28 octobre 2011

Grand prix du roman de l'Académie française : Retour à Killybegs

 

Une nouvelle qui m'a fait particulièrement plaisir : Sorj Chalandon vient d'obtenir le Grand prix du roman de l'Académie française pour :

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Après avoir été émue par Mon traitre, je suis en train de terminer Retour à Killybegs. Je vous en reparle bientôt mais je peux d'ores et déjà vous dire que c'est  amplement mérité !

Ce roman est par ailleurs encore en lice pour le Prix Goncourt et le Prix Interallié.

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22 octobre 2011

La malédiction des Brault - Tome 1

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4e de couverture :"En 1903 Jacques Brault, un jeune provincial ambitieux et rêvant d'exotisme, quitte la France et s'embarque pour la Côte dIvoire, alors territoire de l'Afrique Occidentale Française. Rapidement promu administrateur du cercle d'Assinie, Jacques poursuit une brillante carrière et est remarqué de ses supérieurs qui le pressentent pour le poste de gouverneur. Sa voie semble toute tracée, mais la solitude de lexpatrié commence à lui peser. La compagnie de son fils mulâtre et de sa maîtresse indigène ne suffisent plus à combler le vide de son existence. La visite inopinée d'un vieux colon va bouleverser son destin. Jacques rentre en France pour épouser Jeanne, une amie d'enfance. Emportés dans la spirale d'un amour exclusif, les Brault vont devoir surmonter les tourments de la passion, la trahison et les révoltes indigènes qui annoncent la fin de la colonie... Survivront-ils à ce maelstrom ? « La Malédiction des Brault » est le premier volet d'une saga romantique et historique où l'histoire et la passion se mêlent et nous transportent de l'Afrique au vieux Continent. Jacques, la belle Jeanne, Oubliette, le roi mulâtre et Dédi la guérisseuse vont nous faire vivre les bouleversements de l'Histoire."

En lisant la 4e de couverture, j'ai été attirée par le fait que cette fiction se déroule en Côte d'Ivoire, d'autant plus qu'on nous annonce un rendez-vous avec l'Histoire. C'est un pays qu'on connaît mal en France et je pensais en apprendre davantage. J'aurais dû me méfier du terme "saga"...

Pendant une bonne centaine de pages, on se dit que tout est vraiment trop idyllique dans la vie du héros, Jacques Brault, jeune homme parti en Côte d'Ivoire par goût pour l'aventure. Tout lui sourit. Même son amie d'enfance, Jeanne Dupuy, qu'il n'a pas revue depuis des années, accepte de l'épouser sans hésitation malgré un fils qu'il a déjà eu avec sa maîtresse indigène. D'emblée, elle adore le petit Pierre et se fiche complètement d'être rejetée par les autres femmes de colons qui ne comprennent pas cela. Jacques et Jeanne sont des colons "nouvelle génération", loin des préjugés de leurs aînés. Du moins c'est ainsi qu'on les pressent dans un premier temps. Ils sont parfaits, jeunes, beaux, amoureux et généreux. C'est trop beau pour être honnête.
Le miroir se brise quand Jeanne, enfin enceinte, après de vaines tentatives, perd son fils, Jean, qui meurt à l'âge de six ans, dans d'atroces souffrances suite à une forme virulente de paludisme : "Une dernière convulsion, plus abominable que les autres, un râle affreux et l'enfant resta raidi, le corps arqué, ne reposant plus que sur la nuque et les talons. Puis doucement il s'affaissa pour rester inerte à jamais". Dès lors, Jacques délaisse Jeanne et se réfugie dans le travail, Jeanne sombre dans la dépression et se met à détester Pierre. Dans un accès de folie, elle le chasse de la maison. Pierre, rejeté, part travailler aux chemins de fer. Délaissé par sa famille, insulté à longueur de temps par ses collègues qui jalousent ce mûlatre fils d'administrateur, finit par battre à mort le chef d'atelier (du moins c'est ce qu'il croit). Il s'enfuit, est recueilli par une tribu locale. Empli de haine il décide de se venger des Blancs, devient le "roi mûlatre" et fait la guerre... à son père ! Evidemment ça finit mal !

J'ai presque tout dit de l'histoire, une histoire pressentie depuis le début, certes avec de nombreux rebondissements mais que j'avais devinés !
C'est bien le défaut de ce roman : on devine tout car les ficelles sont un peu grosses. Une oeuvre agréable à lire cependant, mais qui fait trop dans le "cliché". J'espérais apprendre quelque chose sur l'Histoire de la Côte d'Ivoire, mais ce ne fut pas le cas. J'attendais quelque chose de plus fouillé, de moins superficiel. Un roman très conventionnel donc.

Je remercie Les Agents littéraires et Mon Petit Editeur pour l'envoi.

15 juillet 2011

Eve en enfer

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4e de couverture : "À trop vouloir peindre des sourires sur le sol de sa cuisine, l'héroïne fantasque de ce roman s'est enfermée dans un univers douloureusement confortable dont même son poisson rouge, pourtant ivre comme elle, ne réussira pas à la faire sortir. Il lui faudra rencontrer Charles-Henri pour faire un premier pas dans la rue qui tangue et l'agresse, pour affronter son passé tourmenté et tenter de reconnaître l'image qui la nargue et la violente, là, devant elle, dans le miroir. Parviendra-t-elle à combattre ces rires effrayants qui s'entrechoquent dans sa tête ? Saura-t-elle renoncer à ce crime qu'elle dit avoir commis de ses mains ? Acceptera-t-elle de mettre à nu sa chair et son âme pour se voir enfin, belle, dans le reflet de cent regards obscènes ?... Magnifiquement insolent et d'une choquante actualité, ce récit décalé est aussi formidablement optimiste. On pleure de rire à le lire. Et on pleure tout court Parce qu'il renvoie à soi-même, à ses propres troubles, à ses doutes, à son envie de vivre aussi. Et parce qu'il donne une magnifique et poignante leçon de vie."

La première phrase de la quatrième de couverture intrigue : qui est donc ce personnage qui peint des sourires sur le sol de la cuisine et qui picole avec son poisson rouge? Si l'on est un peu curieux, on pousse plus loin et l'on tourne deux pages du livre pour tomber sur un "avertissement" de l'auteur qui demande par avance de lui pardonner ce qu'elle va nous faire subir :

"La provocation fait partie des personnages que vous allez découvrir", écrit-elle. Nous voilà prévenus.

En effet, oubliez tous les romans tels que vous les avez connus. Ici l'héroïne dit ne pas avoir de nom. Elle se nomme, selon son humeur, Virginie, Aphrodite, Eve, Até, Ombre... D'ailleurs, le personnage du roman ce n'est pas elle, c'est vous. Et elle vous malmène, vous oubliant souvent dans son sac à dos. Vous êtes la seule personne à qui elle se confie, quand elle en a envie. Mais elle n'a pas vraiment d'histoire à raconter. Ou plutôt elle n'y arrive pas. Il lui faudra rencontrer un homme, Charles-Henri ! Il lui donnera un nom : Colombe. Et là on se dit "Tiens, ce livre est un roman d'amour". Oui. Mais oubliez tous les romans d'amour que vous avez lus jusqu'à présent. Surtout que cette héroïne a un sacré poids sur la conscience... Ce qui fait que ce livre tourne aussi au thriller.

On ne peut pas vraiment dire plus sur ce roman novateur, qui, tour à tour, agace (mille fois j'ai eu envie de dire à l'héroïne : "arrête avec tes "lecteur", d'abord moi c'est "lectrice !""), déroute, fascine, intrigue et finit par plaire. Martine Marie brouille les pistes, joue le flou artistique entre fiction et réalité pour faire de cet ouvrage un livre mystérieux qui interroge, même une fois refermé.

 Un livre qui plaîra sans doute à tous les curieux de la littérature contemporaine française, à tous les lecteurs qui ne souhaient pas rester spectateur de l'intrigue. Ici vous serez mis à contribution !
J'ai vécu ici une expérience peu banale que je recommande, à condition d'avoir les nerfs solides, parce que cette héroine est insupportable mais aussi fragile et terriblement humaine. Une belle découverte !

Quelques mots sur l'auteur : Martine Marie a 37 ans, elle vit dans un petit village bourguignon, loin des tumultes du monde. C'est son premier roman.

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Je remercie Vincent Beghin du site Les agents littéraires  (dont la raison d'être est de faire connaître les écrivains peu médiatisés) et les Editions Les 2 Encres de m'avoir permis de faire cette découverte.

 

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26 avril 2011

La délicatesse

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4e de couverture : "« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins
conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi
à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye
ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
- Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité ». La délicatesse a obtenu neuf prix littéraires et été traduit dans plus de quinze langues. "

 
L'histoire est fort simple :  Nathalie rencontre François. Ils se plaisent et quelques temps après se marient. Mais voilà qu'un "imprévu" (je ne peux pas vous dire ce que c'est sous peine de gâcher une partie du plaisir) fait que les choses ne se déroulent pas comme elles le devraient... Quelques temps après entre en scène Markus, un collègue suédois de la boîte suédoise où travaille Nathalie. Markus c'est le mec qui vous offre des PEZ et qui aime rentrez chez lui à 7h15 précises. Vous visualisez tout de suite le genre, n'est-ce pas ? Nathalie est une belle femme. Voila.

Un livre qui n'est pas désagréable à lire, des répliques qui font mouche mais un narrateur qui adore "chambrer" les personnages et qui devient agaçant à force de s'écouter parler... Enfin, c'est du moins l'impression qu'il m'a donnée. Ce qui fait qu'à la fin, je m'en suis franchement lassé.

Bref, je suis un peu déçue par cette lecture qui date d'il y a un peu plus d'une semaine. Je m'aperçois qu'il ne m'en reste pas grand chose d'ailleurs. Une gentille bluette qui ne fatigue pas la tête et dont les codes sont finalement sans grande surprise.
Sitôt lu sitôt oublié donc.

 

 

 

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05 février 2011

Six mois, six jours

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4e de couverture : « Dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel, l’une des femmes les plus puissantes d’Allemagne se donna à un homme dont elle ne savait rien, qu’elle n’avait vu que deux fois dans sa vie… » Mais au bout de quelques mois, l’homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. Juliana Kant la milliardaire dénonce le gigolo. On l’emprisonne, la morale est presque sauve.Une affaire de mœurs chez les riches ? Une liaison amoureuse qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus troublant, dévoile l’arrière-monde de cette aventure risquée : qui est à l’origine d’une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goeb­bels, et militant nazi, n’a-t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d’adoption de Magda était un juif qu’elle a renié puis laissé mourir ? Pourquoi les Kant ont-ils gardé le silence sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Et si humilier sexuellement la jolie bête blonde était une forme de vengeance ? Les fils ont-ils d’ailleurs reconnu la faute des pères, les vivants ont-ils pardonné aux morts ?"

Alors là, chapeau ! C'est vraiment le mot qui m'est venu à l'esprit quand j'ai refermé le livre. Et pendant toute la lecture j'ai pensé à l'excellentissime Liseur de Bernhard Schlink.

Une fiction qui mêle réalité historique (les enrichissements personnels d'industriels avides qui ont collaboré avec le nazisme) et la petite histoire d'une destinée familiale pas très reluisante. Très franchement, aucune idée si le personnage de Magda a réellement été l'épouse de l'affreux ministre nazi Joseph Goebbels, mais quelle monstre elle était! On en reste pantois. Et Juliana a beau être la femme du plus riche industriel allemand, la femme la plus puissante d'Allemagne, n'empêche, elle est d'une bêtise affligeante, ce que lui fera bien sentir Herb Braun. J'ai bien aimé l'humour noir du narrateur, Karl Fritz, ex-conseiller de Philipp Kant, jeté comme un chien à la rue parce qu'il n'a pas su "protéger" Juliana. Parce qu'en plus elle avait besoin d'un conseiller jusque dans ses affaires de coeur extra-conjuguales, voyez-vous !

Un roman qui interroge les responsabilités individuelles et le poids du passé sur le présent. Un roman comme je les aime et dont je ne peux que vous conseiller la lecture. J'avais déjà lu Douce France du même auteur que j'avais aussi beaucoup apprécié.

Lu dans le cadre du

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28 novembre 2010

Les vies extraordinaires d'Eugène

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Ce roman est l'histoire d'un deuil. Celui de la perte d'un enfant. Le narrateur a perdu Eugène, son fils, grand prématuré né à six mois. Il est décédé quelques jours après sa naissance. Mais, comble de l'horreur, pas à cause de sa grande prématurité ! A cause d'un fichu staphilocoque doré qui s'est sans doute introduit dans le tube qui l'aidait à respirer dans sa couveuse. Sa femme en a perdu la parole, de douleur sans doute, mais surtout parce qu'il n'y a "plus rien à dire" après la perte d'un enfant. Pour rendre justice à son fils, pour lui (re)donner la vie et le rendre en quelque sorte immortel, le narrateur décide d'écrire sa vie. D'abord sa vie réelle, après un interrogatoire des personnels hospitaliers l'ayant côtoyé. Mais, comme cela ne suffit pas il décide d'inventer ce qu'aurait été la vie d'Eugène et pour cela mène une enquête à partir de la liste des enfants inscrits à la crèche du quartier. Il découvre les futurs copains et copines d'Eugène. Mais cela ne suffit toujours pas à combler le vide. Donc il va raconter son ascendance. D'autant plus que "papy Marcel", grand-père du narrateur, est au plus mal mais dans une lente agonie !

Cependant, un an après avoir commencé son journal et l'écriture de la vie de son fils, le narrateur en convient : il a échoué. Il ne peut pas faire revivre son fils et il doit l'abandonner pour faire son deuil. Pas vraiment d'autres solutions : "Je viens te demander pardon mon enfant (...) J'ai relu tout ce que j'ai écrit depuis un an. Rien. Rien qui ne te donne vie. J'ai échoué. (...) Je m'épuise à vouloir te raconter, il n'y a rien à raconter. Je t'ai cherché partout, je te jure, je ne te trouve pas mais je me perds. (...) Je te tue mon fils, pour vivre un peu".

Le lecteur découvre avec surprise que, malgré les apparences, c'est la mère de l'enfant qui est le plus lucide sur la situation et que c'est elle qui écrit son fils dans la lettre qu'elle lui adresse : "Ce n'est pas parce que tu es mort, petite tête, que tu vas devenir un objet de niaiserie. Nous allons rester dignes. Chacun chez soi, mon grand. Toi au cimetière, moi ici." (...) "Ce n'est pas un abandon, c'est une émancipation . (...) Inoubliable et légendraire, tu es le héros de toutes mes aventures (...). Tu as toutes les vies, tiens, je te les offre. Tes vies extraordinaires".

Isabelle Monin écrit ici un roman très sensible sur un thème qui l'est tout autant dans un style magistral. Un roman qui ne peut laisser indifférent. Elle aborde le thème contemporain des maladies nausocomiales, mais celui-ci reste en surface. C'est donc avant tout un texte sur la mort et le deuil. On accroche ou l'on n'accroche pas. Et je dois dire que j'ai un avis mitigé sans pour autant nier le talent d'écriture. La mort d'un bébé prématuré, c'est déjà difficile. On y ajoute une mort par maladie contractée à l'hôpital et un grand-père qui, par une lente agonie, lui ne parvient pas à quitter ce monde... Ca fait beaucoup. On ne sort pas vraiment en forme d'une telle oeuvre !

Lu dans le cadre du
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18 novembre 2010

Blues pour Elise

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4e de couverture : "Qu'est-ce qui fait courir les personnages de Blues pour Elise ? C'est l'amour ! Celui qu'on désespère de trouver, comme Akasha qui ne se remet pas d'une peine de coeur. Celui qu'on croit avoir perdu, comme Amahoro, dont le compagnon a pris ses distances. Celui qu'on n'attendait pas, comme Shale, follement éprise d'un homme peu avenant. Celui dont on doute soudain, comme Malaïka, paniquée à la veille de son mariage. A travers le parcours de ces quatre femmes et de leurs proches, Blues pour Elise dresse le portrait coloré, urbain et charnel de la France noire. Celle qui, loin des clichés misérabilistes, adopte le mode de vie bobo, se nourrit de graines germées, se déplace en Vélib', recourt au speed dating pour rompre la solitude. Roman de société, Blues pour Elise parle avant tout d'amour. Celui de soi, celui de l'autre. "

C'est une belle découverte que j'ai fait là. Un écrivain que je ne connaissais pas pour un roman qui est passé inaperçu dans la rentrée littéraire.

Pourtant, Léonora Miano propose ici un roman pétillant sur la vie d'une bande de jeune femmes "afropéennes", françaises, parisiennes. Un ensemble de portraits loin de tous clichés "prémâchés". Des jeunes femmes qui courent après l'amour mais qui ont aussi pour code d'honneur de se faire respecter par les hommes et peu de tabous entre elles. Une bonne dose d'humour, même quand l'heure est grave. C'est également un très beau roman sur l'intégration. J'ai été émue par l'histoire familiale de Shale. Et j'ai vraiment souri de l'interrogation existentielle de Michel à cause de la chose mystérieuse chose que lui a fait Amahoro et qui sème le doute dans sa pauvre tête d'homme...Un bon coup de grille aussi aux inventeurs du "mariage gris". Un livre tout en subtilités, où il n'y a pas d'un côté les "bons" et de l'autre les méchants pas beaux".

L'ambiance de chaque chapître est traduite par une série de sélections musicales en fin de châpitre (original !) et une rédaction épicée d'africanisme.

Bref, un très beau roman qui gagne à être découvert. Une belle parution pour la littérature française et l'un des meilleurs que j'ai lus pour l'instant dans le cadre du Grand Prix (mais ce n'est que mon humble avis !) avec . Une suite est à venir et je serai sans doute au rendez-vous des "Bigger than Life".

Lu dans le cadre du

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08 septembre 2010

Les femmes du braconnier

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4e de couverture : "C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia. Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins - parents et amis, médecins, proches ou simples voisins -, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu'elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète. L'ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale - deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates -, donnent aux destins en miroir des "femmes du braconnier" un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.

Avec ce roman polyphonique, Claude Pujade-Renaud invite le lecteur à (re)découvrir la vie du trio amoureux et artistique anglo-américain Ted Hughes/ Sylvia Plath/ Assia Wevill.

Dès le début, leur vie est placée sous le signe de la tragédie, que Sylvia est venue étudier à Cambridge grâce à une bourse d'études . Celle-ci est passionnée par Racine et par le rouge. En effet c'est sous le signe du sang, de l'amour, de la mort et de la passion que s'ancre le roman.
Sylvia est maniaco-dépressive, a fait un "grave épisode psychiatrique" et a déjà tenté de mettre fin à ses jours trois années auparavant. Elle traîne derrière elle un héritage familial lourd à porter, celui de l'Holocauste et de la mort du père. C'est une femme mordue et qui mord au propre comme au figuré : Elle est écorchée vive et elle aime passionnément son "mordu" qui se trouve être le poète "braconnier" Ted Hughes rencontré lors d'une soirée. De plus, l'ombre de Phèdre planant sur ce début de roman, avec comme écho La Tempête de Shakespare et comme toile de fond La mort de Procris, le lecteur se dit d'emblée qu'il ne va pas vraiment rire et se demande s'il va assister à un remake de racinien, puis un peu plus tard au "désastre vaudevillesque tragi-comique d'un couple usé" puisque Ted et Sylvia se marient le jour du Bloomsday un 16 juin 1956, en référence à l'Ulysse de James Joyce. D'autant que Ted se révèle rapidement être un chasseur de femmes. C'est le braconnier qui croise un jour la belle Assia, sa panthère, sa loutre.

Chaque personnage du roman (parents, amis, amants, frère ou soeur) intervient à plusieurs reprises pour évoquer le trio d'artistes. Une naration distancée très souvent. Chaque personnage s'exprime de la même manière en dévoilant au fur et à mesure les facettes de la personnalité de Sylvia , Ted et Assia.

Ce roman est très touffu, bourré de références littéraires et psychanalytiques. Trop. Cela en devient lassant et brouille la lecture. C'est ce qui m'a gênée pour apprécier pleinement cette oeuvre et aboutir à une conclusion claire et simple sur ce qui m'était donné à voir. Si ce n'est que ces artistes ont dûrement payé le prix de leur folie passionnelle, dépressive et de leur héritage familial (suicide au monoxyde de carbone pour Sylvia et Assia, meurtre de la fille par la mère, suicide par pendaison pour Ted). Autrement dit, impossible d'échapper à son destin. Et je ne suis pas d'accord avec l'idée d'une destinée toute tracée dont l'issue serait incontournable.

Je n'ai jamais lu les oeuvres de Ted Hughes et de Sylvia Plath et je me suis demandée si ce livre me donnait envie de les découvrir. La réponse est non, pas vraiment.

Lu dans le cadre du
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23 août 2010

Mon traitre

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4e de couverture : "Il trahissait depuis près de vingt ans. L'Irlande qu'il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir..." Sorj Chalandon

C'est la 4e de couverture qui m'a intriguée et le fait que ce roman sur l'Irlande du Nord, soit écrit par un Français  (déduction faite grâce à la photo de l'édition de poche). Ca ne pouvait qu'être intéressant à mes yeux.

J'ignorais totalement qui est Sorj Chalandon (pardon!): un journaliste ayant couvert nombre de reportages sur l'Irlande du Nord (prix Albert-Londre 1988).

J'ignorais également que ce roman est autobiogaphique : l'auteur a changé le nom des protagonistes mais a réellement vécu cette histoire d'amitié avec un membre de l'IRA et cette découverte de l'Irlande.

Dans ce récit, Sorj se prénome Antoine, luthier à Paris : "J'ai rencontré la République Irlandaise à Paris un matin de novembre 1974" grâce à un Breton. L'Irlande d'Antoine à cette époque est celle du Taxi mauve, de l'Homme tranquille, les "pulls blancs torsadés", l'Eire où il s'est déjà rendu 3 fois. Le Breton lui dit que s'il n'a jamais mis les pieds en Irlande du Nord, alors il ne connait pas l'Irlande! Et tout part de là, parce que cette phrase le vexe  (je le comprends, même si ce que dit le Breton est parfaitement vrai !).

Antoine part donc à la découverte du Nord et c'est la révélation, le coup de foudre pour les Irlandais et leur combat, la découverte de leur histoire et de leur calvaire sous ces années thatcheriennes. Il met sa vie française entre parenthèses, perd ses amis de l'Hexagone qui ne comprennent pas son comportement envers un pays qui n'est pas le sien.

Il s'y fait rapidement des amis, jusqu'au jour où il rencontre Tyron Meehan, celui qui deviendra son "traitre".Tyron Meehan est dans la réalité Denis Donaldson, membre de l'IRA...

Je n'en dis pas plus sur ce magnifique roman sur l'amitié, la solidarité, l'engagement, la confiance aveugle. Mais aussi sur la trahison, et la perpétuelle interrogation qu'elle engendre : pourquoi? Un roman qui vous prend aux tripes.

Partageant ma vie avec l'Irlande, j'ai reconnu beaucoup de sentiments éprouvés par Antoine, beaucoup de petites choses so irish quand on est français : les prononciations à l'irlandaise si difficile pour une oreille francophone, être désigné(e) comme "le/la Française", la froggie, la frenchy, la fascination pour l'Histoire si tragique de l'île, sa découverte par la littérature et la musique entre autres. Le choc culturel aussi (qui est plus important qu'il n'y paraît). Et le fait que donc, malgré tout ça, on reste une étrangère, malgré l'assimilation - du moins en partie- de cette culture qui fascine.

Un livre qui reste dans mon esprit, presqu'un an après sa lecture. Un vrai coup de coeur.

Sorj Chalandon va écrire une suite du Traitre, du point de vue du traitre cette fois-ci. Exercice périlleux.

EDIT DU 29/08 :

Et pour en savoir plus sur le roman, lire l'interview ici (et le commentaire de Sorj a laissé sur ce blog)

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17 mars 2010

La mécanique du coeur

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4e de couverture : "Edimbourg, 1874 : le jour le plus froid du monde. Lorsque Jack naît, son cœur gelé se brise immédiatement. La sage-femme le remplace par une horloge et le sauve. Depuis lors, il doit prendre soin d'en remonter chaque matin le mécanisme. Mais gare aux passions ! Le regard de braise d'une petite chanteuse andalouse va mettre le cœur de Jack à rude épreuve... "

Tout est dit, dans cette histoire d'amour sous forme de conte fantastique au charme désuet. J'ai beaucoup aimé cet univers à la Tim Burton, par le chanteur du groupe Dionysos. Un style très simple à l'allure enfantine. Je crois même que ce livre a fait l'objet d'une comédie musicale.

Une jolie lecture de printemps que je vous conseille, c'est très divertissant !