. Je ne vois pas où l'auteur veut en venir. Et en plus, ça ne donne pas envie d'aller visiter Venise ! :)

Ce livre, dont le titre VO est The Comfort of strangers qui date de 1981, a fait l'objet d'un film, que je n'ai pas vu : Etrange séduction (1991).

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03 mars 2010

De pierre et de cendre

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4e de couverture : "Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l'art aux deux filles de Mr Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d'un passé scandaleux... "

Je pensais que ce roman me raconterait le travail du peintre (un peu comme La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier). Que nenni ! Il s'agit là du poids des secrets à la sauce "so british" - ce qui m'a un peu changé du poids des secrets à la sauce japonaise! L'action se déroule dans le Sussex (Angleterre), dans le somptueux mais mystérieux et isolé domaine de Fourwinds - là, le nom m'a fait pensé aux Hauts de Hurlevents et j'ai eu un tout petit peu peur d'un pâle remake !

Les personnages sont complexes et aux premiers abords assez étranges. On se demande ce que c'est que cette histoire de vent d'Ouest qu'il faut à tout prix retrouver. Pourquoi Marianne a pareilles sautes d'humeur, un comportement si changeant. Pourquoi sa soeur est souffrante.  De sucroît le récit alterne deux voix narratives : celle du peintre Samuel Godwin et celle de la gouvernante Charlotte Agnew, l'ensemble étant au fil du récit entrecoupé de lettres adressées aux différents personnages. Un habile moyen de brouiller les pistes et tenir le lecteur en haleine.

Le personnage de Charlotte Agnew m'a profondément agacé pendant une bonne partie du récit : la parfaite vieille fille, coincée, savant tout mieux que les autres etc, jalouse en plus. Juliana semble être effacée, maniuplable par les autres. Et le pauvre Samuel, le benêt de service. Quant au "patriarche", Mr Farrow, il vit retranché dans son bureau à faire on ne sait quoi, très peu présent auprès des autres personnages. Mais quand il parle, on lui donnerait le bon Dieu sans confession (un peu trop, d'ailleurs). C'est Marianne qui semble mener la danse, avec sa beauté du diable, fascinant Samuel,  qui ne sait plus quel comportement adopter, refoulant ses instincts. Tout semble tracé d'avance. Ce qui m'a fait craindre le pire pendant un petit moment...

Cependant, au fur et à mesure, la belle apparence des choses s'efface pour laisser place à bien des suprises! Le lecteur va de stupéfaction en stupéfaction. Il est contraint de revoir son jugement sur les personnages. Le pire n'était pas là où je m'y attendais (à savoir des personnages surfaits, bien au contraire).

J'ai passé un très agréable moment avec ce premier roman que je lis de Linda Newbery. J'ai aimé l'idée originale de s'inspirer de l'histoire d'un peintre "mineur",celle du peintre Samuel James Godwin (1878-1941) pour en faire un roman gothico-baroque digne de ceux du XIXe siècle britannique. C'est un bel hommage. L'irruption de l'Histoire, avec la Première Guerre mondiale dans les dernières pages du roman entérine l'idée que tout n'est jamais écrit d'avance. Les personnages prennent une voie différente de celle à laquelle on les prédestinait.

Linda Newbery évoque avec brio la condition féminine de la fin du XIXe-début du XXe siècle. En sus, un brin d'humour avec la vengeance - surprenante - du scuplteur Gideon Waring (seuls ceux qui ont déjà lu le livre savent de quoi je parle...).

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Je vais maintenant pouvoir entamer la découverte des auteurs victoriens de l'époque victorienne, notamment celle de ce "cher Wilkie", qui commence à s'impatienter sur ma PAL...

Voir aussi les avis de Cryssilda, Karine , Lou et Lilly , qui m'ont mis l'eau à la bouche !

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14 février 2010

L'innocent

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4e de couverture : "En 1955, Leonard Marnham, jeune technicien anglais, arrive dans le Berlin d'après-guerre pour participer à l'opération Gold, une vaste entreprise de services secrets anglo-américains visant à mettre sur écoutes les lignes téléphoniques des Soviétiques. Il rencontre une jeune Allemande, Maria, qui l'initie aux mystères de l'amour.
Mais à mesure que Leonard s'enfonce dans la guerre froide, cet amour vibrant et sincère le plonge dans les bas-fonds de l'horreur absolue. Comment une passion, si forte soit-elle, peut-elle rester pure dans un monde d'apparences, de trahisons et de menaces ?
Un grand roman d'espionnage qui bascule dans le cauchemar."

Un roman très différent de ceux que j'ai lu de cet auteur (Samedi, Expiation, Sur la plage de Chesil). Il fut écrit en 1989. Avant la Chute du Mur et quelques lignes à la fin résonne comme une prémonition. Assez incroyable.

Une découverte de l'ambiance du Berlin de 1955, ville écartelée entre Anglais, Américains, Français et Russes.  Le héros, Leonard, tout jeune Anglais à la solde des Américains, est chargé de mettre en place le matériel pour espionner les lignes soviétiques. Il découvre l'Amour en la personne de Maria, dans cette ville qui ressemble à un cauchemar.

Au début,  j'ai trouvé les deux personnages très sympathiques et le" boss" américain de Léonard, Bob Glass, très antipathique.

Puis, au fur et à mesure, les personnages deviennent plus complexes qu'ils en ont l'air. On perd ses repères. Innocent Léonard ? En amour oui mais il apprend vite ! Et à l'extérieur aussi ! Maria, une pauvre fille qui a été mariée à Otto, un Allemand ivrogne, qui vient une à deux fois par an encore pour la tabasser... Oui, certes, c'est abject et cet Otto est bien détestable. Mais l'attitude de Maria à l'égard de Léonard n'est pas toujours "nette". Elle sait le manipuler.

Et lorsque Leonard et Maria lui rendent la monnaie de sa pièce à Otto, ils me sont devenus encore plus détestables que tous les autres personnages du roman, à vouloir se trouver des excuses et un semblant d'innocence !!

Ce roman fait perdre au lecteur ses repères habituels en l'enfonçant dans un cauchemar sans nom.  C'est l'histoire de manipulations en chaînes... Comme à son habitude, Ian McEwan réserve une suprise au lecteur à la fin du roman, dans le Berlin de 1987. Je suis encore partagée pour mon avis sur le héros, entre pitié et colère...
Quant à Maria, je trouve qu'elle s'en est bien sortie.

Un roman qui interroge la part d'ombre de l'être humain tout comme la frontière entre l'innocence et responsabilité.

Je pense que je vais poursuivre ma découverte littéraire de McEwan car, à chaque fois, je suis subjuguée !

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01 février 2010

Bienvenue au Club et Le cercle fermé

J'ai découvert par le plus pur des hasards il y a quelques d'années, un auteur anglais, drôle qui n'aime pas Thatcher. En fan de l'Irlande, cela ne pouvait que m'attirer, quand on sait ce que la Dame de fer a fait subir à ce pays et aussi à la Grande-Bretagne.

Jonathan Coe décrit magistralement les années Thatcher dans, Testament à l'anglaise (voir la critique d'Ys) . Du coup, sous le charme,  j'ai dévoré tous les romans de cet aimable et acide Anglais... Notamment les deux romans qui complètent Testamment à l'Anglaise (et qui se situent en amont et en aval de ces années-là).

Bienvenue au club se déroule dans l'Angleterre des années 70. Le lecteur découvre cette Angleterre-là par les yeux d'une bande d'adolescents de Birmingham... :

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4e de couverture : "Trotter, Harding et Chase ont environ 15 ans et font leurs études à l'école de Birmingham. Nous sommes dans les années 1970, une période reculée où l'on n'avait pas encore de portables, où l'informatique ne régnait pas encore en maître et où les syndicats, depuis longtemps puissants, osaient parler haut et fort. C'était avant l'avènement de Mrs Thatcher. La vie de ces adolescents est riche en aventures, en espoirs et en déceptions. Ils lancent un journal, tombent amoureux, montent un orchestre de rock, se jalousent et se détestent, s'interrogent sur leurs aînés. Les parents ont d'autres préoccupations : la violence, le terrorisme de l'IRA, les grèves à l'usine de British Leyland où travaillent les pères, l'agitation sociale… Tout ce climat se reflète dans les existences des quatre jeunes héros. Un tableau à la fois comique et lucide de cette décennie de la vie de l'Angleterre, où, comme toujours chez Jonathan Coe, la satire sociale et politique est bien là, précise et affûtée.".

Les ados rêvent d'amour. Les syndicats sont prospères. Mais ne pas trop se fier aux apparences ! Chômage, tensions sociales, montées de l'extrême-droite, "troubles" en Irlande du Nord. C'est l'époque des attentats de l'IRA... Une des héroïnes voit son ami mourir et elle-même se retrouve à l'hôpital pour plusieurs années. Mais Coe n'accuse pas les Irlandais mais le parti Conservateur de Thatcher... Il assemble les pièces du puzzle pour le faire comprendre au lecteur. La vision naïve et rêveuse du monde adolescent est rattrapée par la réalité des adultes. Cette période-là est celle qui voit le pays basculer de l'Etat-providence au thatchérisme. Le roman s'achève l'élection de la Dame de fer. Chose impensable et pourtant...

Le 2e volume nous transporte dans l'Angleterre des années 1999-2003.

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4e de couverture : "L'Angleterre de Tony Blair entre dans le nouveau millénaire, et les héros de Bienvenue au club dans l'âge mûr. Vingt ans après, qu'ont-ils fait de leurs idéaux de jeunesse ? N'auraient-ils d'autre choix qu'entre compromissions et immobilisme ? Seul l'affreux Paul, leur cadet, un politicien opportuniste, semble s'adapter à ces temps nouveaux et aux nouveaux cercles du pouvoir. Mais si les utopies des années soixante-dix semblent maintenant lointaines, il suffit de bien peu pour faire resurgir les fantômes du passé... Jusqu'à ce que le cercle se referme. Tout en déroulant la chronique de l'histoire immédiate, du choc de la mondialisation à la guerre en Irak, Jonathan Coe fait le portrait d'une génération en proie à d'irréductibles contradictions. Impitoyable satiriste, il brosse un tableau ravageur de l'Angleterre de Tony Blair, qu'il dénonce avec la fureur vengeresse jadis réservée au thatchérisme. D'une lucidité aussi réjouissante qu'inconfortable, le diptyque composé de Bienvenue au club et du Cercle fermé se fait le miroir non seulement d'un pays, mais d'une époque tout entière, et constitue une fresque aussi ambitieuse et aussi aboutie que Testament à l'anglaise

Les ados sont devenus des quadragénaires, dont un très proche du pouvoir.
La deuxième partie se déroule dans l'Angleterre de Tony Blair, des neo-travaillistes, des attentats du 11-septembre, de la guerre en Irak... Là encore, l'écrivain a la plume acide mais drôle. Les énigmes restées en suspend dans la première partie sont résolues. Il dévoile notamment la raison d'une des mystérieuses disparitions... due à la haine anti-irlandaise qui s'est développée dans l'Angleterre de Thatcher, ou comment des Irlandais ont été assassinés simplement parce qu'ils étaient Irlandais... et les témoins de ces assassinats aussi.

Dans ce deuxième volume, le cynisme et le désenchantement des personnages donnent le ton. Leurs rêves de jeunesse détruits. Leur vie médiocre.

Bref une fresque magistrale de l'Angleterre de la fin du XXe siècle, sans concessions. Deux romans foisonnant qui vilipendent le Pouvoir et l'ultra-libéralisme triomphant au détriment de l'humain.

Une lecture, très aisée grâce, notamment à l'humour (noir) de l'écrivain, qui donne à méditer.

13 janvier 2010

Samedi

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4e de couverture : "Pour Henry Perowne - neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d'un musicien de blues et d'une poétesse - ce devrait être un samedi comme les autres. Pas question d'aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant... Un banal accrochage et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée. Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant. Tout en faisant diaboliquement monter le suspense, McEwan entrelace évènements planétaires et privés avec une telle virtuosité que cet étrange samedi devient la métaphore de toutes nos vies fragiles d'Occidentaux pris dans la tourmente de ce début de siècle. Et cette réflexion profonde sur le hasard et le destin, les pouvoirs respectifs de la science et de l'art, la quête d'un sens qui résisterait à la mort nous montre une fois de plus, après Expiation, un romancier parvenu à la plénitude de son art. "

Le récit des 24h d'un homme ordinaire, heureux, mais se croyant un peu trop à l'abri des vicissitudes du monde, à cause de sa situation sociale aisée. Jusqu'au jour où, pour une broutille, la violence gratuite se déchaîne et retourne sa vie et sa vision des choses.

Le rythme de ce  récit 375 pages suit le rythme de la vie, d'abord très tranquille (trop tranquille!) d'Henry Perowne pendant la première moitié du roman. Une petite alerte toutefois, au réveil. Puis, à partir de l'"incident", tout s'accélère. Le suspens monte en flèche, jusqu'au dénouement final, les événements extérieurs téléscopent la vie d'Henry. Du grand art narratif.

J'ai beaucoup aimé, comme tous ceux que j'ai lu précédemment de McEwan. Un livre qui se lit en prenant son temps. L'inverse d'un thriller. Ou plutôt un thriller à la McEwan dont lui seul a le secret.

Le prochain au programme de ma PAL : L'innocent, qui au regard du résumé, me fait déjà saliver !

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07 décembre 2009

Sur la plage de Chesil

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4e de couverture : "Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l'alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l'ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie."

C'est par ce roman que j'ai découvert Ian McEwan en 2007. Un roman d'instrospection, d'examen à la loupe d'un couple de jeunes mariés, Florence & Edward, dans le huis-clos amoureux de la nuit de noces. Mais pas tel qu'on pourrait se l'imaginer ! McEwan transforme la nuit d'amour en un véritable cauchemar et se livre là à une virulente satire d'une certaine société anglaise des années soixante. L'auteur est ici très incisif et cruel avec ses personnages, il en fait deux êtres complètement "coincés", très instruits mais complètement ignares des choses de la vie. Florence se remémore les choses qu'elles a lues dans les livres, des mots qui la laissent perplexe et la terrifient. Le couple est empêtré dans son embarras, au-delà des mots, jusqu'au malentendu et à la catastrophe finale. Leur vie bascule irrémédiablement. Un vrai gâchis stupide ai-je pensé en refermant le livre. Une démonstration magistrale des effets pervers des "tabous" dans une société.

J'ai vraiment aimé ce roman mais j'ai eu de la peine pour les personnages (ce ne fut pas le cas dans Expiation ou dans Samedi)  ! Les pauvres! Monsieur McEwan, vous êtes terrible !

30 novembre 2009

Expiation

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4e e couverture : Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus.

Ian McEwan déploie ici son talent de photographe de l'âme humaine, il dissèque les situations, les êtres et les choses dans leurs moindres détails, en laissant toutefois la porte ouverte à l'imagination du lecteur.

Briony, jeune fille de 13 ans en 1935, ambitionne de devenir écrivain mais n'appréhende pas vraiment l'univers qui l'entoure. Cela n'est sans grande importance aux yeux du lecteur qui bien souvent la perçoit comme une petite peste prétentieuse (c'est du moins mon cas, elle m'a passablement agacée au début du roman). Pendant tout la première partie du roman McEwan dissèque une chaude journée d'août 1935, le jour où va se dérouler le drame.  L'imagination débordante et délirante de Briony, son ignorance, sa jalousie et le besoin d'exister aux yeux des autres, lui font commettre le pire. La vie des trois protagonistes bascule pour toujours.

Cependant, Ian McEwan comme Briony, se joue du lecteur:  une énorme surprise l'attend à la fin du roman. Je suis même revenue en arrière en me disant que j'avais dû louper une page ou eu un moment d'inattention...

J'ai beaucoup aimé ce livre, notamment par la description des événements historiques (la majeure partie du roman se déroule pendant la 2nd Guerre mondiale et Briony soigne les soldats blessés à l'hôpital, Robbie est envoyé dans le nord de la France pendant que Cecilia passe sa vie à l'attendre) et la surprise finale.

Du grand romanesque anglais, dans la tradition de Jane Austen à lauquelle Ian McEwan fait référence au début du livre (cf. la référence à Northanger Abbey).

Jusque-là mon livre préféré de l'auteur, après Sur la plage de Chesil !

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