30 août 2015

Le crime du comte Neville

 

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Un jour le comte Neville cherche sa fille qui a mystérieusement disparu. Il la retrouve chez une voyante qui, par la même occasion qui prédit qu'il tuera un invité lors de sa dernière garden-party. Le comte, qui se prénomme Henri, crie à la foutaise, récupère sa fille qui s'appelle Sérieuse. Ambiance ! Il tente d'instaurer le dialogue avec Sérieuse pour savoir ce qui l'a pris d'aller dormir en pleine forêt. Sérieuse lui dit en avoir tout simplement qu'elle en avait envie, sans plus d'explication. Sérieuse est un personnage mystérieux : à l'âge de douze ans et demi très exactement, elle est passée de l'état d'une gamine pleine de joie de vivre à son contraire. Elle avoue à son père qu'elle a entendu sa conversation avec la voyante et qu'elle a la solution à son problème : au lieu de tuer un ou une invité(e), Henri n'a qu'à la tuer elle!  Bien évidement le père s'épouvante encore davantage. Tuer un invité était déjà une chose totalement inconcevable pour lui (on le comprend !) mais tuer sa fille, c'est à se demander si celle-ci n'est pas complètement "frappée". On se retrouve en pleine tragédie racinienne avec des allusion à Iphigénie, Agamemnon etc. Sans compter que pour frère et soeur, Sérieuse a Oreste et Electre.

Amélie Nothomb nous immerge au coeur de la noblesse belge au bord du gouffre financier et psychique. Le roman commence comme un conte, avec d'ailleur une allusion à Oscar Wilde explicite : celui du Crime du lord Arthur Savile (que je n'ai pas lu). Mais aussi à Rimbaud et Radiguet. Mais pour moi, cela s'arrête là et je me suis bien ennuyée avec ce bouquin. Autant ennuyée que je me suis amusée et vraiment éclatée avec le truculent Pétronille.

Reste quelques phrases bien trempées qui font que j'apprécie Amélie Nothomb depuis toujours :

"Pourquoi a-t-on inventé l'enfer alors qu'il existe l'insomnie ?"

"Sa pire terreur demeurait que le Pluvier soit racheté par une chaîne de fast-food qui raserait les vieux murs et la forêt pour construire un restaurant, un parking, et une aire de jeux à la gloire de Disney."

"Dans tout roman honorable, quand un fusil est mentionné, il faut qu'il serve."

Servira-t-il ? Toute l'intrigue repose sur : le comte va-t-il tuer un invité ? Puis le comte va-t-il tuer sa fille ? (parce que la bougresse finit par tellement lui taper sur les nerfs que... )

Un portrait au vitriol de la noblesse belge aux abois qui aurait pu être sympa si tout cela était un peu plus étoffé (ou moi peut-être un peu plus cultivée pour ressentir tous les palimpsestes cachés derrière ce texte. Il est d'ailleurs beaucoup questions de "ressentis" dans ce roman qui m'a laissée de marbre. Et ça me fend le coeur.

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30 août 2014

Pétronille

 

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Contre toute attente j'ai replongé dans la lecture d'Amélie Nothomb dont j'ai lu à peu près tous les romans jusqu'au Fait du prince, qui m'avait déçue. Et c'était avant la création du blog. Depuis, mes lectures se sont beaucoup diversifiées, étendues dans des contrées littéraires qui m'étaient inconnues auparavant.
Je sais qu'Amélie a ses détracteurs qui lui reprochent de sortir aussi régulièrement qu'un métronome et à gros tirage, un livre une fois par an au moment de la rentrée littéraire d'automne. Certains lui reprochent même d'écrire des romans avec pas assez de feuilles ! Mais depuis quand la qualité d'un texte se mesure-t-elle à sa longueur ? Ca me rappelle des histoires de dissert à la fac... Cela dit, je serais presque d'accord pour dire que Pétronille est trop court.
Un conseil : quand vous commencez la lecture, veillez à être en solo et dans un lieu bien insonorisé sous peine de voir débarquer les pompiers ou l'asile. L'entourage peut trouver qu'il vous arrive quelque chose de très étrange - "t'as picolé ou quoi ?"...

Il est effectivement question d'alcool dans ce bouquin. Mais pas n'importe lequel. Celui avec des fines bulles : le champagne. Mais pas un trou-chaussettes : le meilleur du meilleur : veuve-clicquot, Rotschild... En effet "l'ivresse (...) relève de l'art" et le champagne provoque "une ivresse qui ne ressemble à nulle autre" : "Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé" ...

Amélie se prend une cuite toute seule jusqu'au moment où elle se rend compte que le champagne la rend de compagnie tellement sympathique qu'il faut en faire profiter quelqu'un. Elle se met en quête d'un "convignon" ou d'une "convigne" de beuverie. Après avoir passé en revue toutes ses connaissances et décrété qu'aucune ne pouvait convenir, elle décide de le/la trouver parmi ses lectrices et lecteurs au moment tellement bizarroïde de la dédicace qui "repose sur une ambiguïté fondamentale : personne ne sait ce que l'autre veut". Seulement Amélie est réputée répondre à tous les fans qui lui écrivent et donc de connaître ceux avec lesquels elle entretient une correspondance.
Une certaine Pétronille Fanto lui tend son exemplaire du Sabotage amoureux. Amélie sursaute sur son siège : "C'est vous ?!" Du choc de la rencontre qui la fait changer de dimension ("je ne sais même pas si c'est passer de la deuxième à la troisième dimension, parce que c'est peut-être le contraire"), débute une histoire d'amitié farfelue avec cette personne qui semble avoir 15 ans et un "regard de piment rouge" mais qui a 22 ans et termine un master de littérature élisabethaine, (et deviendra à son tour un écrivain connu).

Pétronille est française, de milieu populaire, ses parents sont communistes. C'est un croisement entre Zazie dans le métro et Christopher Marlow (pour reprendre ce que dit elle-même Amélie Nothomb de ce personnage haut en couleur dans une interview présentant son livre). Amélie est belge,  fille de diplomate. Un choc de classes mais un duo de choc, avec un goût pour l'absurde qui donne des moments vraiment truculeusement savoureux.
Si je raconte tout, ça n'a plus aucun intérêt, mais sachez que vous trouverez Vivienne Westwood dans ces pages, pas franchement dans le plus reluisant de sa personnalité. Il y a aussi une histoire de pyjama orange sur fond de vouvoiement, une allergie aux acariens, une virée à ski et une disparition dans le désert. Et du champagne pour accompagner le tout.  A l'image punk destroy de ce roman pétillant à souhait mais aussi tragique.

Amélie Nothomb aborde, entre autres, la difficulté de la vivre de sa plume pour 99% des écrivains en France. Dans le bastion éditorial on dirait encore : "Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n'ont aucune chance." (sic!). De quoi susciter l'indignation. Mais aussi la jalousie. Le vol. La fin du roman à ce titre-là est surprenante et inattendue. Une mise en abyme en forme de pirouette.

La meilleure cuvée nothombienne que j'ai lue depuis longtemps. Faut pas s'en priver !