24 août 2013

Le confident

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4e de couverture : "Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspense psychologique. Le confident a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en dix-huit langues."

Intriguant. C'est le mot qui m'a poursuivie pendant toute la lecture de ce roman. A l'instar de Camille, éditrice enceinte et partie pour être mère célibataire, on se demande qui se cache derrière les lettres qu'elle reçoit et surtout qu'elle est le but de ce courier : un écrivain cherchant à attirer l'attention pour se faire éditer ? Quelqu'un de l'entourage de Camille ? Un ou une désaxé(e) ? Bon, j'avoue à mi-chemin j'ai deviné l'histoire un peu tordue qui se cachait derrière ces courriers.

Néanmoins, au-delà de ça, j'ai vraiment apprécié l'aspect documentaire sur la France de la Seconde Guerre mondiale et sur celle de juste avant. Par ailleurs, le roman retranscrit la pression sociale exercée sur les femmes n'ayant pas d'enfants : considérées comme suspectes (mais est-ce que cela a bien changé ?), notamment pendant l'entre-deux guerres où la démographie est en berne. Hélène Gremillon raconte les affres d'une femme stérile et ce qui la pousse, par désespoir à faire ce qu'elle a fait (et que je ne peux vous révéler sous peine de "spoiler", déjà que là je le fais à moitié !). C'est effrayant, c'est ce que je peux dire. Le poids de la culpabilité est également magnifiquement retranscrit. Et de la jalousie.

L'ambiance est assez glauque mais non moins prenante. Je n'ai eu aucune empathie pour les personnages. Mais le lecteur se laisse happer par ce roman à plusieurs narrateurs et ne peut le lâcher qu'à la toute dernière page. Pour un premier roman, c'est un coup de maître, assurément.

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16 août 2013

Les évaporés

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Richard B., Américain de San Franscisco, à la fois poète et détective, détestant voyager, accepte néanmoins d'accompagner Yukiko son ex petite-amie au Japon pour enquêter sur l'étrange disparition de son père.

Tout d'abord, il faut que vous sachiez deux choses en lisant ce roman :
- "au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître". On appelle ces personnes les évaporés, ou plus précisément, en japonais, johatsu ;
- " tout ce qui est raconté ici est vrai : c'est le fruit d'expériences vécues, de rencontres et de nombreuses lectures faites sur place". Même le personnage de Richard existe, aussi bien que les évaporés : il s'agit du romancier et poète américain Richard  Brautigan "qui a vécu lui aussi au Japon en 1976" et a servi de guide à Thomas B. Reverdy.

L'écrivain nous immerge dans le Japon de l'après-Fukushima, sur les pas de Kaze, le Japonais évaporé escorté par un gamin de quatorze ans. Kaze a été licencié. Le gamin a perdu sa famille suite au tsunami. L'enquête menée par Richard s'avère difficile dans ce Japon sous le dogme des yakuzas et autres "shogun de l'ombre" que sont "d'anciens Premiers ministres qui restent dans les coulisses, (...) ou bien des gens (...) qui ont un pied dans plusieurs mondes, la politique, les affaires". C'est un monde à la fois mystérieux et effrayant qui est décrit. Kaze a été licencié du jour au lendemain, sans explications, mais sans doute parce qu'il a découvert quelques magouilles financières dans l'entreprise de courtage où il travaille. Des cols noirs (yakuzas) lui demande de se tenir à carreau. Un double coup de sabre donc, car au Japon être licencié est la honte suprême, le déshonneur complet. C'est la raison qui pousse Kaze à s'évaporer. C'est une chose facile dans ce pays où les cartes d'identité n'existent pas et où l'on croit les gens sur parole ou plutôt sur ce qui est écrit sur leur carte de visite. Mais ce qui attend les évaporés, c'est une vie misérable. Et devinez qui on trouve en nombre dans la "zone interdite" créée suite à la catastrophe de Fukushima ?

Cette catastrophe hante les pages du roman, la description est au-delà de l'imaginable. On pense voir de la neige, mais c'est en fait de la cendre. Mais ce n'est presque rien à côté de "la côte qui s'est mise à ressembler à une succession de villes fantômes". La région où a eu lieu la catastrophe était économiquement sinistrée auparavant. Mais "depuis le tsunami et les problèmes nucléaires, ça bouge beaucoup par là-bas. La plupart des évaporés de Tokyo sont employés comme journaliers, sur des chantiers de démolition ou de reconstruction. C'est un des taux de chômage les plus bas du Japon" .

Ce que j'ai lu dans ce roman très bien documenté est au-delà de ce que je pouvais imaginer. Sans doute le premier roman francophone sur l'après-Fukushima. Edifiant, émouvant et effrayant à la fois. Un roman japonais également, comme aime à l'indiquer Thomas B. Reverdy, pour qui ce pays n'a pas encore levé tous ses mystères. L'écriture fluide, les chapitres courts et aérés l'ont rendu très agréable à lire, doublé du suspense de l'enquête de Richard, toujours épredument amoureux de son ex-petite amie japonaise, qui, à l'instar de son pays, gardera pour elle bien des mystères. On a beaucoup d'empathie pour Kaze et le gamin, sorte de famille monoparentale recomposée.

Une belle découverte de la rentrée littéraire 2013, pour moi qui ai une histoire particulière vis-à-vis du Japon. Un roman qui m'a touchée au coeur. Parution prévue le 21 août.

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour le partenariat.

 

 

 

 

 

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27 juillet 2013

Les lisières

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4e de couverture : "Tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence : sa femme l'a quitté, ses enfants lui manquent, son frère l'envoie s'occuper de ses parents, son père ouvrier s'apprête à voter FN et le tsunami ravage le Japon, son pays de coeur. De retour dans la banlieue de son enfance, il n'aura d'autre choix que se tourner vers son passé pour comprendre le mal-être qui le ronge. Comment devient-on un inconnu aux yeux de ses proches ? Comment trouver sa place clans un monde devenu étranger ?"

Les vacances d'été est propice au rattrappage de billets en retard ! Je continue donc sur ma lancée, avec cette première rencontre avec Olivier Adam. C'est l'adaptation cinématographique de Des vents contraires qui m'a donné envie de découvrir son oeuvre. Je n'ai pas choisi un petit roman de 300 pages mais l'un des derniers parus (ou le dernier, d'ailleurs, je ne sais pas) qui en fait plus de 500 dans la présente édition.

Comme dans Des vents contraires, Olivier Adam met en scène un écrivain dépressif et divorcé. C'est une chose qui m'a frappée ! Paul a grandi en Région parisienne, dans un milieu ouvrier. Lui est devenu écrivain et son frère vétérinaire. Mais on dirait que c'est une chose qu'il assume mal et que son entourage lui renvoie à la figure. Il habite à présent en Bretagne, au "vert" mais revient en banlieue pour voir ses parents qui traversent une mauvaise passe : sa mère est hospitalisée et son père livré à lui-même dans le petit appartement qu'ils n'ont jamais voulu quitter. Paul est un peu schizophrène dans son regard sur l'endroit où il a passé son enfance avec, à la fois un dégoût et un attachement qu'il a du mal à admettre.

Je dois avouer que ce personnage m'a plutôt agacée pendant une bonne partie du roman tant par son pessimissme que par son regard condescendant parfois. Jusqu'au moment où... justement, ce même personnage-écrivain vous renvoie à la figure ce que vous êtes exactement en train de penser de lui ! Celui de l'écrivain, de l'intellectuel français dans toute sa caricature ! C'est plutôt ingénieux comme mise en abyme et comme manière de mettre à distance un certain roman social à la française. C'est du moins ainsi que je l'ai ressenti. Avec ce personnage sur la brèche, qui a franchi les "lisières" sociales et géographiques, l'un allant d'ailleurs avec l'autre selon certains (aux pauvres la banlieue asphixiante, aux riches l'oxygène de la province du bord de mer), Olivier Adam semble mettre à distance, mais sans vraiment les renier, ce genre littéraire hexagonal et cette conception géographique du pays qui pourtant n'est pas fausse, mais sans tomber dans la caricature. Issu d'un milieu ouvrier, Paul est devenu écrivain et son frère vétérinaire. C'est bien la preuve qu'on peut être issu d'un milieu modeste et s'en sortir. Néanmoins la vision d'ensemble est pessimiste (et ça j'ai pas trop aimé car l'espoir fait vivre !)

Ce roman est complexe. Je dois dire aussi que mieux vaut avoir le moral pour le découvrir car ce n'est pas franchement gai, et même un peu trop noir à mon goût. Pas vraiment une lecture de vacances douce, légère et insousciante. Mais néanmoins à découvrir car cela vous remue les neurones. Olivier Adam a parfois une écriture proustienne avec des phrases à n'en plus finir. Mais malgré tout sans fioritures.

 

 

 

 

 

 

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30 décembre 2012

Tu verras

 

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4e de couverture : "Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d'écouter des chansons vultaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête à chaque fois qu'il voulait m'emmener au musée. Il ajoutait toujours : "Plus tard, tu comprendras que c'est pour ton bien que je te disais ça, tu verras." N. F."

Le titre m'a intriguée et c'est pour cela que je me suis décidée à lire ce roman de Nicolas Fargues, que j'avais déjà rencontré avec J'étais derrière toi et qui, dans mon souvenir, m'avait assez plu. J'ai retourné le livre pour lire la quatrième de couverture et pour une fois mystère ! Aucun dévoilement d'intrigue. Cependant, je ne m'attendais pas du tout à l'histoire que j'ai lue qui marque justement une rupture avec titre. Attention, je vais être obligée de "spoiler" : voici le récit de la perte d'un enfant. J'avais déjà lu des romans ou témoignages sur le sujet, mais écrits par des femmes et/ou avec des narrateurs féminins. Ici c'est un homme qui raconte la perte de Clément 13 ans et il s'agit bien d'une fiction. On apprend au fur et à mesure les circonstances de sa mort qui au premier abord paraît stupide : (attention, encore un dévoilement !) : Clement est tombé sur la voie du métro alors qu'il avec le regard fixé sur son téléphone portable. Pourtant, le doute s'installe quant à la malchance qui a causé la mort de ce pré-ado en révolte. Son père découvre sa page Facebook et les messages laissés sur son mur par les "camarades" de Clément...

Bon, je dois dire que j'ai raté mon deuxièmre rendez-vous avec Nicolas Fargues : tout d'abord j'ai detesté le narrateur, trop imbu de lui-même (et qui d'une certaine manière le reconnaît) et qui visiblement a une dent contre les femmes. Il s'appitoie sur son sort tout en reconnaissant qu'il a souvent été odieux avec son fils. De plus c'est une caricature de "bo-bo". Ensuite il y a quelques thématiques intéressantes qui sont abordées, celle des relations entre ados par réseaux sociaux interposés, la manière dont ils s'y défient jusqu'à la stupidité extrême, mais cela n'est pas plus approfondi : on ne saura jamais pourquoi Clément est tombé sur la voie du métro, par exemple. Tout le roman est centré sur le nombril du narrateur mais je n'ai pas réussi à être émue par ce père.

Bref, j'ai dû rater quelque chose (ce roman a pourtant obtenu le Prix France-Culture/Télérama 2011)...

Dommage pour mon dernier roman de l'année !

 

 

 

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25 septembre 2012

Une Anglaise à bicyclette

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4e de couverture : "Un massacre d'Indiens dans le Dakota du Sud. Le mariage d'une jeune femme avec son père adoptif dans l'Angleterre victorienne. Un constable trop méticuleux. Une bicyclette qui change un destin. Cinq mystérieuses photographies. Et sir Arthur Conan Doyle qui croit dur comme fer à l'existence des fées. Le romanesque à l'état pur de Didier Decoin."

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : voici sans doute le roman le plus farfelu que j'ai lu depuis des années. Une enfant sioux de la tribu des Lakota qu'un photographe du Yorkshire parti photographier le massacre des Indiens dans le Dakota du Sud, ramène chez lui et tentant de la faire passer pour... une Irlandaise. Un médecin qui croit dur comme fer qu'une bicyclette et une machine à coudre peuvent dérégler la vie sexuelle des femmes. Conan Doyle qui croit aux fées, ce qui l'aide à supporter la mort de son fils. Des petites filles anglaises qui prétendent en avoir rencontré (des fées)... Bref, je dirai que ce roman, français, a le mérite de nous présenter l'Angleterre victorienne d'une façon pas vraiment banale. Ok pour le préjugé sur les femmes. Mais pour le reste, je dois dire que j'ai plutôt bien rigolé... à défaut de voir où Didier Decoin veut vraiment en venir. Un clin d'oeil peut-être un peu maladroit à la littérature victorienne mais une lecture récréative, dira-t-on !

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17 mars 2012

Charly 9

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4e de couverture : "Charles IX fut de tous nos rois de France l un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l Europe entière. Abasourdi par l énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond."

Je suis loin d'être une fana des romans historiques mais la prestation de Jean Teulé sur son livre dans l'émission La Grande Librairie l'an dernier m'avait convaincue de le lire. La sortie en poche de l'ouvrage a été la piqûre de rappel. Et en fin de compte, j'en sors déçue.

Si le roman respecte bien l'atmosphère sanglante de cette période qui a vu le massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) - mais ce n'est franchement pas le plus difficile parce qu'on ne peut pas y couper -, j'ai trouvé le style de Jean Teulé vraiment too much. Je peux comprendre qu'on veuille désacraliser l'Histoire, mais ça ne veut pas dire avoir une écriture massacrante... (si je puis m'exprimer ainsi !), qui fait limite négligée pour faire, paradoxalement, plus authentique ! Certes, on ne peut pas restituer le langage de l'époque parce que le lecteur d'aujourd'hui aurait besoin d'un dictionnaire, mais de là à mettre des "ah ben" et émailler les phrases des personnages d'expressions typiques de l'époque ou de "commeint ?" pour faire "plus vrai" ,cela  finit par donner un style ressenti comme maladroit, ou démago... En ce qui me concerne, les traits d'humour n'ont pas fonctionné.

Jean Teulé prend position dans ce roman pour un roi Charles IX sous l'emprise de sa mère, une jeune-homme faible, limite bipolaire, en tout cas "barge" mais avec un bon fond. Il aurait concédé le massacre de cent mille personnes pour faire plaisir à "mama", entendez par là, Catherine de Médicis. Il décrit un personnage fantasque, chassant le cerf dans les appartements du Louvre, (là, on reste sur le cul, quand on lit ça!), ayant besoin d'une traductrice pour communiquer avec Elisabeth d'Autriche, sa femme, même dans les moments les plus intimes (c'est tellement grotesque qu'on ne peut pas y croire 5 secondes)...
Bref, il en fait un pantin aux mains de la reine mère. C'est historiquement très discutable et personnellement je ne suis pas d'accord parce que je trouve cela un peu simpliste.

Enfin, "Charly" se met à souffrir d'une "hémorragie cutanée" : il pisse le sang par tous les pores de la peau. Là aussi, ce n'est qu'une légende, une rumeur que fit courir notamment Agrippa d'Aubigné, reprise par Alexandre Dumas dans La reine Margot, sous-tendant un empoisonnement qu'aurait perpétrée Catherine de Médicis, dite la "magicienne florentine". Je crois que les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la mort de ce roi qui n'a même pas atteint 24 ans.

Jean Teulé veut ici conter une page de l'histoire de France sur un mode ludique. C'est certes une belle intention et une bonne piqûre de rappel sur cette période si terrible dont l'atmosphère est bien restituée. Mais reste le style, les inexactitudes et le parti pris...
Bref, je ne suis toujours pas fan des romans historiques !

 

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14 février 2012

Le glacis

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4e de couverture : "Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'un petite ville de l'Oranais. Cette guerre qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
"Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie.
Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une friolosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'étais pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ,"
Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur la guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a jamais été publié auparavant".

 La guerre d'Algérie est encore un sujet tabou que toute une génération n'a pas étudié à l'école ou si peu. C'est en grande partie ce qui m'a poussée vers ce roman où le lecteur est parachuté à l'intérieur de ce pays dans une guerre qui ne dit pas son nom dans le camp des colons. Laure est une jeune enseignante en lettres, dont l'attitude de ses concitoyens français, issus du même milieu bourgeois qu'elle, vis-à-vis de ce qu'ils appellent les "indigènes", (quand ils sont bien lunés), va de plus en plus la choquer. Ses collègues vont la bouder peu à peu. Elle va finir par se brouiller avec sa meilleure amie, Elena, parce qu'elle ne lui fait plus confiance, dans cette société à l'atmosphère paranoïaque. Jamais elle n'aura la preuve de la responsabilité de son amie dans ce qui va se passer ensuite (et je ne peux pas le révéler  !), mais Laure se trouve embringuée contre son gré dans cette guerre à laquelle elle ne voulait pas participer. Elle n'aura pas à choisir elle-même un camp, on va lui en assigner un.

Voici un roman fort, qui, s'il ne m'a pas vraiment appris grand chose de nouveau sur cette page de l'histoire de France, m'a tout de même surpris par la perversité, la sournoiserie de tout un système savamment orchestré. Un monde à deux vitesses et à deux justices, l'officielle et puis l'autre, beaucoup plus expéditive.
El Djong, la petite ville où vit Laure est un apartheid non officiel, avec d'un côté une ville européenne et de l'autre une ville indigène, appelée,  également "ville nègre"... "Le "glacis", au nord de la ville, c'était une grande avenue plantée d'acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l'instar d'une rivière ou d'une orée de forêt."
L'héroïne, dont la famille a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, se rend compte que ses amis ne supportent rien de ce qui n'est pas comme eux : ni les juifs, ni les Espagnols et encore moins les Arabes... C'est un portrait féroce qui est fait ici de la bourgeoisie "pieds-noirs".

Un livre court (130 pages) mais percutant, écrit dans un style neutre, sans colère ni amertume mais néanmoins sans concession.
A lire !

Je remercie Babelio et les Editions Métailié de m'avoir permis de découvrir ce roman.

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22 décembre 2011

Les heures souterraines

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4e de couverture : "Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit"

C'est par le plus grand des hasards que ce roman m'est tombé entre les mains et le hasard a bien fait les choses ! Moi qui suis plutot sceptique à l'égard d'une certaine littérature française contemporaine parce que j'ai souvent été déçue par ceux que pourtant la critique encense (cf. Foenkinos, Houellebecq, entre autres), moi qui suis difficilement attirée quand je vois un livre ou un auteur partout, partout et trop partout que ça devient du gavage médiatique, eh bien là, je dois dire que ce roman m'a scotchée !

Tout mince, il contient pourtant des sujets aussi lourds et graves que le harcèlement au travail et la solitude dans une ville tentaculaire. Le lecteur plonge dans l'enfer de Mathilde, cadre dans une grosse entreprise, Pourtant brillante et dynamique, cette femme de quarante ans, veuve depuis dix ans, a survécu à la perte de son mari. Mais un connard de chef prétentieux qui ne supporte pas que l'élève dépasse le maître va s'acharner à lui pourrir la vie, tenter la destruction par la perfidie. Seulement Mathilde est une battante (du moins le croyait-elle). Jusqu'au bout, elle ne lâchera pas le morceau. Mais jusqu'au bout, elle n'osera pas non plus rompre son isolement, malgré les conseils d'une collègue bien avisée. Cet homme veut tout simplement la tuer : l'empêcher de rester mais l'empêcher aussi de trouver un autre poste ailleurs. Autant dire que c'est un malade, un cadre qui ne devrait pas exercer les fonctions qu'il exerce mais que l'entreprise tolère sans problème. Le paradoxe est d'autant plus accablant que c'est lui qui a embauché Mathilde et que c'est cette entreprise-là qui lui a permis de rebondir et de retrouver une vie sociale après la perte de son époux. Alors Mathilde cherche à comprendre... "Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d'y remédier."

Delphine de Vigan décrit ici une société malade du travail. L'enteprise de Mathilde est un cancer qui ronge jusqu'au bout l'être humain, le broie, le tue. "Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité. Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain."

Le fil de la narration suit parallèlement la vie tout aussi pavée de solitude et d'ennuis de Thibault, médecin de ville. Il vient de plaquer sa petite amie parce qu'elle ne l'aimait pas. Il croise des tas de gens tous les jours pendant ses visites, mais pourtant il est seul dans cette ville tentaculaire et prédatrice (eh oui, ainsi est décrite Paris !). Il ne parvient pas à rencontrer les être humains qui l'habitent ou la fréquentent. La fin du livre est à cet égard ironique et féroce !

Delphine de Vigan décrit sans pathos l'enfer de ces deux héros qui sont des gens les plus banals qui soient. Des gens sclérosés par une société devenue malade.

Un magnifique roman qui m'a donné envie de découvrir les autres titres de l'auteur et notamment Rien ne s'oppose à la nuit, ce qui n'était pas du tout gagné d'avance.


20 décembre 2011

Sur un petit air de requiem - Nouvelles Caustiques et Grinçantes

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Nelly Bridenne, Edition Confession d'un polisson, 133 pages, 9€

4e de couverture : "23 nouvelles pour découvrir : les biographies d'Emmett Till et de Rosa Parks, les confessions d'un repenti coiffeur, le quotidien d'un flic désabusé, la vie trouble d'un conseiller Opel, les déboires d'une mule colombienne, l'obsession médiatique d'un religieux, l'appétit sans limite d'un croque-mort, le grain de folie de vieilles dames indignes, et beaucoup plus si affinités..."

Malgré un titre qui peut faire peur, ce recueil de nouvelles est absolument divin. Nelly Bridenne jette un regard sur la société, contemporaine ou passée, française ou étrangère, qui ne peut laisser indifférent. Les nouvelles sont regroupées par thématique (Négritude, Mafia, Braquage, Flic, Mutant, Embrouille, Rancunier, Senior). Le lecteur se prend de plein fouet la première histoire, J'irai pleurer sur vos tombes : celle des migrants africains, ceux qui n'ont pas d'autre choix que de s'exiler, au péril de leur vie, pour trouver une vie meilleure, même si chez eux, c'est bien joli, des plages blondes, des odeurs d'eucalyptus. Mais voilà, pas de travail, une société corrompue, la richesse dans les mains d'une poignée d'hommes. "Les migrants rêvent de l'Europe, cet Eldorado si proche, à quelques jours de bateau seulement, où ils accosteront en Italie ou en Espagne, et pourront envoyer de l'argent à leurs mères...". Même si l'Europe les vomit, la mer les rejette, même s'ils devront mentir, même si l'échec risque de les bannir de leur propre famille, ils tentent, jusqu'à la mort, où "Angelo, fossoyeur à Lampedusa, minuscule et lumineuse île italienne (...), creuse quelques tombes" et "les enterrera anonymement dans le carré du vieux cimetière, qui leur est réservé dorénavant". Cette histoire, troublante d'actualité, a obtenu le 2e prix du Concours des nouvelles de la Ville de Tours en 2007. On comprend pourquoi ! C'est sans doute celle qui m'a le plus marquée, avec Impardonnable négritude..., bel hommage à Rosa Parks, Emett Till, Martin Luther King et tant d'autres.

Malgré des sujets graves, Nelly Bridenne parvient à faire sourire le lecteur, voire à le faire rire (L'Evangile selon Mohamed - La vie du commissariat, Ratatouille, entre autres) parce qu'elle porte un regard tendre sur ces êtres humains qui se débattent dans un monde devenu bien compliqué. Il y a dans ce livre une vraie dimension humaniste, un style simple, corrosif, qui va à l'essentiel. C'est une vraie bouffée de chaleur ! Une fois fini, on en redemande ! Une belle découverte !

S'il fallait mettre une note : 4,5/5.

Je remercie Nelly Bridenne, l'Edition Confession d'un polisson et Les agents littéraires pour l'envoi du livre.

31 octobre 2011

Retour à Killybegs

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4e de couverture : "Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence.

Killybegs, le 24 décembre 2006
Tyrone Meehan"

Chose - presque - promise, du moins annoncée, voici mon billet sur Retour à Killybegs. Autant dire que je n'en suis pas sortie tout à fait indemne de ce roman. La fin de la fin (c'est-à-dire l'épilogue) m'a fait l'effet d'un coup de poing, parce que même si on pouvait se douter (un tout petit peu) de l'identité des assassins, le voir écrit et révélé, ça m'a effrayée.  

Ce roman est l'histoire d'une désespérance, d'un secret, d'une solitude. Si Mon traitre adoptait le point de vue du Français trahi par son ami irlandais, ici Sorj Chalandon s'est glissé dans la peau du traitre irlandais, Tyrone Meehan.

Cet homme est né au début du siècle. Il a vu son père, un homme du Donegal,  perdre ce qui était sa guerre, celle contre les Britanniques : en 1921, l'Irlande est partagée en deux, suite à un compromis signé par Michaël Collins, membre de l'IRA. L'Irlande sombre alors dans la guerre civile, entre partisans de la partition de l'Irlande et ceux qui la refusent. L'Irlande unie, c'est fini, au grand désespoir de Patraig Mehan dont le cri de guerre restera "Eirinn go Brach !" ("Irlande pour toujours!").
A sa mort, chassée par la misère, la famille passe la frontière et va s'installer à Belfast, en Irlande du Nord chez un oncle. L'Irlande du Nord, territoire britannique est en guerre contre l'Allemagne nazie. L'Irlande "libre" est neutre. En Irlande du Nord, parce que l'Irlande n'est pas en guerre contre l'Allemagne, on caillasse alors les Irlandais, on peint sur leurs portes "dehors, les traitres papistes", et on brûle leurs maisons. "Chassé" de [son] village par la misère, banni de [son] quartier par l''ennemi", Tyrone, 16 ans, en vient rapidement à la conclusion "L'IRA, moi". Son engagement est une évidence. Parce que "c'était un espoir, une promesse. C'était la chair de [son] père, sa vie entière, sa mémoire, sa légende. C'était sa douleur, sa défaite, l'armée vaincue de [son]pays".

Alors, comment Tyrone en viendra-t-il à trahir les siens pendant plus de vingt ans? Telle est la question qu'on se pose pendant toute une partie de ce roman aux émotions fortes.  Pourquoi est-il passé à l'ennemi, à ceux qu'il détestait tant ? C'était un pari risqué de répondre à cette question quand le romancier lui-même fait partie des personnes trahies, même en passant par un personnage de fiction.
C'est pourtant un pari réussi et un tour de force. Sorj Chalandon donne à voir le cheminement de cet homme, sans le juger. Tyrone est un désespéré, celui qui porte en lui un lourd secret qu'aucun des deux camps ne connaît. Du moins le croit-il. C'est un homme seul. Un homme pris dans la spirale infernale de cette guerre civile qui ne disait pas son nom (on parlait et on parle toujours en Irlande et en Grande-Bretagne, très pudiquement des "troubles"!!). C'est aussi un homme qui doute de lui-même et de ses actes, celui qui se juge en permanence, un homme qui souffre et qui culpabilise : "Avant même d'être un traitre, je devenais encombrant." 

La narration se fait sur un aller-retour entre le présent du narrateur, celui de Tyrone retourné à Killybegs en décembre 2006, après s'être dénoncé à l'IRA et son passé. Le lecteur est aspiré dans le tourbillon de l'histoire irlandaise et en particulier le bourbier nord-irlandais. Il passera quelques mois en prison avec le narrateur. Parce que ce livre est aussi une page de l'histoire de l'Irlande tout à fait instructive pour le lecteur francophone qui l'ignorerait. Non, les grèves de l'hygiène ce n'est pas de la fiction !!! Oui, Thatcher a laissé mourir les grèvistes de la faim (voir d'ailleurs l'excellent film Hungry).

On ne saura jamais la vérité sur la raison de cette traitrise. La fiction émet une hypothèse sans en faire pour autant une obsession. Parce qu'en fin de compte, l'essentiel n'est pas tout à fait là. La narration est celle d'une souffrance.

Un livre que l'on peut lire sans avoir lu Mon traitre, même si avoir lu les deux, c'est mieux ! J'avais été émue par le premier roman autobiographique, j'ai été bouleversée par Retour à Killybegs. Un excellent livre où l'écrivain a banni colère et rancune vis-à-vis de son traître. Il lui laisse la parole. Une plume qui va à l'essentiel, à la fois acérée et pudique mais douloureuse.

 Difficile d'écrire un billet sur un tel roman !

 

Posté par maevedefrance à 10:31 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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