14 février 2015

Viscères (Wolf)

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Traduit par Jacques Martinache

4e de couverture : "Il y a quinze ans, deux amoureux ont été retrouvés sauvagement éviscérés dans le bois attenant à la maison de campagne des Anchor-Ferrers. Le principal suspect, qui a avoué les crimes, est depuis sous les verrous. Mais aujourd'hui, alors que Oliver, Matilda et leur fille, Lucia, n'ont pas oublié cette découverte macabre, l'histoire se répète, plongeant la famille dans la terreur. En grand peintre de l'angoisse, Mo Hayder nous livre une série de tableaux sanglants, dans lesquels le commissaire Jack Caffery, toujours hanté par la disparition de son jeune frère, est plus vulnérable que jamais."

Ames sensibles, ne partez pas en courant en voyant la couverture et le titre de ce livre que je trouve complètement ratés ! Le roman est bien autre chose qu'une histoire de viscères (d'ailleurs, on se demande pourquoi, finalement c'est un lombric au bout d'un hameçon qui est représenté !). Le titre original du livre est Wolf, qui correspond beaucoup mieux à l'histoire, pour ne pas dire tout à fait. Bref, il y a des choses que je ne comprends pas si ce n'est que, sans doute, un titre bien glauque et bien morbide ça doit faire attirer l'oeil et faire vendre. Si je ne connaissais pas la plume de Mo Hayder, j'aurais passé mon tour quand Babelio m'a proposé ce bouquin. Parce que, franchement : beurk ! (J'en profite pour préciser que le traducteur n'est pour rien dans le titre : c'est l'éditeur qui le choisit)

Je garde un souvenir impérissable de Tokyo, (lu il y a des années), pour son côté documentaire, son suspense haletant et sa noirceur à la japonaise. C'est ici un thriller très différent qu'elle propose, très anglais (et beaucoup plus soft, finalement que Tokyo). Nous sommes dans le Somerset. L'action se passe essentiellement dans une grande maison, telle qu'on les imagine parfaitement dans la campagne anglaise. Il y a quinze ans, un double meurtre horrible, d'un couple retrouvé éviscéré hante le coin. Et la maison. Parce que la fille d'Olivier et Mathilda Anchor-Ferrers, Lucia, a psychiquement et intimement été atteinte par cet assassinat : elle venait de mettre fin à la liaison qui l'attachait au jeune homme retrouvé vidé de ses tripes. L'assassin s'était lui-même livré à la police et avait été jeté en prison. Mais cette famille bourgeoise est toujours habitée par ce crime, Lucia reste psychologiquement fragile. Quand les Anchor-Ferrers se retrouvent de nouveau confronté à un meurtre et ce qui ressemble à des viscères aux abords de leur maison, leur imagination s'enflamme. Deux hommes, a priori des policiers, se présentent à leur domicile pour leur poser des questions.

Ce livre doit se lire avec beaucoup d'attention. Mo Hayder y détaille chaque fait et geste des personnages. Ce n'est pas anodin pour la suite des événements. Elle prend son temps pour planter le décor.
Un thriller, oui, mais dont l'action n'est pas fulgurante. Et pourtant, ça n'empêche pas des renversements de situation, complètement surprenants mais qui se tiennent parfaitement. Les personnages tombent des masques successifs au fur et à mesure et on se demande où cela va s'arrêter. Le seul fiable finalement, c'est le commissaire Jack Caffery, même un zeste ivrogne quand il a le blues. Ici affublé d'une petite chienne, retrouvée avec un morceau de message d'appel au secours caché dans son collier, ils forment un duo de choc pour l'enquête qui va les mener sur la trace de loups (peut-être pas ceux qu'on imagine d'emblée !).

Un roman qui rend un peu paranoïaque une fois la lecture terminée, mais un sacré bon pavé (presque 500 pages), un soupçon gothique, à l'intrigue sacrément emberlificotée ! Un thriller-frisson qui tient ses promesses, sans scènes gore à profusion,  ni tripes à toutes les pages. Je n'ai pas lu les autres volumes des aventures du commissaire Caffery, mais ça ne pose pas de problème (contrairement à des polars à la Arnaldur Indridason).

Je remercie Babelio et les éditions des Presses de la Cité pour l'envoi.



 

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10 janvier 2015

L'arbre au poison

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Traduction : Catherine Ludet

4e de couverture : "Karen étudie depuis quatre ans au Queen Charlotte’s College quand, un jour étouffant de l’été 1997, elle rencontre Biba. A priori rien de commun entre elles. Karen, boursière, est brillante, studieuse, et vit en colocation avec trois amies aussi sages qu’elle. Biba, fantasque et bohème, est orpheline et habite une demeure délabrée à Highgate, en compagnie de son frère aîné, Rex. Mais lorsque Karen répond à l’invitation de Biba de venir fêter chez elle son vingt et unième anniversaire et qu’elle pénètre pour la première fois dans la vieille maison, elle est, dès ce soir-là, séduite. Elle se laisse entraîner dans l’univers fascinant de ses nouveaux amis, un univers de fête, de drogue et d’alcool. Ce que Karen ignore encore, c’est qu’elle va se retrouver mêlée à une histoire familiale compliquée."

Parce que la vie doit continuer après tous les tragiques événements que nous avons vécus cette dernière semaine, et parce que je n'ai pas encore le coeur à vous présenter un truc follement drôle, voici un thriller psychologique particulièrement réussi.

L'histoire commence in medias res, sans aucun repère pour le lecteur : un téléphone qui glisse des mains de quelqu'un, une voiture qui part en trombe, une fuite, une urgence, des appels de phare dans la nuit, la peur. On passe au premier chapitre. Des personnages. Mais toujours ce "je" qui prend la parole sans qu'on ne parvienne a l'identifier.
L'intrigue a la forme d'un puzzle. Des jeux de temps, des jeux de noms. Un aller-retour narratif entre 1997 et aujourd'hui. Le seul point de repère stable, c'est Londres. Petit à petit, pourtant, le récit s'installe, captivant. On comprend que celle qui s'exprime c'est Karen. Elle raconte un drame, dont je ne vous révélerais pas la teneur, ça va de soi !
Sachez qu'il vous faudra lire ce thriller en reprenant votre souffle car l'auteur joue à merveille avec la psychologie. Une histoire angoissante sans pourtant effusion de sang à toutes les pages. Certes, il y a des morts et c'est un histoire bien embrouillée qui nécessitera toute votre attention de lecteur. Une histoire de manipulation qui vous sidérera.

Karen est la victime. Ce qu'elle a subi est juste dingue. Pourtant, ce n'est pas une sotte. C'est quasiment une surdouée, elle a le don d'apprendre toutes les langues sans effort, elle a une mémoire phénoménale. C'est une jeune fille sérieuse, les pieds sur terre. Mais c'est bien connu : les choses les plus importantes arrivent souvent par hasard (pour le meilleur comme pour le pire) : et c'est par hasard qu'elle croise une jour Biba, une étudiante qui est son double inversé. On a du mal à comprendre ce qui attire à ce point Karen dans la personnalité de Biba si ce n'est la différence. Mais justement, la personnalité de Biba aurait dû la faire fuir.
Biba est déjantée, dépourvue d'altruisme. Son frère Rex est tout le contraire. Biba est comme un aimant qui attire tout le monde. Un frère soumis dont la raison nous est révélée peu à peu. Biba est une spirale infernale à elle seule. Rien ne s'arrange quand elle rencontre Raymond, un dealer qui deviendra aussi son amant.

Une histoire machiavélique, un drame familial à rebondissements qui vous maintient en haleine autant qu'il nécessite votre attention. Une atmosphère underground. L'histoire d'une emprise et de manipulations. Le poids de la culpabilité mais aussi d'une libération. L'histoire d'une destruction et d'une renaissance. Effrayant mais captivant. Des références à William Black jusque dans le titre. Franchement : chapeau !

 

 

12 avril 2013

Chaleur blanche

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4e de couverture : " Au nord du cercle arctique, l'île de Craig est le domaine d'Edie Kiglatuk. Attachée à la culture inuit, la jeune femme, guide, fait découvrir la vaste étendue de glace encore vierge aux touristes. Au cours d'une partie de chasse, l'un d'eux est abattu. Le conseil des Anciens conclut à l'accident. Mais Edie a des doutes. Qui sont renforcés quand, peu de temps après, une autre expédition tourne au drame..."

Comme l'Ecosse et ses contrées ventées ou le monde scandinave ne me suffisent plus, cette fois je suis allée encore plus au Nord, avec cette lecture qui m'a menée entre le Groënland et le Canada, sur la Terre d'Ellesmere et sur l'île (fictive) de Craig.

Je n'ai jamais rencontré de ma vie une guide aussi désagréable qu'Edie Kiglatuk, métisse de qallunaat (comprendre "blanc") et d'Inuit. J'ai eu du mal avec elle, surtout au début : elle déteste tout ce qui n'est pas inuit et en particulier les Blancs. On peut comprendre, mais quand même... Alcoolique notoire, elle se bat seule pour retrouver le meutrier d'un de ses touristes, mais surtout de son beau-fils.

En plus d'une héroïne antipathique, on a droit aussi à une intrigue assez emberlificotée : une histoire de sel, de météorite, d'astroblème... et pour finir de traces martiennes ! Argh, ça a fait beaucoup pour moi.

Bon, reste qu'il n'y a pas que des points agaçants dans ce thriller : il y a avant tout une ambiance très bien rendue sur la vie arctique et surtout inuit : on s'évade vraiment et l'écrivaine parvient à nous sensibiliser sur ce monde et ses difficultés.

En fait, le vrai personnage auquel je me suis attachée, c'est le flic du village :Derek, qui est le plus sympathique que sa compatriote casse-pied et raciste : un fana de lemmings, qui fait une découverte fondamentale sur ces petits rongeurs. Autant dire quelqu'un qui ne rentre pas vraiment dans le moule du flic passionné par les meurtres.

Une lecture en demi-teinte donc, avec ce roman pas vraiment inoubliable mais qui dépayse. A vous la soupe au sang de phoque...

 

 

 

27 novembre 2012

Le marin américain

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4e de couverture : "En l'an 1902, un trois-mâts fait naufrage au large de Skagen, à l'extrême nord du Danemark. Le seul survivant, un marin américain, aux cheveux et aux yeux noirs, est hébergé chez un jeune couple.
Le marin disparaît à l'aube, sans laisser de trace. Neuf mois plus tard naît un enfant qui ne ressemble pas aux autres. Tout au long de sa vie, Anthon sera surnommé Tonny, ou l'Américain, et devra supporter les rumeurs persistantes sur ses origines. Mais sa réussite en tant que patron-pêcheur de haute mer lui permettra de surmonter ce qui est un véritable handicap dans cette petite ville du nord, où chacun est blond et sait d'où il vient.

Un siècle plus tard, au cours duquel Skagen est passé d'un gros bourg de pêcheurs aux maisons basses à une ville riche de ses pêcheries industrielles et célèbre par les peintres qui s'y sont installés, un homme roule de nuit le long des dunes, dans le paysage lunaire, balayé par les sables. Il se sent investi d'un obscur devoir de réhabilitation et veut élucider le mystère qui plane sur les origines de son grand-père, ce secret qui pèse sur la famille depuis quatre générations."

Il y a quelques mois je vous avais emené dans le Spitzberg norvégien avec Zona frigida. Je vous propose aujourd'hui une balade dans le Jutland danois, avec ce très joli roman sur la vie des pêcheurs du début du siècle à nos jours, grâce au petit-fils de la narratrice qui mène l'enquête sur sa famille pas tout à fait comme les autres. Pensez- donc, il y a un brun dans la famille, alors que celle-ci est blonde aux yeux clairs etc. Tout de suite, la rumeur se propage. Mais l'essentiel du roman n'est pas là. C'est avant tout l'excellence des pêcheurs danois, bien plus doués, au début du siècle, que les Anglais, grâce à la pêche à la senne. C'est aussi la guerre qui vient chambouler leur vie tranquille. Et puis la dérive de la pêche devenue "industrielle", avec ses excès. Mais aussi la manière dont Ana fait fortune avec l'ouverture d'une conserverie de poissons, une des premières à en avoir l'idée !

On se prend une grande brassée d'air avec ce très joli roman, revigorant et rafraichissant. Les amateurs de grand air seront ravis !

 

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01 mars 2012

Le chat et les pigeons

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4e de couverture : "Le plus anglais des milieux anglais : Meadowbank, collège très snob qui accueille les jeunes filles du gratin londonien de la gentry du Commonweath et de la crème des Emirats. Dans cet univers si distingué, quelques menus détails détonnent pourtant... Il n'y a que Poirot qui puisse percer tant de mystères."

Cela faisait un sacré bail que je n'avais pas lu une aventure d'Hercule Poirot dont je gardais des souvenirs délicieux. Mais ici, il se fait sacrément attendre.... au point que j'ai cru pendant un moment qu'il y avait une erreur sur la quatrième de couverture. En effet, l'enquête est menée par l'inspecteur Kelsey jusqu'à la page 180 où, ensuite Poirot apparaît enfin (alors que livre, dans cette édition, comporte 255 pages. Il faut dire que l'enquête est coton : meurtres d'enseignantes, enlèvement d'élève, raquettes de sport échangées. Les pistes se multiplient et l'inspecteur ne s'en sort pas. Mais ce n'est pas lui qui fera appel directement à Poirot, c'est l'une des élèves qui se rappelera de ses compétences notoires en matière de résolution d'enquête.

Ce roman a été écrit en 1959 et je dois dire que.... j'ai été un peu déçue. Autant j'ai trouvé l'une des solutions de l'intrigue tout à fait plausible, autant j'ai trouvé la deuxième tout à fait tiré par les cheveux (parce qu'en fait il y a deux résolutions distinctes). Sans parler d'un coupable qui meurt subitement après avoir expié son crime (je me suis même demandé si elle ne se moquait pas du lecteur, si c'était volontairement caricatural - avec Agatha tout est possible !).

Cela dit, on retrouve tout l'humour caustique de notre Agatha, avec un certain acharnement sur les enseignantes françaises, semble-t-il dans cette histoire : "Toutes ces Françaises sont incapables d'enseigner. Elles n'ont aucun sens de la discipline.". On apprend cependant une chose concernant l'âge réel d'une personne : "Les genoux donnent une très bonne indication de l'âge réel." Mais elle ne dit pas en quoi...
Bien qu'écrit à l'aube des années 60, c'est un univers tout victorien que l'on retrouve ici, dans cet univers feutré d'un collège anglais snob à souhait.

Pas inoubliable, même si l'on passe quand même un bon moment, telle est ma conclusion.

Challenge Agatha Christie organisé par George

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15 avril 2011

Le royaume des voleurs

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4e de couverture : "1936, début de la terreur stalinienne. Le cadavre mutilé d une jeune femme est retrouvé sur l autel d une église désaffectée. L inspecteur Korolev, chef de la section criminelle de la Milice de Moscou, est chargé d enquêter. Comme la victime est citoyenne américaine, l organisation la plus redoutée de toute la Russie, appelée NKVD, s en mêle. Les moindres faits et gestes de Korolev sont observés. Bien décidé malgré tout à découvrir ce qui se cache derrière ce crime effroyable, il pénètre dans le royaume des Voleurs, ces individus qui règnent sur la pègre moscovite. À mesure que d autres corps sont découverts et que la pression venue d en haut augmente, Korolev se demande qui sont les vrais criminels dans cette Russie où prédominent la peur, la faim, et l incertitude."

En commençant ce roman, je me disais qu'en plus de l'intrigue policière, j'allais en apprendre davantage sur le début de la dictature stalinnienne grâce au héros, le capitaine Alexeï Dimitrievitch Korolev, plus communément appelé inspecteur Korolev, au service des enquêtes criminelles de la Milice de Moscou. Un grand colosse d'un mètre quatre-vingt-trois, quadradénaire, divorcé, père d'un petit Youri. la joue barrée d'une cicatrice, "souvenir d'une rencontre avec un cosaque blanc durant la guerre civil". Korolev s'est "battu de l'Ukraine jusqu'à la Sibérie, et retour, durant sept longues années, contre les Allemands, les Autrichiens, les Polonais". Mener une enquête dans le Moscou de 1936 s'annonce ardue car il s'agit de ne pas déborder sur les plates-bandes du NKVD, autrement dit de la police secrète qui s'occupe des crimes politiques, alors que la Milice a en charge les crimes "traditionnels". Mais la frontière entre les deux est floue. Pour compliquer l'affaire, il y a ceux que les Moscovites appellent les "Voleurs", organisés en une société structurée et hiérarchisée : la mafia russe.

Alors, quand le cadavre d'une femme, atrocement mutilé, visiblement torturé et mis en scène,  est retrouvé dans une église de moscou, la tension est grande, d'autant qu'on apprend rapidement que c'est une Américaine d'origine russe, religieuse orthodoxe. Là on se dit qu'on va avoir droit à un roman policier de la lignée de Dan Brown...

Mais voilà, le problème c'est que William Ryan ouvre des pistes, accumule les descriptions, les noms et épisodes historiques (NKVD, Tchéka, tchékistes, miliciens, Voleurs, guerre civile, cosaque blanc), et les personnages (qui en plus ont plusieurs noms), sans creuser davantage, sans expliquer. On vit avec le héros la misère moscovite : la faim, le froid, l'humidité, le manque de logement, le manque d'argent, la dure vie des gamins des rues. Mais à force de vouloir tout dire, tout restituer, l'écrivain finit par perdre le lecteur dans les bas-fond de la ville ! Et là on crie "Help"! L'intrigue finit par devenir presque anecdotique, noyée sous des considérations qui voudraient donner un fonds historique au roman. On ne sait plus trop où donner de la tête.

En outre, j'ai trouvé l'écriture froide et manquant d'un petit quelque chose qui aurait fait qu'elle aurait eue plus de saveur. Je me suis ennuyée de plus en plus au fil du récit. Pas convaincue et déçue. J'ai cherché en vain le "suspens dense et brutal qui ne cesse de croître", annoncé sur la quatrième de couverture par le Financial Times. Je dirais que c'est plutôt le contraire : ça commence bien et fort et ça finit à plat... Dommage car l'idée était bonne.

Un premier opus qui annonce d'autres aventures de l'inspecteur Korolev.

Je remercie néanmoins vivement Guillaume Teisseire de chez  Babelio logoet Nina Salter des Editions des Deux Terres pour l'envoi du roman.

 

26 décembre 2010

La dernière énigme

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4e de couverture : "Lorsque Gwenda avait vu la villa, elle n'avait pas hésité une seconde. C'était exactement ce qu'elle cherchait. Démodée peut-être, mais charmante... Gwenda s'y était sentie chez elle dès le premier instant. Pour un peu, cette maison aurait pu être celle de son enfance : chaque pièce évoquait en elle des souvenirs confus... Son imagination lui jouait des tours, bien sûr. Comment pouvait-elle reconnaître cet endroit puisqu'elle n'avait jamais mis les pieds en Angleterre auparavant ? Pourtant, tout lui était familier... Pourquoi s'était-elle sentie glacée de terreur en regardant dans le hall, du haut de l'escalier ? Pourquoi ? La villa était-elle hantée ? Ou bien Gwenda devenait-elle folle ?"

Au départ, on se croit embarqué pour une histoire de maison hantée. Mais au fur et à mesure, Agatha Christie abandonne cette piste et retourne les codes du genre pour aller beaucoup plus loin. Bon, commenter un roman de la reine du crime sans en dévoiler les rouages, ça n'a rien d'évident. Ce que je peux dire c'est que le personnage qui monopolise l'attention de Gwenda, son mari et... Jane Marple  est une femme disparue mystérieusement il y a des années. Les trois acolytes se lancent donc dans un interrogatoire serré des principaux hommes qu'elle a fréquenté, car, apparemment c'était une femme à hommes, presque une nyphomane, selon l'un deux. Les fausses pistes ne manquent pas. Et bien évidemment la fin est inattendue et renversante (c'est du moins ainsi que je l'ai ressentie).

Bref, les retrouvailles avec Agatha Christie ont été une réussite avec ce premier volume pioché au hasard (ce roman est de 1976). Je me suis délectée des astuces de cette reine du crime so british qui n'a pas pris une ride. Une vraie bonne lecture de vacances d'hiver.

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09 août 2010

Rupture

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4e de couverture : "Samuel Szajkowski enseigne l’histoire dans une école secondaire, mais aussi d’autres matières car on manque de personnel. Par un été torride, il entre dans une salle, ouvre le feu et tue trois élèves et un collègue avant de retourner son arme contre lui.
Au fil de son enquête, l’inspecteur Lucia May se heurte à la complexité - souvenirs flous, mensonges, mauvaise volonté - des témoignages des professeurs et des élèves. Plusieurs vérités successives apparaissent. Ce drame fait désordre dans la communauté, et il importe que l’affaire soit bouclée vite fait, bien fait. Version officielle : le Polonais était un psychopathe. Mais Lucia suspecte qu’il y a davantage en jeu et tient à creuser malgré tout. Ce qu’elle va découvrir est terrifiant.
Cruauté des enfants, harcèlement d’un professeur par des gamins gâtés que soutiennent leurs parents influents, hypocrisie des pouvoirs publics et de la direction de l’établissement, petites vengeances d’enseignants frustrés et peu considérés, état déplorable du système éducatif anglais : Rupture parle d’un mal bien contemporain."

Avec Rupture, Simon Lelic nous plonge dans un roman policier anglais pas comme les autres. Le lieu du drame est celui de l'Ecole où un jeune professeur d'histoire, Samuel Szajkowski, tue quatre personnes - trois élèves et une collègue - avant de se donner la mort. L'inspecteur de police Lucia May est chargée d'établir un rapport afin que l'affaire soit classée au plus vite, à savoir que le tueur était un fou, un monstre. Mais au fur et à mesure de son enquête, ce qu'elle découvre est d'une toute autre ampleur et l'affaire ne peut être classée si facilement. Sa découverte dérange sa hiérarchie qui l'écarte alors de l'affaire. Mais l'enquêtrice en fait fi, continue et donne à voir au lecteur une vérité dérangeante.

L'enquête repose sur les enregistrements des interrogatoires menés. Celui d'enseignants, d'élèves, de parents d'élèves dont l'enfant a été tué dans le carnage, celui du directeur du collège, Mr Travis, et de sa secrétaire. Les pièces à conviction sont alignées au fur et à mesure sous les yeux du lecteur, qui découvre, comme le dit Lucia, que "ce n'est pas toujours celui qui appuie sur la détente qui est responsable".

Dans ce roman policier, Simon Lelic brosse un portrait peu reluisant de la société anglaise contemporaine et en particulier de son système éducatif où règne la loi de l'omerta.
Mr Travis est une caricature : comme le veut le système britannique, il recrute lui-même ses enseignants. Cependant, il n'a pour eux que peu d'estime, comme il a peu d'estime pour les élèves et ses compatriotes en général : "La majeure partie de la population adulte de ce pays sait à peine compter ses orteils, en admettant qu'elle soit capable de regarder plus bas que son ventre pour les localiser. (...) Les enseignants (...) ne se préoccupent que d'eux-mêmes". Pour lui, ce qui compte, ce sont les mathématiques et les chiffres. Et c'est bien là le noeud du problème. Il n'a que peu d'estime pour l'humain, ce qui n'est pas sans conséquence lorsqu'on est chef d'établissement scolaire. Il accorde nettement plus d'importance à l'argent qui rentre et qui sort de son établissement, d'autant plus que son collège est en passe de recevoir des fonds privés. Alors autant que l'affaire soit classée plutôt que d'effrayer les investisseurs. D'autant plus que le collège a déjà des antécédents : Eliott, un élève persécuté par d'autres élèves, a été sauvagement agressé et finit par se suicider. Tout comme Samuel était persécuté par ses élèves qui n'ont pas hésité à lui casser une jambe ou à lui mettre un étron dans sa malette. A cela s'ajoute l'hostilité de son collègue prof de sport, "T.J." pour un motif bien futil : Samuel l'a pris pour un prof de latin, ce qu'il a été vécu comme une insulte! Un type stupide, méchant et aussi immature que les élèves dont il a la charge. Les autres enseignants, témoins des mésaventures à répétition de leur nouveau collègue ne feront rien. Par peur de Mr Travis notamment...

Dans son enquête et son travail en général, Lucia elle aussi est persécutée, victime du machisme de ses collègues, en particulier de Walter qui tente de l'intimider en l'agressant dans un parking, mais aussi de Cole, son boss, plus préoccupé de son herpès et de sa carrière que de faire jaillir la vérité.

Dans ce roman policier, le lecteur ne découvre pas un tueur psychopathe mais terriblement banal, normal, victime d'une surdose d'humiliations, de persécution mais aussi d'indifférence dans un système qui laisse peu de place à l'humain. Un roman effrayant que l'on n'oublie pas une fois refermé. Bien plus qu'un roman policier, c'est certain...

Je pense que l'on entendra reparler de Simon Lelic, dont c'est le premier roman publié en France.

Voir aussi l'avis enthousiaste d'Ankya.

Lu dans le cadre du

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29 avril 2010

Enfant 44

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4e de couverture : "Moscou, hiver 1953. Le corps d'un petit garçon est retrouvé nu sur une voie ferrée. Alors due la famille de l'enfant croit à un assassinat, Leo, agent du MGB, police d'Etat chargée du contre-espionnage, reste fidèle à la ligne du parti: le crime n'existe pas sous le parfait régime socialiste, il s'agit d'un accident. L'affaire est classée niais le doute s'installe... Tombé en disgrâce, soupçonné de trahison, Leo est contraint à l'exil avec sa femme, Raïssa. Et, dans une petite ville des montagnes de l'Oural, il va faire une troublante découverte: un autre garçonnet mort dans les ni nies conditions que celles de "l'accident" de Moscou. Prenant tous les risques, Leo et Raïssa vont se lancer dans une terrible traque, qui fera d'eux des ennemis du peuple..."

Je vais me faire des ennemis, mais je n'ai pas du tout aimé ! Je me suis profondément enuyée tout au long de 518 pages ! J'ai trouvé que c'était "fouilli-fouilla", trop de personnages, des héros qui ne sont pas ce qui sont, plus parano les uns que les autres. L'intrigue (le meurtre d'enfants) est dissolue dans la trame narrative au point qu'elle ne semble qu'un prétexte pour autre chose : dénoncer l'époque stalinienne. Mais de façon plutôt maladroite. J'ai trouvé que c'était "too much" !
J'ai trouvé beaucoup plus habile le livre de mon chouchou islandais,  Arnaldur Indridason avec L'Homme du lac (sur le contre-espionnage et la Stasi) ou Ian McEwan avec L'Innocent.

Les questions à répétition dans la narration sont lassantes et le style indirect également.

Bref, ce livre ne m'a pas convaincue. Un gros "bof" donc, en ce qui me concerne.