28 septembre 2014

Debout-payé

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4e de couverture : "Debout-payé est le roman d'Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990.
C'est un chant en l'honneur d'une famille où, de père en fils, on devient vigile à Paris, mais aussi en l'honneur de la communauté africaine avec ses travers, ses souffrances et ses différences.
C'est l'histoire politique d'un immigré et du regard qu'il porte sur notre pays, à travers l'évolution du métier de vigile depuis la Françafrique triomphante jusqu'à l'après 11-septembre.
C'est enfin le recueil, sous forme d'interlude, des choses vues et entendues par l'auteur lorsqu'il travaillait comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Elysées.
Une satire à la fibre sociale et au regard aigu sur les dérives du monde marchand contemporain, saisies dans ce qu'elles ont de plus anodin - et de plus universel."

Sortie d'abord discrète début septembre (aucun media professionnel n'en a parlé, dans tout le tintoin de la rentrée littéraire), ce bouquin a connu un succès fulgurant au point d'être en rupture de stock un peu plus d'une semaine après sa sortie. C'est suite à une interview de l'auteur sur France Inter et quelques éloges sur Facebook que j'ai décidé de le lire. Pourtant j'ai cru que je n'y arriverais pas : j'ai écumé 3 librairies, une grande surface (ok, on peut rêver!) et râtissé le web : c'était : "niet, y'a plus" ou alors des petits malins qui essayaient de se faire du fric sur le dos des lecteurs. Je dois mon salut à un libraire de Rennes mais si j'avais patienté une semaine de plus, j'aurais pu le trouver à peu près partout. Parce que maintenant toute la presse en parle  et il a fait l'objet d'un nouveau tirage. Il a été dit tellement tout que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir ajouter, surtout que la quatrième de couverture dit l'essentiel...

Je vais dire que c'est caustique, poil à gratter à souhait, truculent. On lit ce livre avec des sourires et des rires francs. La société de consommation et la communauté ivoirienne de Paris sont décortiquées par le regard acide d'un vigile qui n'a pas les yeux dans sa poche ni les oreilles d'un sourd. L'écriture est vive et inventive, parsemée de parler ivoirien ("Moi je n'achète pas les jeans wôrô-wôrô qui vont se gâter vite là!") . On se délecte des observations décapantes d'Ossiri. Elle sont entrecoupées par le récit de l'immigration africaine en France des années 60 à l'après-11 septembre : on assite à la création du statut de "sans-papiers" due à la création de la carte de séjour par un certain Poniatowski ; au petit "trafic" entre Ivoiriens pour le métier de vigile en France jusqu'à son éradication due indirectement à la tragédie du 11-Septembre et à la montée de la paranoïa; on revit même la très médiatique occupation de l'église Saint-Bernard représentée par ce qui sera l'icône du sans-papier : un Sénégalais, un certain Mamadou qui "s'appelait Diop en réalité mais un négro, ça s'appelle Mamadou, c'est plus simple et plus facile à prononcer. Il avait une bonne tête le Mamadou, et il parlait français sans un trop fort accent et beaucoup mieux que la plupart des analphabètes avec lesquels il s'était fourré dans la chapelle". "Depuis lors, à chaque nouvelle expulsion médiatisée, tout le monde rêvait d'être The Mamadou : syndrome MSB, Syndrome Mamadou de Saint Bernard", parce que l'histoire de Mamadou se "conte-de-fée-isa" : il obtint des papiers comme par magie et "gagna des millions de francs bien français dans une étrange histoire de plagiat de nom de domaine avec Vivendi Universal".
Une petite pensée pour les habitants d'une certaine ville pas si loin de chez moi et je sais maintenant qu'on n'a pas idée d'avoir les yeux verts parce que certains monstres des contes africains ont les yeux verts !

Un livre qui sort de l'ordinaire en pleine rentrée littéraire.
La seule chose qui m'a déplue c'est la jaquette (oui, je sais, je suis pénible !) mais j'ai apprécié toute l'originalité de la couverture couverte de texte et le verso de la jaquette,

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ainsi que "l'achevé d'imprimé" :


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:-)
(Ed. Le Nouvel Attila)

 






 


23 septembre 2014

L'amour et les forêts

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Bénédicte Ombredanne est agrégée de lettres et enseigne dans un lycée. Parce qu'elle n'est pas retenue pour être membre du jury d'un prix littéraire, elle décide d'écrire à Eric Reinhardt pour lui dire que si elle avait été retenue, elle aurait défendu son dernier roman qu'elle a adoré. Eric Reinhardt lui répond et s'ensuit, non sans hésitation et réflexion de la part de l'écrivain (les écrivains ayant "la réputation d'être des croqueurs de lectrices"), une correspondance email suivie de deux rencontres. L'écrivain est rapidement intrigué par cette jeune femme, habillée avec recherche, à la manière d'une dandy toute droit sortie du XIXe siècle (veste en pane de velours, bottines lacées, bague ancienne...). Il se confie sur son travail d'écrivain (l'angoisse d'écrire un prochain roman plus mauvais que celui qui l'a rendu célèbre) et cette confidence (un zeste manipulatrice, mais pas totalement) incite à son tour Bénédicte à la confidence : elle avoue être victime de harcèlement conjugal. L'écrivain, indigné, se prend d'amitié pour cette femme. De son côté, Bénédicte tente de changer sa vie : sur un coup de tête et de colère, elle s'inscrit sur Meetic.

C'est le premier roman que je lis d'Eric Reinhardt. J'avoue que j'ai été bluffée par la qualité de son écriture et les divers niveaux narratifs que contient ce roman. L'écrivain est d'abord narrateur puis s'efface pour laisser la plume à Bénédicte qui raconte son calvaire. On change souvent de registre de langue. On passe d'une écriture très soignée, aux longues phrases proustiennes, à un style très cru qui vous met des coups de poing dans les yeux, une écriture 2.0 qui vous plonge dans la jungle plutôt mal-famée de Meetic comme qui vous y étiez vous-même en direct (mais en même temps, c'était comique). On a l'impression de vraiment se faire harceler et insulter par le mari de Bénédicte. Enfin, la dernière partie du roman se fait presque polar : l'écrivain revient sur scène pour enquêter sur le passé de Bénédicte.

Autant le dire tout de suite : malgré tout le malheur de Bénédicte, j'ai eu du mal à avoir totalement de l'empathie pour elle. Pas que je ne trouve pas que ce qu'elle vit est insupportable (ça l'est vraiment totalement !), mais j'ai eu envie de la secouer à longueur de pages, de lui dire : "Mais purée, barre-toi ! Ne reste pas avec ce cinglé. Pour moins que ça d'autres l'ont fait ! En plus tu es agrégée, tu as les moyens financiers de te barrer !" Bref, Bénédicte est un personnage très agaçant parce qu'elle ne va pas au bout de ce qu'elle décide. Elle fait les choses sous le coup de la colère, de sursauts, puis n'assume pas et retourne dans ses pénates.
Voilà un exemple presque "soft" de la manière dont lui parle son mari : "Regarde-moi dans les yeux au lieu d'interroger la moquette, on dirait une demeurée. Ce n'est pas en adoptant cette attitude de contrition que tu vas t'en sortir, hypocrite, salope." Et quand je dis que ça c'est "soft", ça l'est vraiment. C'est quand il est "gentil" qu'il lui parle ainsi. Je ne parle même pas du reste qui va au-delà de ce qu'on peut imaginer. Ce type est un pervers narcissique et sa femme tombe dans les pièges qu'il lui tend (il pleure, il supplie, il promet) à tous les coups (sans jeux de mots!). Pourtant cette femme n'est pas une demeurée et elle le sait.  Elle entreprend des choses (la rencontre sur Meetic d'un homme bien qui la rend plus heureuse en une demi-journée que son mari en x années de mariage) mais elle rêve sa vie plutôt que de passer à l'action. Elle s'imagine un avenir : "Elle arrêterait l'enseignement : elle sortirait de cette prison-là (...). Elle en avait assez, en somme, de se dévouer quasi exclusivement, dans l'ordre, à son mari, à ses enfants, et aux enfants des autres, sans aucun retour constructif. Elle suivrait une formation pour travailler dans l'édition : après tout, elle était agrégée de lettres, ce n'était pas rien, sans doute pourrait-elle devenir correctrice, ou bien lectrice, ou bien encore, un jour, qui sait, une éditrice appréciée par ses auteurs, pourquoi pas ?"

Déjà le lecteur a son compte d'émotion devant cette histoire. Mais il n'est pas au bout de ses surprises. On imagine totalement que Bénédicte va finir assassinée par son époux. Eh bien non ! Et là attention je suis obligée de raconter la fin alors SPOILERS :
Bénédicte meurt d'un deuxième cancer (parce qu'elle en a eu un premier !). Mais avant de mourir, elle est encore accablée par son mari (et dénigrée par ses enfants). Bénédicte, mourante, souhaite qu'on la laisse seule et surtout que son mari ne dorme pas au bout de son lit d'hôpital. Evidemment c'est ce qu'il fait ! Et finit par lui faire comprendre qu'elle ne crève pas assez vite !!  A peine morte, sa fille dégage toutes les affaires de sa mère de la maison.
Alors là, pour tout ça j'ai dit : STOP. C'est "too much" ! J'ai trouvé que ça perdait en crédibilité par excès de malheurs. J'ai peut-être tort mais c'est mon ressenti. Limite il y a de quoi se pendre à la fin !

C'est d'autant dommage que l'idée du rebondissement qui fait de l'écrivain un enquêteur "familial" après la mort de Bénédicte est originale. L'idée de la jumelle de Bénédicte surprenante. Le contenu des révélations de la jumelle peut-être un peu moins, en fin de compte (j'avais en partie deviné).

En tout état de cause, malgré la dernière partie du livre qui m'a déçue par excès de malheurs, ce roman est vraiment un bouquin marquant et bluffant qui reste dans la mémoire même quinze jours après l'avoir refermé.

Ce roman a été écrit sur la base de témoignage de lectrices qui ont écrit à Eric Reinhardt pour témoigner de leur calvaire. L'une d'entre elles lui a même demandé d'écrire sa vie. Témoignage pour celles qui souffrent en silence. Comme je l'ai pensé dès le début : il ne faut sans doute pas aller très bien pour confier sa vie à ce point à un écrivain.

Eric Reinhardt brosse le portrait d'une femme en souffrance mais non sans quelques piques bien senties. Ce livre est en sélection pour le Prix Goncourt 2014, ça ne m'étonnerait pas tout à fait qu'il le remporte. Wait and see.

23 août 2014

Sauf quand on les aime

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On se prend le début du roman comme un coup de poing, à travers la violence des propos : "Tu n'es qu'une pute, espèce de macaque, une salope descendue de l'arbre. Et moi je suis le messager de Dieu. File-moi ton 06, file-le moi!". On se demande se qui se passe l'espace de trois secondes , où l'on est, avant de comprendre : dans un train, une femme se fait agresser par un homme.  On pourrait refermer le livre, quitter ce train de l'enfer et retourner à nos occupations comme si de rien n'était. Pourtant, on continue la lecture, outré par le comportement de cet individu, finalement calmé par une passagère plus courageuse que tous les voyageurs du train qui regardent leurs chaussures et ferment leurs oreilles. Le type disparaît du roman .
On descend à Toulouse avec la femme agressée (Tisha) et une des passagères qui n'a pas moufté (Claire). Contre toute attente, Claire propose à Tisha de l'héberger. Claire vit en coloc avec Juliette et Kader.

Peu à peu, les personnages se dévoilent. Ils ont la vingtaine, guère  plus. Juliette est orpheline, ses parents ont eu un accident de voiture fatal. Elle a décidé d'emménager avec ses amis pour fuir la solitude de son studio où "il lui arrivait de s'avachir dans son canapé pour une heure et d'y passer plusieurs jours, se relevant seulement pour aller travailler".  Kader se voyait conseiller en économie familiale mais il est intérimaire sur un chantier, depuis trop longtemps déjà. Claire joue du violon mais n'en vit pas, galère de petits boulots qui lui permettent "à peine de payer sa part de loyer et de courses au Leader". Tisha est barmaid.

Kader en pince pour Juliette qui en pince pour un autre. Claire et Tisha sont ensemble, même si Tisha pense (du moins elle le dit) qu'elle n'appartient à personne. A eux quatre, ils forment une sorte de famille. Ils ont pour voisin un vieil homme qui s'ennuie ferme, emmuré dans sa solitude malgré lui.
La solitude, c'est bien le dénominateur commun de ces personnages. Et la violence sous toutes ses formes, à laquelle ils doivent faire face.
Néanmoins, ce livre regorge d'humour. En particulier les répliques de Tisha, jeune femme "brut de décoffrage" qui ne se censure pas, surtout quand il s'agit de remettre Kader à sa place. Tisha est le personnage que j'ai trouvé le plus attachant des quatre, avec ses grands principes à l'emporte-pièce et sa sensibilité à fleur de peau. C'est sans doute elle la plus solide des quatre. Du moins en apparence.

On se prend des claques dans ce roman et à l'instar des personnages, on n'en sort pas indemne. Heureusement, il y a la solidarité contre l'adversité qui permet de ne pas sombrer et d'avancer.

L'écriture est vive, les répliques font mouche et font rire, le langage moderne, la focalisation multiple. Il s'agit pourtant d'une histoire tragique, mais pas sans espoir. Un roman qui parlera à toutes les générations.

Une belle lecture de la rentrée littéraire.
Vous pouvez également lire les avis de Stephie, et Leiloona, grâce à qui j'ai découvert ce roman.














 

 

03 juin 2014

En finir avec Eddy Bellegueule

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Eddy, le narrateur, vit dans un village picard entre 1990 et 2000. Il est à l'école victime de harcèlement de la part des autres élèves qui le traite de "pédale", lui crache dessus, le frappe. Eddy a un père alcoolique et une mère pas très futée. Eddy a un père raciste. Eddy vit dans un village dont les habitants sont tous des alcooliques, des racistes, des homophobes, des xénophobes, violents et ignares, crasseux et même parfois incestueux. Bref, Zola à côté c'est la "Haute".

Je continue ?
J'avoue que j'ai eu du mal, parce que trop, c'est trop. Le livre est intitulé "roman", mais aurait apparemment une veine autobiographique. Mais départager la réalité de la fiction, en fin de compte n'est pas le problème. Ok, le narrateur a eu une enfance malheureuse, a été discriminé pour son homosexualité et c'est certes condamnable. Mais on sent ici la narration avant tout comme une vengeance, un règlement de compte qui n'apporte rien. Il n'y a pas d'explications sur le pourquoi du comment. Et dépeindre autrui, à longueur de pages, comme abruti fini, je regrette mais ça me choque.

En ouvrant ce livre, j'ignorais totalement la polémique qui l'entourait (d'ailleurs j'ignorais aussi totalement le sujet). Je peux comprendre que des gens aient été blessés et en particulier sa famille.

J'ai du mal à comprendre l'enthousiasme autour de ce "roman", cette autofiction, (on ne sait pas trop finalement, c'est assez embrouillé).
Bref, une lecture qui m'a vraiment agacée et dont je ne suis pas parvenue à cerner le but, moi modeste lectrice au-dessus de toutes les théories littéraires que l'on peut invoquer. J'ai surtout trouvé qu'il y avait beaucoup de mépris dans ce livre. Et le mépris, ça n'apporte pas grand chose.

En tout cas, ça manque de recul et d'explications. Un premier roman, mais je me passerai des autres s'il y en a.

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29 mai 2014

Le quatrième mur

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En 1974, Georges, étudiant en histoire, militant pro-palestinien, fait par hasard la connaissance de Sam. Sam est grec, juif et metteur en scène. Georges ignore que cette rencontre va changer sa vie à tout jamais, le propulser au coeur du confilt libano-israélo-palestinien, de la guerre civile qui ravage le Liban en 1982-1983, et ébranler ses certitudes.
Sam a un rêve : monter l'Antigone d'Anouilh à Beyrouth, sur la ligne verte qui disloque la ville. Seulement Sam est rongé par la maladie. Il demande à Georges de réaliser ce rêve. George accepte. Il lui faut réunir toutes les communautés et religions du pays qui s'entre-déchire. Une Palestinienne sunnite, un chiite, un Druze, une chrétienne, un maronite. C'est Imane, la belle Palestinienne qui incarnera Antigone "la petite maigre"... Seulement voilà, la réalité de la guerre reprend le dessus sur la fiction de la pièce et le rêve de paix. La veille du jour J, Beyrouth est bombardée par les Israéliens et Chatila massacrée.

Cela fait des semaines que je recule à écrire un billet sur ce roman. Pas parce que je n'ai pas aimé, bien au contraire. Parce qu'il m'a laissée stupéfaite et retournée et que je sais d'avance que je n'en parlerai pas à la hauteur de ce qu'il mérite.

Sorj Chalandon m'avait déjà scotchée avec Mon traître et Retour à Killybegs. Cet écrivain, ancien reporter de guerre, met vraiment ses tripes dans ses romans (et quand il en parle aussi, d'ailleurs).

Outre la dimension émminement littéraire et l'écriture magistrale, ce roman restitue le traumatisme psychique de la guerre, la manière dont les certitudes peuvent être ébranlées, le néant des mots face à l'atrocité. Comment il est impossible de revenir en arrière et de tout effacer quand on a vu le martyr des corps déchiquetés, torturés, violés, brûlés, et entendus les cris de douleur des survivants.

Sorj Chalandon a dit, lors de la mini-conférence au Salon du livre de Paris, que Georges était son double fictionnel : ce roman restitue son expérience de reporter de guerre et la difficulté qui surgit quand il faut retourner dans un pays en paix avec des images de guerre dans la tête. Comment supporter le quotidien de la paix ?

Le "quatrième mur" est le terme employé au théâtre pour désigner l'espace, le mur invisible qui sépare les acteurs du public, qui met à distance les comédiens des spectateurs. Hélas, Georges, à la différence de Sorj, franchira ce mur.

"Je quittais tout. Je n'avais plus rien à faire de la paix. Dans un monde où les enfants pleurent pour une boule de glace."

En lisant ce roman, vous verrez la guerre, vous saurez ce qui s'est passé à Chatila même si vous n'étiez pas pas né ou pas en âge de comprendre, Chatila ne sera plus un mot flou. Et cela restera ancré dans votre esprit pour longtemps.

Sorj Chalandon allie ici son talent d'écrivain et de journaliste. A lire absolument.

Bravo aux lycéens qui ont fait de ce livre leur Prix Goncourt de l'année 2013 : amplement mérité !

 

 

 

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11 mai 2014

Le liseur du 6h27

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4e de couverture : "Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au servie d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zestor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuilles sauvés la veille des dent de fer de la machine...
Dans des décors familiers transformés par la magie de personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement."

Quand Babelio m'a proposé ce livre, j'avoue que la quatrième de couverture m'a fait hésiter. L'histoire me paraissait loufoque et surtout je voyais le tableau : un enchaînement de récits dans le récit. Très peu de renseignements sur l'auteur, juste qu'il vit dans les Vosges (à quoi ça sert?), que c'est son premier roman et qu'il est un nouvelliste exceptionnel, lauréat par deux fois du Prix Hemingway. Et quand je lis une quatrième de couverture, les superlatifs me rendent toujours méfiantes, exactement comme quand je vois des bandeaux du style "vendus à 1 millions d'exemplaires" etc. Mais comme j'ai le goût du risque, du moins un peu, j'ai accepté de recevoir le livre. Et puis, en même temps, paradoxalement, cette histoire de liseur m'intriguait (forcément !).

Guylain aurait un prénom presque normal si associé à son nom de famille, il n'avait pas été victime de contrepètrie durant son enfance, se voyant appelé Vilain Guignol. Guylain a 36 ans et vit tout seul dans un studio de banlieue avec pour unique compagnon, Rouget de Lisle, son poisson rouge. Ses seuls amis humains sont deux collègues de l'usine de recyclage de papier où il travaille : un cul-de jattes et un type qui déclame des alexandrins sur commande. Ces employés ont pour chef un "bourrin" dont le seul rêve, à part pourrir la vie de ses subordonnés, est de détenir le permis de la Chose, le monstre d'acier qui pillone les livres invendus qui entrent dans l'usine. On peut dire que Guylain n'a pas beaucoup de chance dans la vie, d'autant que cet amoureux des mots, des livres et de la lecture passe ses journées à pilonner les bouquins dont il prélève en cachette ce qu'il appelle "les peaux vives", des feuilles dégoulinantes qu'il fait sécher dans un buvard pour les lire le lendemain matin aux passagers du RER de 6h27. Ce moment illumine sa vie morne et solitaire. Jusqu'au jour où... il croise deux petites mémés intrépides et trouve une mystérieuse clé USB...

Passé la surprise des premiers chapitres, on ne lâche plus ce roman bourré d'humour noir et peuplé de personnages qui cherchent à échapper à la destruction, à leur solitude et à s'élever au-dessus de leur existence morne. Et ils doivent leur salut à la lecture, à son pouvoir de socialisation et d'échappatoire à la violence du monde. On ne s'ennuie pas un seul instant.

Et autant vous dire tout de suite qu'après cette lecture, vous ne regarderez plus jamais la dame pipi des toilettes publiques de la même manière ! Il y a quelques moments particulièrement truculents dans ce roman, un zeste scatologique, mais pour mieux montrer que même ceux qui se croient invincibles, peuvent rapidement se retrouver eux aussi seuls au monde...

Un petit bijou de lecture à ne pas rater et une sacrée belle découverte pour moi cette semaine. De la littérature française qui donne le sourire et vous fera même éclater de rire. Ca fait plaisir !

Je remercie Babelio et les Editions Au Diable Vauvert de m'avoir offert ce roman.

 

 

 

 

 

25 février 2014

Les gens heureux lisent et boivent du café

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4e de couverture : "Diane, gérante d’un café, perd brusquement son mari et sa fille dans un accident de voiture. Egarée dans ses souvenirs, elle perd l’envie de vivre. C’est finalement en se réfugiant dans un petit village d’Irlande que Diane tente de faire son deuil et de se reconstruire, au fil du temps et des rencontres. Un premier roman d’une sensibilité rare, un véritable hymne à la vie."

Je vais vous mettre tout de suite dans le bain de ce que m'inspire ce roman (qui a connu le succès via l'auto-édition numérique et dont le succès lui-même m'étonne beaucoup) : d'une nullité affligeante ! Il est rare que je parle d'un roman en ces termes mais là, franchement, au secours... J'ai oscillé pendant la lecture du rire sarcastique à la colère. Parce que non seulement c'est niais, mais en plus c'est écrit sans aucune recherche.

C'est l'histoire de Diane, une Française qui a perdu mari et fille dans un accident de voiture. Après plusieurs mois de dépression, elle décide de partir en Irlande, pas parce que ce pays l'attire vraiment, mais parce que son défunt mari rêvait d'y aller. Elle met le doigt au hasard sur la carte du pays et paf, elle atterrit à Mulranny (village balnéaire du comté de Mayo). Elle loue un "cottage" (une maison, quoi !), tenu par Abby et Jack. Son voisin est un lugubre irlandais du nom d'Edward, neveu de des propriétaires. Mais en fait, nan, mieux que ça, il est quasi-orphelin et ce sont Abby et Jack qui l'ont élevé, avec sa soeur Judith, une nénétte aux cheveux auburn et qui s'habille en mni-kilt... Ah ! j'oubliais le chien (peut-être le personnage le plus intéressant du livre : Postman Pat, qu'il s'appelle !).

Selon Diane, les Irlandais ont comme facteur commun déterminant d'être des géants rugbymen, mangeurs de moutons et buveurs de whisky. Déjà, là, ça commençait à me chauffer un zeste : en Irlande il est pourtant bien connu qu'on ne boit pas du whisky mais du whiskey, avec un E ! Et puis pour le gigantisme au pays du leprechaun, je ne pense vraiment pas que ce soit ce qui frappe quand on descend de l'avion ! Et pour la viande de mouton (ok, le plat national est à base de mouton, mais cette viande est pour l'essentiel destinée à l'exportation...).
Ah oui, en plus, inutile de rappeler que dans ce bouquin, il fait un temps pourri dans l'île verte : on est toujours trempé et coiffé par le vent...

Reste l'histoire : OMG ! Une Française dépressive séduite par son acariâtre irlandais de voisin ! A la rigueur pourquoi pas, (même si en soi, ça sent déjà un peu trop l'eau de rose). Sauf que là, c'est d'un abracadabrant, que peut-être même les romans Harlequin ne font pas ça : Diane et Edward ne peuvent pas se piffrer pendant des semaines, se foutent limite sur la gueule etc. Et puis, du jour au lendemain, paf ! l'Irlandais et la Française tombent amoureux. Naaan, is it possible ?
Mais je ne fus pas au bout de mes surprises quand, au moment M de l'instant I, tadam ! voilà que ça part en quenouille à cause de l'apparition (magique !) de Megan, la femme d'Edward ! (oh le vilain !!). Pétard, elle n'a pas de pot Diane ! Sauf que... ce n'est pas sa femme ! Re-tadam ! Franchement, j'ai failli mourir de rire... (c'est déjà ça, on se console comme on peut !).
Edward fait le girouette, ne sait plus où donner de la tête... Et quand il finit par choisir Diane, ben naannn, elle décide de se casser, elle ne peut pas l'aimer (mon dieu que c'est triste à pleurer de rire !).

La principale activité de Diane : fumer. On s'en prend plein les poumons à longueur de pages. Et boire. Mais elle ne tient pas l'alcool....

Et le titre là dedans ? C'est le nom du café littéraire que tient Diane à Paris. Et le thème de la lecture annoncé par le titre là-dedans?  Que nenni !

Et la couverture qui me rappelait quelque chose... ben elle ressemble étrangement à celle-ci :

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Bref, sans doute le roman le plus décevant et le plus tarte que j'ai lu depuis des années. Je vous le déconseille. Acheté d'occasion, il ne va pas encombrer mes étagères, c'est sûr.

 

 

 

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22 décembre 2013

Juste une ombre

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4e de couverture : "Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t'imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour... Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche. Juste une ombre. Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré. On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres. On t'observe jusque dans les moments les plus intimes. Les flics te conseillent d'aller consulter un psychiatre. Tes amis s'écartent de toi. Personne ne te comprend, personne ne peut t'aider. Tu es seule. Et l'ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos. Ou seulement dans ta tête ? Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard..."

 

Voici mon deuxième rendez-vous avec la nouvelle reine du thriller psychologique français et pour mon plus grand bonheur. J'avais beaucoup apprécié Terminus Elicius et laissez-moi vous dire que j'ai été subjuguée par Juste une ombre ! Voilà pour le préambule...

Cloé est cadre dans une agence de pub. Elle vit en couple avec Bertrand. Un soir, en rentrant d'une soirée arrosée, elle est suivie par un type dont elle ne pourra pas discerner le visage puisqu'il porte une capuche. Mais à part la grosse frayeur qu'il cause à Cloé, il disparaît comme il est apparu. Néanmoins, la vie de la jeune femme va en être bouleversée à jamais...

Karine Giebel met en scène ici un personnage principal a priori très sûre d'elle et pour cela très antipathique : le genre de nana qui se croit supérieur au commun de mortels, qui est prête à écraser tout sur son passage pour arriver à ses fins, en particulier dans le domaine professionnel, et qui, dans sa vie privée, se croit aussi le metteur en scène de marionnettes qu'elle peut diriger à sa guise. Elle possède un ego démesuré. La moindre flatterie la faît décoller très haut. (On connaît tous des gens comme cela et on pourrait leur conseiller cette lecture...).

Mais Cloé ne sait pas qu'elle est entourée de gens aussi manipulateurs qu'elle, dans des domaines variés. Elle qui croit tout savoir, mais qui, en fin de compte, ne voit pas grand chose, sauf une seule, que personne ne voit, ("l'Ombre" qui la harcèle) va le payer cher. Voilà pour le côté négatif du personnage. J'ai détesté Cloé, même lorsque j'ai découvert son secret. En vérité, tout cela n'est qu'une carapace : Cloé est également une femme très fragile dont un psychopathe aura trouvé la faille, la blessure originelle. Elle croise sur son chemin un flic, lui aussi blessé par la vie. Le seul qui la comprenne. Evidemment, sans trop vouloir en dévoiler, il y a aura une historie d'amour entre eux... Mais oubliez les violons parce que c'est du "lourd" : ici pas de happy end et il faut lire ce roman absolument jusqu'à la dernière ligne !

J'ai englouti les plus de 600 pages de ce thriller palpitant où l'on ne s'ennuie pas une minute. J'ai apprécié la complexité des personnages et la manière dont Karine Giebel les "étudie". Elle amène le doute chez le lecteur à un moment donné, de celui qui vous faire remettre en cause tout ce que vous avez lu. A un moment, vous relisez le chapître précédent en vous demandant si le livre n'a pas un défaut dans sa conception matérielle... Vraiment, c'est trop fort ! Le seul bémol en ce qui me concerne, c'est justement la toute fin du roman : j'ai trouvé cela un peu trop miraculeux, mais bon...

Je range ce thriller parmi mes coups de coeur 2013 et Karine Giebel parmi mes belles découvertes. Affaire à suivre donc !

 

 

 

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03 novembre 2013

Enquêtes générales - Immersion au coeur de la brigade de répression du banditisme

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Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'un livre qui associe dessins et texte, sans que ce ne soit pour autant un roman graphique à proprement parler mais plutôt ce qu'on pourrait nommer un documentaire dessiné.

L'idée a germé dans l'esprit de Raynal Pellicier, réalisateur de documentaires pour les médias, d'un reportage écrit et visuel sur l'une des cellules les plus secrètes et les plus prestigieuses de la police nationale : la Brigade de répression du banditisme (BRB). L'auteur a dû vaincre les réticences en haut lieu. Son idée première était de réaliser un film documentaire, mais ce projet lui a été refusé. Raynal Pellicier a rencontré le dessinateur Tiwane et de cette rencontre est né ce livre, un "carnet de voyage" nous dit l'auteur. "Voyage" accordé, non sans mal, car les services de la "PJ (Police judiciaire dont la BRB est l'une des branches) sont assaillis de demandes de la part du cinéma, de la TV, de la presse écrite, d'écrivain jusqu'à n'en plus pouvoir...

Mais ce voyage est bien particulier, celui d'une immersion dans le quotidien des policiers de la BRB. Cela aurait pu avoir quelque chose de fastidieux. Mais le pari est réussi : après les présentations des divers "personnages", le lecteur est plongé dans un récit à suspens, comme dans un polar, mis à part que ce n'est pas de la fiction. Les enquêtes s'enchaînent, les liens se recoupent peu à peu... et l'on en oublie presque qu'il s'agit de faits réels tellement les braquages, (les "bracos", comme disent les policiers") ne manquent pas d'air parfois. Ce ne sont pas des petits voyous de bas étage que l'on traque là, mais bien de vrais bandits, parfois de surcroit criminels, d'envergure international souvent, notamment en provenance de l'ex-Yougoslavie. Parfois, lorsque les bandits se font prendre, ils n'hésitent pas à féliciter les policiers ! On est entre "pros"...  Mais sans rire, ces trafics, cette économie parallèle, l'argent qui appelle l'argent, le "braco" qui en appelle un autre encore plus gros, la perte de repères quant à la violence des faits donnent froid dans le dos.

Le texte est agréable à lire, à la fois aéré et dense, agrémenté d'illustrations où les détails ne manquent pas. N'ayant pas vraiment l'habitude de lire ce type d'ouvrage, j'appréhendais un peu. Mais j'ai été conquise ! A mes yeux, une belle réussite !

Merci à Babelio et aux Editions de La Martinière pour l'envoi du livre.

Posté par maevedefrance à 17:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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31 août 2013

Gamines

 

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4e de couverture : " "Corinne : Qu'est-ce que tu faisais dans la chambre de maman ?
Sibylle : J'ai volé une photo. Une toute petite photo.
Georgette : Voleuse ! Voleuse de maman !
Corinne : Tu lui ressembles tellement.
Sibylle : Celui qui porte le même nom que nous, c'est pas une photo ! C'est un homme !
Corinne : Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?"

Je connaissais Sylvie Testud en tant qu'actrice mais pas en tant qu'écrivain. J'avoue que j'étais sceptique... mais à tort ! Voici sans doute le roman français le plus drôle, le plus tendre et le plus émouvant, tout cela à la fois, que j'ai lu depuis des années. Parce qu'il faut bien le dire, les romans français bien souvent on a envie de se pendre à la fin de la lecture, même si ce n'est pas non plus tout à fait une généralité quand même. Même si Sylvie avertit qu'elle ne connait absolument pas les personnages de ce roman, on finit tout de même par déceler une veine autobiographique...

C'est l'histoire d'une famille monoparentale comme tant d'autres, d'origine italienne. Mais surtout les aventures de trois gamines délurées chacune à leur manière, avec une soeur aîné en guise d'Oreille en Coin. Mais dans la bande, c'est tout de même Sybille, soeur ainée de Georgette et cadette de Corinne qui détient la palme ! "T'as vu sa tronche ? On dirait une mortadelle". Avec des réflexions de ce style, le ton est donné pour le plus grand plaisir du lecteur. Dans cette famille, il y a un être mystérieux, un étranger tabou :"Il". Il n'occupe pas la scène de manière continue mais reste dans un coin de l'esprit des gamines. La seule chose qui les relie à lui est une photo.

Les années passent et on retrouve les gamines jeunes adultes (ce fut aussi une des suprises de la lecture). Sybille est une star, affublée d'un chien qui la promène plus qu'elle ne le promène. Et un miracle se produit...

Bref, un roman attachant et très divertissant, parfait pour une lecture de rentrée :  bonne humeur garantie ! Sylvie Testud, j'y reviendrai en cas de blues parce que c'est un sacré paquet de vitamines antidépresseurs !

Il y a un film tiré du roman mais je crois que je préfère m'en tenir à cette lecture. J'ai peut-être tort...

Posté par maevedefrance à 13:31 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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