10 octobre 2015

Les fugueurs de Glasgow

 

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 A travers les mots de Jean-René Dastugue

Ce n'est pas du côté des Hébrides extérieures que nous emmène cette fois Peter May, mais à travers un périple qui va de Glasgow à Londres. En 1965, Jack, le narrateur, décide de se faire la belle avec quatre autres potes en direction de la capitale anglaise. C'est la première fois que les adolescents qu'ils sont quittent leur Ecosse natale. Ils ont monté un groupe de rock et se disent qu'à Londres, ils ont peut-être des chances de se faire connaître. Nous sommes dans les Sixties rugissantes, ils reprennent de titres phares des stars de l'époque, en particulier les Beatles. Ils sont rapidement repérés par un type un peu louche, mais maintenant qu'ils sont à Londres, il est trop tard pour reculer.
On retrouve Jack cinquante ans plus tard. Grand-père de Ricky, un jeune diplômé brillant mais fainéant, qui, plutôt que de chercher du travail, passe ses journées devant sa console de jeux vidéos à tuer des gens pour de faux. Un choc de génération pour Jack qui a vécu la guerre. L'occasion faisant le larron, Jack, qui ne s'est jamais aussi senti vivant qu'en 1965, décide de refaire le périple Glasgow-Londres, avec ses amis de l'époque. Pour secouer son petit-fils, il lui annonce qu'il fait partie du voyage, faute de quoi, il dénoncera à ses parents ce qu'il fait sur le Net dès qu'ils ont les yeux tournés...

Le roman est en perpétuel mouvement avec un récit qui se déroule en 1965 et un autre qui se passe de nos jours, en 2015. On sait d'emblée que la fugue des ados à Londres en 1965 s'est terminée en tragédie mais on ne sait pas exactement pourquoi. L'intrigue de ce roman noir est d'ailleurs assez vite releguée à l'arrière plan au profit de l'ambiance psychédélique du Londres de 1965 très bien restituée (vous saurez entre autres tout sur les effets du LSD! ).
Peter May s'attache également à décrire la métamorphose de la Grande-Bretagne, en particulier à travers la ville de Leeds, qui a vu, dans les années 60, disparaître les maisons ouvrières au profit de la plus grande cité (expérimentale !) d'Europe, détruite depuis, pour les raisons qu'on imagine bien.
Un bon coup de griffe aussi à l'encontre de la volonté politique de démanteler, au nom du profit, les chemins de fer britanniques en fermant les lignes peu rentables. Jack a cet égard pose un regard quasi-prémonitoire sur le futur :

"L'espace d'un instant, j'eus la sensation d'assister à la fin de quelque chose. D'une époque, peut-être. Un tournant de l'histoire de notre pays. Les rêves d'une nation symbolisés par une gare abandonnée et des rails tordus."

Avec Les fugueurs de Glasgow, c'est tout un pan de l'évolution d'un pays qui se déroule sous nos yeux, d'un point de vue culturel et social. J'ai vraiment aimé cet aspect du roman.
En 1965, grâce à la musique, "tous les vestiges de la guerre étaient  emportés sur son passage. Le rationnement, le service national (...), les vieux programmes guindés et ennuyeux du BBC Light Programme, les cheveux courts, les costumes cravates".

Peter May laisse aussi la parole aux victimes de la crise économique contemporaine et ça ne mâche pas ses mots : "Il y a des gens à Farsley qui ont travaillé toute leur vie jusqu'à ce que ces banquiers foutent en l'air l'économie. Des putains de flambeurs, voilà ce qu'ils sont. Et ce sont les travailleurs honnêtes qui vivent ici qui en paient le prix. (...). On est dans un des pays les plus riches du monde et il y a plus de trois millions et demi de gamins qui vivent dans la pauvreté. Un sur quatre."

J'admire toujours autant l'aspect documentaire qu'il y a dans les polars de Peter May. On sent toujours le journaliste derrière l'écrivain. A tel point qu'on a parfois l'impression que le premier prend vraiment le dessus sur le second. En effet, il y a bien l'histoire de cette bande d'adolescent partis faire l'expérience de la vie à Londres, et de ce point de vue là, le livre a aussi l'allure d'un roman d'apprentissage, mais le problème c'est que l'intrigue fout le camp un peu trop loin et le lecteur l'oublie pour soudain la retrouver à la fin, pour la résolution de l'intrigue.
J'avoue que j'ai trouvé la fin un peu cousue de fil blanc. On est content pour Jack, tout de même, mais bon, c'est très "violon et trémolos" !
(oui, il y a une histoire d'amour qui court tout le long etc.). C'est un peu le côté guimauve un peu plus que d'habitude !

Un beau roman néanmoins sur l'amitié, les rêves adolescents déçus, la maturité, le choc des générations. Un roman autobiographique, à ce que je crois savoir.
A lire en écoutant les Beatles, par exemple.

 

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26 juillet 2015

Comme son ombre

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A travers les mots de Matthieu Farcot

Charlie Flint est psychiatre et enseignante à l'université d'Oxford. Du moins était. Une sombre affaire de meurtre, une erreur de jugement de sa part, lui a valu sa carrière. Un jour elle reçoit dans une enveloppe des coupures de presse relatant l'assassinat de Philip Carling le jour de son mariage avec Magda. Celle-ci est la fille de la responsable adjointe du département de philosophie, Corinna Newsman, elle-même ancienne tutrice de Charlie au collège St Skolastika de l'université d'Oxford quand elle était étudiante. Charlie a toujours eu de l'admiration pour cette femme de bien des points de vue... Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et Charlie est en couple avec Maria. Seulement voilà, elle en pince pour une certaine Lisa Kent. Universitaire elle aussi dans le "psy". Quand elle reçoit la mystérieuse enveloppe, avec son imagination débordante, Charlie pense que c'est Lisa qui lui a envoyée. Et c'est le début d'une histoire qui va lui réserver bien des surprises, la renvoyer des années en arrière, le jour du décès d'une étudiante à Oxford. Tout ce remue-ménage intérieur va l'obliger à revisser sa casquette de profileur pour la police, à titre officieux. Elle va rencontrer une certaine Jay Stewart, qui a fait fortune via l'économie numérique en éditant des guides de voyage 2.0. Jay a également profité de la mode littéraire britannique des "mémoires d'infortune" pour raconter sa vie au grand public. L'occasion d'un succès retentissant. Mais comme tout est compliqué, Jay est aussi en couple avec Magda.
Une enquête qui va mener Charlie au bout d'elle-même.

Quand on s'engage à lire un Val McDermid, si on connaît un peu, on sait que ce n'est pas du polar bâclé et vite écrit. Sérieusement, je ne sais pas combien de temps elle a mis pour écrire ce pavé de plus de 500 pages en édition de poche, mais il fait fumer vos neurones ! Il y a beaucoup de personnages dès le début et tous demandent toute votre attention pour ne pas vous noyer. Mais on s'y fait et on parvient à prendre ses repères et à se mettre dans les rails du récit. Ou plutôt des récits. Parce qu'on lit les aventures de Charlie qui se déroulent sur une semaine, où pendant ce temps, Jay écrit la suite de ses mémoires d'infortune pendant que Charlie elle-même dévore, captivée, le premier volume mémoires de Jay. Le problème c'est qu'elle soupçonne cette femme d'être l'assassin de Philip Carling. C'est du moins ce dont est absolument convaincue Corinna, que Magda accuse d'homophobie.

Je dois avouer que ce polar m'a surprise. Je ne m'attendais pas du tout à cet univers lesbien et à la dimension "romance" qu'il comporte, sur fond de meurtres. Toutes les femmes de ce roman sont homosexuelles (sauf Corinna). C'est qui est étonnant, c'est que la quatrième de couverture du bouquin n'y fait absolument pas référence. Pourtant, ça pèse sur toute l'histoire. Pourquoi le mari de Magda a-t-il été assassiné ? Pourquoi Magda est en couple avec Jay alors qu'elle avait épousé Philip ? Charlie se débat avec ses sentiments : quitter Maria pour Lisa ou pas. Lisa joue avec les sentiments de Charlie en s'affichant avec Kathie. Corinna dit qu'elle n'est pas homophobe mais ça ne l'empêche pas de tout faire pour essayer de séparer Jay et Magda, quitte à persuader Charlie que Jay est une serial killeur : pourquoi un certain nombre de jeunes femmes ont-elles trouvé la mort en présence de Jay ?

Le thriller psychologique en lui-même est fascinant et machiavéliquement construit. Si au début tout a l'air clair, au fil des pages, on se met à douter de la noirceur des uns et de la blancheur des autres. Et puis il y a du gris. Val McDermid est de ce point de vue un redoutable écrivain qui arrive à vous retourner la tête sans que ce soit abracadabrant. Elle va même au-delà de vos surprises. Pas de sang en direct (deux coups de bombe lacrymogène), juste des faits rapportés et quand même un cadavre dans un placard (enfin, pas tout à fait un placard, mais je ne peux pas en dire plus sous peine de spoiler). Un polar de manipulations en cascade. Val McDermid interroge à la perfection la notion de culpabilité et les conséquences de nos actes sur autrui. Elle pointe aussi du doigt l'homophobie d'une certaine intelligentia qui s'en défend et des ravages dans les esprits de la religion et autres sectes à cet égard.

Contre toute attente, on se fait même une escapade sur l'île de Skye, comme pour s'aérer les neurones du milieu universitaire psychotique oxfordien. Un petit road trip le temps d'un week-end, avec Charlie et Maria, pour voir à quoi ressemble le kiff des alpinistes britanniques : la chaîne des Back Cuillin et son Sgurr Deag avec son "Pic In" (Pic Inaccessible). C'est là que j'ai retrouvé mes copains les midges remarquablement transformés en "moucherons" (sourire). J'ai tout un nuage qui me suit depuis Peter May (et même depuis Sans laisser de traces, le dernier Val McDermid que j'ai lu, où ils sont gentiment restés  midges avec une note en bas de page). Ca mérite presque une thèse du genre : "De la représentation du midge dans les romans écossais traduits en français". En vrai, ça occupe même pas la moitié d'une ligne dans le roman mais compte tenu de ma lecture précédente, ça m'a fait sourire.
Une escapade très réussie, avec Charlie qui lit le roman de Jay, en particulier le passage où celle-ci évoque l'accident de montagne qu'elle a eu avec une de ses collaboratrices. En tout cas, sachez que "quand on aime grimper sur la neige et la glace, il n'y a rien de tel au Royaume-Uni que la chaîne des Cuillin en hiver. Rien. C'est le plus grand défi hivernal pour les alpinistes britanniques".
Une bouffée d'oxygène écossaise, mais sur fond de mort quand même....

Heureusement, il y a aussi pas mal d'humour dans ce thriller psychologique. Notamment à travers le couple Charlie-Maria qui vaut quand même son pesant de cacahuètes :
"Comme toujours, Maria tartinait de Marmite ses toasts aux céréales. Elle désigna avec son couteau la grande enveloppe matelassée posée à côté de l'assiette de Charlie. "Le facteur est passé. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as arrêté les cornflakes pour ces trucs, ajouta-t-elle en pointant son couteau vers les barres de céréales. On dirait des protège-slips pour masochistes.""
Quand Charlie raconte ses lectures c'est quelque chose :


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Il y a une habile mise en abyme des personnages du lecteur et de l'auteur sachant maintenir le premier en haleine dans ce roman. Charlie découvre stupéfaite qu'elle adore Jay-écrivain et que celle-ci a un talent dingue pour rendre les gens "addict" à ses mémoires.

On s'attache facilement à l'héroïne. Elle a un côté roublard mais un coeur en or, quitte à se planter une fois de plus.

Le seul reproche que je peux faire à ce livre, c'est quand même quelques longueurs dues aux tergiversations sentimentales de Charlie. Ca finit par ennuyer. Même s'il y aura, ironiquement, plus obsessionnel qu'elle.

Un thriller psychologique façon brainstorming, à la fois noir, suffocant, mais non dénué d'humour, diaboliquement construit. On comprend le titre français à la fin.
Une lecture surprenante et hors du commun.

 

 

18 juillet 2015

L'île du serment

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 A travers les mots de Jean-René Dastugue

Peter May renoue ici avec son sujet de prédilection : l'Ecosse des îles. Ce roman sommeillait dans ma liseuse depuis sa sortie en septembre dernier et je me demande maintenant pourquoi je ne me suis pas jetée dessus tout de suite ! Un bon gros pavé bien tourbé en dépit de ce que peut laisser penser l'évocation de l'archipel québécois de La Madeleine....

Sime est un flic québécois anglophone mais aussi francophone. Il est envoyé enquêter sur l'île d'Entrée où les gens parlent exclusivement la langue de Shakespeare, parce que tous ont des racines écossaises, comme Sime. Tous ses collègues sont francophones mais ce n'est pas un problème.
Un meurtre a eu lieu sur cet îlot de l'archipel de la Madeleine (2 kilomètres de large sur 3 de long, on a vite fait le tour!). Tout de suite, avant même d'avoir les preuves, la police pense que la coupable est Kirsty Cowell, l'épouse de la victime. Mais Sime est persuadé du contraire. Pourtant rien n'est rationnel, tout relève du sentiment, de l'intuition : quand Sime rencontre Kirsty, il pense la connaître depuis toujours. Pourtant, ce n'est pas réciproque.

Sime est insomniaque et se remet difficilement de son mariage raté avec Marie-Ange, de surcroît sa collègue de la police scientifique, présente sur les lieux. Dépressif et insomniaque, pour un flic ça n'aide pas à y voir clair, d'autant que ce qui se passe à côté de l'enquête va prendre de plus en plus d'importance, jusqu'à presque faire oublier au lecteur la raison d'être de Sime sur l'île...
En effet, Sim est insomniaque, mais parfois il ferme quand même les yeux. Pourtant ses rêves le laissent sur les genoux au réveil : il revit les histoires racontées par sa grand-mère, à propos de son arrière arrière arrière grand-père, originaire de l'île d'Harris et Lewis en Ecosse.
Au fil du roman, le récit "écossais" prend de plus en plus d'importance et vous fait quitter le Québec du XXIe siècle pour vous plonger de l'autre côté de l'Atlantique, au milieu du XIXe siècle, au temps de la famine de la pomme de terre.

Deux récits dans le roman qui ne sont reliés que par les personnages de Kirsty et Sime. Et par des bijoux en cornaline ornés d'emblèmes. Peter May maintient  un double suspense : celui du meurtre sur l'île d'Entrée et celui qu'on pourrait appeler le "mystère de Kirsty".
Mais en plus, ce roman est aussi un magnifique documentaire sur la dépossession et la déportation de milliers de paysans écossais gaélophone vers le Québec. Le tout corolé à une famine fabriquée de toute pièce pour tenter de les exterminer. Un passage très émouvant évoque Sime qui court après un cerf blessé pour tenter de nourrir sa  famille alors que des nobles coursent ce même cerf juste pour s'amuser, rapporter un trophée !
Dans le roman, il y a un type vraiment pas sympa qui sera à l'origine de tous les malheurs du Sime du XIXe siècle : un certain James Matheson, marchand originaire de Glasgow ayant fait fortune grâce au commerce du tabac, du coton et du sucre après la guerre d'indépendance américaine. En 1847, il rachète toute l'île de Lewis pour 190 000 livres.  Il dispose de tout ce qui est dessus comme il l'entend : bêtes, maisons, humains, terres. Un jour, il décide de vider le village de Bail Mhanais, parce que Sime fréquente sa fille Kristy.

Une page de l'histoire de l'Ecosse qui indigne devant le sort réservé aux paysans, chassés de leurs terres, affamés, obligés de s'embarquer, pour survivre, vers le Québec, parce qu'un mouton vaut plus que leur tête. Le voyage est décrit avec toute son horreur. Le sort réservé aux malheureux survivants de la diphtérie n'est pas vraiment réjouissant ni des plus accueillants. Pourtant, malgré et contre tout, ils parviendront à apporter leur pierre à l'édifice de leur nouveau pays : le Canada.

Un très bel hommage à ces gens !
On sent bien que l'intrigue du meurtre sur l'île d'Entrée n'est qu'un prétexte à l'évocation de cette page d'Histoire, même si tout se tient parfaitement et que les deux récits se rejoignent, le tout saupoudré d'un zeste de romantisme. Je suis partie très loin avec ce livre, le genre de bouquin qui vous déconnecte complètement du monde réel et vous fait râler si votre lecture est interrompue par une irruption du réel dans votre fiction (comme un horrible téléphone qui se met à sonner !). Et il y a une surprise : il faut aller absolument au-delà du mot "FIN" (présence incongrue de ce mot dans un roman que l'on ne comprend que lorsqu'on le dépasse...).

Bref un coup de coeur pour moi !

Bon, ensuite il ya quand même des choses qui n'incombent aucunement à Peter May mais à  l'éditeur et qui m'ont fait grogner :

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Pas besoin de commentaires...


Et puis un autre truc, plus personnel : l'irruption d'attaques de simulies dans le récit écossais du roman. Sérieusement, vous savez ce que sont des simulies ? Parce que moi non et j'ai fait le test sur plusieurs Français et une Québecoise, ce n'était pas plus concluant. Je pense que le mot original était midges. Si on prend le dictionnaire Harrap's (pas toujours le meilleur, je sais, mais bon...) midge est traduit par "moucheron". En Ecosse, en Irlande, un midge est un minuscule moucheron qui pique comme un moustique. Midge pour moi, ça sent les lacs et la tourbe. Je le considère comme intraduisible sous peine de plomber l'ambiance. Ca fait presque partie du patrimoine écossais au même titre que les backhouses (humour, hein!). Simulie, ça peut vous embarquer dans des zones tropicales... Il faut avoir subi les attaques des midges pour savoir vraiment ce qu'est cette besiole qui doit avoir des gènes de vampire (je peux donner des lieux où se faire vampiriser en Irlande pour ceux que ça intéresse !!) . Et comme on raconte en Irlande : "un midge tué et ce sont des centaines qui viennent à l'enterrement." Tout ça pour dire qu'un midge vaut une note en bas de page pour expliquer la bestiole. :)
(Je ne critique que très rarement les traductions parce que je n'y connais rien et que c'est un sacré boulot - sauf si vraiment ça me saute à la figure).

Je pense que je peux conclure en disant que c'est une lecture où je ne me suis pas ennuyée trois secondes ! Vivement le prochain Peter May !


 

29 juin 2014

L'ombre du tueur

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 4e de couverture : "A la fin des années soixante, un serial killer surnommé " Bible John " a semé la terreur en Écosse avant de se volatiliser. Trente ans plus tard, Édimbourg est le théâtre d'une série de meurtres similaires. Bible John serait-il de retour ? La police serait prête à le croire, si elle n'avait la preuve que le meurtrier, auquel elle donne le sobriquet de " Johnny Bible ", est jeune. John Rebus, officiellement chargé d'une autre affaire, suit une piste qui va le mener à Johnny Bible..."

Cela faisait un moment que j'avais abandonné dans un coin ce pauvre Rebus. C'est l'interview de Ian Rankin dans l'émission La Grande Librairie qui a relancé la machine à lire que sont les aventures savoureuses de l'inspecteur écossais...

Rebus est un inspecteur désobéissant. Et pour le punir des frasques qu'il a commises dans Ainsi saigne-t-il, il est muté dans le coin le plus le plus sensible d'Edimbourg : Craigmillar. Là, un policier ne peut être affecté que deux ans maximum "car au-delà, personne ne [tient] le coup". Ce charmant commissariat, joliment implanté, est surnommé "Fort Apache le Bronx". Mais Rebus est un "Ecossais pur laine". Donc il ne se plaint pas. Mais il picole pour compenser (et beaucoup dans ce volume...). Pourtant, il doit rouvrir une enquête vieille de trente ans sur le serial killer du coin dont on disait, à l'époque, qu'il était "le croquemitaine", "la terreur incarnée de toute une génération", "le voisin de l'appartement d'à côté qui vous filait la chair de poule, l'homme tranquille de l'étage au-dessus"... Les parents disaient alors à leurs enfants : "Sois sage ou Bible John viendra te chercher" ! Mais ce n'est pas sur Bible John que Rebus doit enquêter mais sur une sorte de double qui se fait appeler Johnny Bible... Voici pour l'intrigue.

J'avoue que les débuts étaient prometteurs : on retrouve le langage piquant et bourré d'humour de Ian Rankin, qui n'hésite pas à faire dire à ses personnages que "manteau de fourrure et cul nul, c'est ça Edimbourg" ! Pourtant, je me suis vite ennuyée sec. L'intrigue se dédouble, les pistes se multiplient sans vraiment être reliées les unes aux autres pendant trop longtemps. On a l'impression que Rankin veut aborder trop de thématiques, qui finalement, se trouvent empilées. Le meurtre d'un employé d'une plate-forme pétrolière mène Rebus  aux Shetland, l'occasion d'évoquer la seule richesse du Nord-Est de l'Ecosse : le pétrole. Et ses conséquences économiques  et écologiques. Et le trafic de drogues. Les mouvements écolos... Mais il manque du lien. Pendant plus de 600 pages, on finit par perdre l'intrigue de vue, sautant de personnage en personnage, jusqu'à s'y perdre. On apprend à la fin que ce polar est tiré d'un fait divers réel...

Bref, j'ai vraiment trainé la patte cette fois et mis beaucoup de temps à terminer le livre. Bon, ça ne m'empêchera pas de continuer la lecture des aventures de Rebus car je sais pertinemment que Ian Rankin est capable du meilleur.

 

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

1. Knots and Crosses (L'étrangleur d'Edimbourg)
2. Hide and Seek (Le fond de l'enfer)
3. Thooth and Nail (Rebous et le loup-garou de Londres)
4. Strip Jack (Piège pour un élu)
5. The Black Book (Le carnet noir)
6. Mortal Causes (Causes mortelles)
7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
8. Black and Blue (L'ombre du tueur)
9. The Hanging Garden (Le jardin des pendus)
10. Dead Souls (La mort dans l'âme)
11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
12. The Falls (La colline des chagrins)
13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
14. A Question of Blood (Cicatrices)
15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
16. The naming of the Dead (L'appel des morts)
17. Exit Music (Exit Music)

 

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07 mai 2013

Le braconnier du lac perdu (The Chessmen)

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4e de couverture : "Depuis qu'il a quitté la police, Fin MacLeod vit sur son île natale des Hébrides, à l'ouest de l'Ecosse. Engagé pour pourchasser les braconniers qui pillent les eaux sauvages des domaines de pêche, il retrouve Whistler, son ami de jeunesse. Le plus brillant des enfants de Lewis. Le plus loyal aussi qui, par deux fois, lui a sauvé la vie. Promis au plus bel avenir, il a pourtant refusé de quitter l'île où il vit comme un vagabond ; sauvage, asocial, privé de la garde de sa fille unique. Et d'entre tous, il est le plus redoutable des braconniers"...

Dernier volume de la trilogie des Hébrides, L'île des chasseurs d'oiseaux et L'homme de Lewis, qui m'avait enthousiasmée,  je l'ai trouvé différent, reposant davantage sur le ressort de l'intrigue qui vous tient en haleine jusqu'au bout. En effet, la partie "documentaire" omniprésente auparavant s'efface ici, mais on n'en voyage pas moins : Peter May, sait à merveille vous couper de votre univers - en tout cas, ça a été mon cas  ! A vous les courses poursuites dans la tourbière un jour d'orage, à la poursuite de l'ami d'enfance de Fin MacLeod, Whistler, un ami qui finit par devenir aussi le vôtre. Une terrible histoire d'amour aussi.

Peter May soulève tout le poids du passé de ses personnages, gratte le masque bourru de Whistler pour découvrir l'homme trahi et blessé. J'ai eu beaucoup d'empathie pour ce personnage costaud et charismatique, comme un berserk (entendez par là un guerrier nordique, du genre de ceux "qui se fouettaient jusqu'à entrer en transe pour pouvoir combattre sans connaître la peur de la douleur".)

C'est peut-être le volume qui m'a le plus émue et surprise par ses rebondissements. C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai refermé ce roman sur l'île de Lewis et ses personnages noirs mais attachants, pour qui la vie n'est pas toujours juste. J'espère malgré tout qu'il y aura une suite  - même si ce n'est pas au programme pour l'instant. 

Pour en savoir plus sur Peter May et son oeuvre, allez faire un petit tour sur son site ici .


02 mai 2013

Ainsi saigne-t-il (Let it blood)

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4e de couverture : "La police a pris en chasse deux adolescents qui prétendent avoir enlevé la fille du maire d'Edimbourg. Acculés, ils se jettent d'un pont sous les yeux de l'inspecteur John Rebus. Hanté par cette image, Rebus tente de retrouver la jeune fille disparue et d'en savoir plus sur les deux jeunes gens. C'est alors que survient un second suicide, spectaculaire et encore plus suspect...
Une enquête qui conduit l'inspecteur Rebus au coeur de la machine politique écossaise et de la raison d'Etat."

(Après plus d'un an d'abstinence de Rebus, il était temps de me reprendre...)

Autant dire que l'intrigue est assez complexe mais en fait, on s'en fiche. Tout l'intérêt des aventures de Rebus étant de traîner avec lui en Ecosse, et surtout, comme ici, à Edimbourg qu'il connaît comme sa poche. Rappelez-vous aussi que notre inspecteur est un coureur de jupons... Aux dernières nouvelles, il était avec le Docteur Patience, dont il squatait l'appart. Mais déjà, ça sentait le roussi. Eh bien, il est maintenant de nouveau célibataire et a troqué sa nénette contre quelques bouteilles de whisky et tournées de pubs monstrueuses. Sans doute pour oublier, entre autres, qu'on lui colle comme supérieur hiérarchique direct, Gil Templer, une autre de ses ex... Le superintendant ("le Pequenot") décide même de lui octroyer des vacances d'office car, à fourrer son nez partout, Rebus met en danger le commissariat lui-même, du moins les boeufs-carottes de tous poils. Seulement Rebus ne fait évidemment jamais ce qu'on lui conseille !

D'autant que les cadavres tombent comme des petits pains dans cet épisode et qu'en plus ce sont des suicides ! Un conseiller de District à l'attitude étrange et c'est tout un réseau de manipulations à grande échelle que démonte Rebus, ou comment la cupidité poussent certains à n'avoir d'yeux que pour le fric, jusqu'à se prendre eux-mêmes les pieds dans les mailles du filet.

"Vous avez une idée de l'échelle des fraudes perpétrées sur le continent européen ? Un plan de formation bidon pour des pilotes de ligne à Naples a rapporté dix-sept millions de livres. Des productions agricoles et des animaux font la navette de part et d'autres des frontières et une taxe est prélevée à chaque passage."

Autant dire que le coeur de cette fiction résonne avec certaines actualités récentes... (Ce roman a pourtant été écrit en 1995).

Avis aux amateurs de bons polars et de répliques qui font mouche, parce que Rankin a le don de l'humour noir grinçant aussi bien que de l'humour tout court ! J'ai juste regretté que les fameuses répliques qu'on n'oublie pas, soient moins présentes dans ce volume. 

Mais n'oubliez pas que ce qui déglingue Rebus, "c'est de faire la tournée des bars pendant quarante-huit heures". Donc, voilà, sans doute n'était-t-il pas au mieux de sa forme. Mais une lecture jubilatoire malgré tout ! C'était mon huitième rendez-vous avec l'inspecteur... vivement le neuvième !

Conseil aux lecteurs rebusiens novices : mieux vaut lire les aventures dans l'ordre car les personnages évoluent (bien que chaque aventure peut se lire indépendamment les unes des autres).

 

 Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Édimbourg
  2. Le fond de l'enfer
  3. Rebus et le loup-garoup de Londres
  4. Piège pour un élu
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La Colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
  14. Cicatrices
  15. Fleshmarket Close
  16. L’appel des morts
  17. Exit Music

 

 

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30 mars 2013

L'homme de Lewis

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4e de couverture : "En rupture de ban avec son passé, Fin Macleod retourne sur son île natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a détruit son mariage, et il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l'océan qui s'abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres... il pense pouvoir retrouver dans ces lieux de l'enfance un sens à sa vie."


Je m'arrête là pour la citation de la quatrième de couverture, qui en dévoile ensuite trop à mon goût. Sachez juste qu'on retrouve un cadavre dans la tourbe... et que c'est tout un passé qui ressurgit. Evidement, on pense tout de suite à un cadavre "préhistorique" ou presque, genre viking... comme le pensent au tout début les personnages. Ben non. Sachez par ailleurs que la tourbe ça conserve... même les tatouages.

Le passé qui ressurgit est avant tout celui du père de Marsaili, la copine et amour de toujours de Fin. Mais si le vieux Tormod est atteint de la maladie d'Alzheimer, si ça mémoire immédiate est altérée, il y a des choses qui ne s'oublient jamais et que la maladie ne peut effacer : sa vie d'enfant orphelin est gravé à tout jamais dans son esprit, comme le tatouage sur la peau du cadavre.L'occasion pour l'écrivain de nous promener dans des lieux encore plus paumés que Lewis et de nous embarquer sur les îles voisines : Harris, mais surtout Eriskay.
Et là, on sent le journaliste derrière l'écrivain (parce que oui, Peter May était journaliste avant d'écrire des fictions, mais on pourrait croire qu'il est originaire des Hébrides, tellement il connaît bien ces lieux où il a vécu cinq ans) : ou comment il nous apprend que pendant des décennies, les enfants orphelins ou abandonnés étaient déportés sur les îles Hebrides, surtout s'ils étaient catholiques et que c'est l'oeuvre de l'Eglise catholique elle-même.

Comme dans L'île des chasseur s d'oiseaux, on sent bien que l'intrigue est le support d'une analyse fouillée de la vie des gens aux Hebrides extérieures. Et ça, moi, j'adore ! Et je me suis tout autant régalée avec la description minutieuse, méticuleuse, du paysage, de la lande martyrisée par le vent, on tourne à gauche, on prend le sentier qui monte un peu pour admirer la plage, on redescend vers les maisons etc. En fait, tout simplement, on y est pour de vrai ! Pour avoir visité les îles Orcades, autre archipel d'îles écossaises, où l'on tenait à peine debout un jour de vent d'été, j'ose encore à peine imaginer la vie des gens - même s'ils avaient l'air heureux et en tout cas étaient chaleureux.

" Le paysage de North Uist était triste et primitif. Des montagnes élancées se perdaient dans les nuages qui cascadaient vers la lande pour s'y étendre en mèches brumeuses. Des caracasses des maisons depuis longtemps abandonnées et dont les pignons sombres se détachaient sur le ciel menaçant. Un pays de tourbe, hostile et inhospitalier, découpé par des lacs fragmentaires et des bras de mer déchiquetés. Partout se dressaient des ruines, témoins des tentatives infructueuses qu'avaient menées hommes et femmes pour dompter la nature."

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A côté de cela, le personnage de Fin MacLeod, écorché par la vie, orphelin lui aussi, ayant perdu lui-même son fils dans un accident de voiture à Edimbourg, va tout à fait avec le paysage et il n'en est pas moins attachant. Il n'est plus dans la police mais c'est néanmoins sa curiosité qui va le pousser à résoudre l'histoire énigmatique du cadavre tourbé, quitte à remuer des vérités qui dérangent et à démasquer le coupable... (parce que Fin est un héros cabossé mais un héros quand même !).

On se sent en manque après avoir refermé ce roman noir... Je n'en ai pas trouvé un dans les suivants que j'ai entrepris qui fasse vraiment le poids à côté. Alors je vais sans tarder m'attaquer au Braconnier du lac perdu qui est la troisième et dernière histoire : alors il va falloir que je le déguste...

 

Bref, je finis ce frisquet mois de mars en beauté, avec même une petite balade à Lewis et îles alentours grâce à la magie de Google Map.

 

 

31 mars 2012

L'île des chasseurs d'oiseaux

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4e de couverture : "Marqué par la perte récente de son fils unique, l’inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d’élucider un assassinat commis à Edimbourg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n’est pas retourné depuis dix-huit ans. Un cadavre exécuté selon le même modus operandi que celui d’Edimbourg vient d’y être découvert. Sur cette île tempétueuse du nord de l’Ecosse, couverte de landes, où l’on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin est confronté à son enfance. La victime n’est autre qu’Ange, ennemi tyrannique de sa jeunesse. Marsaili, son premier amour, vit aujourd’hui avec Artair. Alors que Fin poursuit son enquête, on prépare sur le port l’expédition rituelle qui, chaque année depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Lors de son dernier été sur l’île, Fin a participé à ce voyage initiatique, qui s’est dramatiquement terminé. Que s’est-il passé alors entre ces hommes ? quel est le secret qui pèse sur eux et resurgit aujourd’hui ? Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May nous plonge au cœur de l’histoire personnelle de son enquêteur Fin Macleod. Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes : l’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page."

Plus qu'un simple roman policier, ce livre est à la fois un roman noir et un roman d'amour, mais aussi un thriller ; en tout cas un ouvrage rudement bien documenté sur la vie sur l'Ile de Lewis (Ecosse - mais est-il utile de le rappeler ?). C'est là que nous suivons l'inspecteur Fin Macleod, envoyé sur son île natale pour examiner un cadavre, celui d'un homme qui endossait le rôle du caïd lorsqu'ils étaient mômes... Mais ce n'est pas vraiment sur l'enquête policière que se concentrera ce flic, qui ne songe d'ailleurs qu'à quitter la police, mais sur son passé.  Il est l'un des rares hommes à avoir réussi à quitter cette île hors du temps, aux rites séculaires. Les retrouvailles avec les amis (ou ennemis) d'enfance fait ressurgir des fantômes et des secrets mais aussi la jalousie...

Non seulement ce roman est magistralement écrit, et distille un suspense savamment dosé par un aller-retour narratif entre présent et passé, mais parce qu'il est aussi très bien documenté (comme je l'ai déjà dit plus haut), il parvient à immerger totalement le lecteur et à le couper de son entourage : si vous avez besoin d'iode, il y a ici un remède :  vous irez avec Fin sur le rocher d'An Sgeir  participer à la chasse aux gugas... Attention, c'est dangereux, c'est un truc de mecs mais je l'ai fait ! ;-)

On ne parvient pas à s'arracher de l'histoire une fois le livre en main car, en plus, les personnages sont attachants malgré leurs défauts et leurs secrets, profondément humains : celui qui est devenu le gros Artair (le meilleur copain d'enfance de Fin), Marsaili, l'amour d'enfance du héros, et tous les autres. Sans parler Fionnlagh, le fils de Marasaili qui noue un lien très fort avec Fin. Pourtant, derrière ce tableau sympathique, il y a un meurtre à résoudre... Là encore, Peter May parvient à se sortir magistralement de thèmes sensibles comme l'enfance maltraitée, le désespoir et la jalousie. Cela est évoqué avec intelligence et sans voyeurisme (j'ai un instant songé à La maison d'à côté de Lisa Gardner, qui traite du même sujet mais que j'avais détesté à cause de son côté obscène sans explications : ici rien de tout cela).

Et en plus, il y a une suite : L'homme de Lewis que j'ai hâte de découvrir !

 

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23 février 2012

Causes mortelles

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4e de couverture : "Le festival théâtral d'Édimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale: on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année..."

J'étais un peu inquiète en commençant cette histoire car Le Carnet noir m'avait laissé avec un avis mitigé.... mais je dois dire que celui-ci c'est du grand Rebus et du grand Rankin (le dernier inspirant le premier) !  Nous voilà de nouveau en train d'arpenter les rues sinueuse d'Edimbourg, les rues que peu de touristes prennent le temps de visiter car elles sont à peines visibles, puisque enterrées - ou presque. C'est là qu'est découvert Billy Cunningham, mort d'un "pack de six" (comprendre 6 balles tirées façon IRA). Un cadavre d'autant plus embarassant qu'il s'agit du fils de l'abominable Gerald Cafferty, dit "le Gros Gerry", le mafiso de la ville, que Rebus avait mis à l'ombre à la fin du Carnet noir et qui depuis jure de lui faire la peau à la première occasion.

Rebus, toujours dans les bons plans de sa hiérarchie, est obligé d'intégrer la Brigade criminelle écossaise, rebaptisée par lui-même (attention chastes yeux fermez vous !)  la "Brigade des Connards d'Enculés" : de la poésie à la Rebus ! Accueilli comme un chien dans un jeu de quilles, on l'envoie se promener façon catapulte une journée à Belfast pour rencontrer un collègue de la RUC...

Le flic nord-irlandais qui accueille Rebus lui rappelle, au cas où il ne s'en souviendrait pas que "vous, les Ecossais vous vous êtes installés ici au XVIIIe siècle en chassant les catholiques" et qu'en plus il confond la RUC avec l'UDR. Dans la RUC, il y a des catholiques. Les "jaffas",ce ne sont pas des oranges, mais le surnom donné aux orangistes. Autant dire qu'on s'éclate un max avec le fond historique de l'intrigue dans ce tome-là. Bref, Rebus rentre en Ecosse avec tout un tas de filons sur les groupuscules protestants/loyalistes extrêmistes et mafieux, du Bouclier d'Ecosse, au Temple du rite écossais en passant par l'Armée du Tartan... Lui, qui a fait ses armes en Irlande du Nord, en sort avec plein de pistes fumantes, mais qu'il garde pour lui afin de mener l'enquête seul, notamment dans une infâme cité d'Edimbourg, la Garibaldi, surnommée le Gourbi par ses habitants : tout un progamme...

Si vous ne savez pas qui est Cuchullain de la Main Rouge, lisez ce livre ! Côté humour, le lecteur n'est pas en reste. On retrouve là toute la verve de Ian Rankin à son meilleur niveau ! J'ai donc passé un très bon moment avec mon copain Rebus, et appris de nouvelles insultes, telles que "FKB" ou "FTP" (l'une étant de faction catho/nationaliste et l'autre son pendant protestant-loyaliste)...Plus sérieusement, j'ai beaucoup apprécié la documentation de l'auteur sur les milices paramilitaires et l'analyse sociale qu'il en fait, dans les bas fonds d'Edimbourg. On visite des coins de la ville où les touristes n'iront jamais et qui n'ont rien à envier aux "quartiers" des villes françaises. Rankin plonge au-delà des apparences du festival attractif d'Edimbourg pour creuser un peu plus en profondeur. Au-delà des problèmes communautaires, que ce soit en Irlande du Nord ou en Ecosse, il y a avant tout des problèmes de chômages, de drogue, de misère et de grosses mains qui manipulent des pantins qui s'ennuient.

Le seul bémol concerne l'édition française version poche qui m'a mise en pétard : faute d'orthographe dans une page au début, impression très mauvaise avec carrément des morceaux de mots qui manquent, des mots coupés sans tirets et j'en passe : désolant !!!  (mon édition date du 10 août 2010, il serait temps à l'éditeur de rectifier le tir !) et encore une quatrième de couv qui présente Rankin comme l'un des auteurs majeurs du polar anglais" : de quoi s'étrangler !

Voir aussi le billet de Mélodie (qui est beaucoup moins enthousiaste que le mien).

 

 

 Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)

 

 

Posté par maevedefrance à 10:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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06 février 2012

Le carnet noir

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4e de couverture : "John Rebus était en train de lire la Bible dans son salon de massage préféré, lorsque tout a commencé : un type qui croit malin de venir se vider de son sang à la boucherie Sanzau ; un collègue qui se fait défoncer le crâne à la sortie d'un restau tenu par deux fanas d'Elvis ; et puis cette vieille affaire d'incendie à déterrer - cadavres compris - où se trouve impliqué Aengus le Noir, le fils terrible du roi de la bière locale. Le rapport entre tout ça ? Il se trouve sans doute dans ce satané carnet noir. Encore faut-il pouvoir le déchiffrer...".

Ce livre des aventures de l'inspecteur écossais Rebus, personnage haut en couleurs, n'est pas le premier de la série - ni le premier que je lis, puisque je suis devenu addict depuis l'été dernier - mais le premier traduit en France : mystère des traductions de livres dans ce pays !

Je dois avouer que j'ai eu très peur au début et pendant une bonne centaine de pages où je me suis plutôt ennuyée : un peu trop de personnages qui se croisent qu'on finit par se perdre sur l'identité des uns et des autres et surtout sur le pourquoi du comment ils sont là. Mais, étant donné ma très grand confiance en Ian Rankin, j'ai persévéré et j'en fus bien récompensée : une histoire qui finit par se "caler", le suspense qui finit par monter avec des rebondissements tout à fait inattendus qui nous font avaler les pages au triple galop !

Et puis, cette série, c'est aussi le personnage de John Rebus avec sa vie perso rocambolesque. Ceux qui ont déjà lu les autres titres le savent que Rebus est un homme volage et l'ont vu aux bras de compagnes variées. Ici, Patience Atikson, déjà présente dans Piège pour un élu, est... à bout de patience ! Et il y a aussi un "Rebus n°2" : à savoir le frère de John, j'ai nommé Michaël, ancienne racaille qui tente de se reconvertir en squattant l'appart de son frère, lequel est loué à des étudiants depuis que Rebus n°1 a emménagé avec Patience. Mais voilà, comme il y a de l'eau dans le gaz avec elle, Rebus va devoir réinvestir son quartier, lui qui avait plutôt l'habitude de vivre tout seul en célibataire, ça va le changer...
On retrouve aussi Brian Holmes, le "bras droit" et ami de Rebus : non seulement il s'est fait largué (décidément, cet épisode est dur pour les hommes !!), mais en plus, voulant jouer les enquêteurs solitaires à la manière de son modèle (Rebus, évidemment!), il se retrouve à l'hosto : il est donc assez absent de l'histoire...
Bon, je ne peux pas trop dévoiler l'intrigue : la quatrième de couv en dit bien assez !

Si dans L'Etrangleur d'Edimbourg, Rebus et le loup-garou de Londres et La colline des chagrins, j'avais beaucoup apprécié les promenades et les regards sur la capitale écossaise, l'Ecosse ou la comparaison culturelle entre Ecossais et Anglais, je dois avouer qu'ici ils sont pratiquement absents : à peine quelques allusions au Fife, à Cardenden en particulier, où Rebus est né et a grandit (comme son auteur!). C'est vraiment dommage, parce que c'est aussi tout ce qui fait la saveur des polars de Ian Rankin. Reste cependant un humour décapant !
Juste un truc encore : ici le super-intendant Watson, dans les autres volumes a un surnom traduit en français par "le Paysan" qui, je trouve, sonnait assez bien. Ici il devient carrément le Péquenot ! (aheum, beaucoup plus péjoratif, beaucou TROP péjoratif, sachant qu'en VO il est Watson The Farmer !!).

Et une légère bricole sur la quatrième de couverture de l'édition de poche française  où l'on nous dit que "Ian Rankin est devenu en quelques années l'un des grands du nouveau polar anglais" !!! Re-Aheum !!!! Chercher l'erreur !!!! Rankin est tout ce qu'il y a d'Ecossais...

Un bon moment à passer donc, même si personnellement, je ne trouve pas que ce soit le meilleur de la série !
Voir aussi le billet de Mélodie, la copine blogueuse québecoise.

 

 

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)