23 décembre 2012

Betty

 

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4e de couverture : "Quand j'ai rencontré Betty, j'ai su que ma vie allait basculer. Elle était magnétique et fatale. J'aurais tout donné pour elle. J'ai même accepté de travailler pour son mari. Mais maintenant c'est moi qui suis derrière les barreaux. Aux yeux de tous, je suis coupable de meurtre. Parce que, si l'amour se joue à trois, il y en a toujours un de trop."

Alors là les gens, je vous dirai tout simplement que ce roman noir de mon chouchou islandais est tout simplement MACHIAVELIQUE !

On se fait avoir comme des "bleus" avec cette lecture. A mi-parcours, vous serez obligés de revenir en arrière en vous demandant si vous n'avez pas raté quelque chose au départ... Indridason joue parfaitement avec les idées toute faites que l'on a dans la tête et qui nous joue des tours pas croyable. La preuve par cette lecture !!!
Pourtant, au tout début, je me suis vraiment demandé où il voulait en venir. En effet, c'est un roman d'une facture toute différente de ce qu'il écrit habituellement. Ici, pas question de l'inspecteur fétiche Erlendur... Cela dit, le temps de quelques lignes, il y a un clin d'oeil puisque nous apprenons que l'histoire de Betty se déroule alors qu'Erlendur est parti sur les traces de l'homme du lac !

Mais je ne ne peux absolument pas en dire davantage sur cette histoire étonnante, prenante et dont on sort complètement subjugué par le talent de l'écrivain.

Une super lecture de vacances qui fait sourire à cause de la supercherie qu'elle contient et malgré une ambiance bien angoissante ! Peut-être qu'on en sort aussi un zeste parano...

Le seul mini (mais alors mini !) bémol que je trouve concerne la traduction : il paraît que le vouvoiement n'existe pas en islandais. Le traducteur a donc choisi du tutoiement dès le début, entre les deux personnages principaux, qui ne se connaissaient pas. Reste qu'en français, ça sonne mal.

 

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28 mai 2012

La rivière noire

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4e de couverture : "Le sang a séché sur le parquet, le tapis est maculé. Egorgé, Runolfur porte le t-shirt de la femme qu'il a probablement droquée et violée avant de mourir. Sa dernière victime serait-elle son assassin ? Pas de lutte, pas d'arme. Seul un châle parfumé aux épices gît sur le lit. L'inspecteur Elinborg enquête sur cet employé modèle qui fréquentait salles de sport et bars... pour leur clientèle féminine."

Dans cet "épisode", l'inspecteur Erlendur Sveinsson brille par son... absence. En effet, suite à ce qu'il a découvert dans Hypothermie, il a décidé de faire un break dans la région de fjords de l'Est, région de son enfance où s'est déroulé le précédent drame. C'est ici son adjointe, Elinborg qui mène donc l'enquête. L'occasion pour le lecteur d'entre-apercevoir Erlendur sur une autre facette - bien que ce ne soit pas le sujet du livre - celui d'un homme qu'Elinborg considère comme d'un autre âge. Elle ne partage pas tous ses points de vue. Contrairement à Erlendur, elle pense qu'il faut faire avec son temps et ne pas toujours se retourner sur le passé de manière nostalgique. Mais cela ne l'empêche pas de s'inquièter pour son collègue dont elle trouve l'absence inquiétante par sa durée.
Nous découvrons ici aussi la vie de ce personnage féminin jusque là secondaire : mère de quatre enfants (dont un adoptif), divorcée et remariée avec un mécanicien, elle trime avec l'un de ses garçons en période d'adolescence..., un de ces gamins pour qui considère comme normal d'exposer sa vie privée sur le net à travers un blog.

Cependant, l'enquête dans laquelle l'inspectrice est plongée ne lui laissera guère le temps de s'occuper de sa petite famille et de se consacrer à son hobby favori : la cuisine indienne ! C'est pourtant par la piste culinaire qu'elle va avancer, du moins au début, aussi étrange que celui-là puisse paraître. Une manière originale d'entrer en matière ! Un homme est retrouvé chez lui égorgé, après avoir, semble-t-il violé sa victime qui elle-même a disparu.

A la manière d'Agatha Christie, Arnaldur Indridason entraîne le lecteur sur l'histoire d'un cadavre, son héroïne est la reine de l'interrogatoire et elle n'exclut aucune piste. L'enquête n'avance guère pendant toute une partie du roman, on la suit dans ses pérégrinations qui la mène de Rekjavik à un village perdu d'Islande, à la rencontre de ses habitants, ceux ayant connu la victime dès son plus jeune âge; elle interroge aussi ses voisins du quartier de Thingholt à Rekjavik qui le connaissaient adulte, son employeur, etc. Une méthode policière tout à fait classique, mais qui révèle un des faiblesses et l'un des tabous de la société islandaise contemporaine.

En effet, Arnaldur Indridason fait ici la part belle à la thématique du viol des femmes, à leur sentiment de culpabilité qui les enferme dans le silence et les conséquences de ce silence, à l'omerta du reste de la société pour qui ce sujet reste tabou et aux failles d'un système qui fait que les coupables ne seront pas punis à la hauteur de leur crime : "Que peut-on faire quand le système est de mèche avec les salauds", s'interroge un personnage. Justice soi-même ? Mais ce n'est pas la solution non plus. Reste qu'ici, Elinborg ne pourra jamais dresser le vrai portrait du coupable, lui-même victime, puisqu'il est mort. Reste les suppositions tout à fait fondées, celui d'un psychopathe "ordinaire" (si l'on peut dire) : "Elle pensait à Runolfur, à cette méchanceté qui l'habitait et qui coulait au fond de sa conscience telle une rivière noire, profonde, froide et tourmentée".

Arnaldur Indridason pose ici de bonnes questions dans un roman policier prenant que j'ai dévoré ! Cela dit, ce n'est peut-être pas mon préféré dans la série : je préfère les enquêtes avec Erlendur qui pose un regard plus approfondi sur l'histoire de son pays. Même si j'ai passé un très très bon moment ! J'ai hâte de découvrir La muraille de lave - qui vient de paraître aux éditions Métailié.

 

 

20 avril 2012

Brouillages

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4e de couverture (de la version poche): " Il y a longtemps que Björn et Eva ne forment plus un couple épanoui, et que leurs deux enfants, adolescents méfiants et rebelles, assistent à leurs disputes. Aussi, quand Björn est retrouvé inanimé, le crâne fracassé, derrière la maison d'été familiale, son fils Marteinn suppose qu'il allait là-bas rejoindre sa maîtresse, Sunneva, une splendide rousse deux fois plus jeune que lui, employée dans son cabinet d'architecture. Mais Sunneva a disparu, et son père, ami de longue date et ancien associé de Björn, reçoit d'étranges coups de téléphone. Un flic brisé par une rupture est chargé de mener l'enquête, cependant qu'un tueur à gages japonais parcourt l'Islande en quête d'un lieu propice à l'organisation d'un "accident". Si l'argent fait tourner le monde, ce sont les passions qui le dérèglent... dans ce polar oppressant, rien de plus menaçant, en effet, que les relations humaines, qu'elles soient amoureuses, amicales ou familiales."

Brouillages embrouillés, telle est l'impression qu'il me reste de ce roman policier ! Certes, on se laisse prendre à cette histoire en huis-clos où le suspense fonctionne et scotche le lecteur mais... on a l'impression que l'auteur s'est pris à son propre piège. Tout d'abord, un personnage certes secondaire, mais ayant tout de même son importance dans l'histoire, disparaît sans explication aucune : le Garçon de Porcelaine, tueur à gages japonais, chargé de récupérer des informations sur l'appel d'offres passée pour la construction du Grand Stade d'Islande et sur lequel travaillait Björn, architecte retrouvé le crâne fracassé dans son châlet d'été. Ce tueur à gages a été engagé par Gunnar, ami d'enfance de la victime, mais presque à l'insu de son plein gré... Or, la fille de Gunnar se trouve être la jeune maîtresse de Björn (mais le père ne le sait pas, évidemment!). Le fils de Björn, Marteinn, soupçonne son père d'adultère, le suit et découvre le pot aux roses.... du moins le croit-il !

Jon Hallur Stefansson tricote et multiplie les fils de son intrigue mais si la suprise est au rendez-vous, je l'ai trouvée un peu trop surprenante pour être crédible ! Un sentiment de "too much" qui gâche l'impression générale sur ce roman à la lecture agréable malgré tout. L'écrivain montre un petit monde islandais bourgeois bien-pensant mais non moins corrompu dans bien des domaines. Les personnages ne sont pas franchement sympathiques au regard de leur hypocrisie. Un univers où alcool, drogue et sexe et... meurtres coulent à flots.

Un polar bien différent de ceux qu'écrivent Arnaldur Indridason et Arni Thorarinsson.
 

 

09 avril 2012

Ultimes rituels

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4e de couverture : "Quelles forces obscures Harald a-t-il troublées pour connaître un sort aussi horrible ? Ce jeune Allemand, venu en Islande pour étudier la chasse aux sorcières dans l'Europe médiévale, est retrouvé mort, les yeux arrachés, une rune étrange gravée sur le torse. La police suspecte un dealer, mais la famille d'Harald n'y croit pas. L'horreur du crime suggère un assassin moins évident, plus terrifiant..."

Tout d'abord un détail : ce livre arrive traduit en France d'après l'anglais et non l'islandais, la langue d'origine. Détail qui a son importance... d'autant que la structure de ce polar est assez calquée sur celle ses cousins anglo-saxons : ici l'Isande n'est pas un "personnage" (comme dans les romans policiers d'Arnaldur Indridason ou ceux d'Arni Thorarinsson) mais sert juste de décor. L'intrigue reste fortement ancrée dans le roman, l'économie et la société islandaises ne sont pas évoquées. Ici, pas question d'aller se balader dans les coins reculés de l'île glacée : hormis une ou deux brèves escapades pour les besoins de l'enquête, on reste dans la capitale, Rekjavik. Yrsa Sigurdardottir utilise à merveille la technique du page turner (une révélation à la fin d'un chapitre oblige le lecteur à tourner la page, avide de connaître la suite).

Cependant, l'originalité de ce polar est que l'enquête n'est pas menée par un inspecteur de police mais par une avocate, Thora, engagée par la riche famille allemande de la victime. En effet, leur fils Harald, ne peut pas, selon eux, avoir été assassiné par ce petit dealer d'Hugi, ce serait presque trop trivial, au regard de la personnalité à part de ce brillant étudiant en Histoire. "D'après ce qu'il disait, il comptait dans son mémoire comparer l'exécution au bûcher des sorcières en Islande et en Allemagne, sachant que la majorité des sorciers condamnés en Islande étaient des hommes, contrairement à ce qui s'étaient produit en Allemagne." Seulement voilà, il semble qu'Harald ait fait une découverte de taille, à la valeur inestimable...

 D'un point de vue historique, on apprend un certain nombre de choses sur l'Islande du XVIe et XVIIe siècles. "L'un des principaux aspects du luthéranisme qui le [Harlad] fascinait était la chute généralisée du niveau de vie en Islande autour de 1550, particulièrement dans les couches les plus pauvres de la population. L'Eglise catholique avait conservé toute sa richesse et son patrimoine en Islande, mais avec la Réforme, tout était passé entre les mains du roi du Danemark, ce qui avait appauvri le pays."  Si vous avez oublié ce qu'était le très sérieux Marteau des Sorcières, le livre le plus lu autrefois, avec la Bible, ici vous aurez une piqûre de rappel tout en apprenant que la chasse aux sorcières a été plus tardive en Islande que sur le continent... Thora et son homologue allemand, Mathew, vont devoir s'y plonger pour faire avancer l'enquête. Ils vous entraîneront jusqu'à Holmavik, au musée de la sorcellerie, qui détaille les pratiques et les croyances islandaises sur le sujet au XVIIe siècle. De même vous irez visiter les grottes occupées par des moines irlandais avant la colonisation danoise, d'après la légende... 

Hormis ces enquêtes historiques passionnantes, les deux héros devront interroger la bande de copains "destroy" d'Harald, à qui on a envie de filer des claques à longueurs de pages car aussi menteurs que shootés... Les pistes se multiplient, le suspense monte mais la fin est... inattendue !
Une claque finale pour terminer un roman policier qui a su copier avec intelligence le modèle de ses aînés anglo-saxons pour mieux imprimer sa marque. On se laisse prendre au jeu. Un bon moment de lecture avec un Da Vinci Code à la sauce islandaise (sélection 2012 du prix du meilleur polar des lecteurs de Points, d'ailleurs).

Quelques personnages historiques ou légendaires croisés dans ce roman : Jon Arason, Brynjolfur Sveinsson et le lieu quasi-mythique de Skalholt, les moines islandais.

29 décembre 2011

Le septième fils

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4e de couverture : "Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l'Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements."

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fijords de l'Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n'a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C'est bien simple : j'ai du mal à partir de cette contrée d'Europe glacée quand l'histoire se termine. Je ne voudrais pas trop m'avancer mais je pense que 2012 sera in Iceland mood...

Ce roman fait suite au Dresseur d'insectes et c'est le dernier et troisième traduit en français jusqu'à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d'aller se perdre dans cette contrée où s'aventurent seulement "2% des étrangers" arrivant pour visiter l'Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie... Ambiance !
Mais maglré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu... Tout de suite, beaucoup d'habitants y voient l'oeuvre des gothiques, ces ados qu'ils jugent comme étant des adeptes du daible (évidemment!). Mais les événements et les suscpects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d'enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d'Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l'hôtel, c'est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d'une humeur d'ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnomée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d'Islande, pourtant,"depuis longtemps, des gens viennent d'un peu partout travailler ici dans l'industrie du poisson : des Polonais, des Australierns. Ils ont [ même] fini par s'intégrer". Et si certains parents s'inquiétent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s'en inquiéter, c'est qu'elle est devenue bilingue puisqu'elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c'est effectivement l'industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : "les revenus moyens de la population des Fjords de l'Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d'Islande alors qu'ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs". La mode est maintenant à l'industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c'est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J'ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c'est vraiment voulu par l'écrivain). J'ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n'est pas du tout celui qu'on imagine... Ce qui est sûr, c'est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d'humour : plus d'une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée... peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman...

Dernière chose ô combien surprernante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l'Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! ;-p !



 


06 décembre 2011

Le dresseur d'insectes

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4e de couverture : "Einar, correspondant à Akureyri, publie un article sur une bâtisse hantée qui va servir de décor à un film américain. Au lendemain de la grande fête des commerçants d’Akureyri, où tout le monde a beaucoup bu, il apprend par Victoria, une étrange femme qui se prétend médium, le meurtre d'une jeune fille dans cette maison. Peu après, Victoria elle-même est tuée dans un centre de désintoxication alcoolique. Einar mène l'enquête."

Je continue à fond sur ma lancée de découverte de littérature islandaise. Après Arnaldur Indridason qui m'a enchantée avec Hypothermie et tant d'autres romans policiers à la sauce très zen malgré des sujets noirs, je m'aventure à la découverte de son confrère, Arni Thorarinsson, dont le héros récurrent est non pas un policier mais un journaliste.

Parce que ce titre m'intriguait fort, j'ai donc commencé par celui qui est le deuxième mettant en scène Einar, correspondant du Journal du soir, quotidien de la petite ville d'Akureyri. Celui-ci, apparemment ancien alcoolique, observe d'un oeil cynique la société qui l'entoure.
Pendant le week-end des Commerçants, la boîte de Pandore s'ouvre en grand, jusqu'au meurtre plutôt étrange d'une mystérieuse jeune fille retrouvée dans une maison non moins étrange, sinon hantée... du moins, c'est ce qu'on dit. "Dans le temps, les histoires de revenants étaient tout bêtement une sorte d'exutoire spirituel pour un peuple isolé et muselé qui avait besoin d'un peu de rêves". Mais les temps changent, enfin, pas tant que ça...
Après avoir récupéré sa rejetonne de fille, qui expérimente l'alcool et les sorties nocturnes avec son petit copain, sans vraiment penser à mal, Einar, ne pouvant pas compter sur la police locale pour retrouver les agresseurs de ses enfants et le meurtrier de celle surnommée "Pandora" par une certaine Victoria, décide de mener l'enquête lui-même pour le compte de son journal.

L'intrigue se déroule lentement, sans se presser. On pourrait presque dire que pendant 400 pages il ne se passe presque rien. Pourtant, chaque personnage rencontré est, sinon décortiqué au scalpel, du moins étudié minutieusement, dans le monde qui l'entoure. De la violence sociétale à la violence familiale, il n'y a qu'un pas et elle touche tous les milieux, les plus propres sur eux n'étant pas forcément les plus clairs. On trouve ici des personnages écorchés vifs ou pourris jusqu'à l'os par l'argent et/ou la drogue. Ce roman est un coup de griffe à l'avidité capitaliste outrancière (décidément les Nordiques sont les rois pour ça), avec ici une image bien peu glorieuse d'une certaine industrie cinématographique américaine, qui n'hésitent pas piocher dans la Centrale cinématographique islandaise...

Je me suis attachée au personnage d'Einar (cynique mais tellement lucide) et à ses enfants  et je dois dire que j'ai hâte de le retrouver pour de nouvelles aventures, dans cet univers islandais où "docteur Jekyll ne brime plus Mister Hyde, [mais où] c'est Mister Hyde qui brime Doctor Jeckyll. Et encore, pour peu que ça lui chante".

On retrouve ici une victime qui se prétend médium, comme dans Hypothermie, que j'ai lu il y a peu. Ca m'a frappée et je me demande si c'est récurrent dans la littérature islandaise, dont je suis bien décidée à approfondir la découverte car elle m'enchante !

En conclusion : une belle lecture d'hiver - où la signification du titre français est révélée dans les dernières pages...

 

 

 

 

 

21 novembre 2011

Hypothermie

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4e de couverture : "C'est l'automne. Maria, une femme d'une cinquantaine d'années, est retrouvée pendue dans son chalet d'été sur les bords du lac du Thingvellir par Karen, sa meilleure amie. Après autopsie, la police conclut à un suicide. Quelques jours plus tard, Erlendur reçoit la visite de Karen qui lui affirme que ce n'était pas "le genre" de Maria de se suicider. Elle lui remet une cassette contenant l'enregistrement d'une séance chez un médium que Maria est allée consulter afin d'entrer en contact avec sa mère décédée deux ans plus tôt, qui lui avait promis de lui envoyer un signe de l'au-delà. Aussi dubitatif que réticent, Erlendur lui promet d'écouter l'enregistrement tout en lui répétant que ni l'enquête ni l'autopsie n'ont décelé le moindre élément suspect. L'audition de la cassette le convainc cependant de reprendre l'investigation à l'insu de tous..."

Depuis que j'ai découvert Arnaldur Indridason avec La femme en vert il y a un peu plus de deux ans, je suis ultra-fan. J'ai dévoré toute la série des enquêtes de l'inspecteur Erlendur. Seule, l'avant-dernière, Hiver arctique, m'avait un peu déçue, tout en étant tout de même bien. C'est dire !

Cet écrivain a du génie et de la magie. Et c'est ainsi que je qualifierais Hypothermie. Si vous aimez les fantômes et les revenants, si vous rafollez de la puissance de la nature islandaise, cette histoire est pour vous. Un bijou, une merveille. Je suis restée en extase un certain temps après avoir refermé ce livre (on ne rit pas, SVP). Comment cet écrvain parvient-il à nous toucher au coeur à chaque fois, c'est - presque-  un mystère... On peut également remercier le traducteur, Eric Boury de nous donner accès à ces pépites islandaises.

Cette fois, Erlendur n'est pas en enquête officielle. Personne ne sait qu'il fait des recherches, persuadé par l'amie de Maria (retrouvée pendue) que ce n'est pas un suicide mais un meurtre. Peu à peu, des "petites choses" sont mises à jour grâce à l'interrogatoire méticuleux auquel se livre Erlendur.Une trame policière traditionnelle donc. Cependant, les preuves sont là mais en même temps indémontrables, parce que le temps a passé. J'ai aimé le clin d'oeil à Marcel Proust et sa Recherche du temps perdu qui court tout le long du roman.
La fin révèle, comme toujours chez Indridason, une suprise et une petite vengeance de la part de l'inspecteur (ou du moins un règlement de compte à sa manière puisqu'il n'est pas officiellement en enquête policière et qu'en plus il ne peut rien prouver...). J'en dis déjà presque trop, alors je m'arrête là.


Seul conseil : lisez ce roman policier, au chaud, pour éviter l'hypothermie (voui, voui, parce que ça peut mener loin, l'hypothermie !...).

09 octobre 2011

Printemps

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4e de couverture : "C'est l'affolement en ville. Une bombe vient d'exploser en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples. Acte terroriste ? Guerre des gangs ? L'investigation piétine. Et si l'attentat visait en fait la famille Vigerö ? Pour Malin Fors, il s'agirait d'une affaire plus personnelle. Malin aussi a ses problèmes. Elle lutte pour ne pas replonger dans l'alcool, sa mère vient de mourir. Et quand son père rentre de Ténérife, le secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années fait enfin surface."

C'est avec une certaine nostalgie que je referme ce pavé de 549 pages qui clôt les aventures de l'inspectrice suédoise Malin Fors (du moins aux dernières nouvelles !). Le premier sentiment que laisse ce quatrième opus (après Hiver, Ete et Automne) est qu'il est sans doute le meilleur de la série.

L'intrigue se déroule en mai 2010 (c'est-à-dire l'an dernier !) et la Suède est touchée de plein fouet par la crise économique. Mons Kallentoft règle leur compte aux banques, au Monde du Fric, aux rapaces de la finance, aux tradeurs peu scrupuleux qui jouent avec l'argent des citoyens de tous les pays du monde.

Un attentat devant une banque de la petite ville provinciale de Linköping tue deux fillettes de six ans. La population est en émoi et presse la police de retrouver les responsables. Les hypothèses sont nombreuses mais la piste islamiste est rapidement écartée (n'en déplaise à certains). Une mystérieuse organisation, le Front de Libération de l'Economie, totalement inconnue jusque-là, est vite suspectée du pire.

Mais comme toujours, dans les romans de Mons Kallentoft, la réalité est encore plus complexe qu'il n'y paraît. Et c'est avec brio que l'écrivain démonte les rouages d'une intrigue qui ne laisse au lecteur aucun répit. Peu à peu de nouveux personnages de l'ombre apparaissent, marionnettes du Mal personnifié : l'Argent, représenté sous les traits d'un vieillard aveugle et mourant mais qui a passé sa vie à martyriser jusqu'à ses enfants pour en faire des machines de guerre.
L'auteur reprend ici un thème qu'il affectionne particulièrement : l'enfance maltraitée, le tout dans une logique implacable.

Ce que j'apprécie aussi particulièrement dans cette série, c'est l'imperfection des héros et la complexité des personnages. Les romans de Mons Kallentoft vont au-delà des apparences et explications simplistes, dans un monde contemporain toujours plus complexe et ici sur une toile de fond d'une actualité brûlante. C'est aussi, paradoxalement, un univers au bord du fantastique, avec les narrateurs ominiscients que sont les victimes décédées.

Le seul tout petit bémol que l'on peut reprocher à l'auteur ici,  c'est que la vie personnelle de Malin qui s'achève un peu trop sur une happy end, qui détonne d'autant plus avec le reste du récit. Mais bon, c'est le Printemps...

A lire absolument !


NB : Hiver vient de sortir en format poche.


 

 

 

02 septembre 2011

Le cercle intérieur

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4e de couverture : "Île de Gotland. Une vingtaine d'étudiants s'affairent sur un site archéologique. Lorsque l'une d'entre eux, Martina Flochten, est retrouvée morte. Un meurtre rituel ? L'inspecteur Anders Knutas enquête. Mais il est vite confronté à des questions insolubles. Pourquoi ces marques sur le corps de Martina ? Pourquoi l'a-t-on pendue à un arbre ? D'autant que d'autres actes monstrueux viennent s'ajouter au meurtre : poneys et chevaux sont découverts décapités. Rien ne semble logique dans cette affaire. Knutas doit jongler entre les fausses pistes tandis que d'autres cadavres sont mis au jour."

Après un été passé dans les délicieux polars écossais de Ian Rankin, j'ai eu envie d'un petit retour chez mes amis les écrivains nordiques, tout en élargissant mon horizon boréal (Arnaldur Indridason pour l'Islande, Mons Kalentoft pour la Suède ayant mes préférences). J'ai donc choisi le dernier roman policier d'une femme, la Suédoise Mari Jungstedt après avoir lu de bonnes critiques à droite et à gauche.

Ce roman policier est assez différent des romans nordiques que j'ai lus jusqu'ici dans la mesure où il se concentre essentiellement sur l'intrigue : le suspense en est le moteur. L'environnement sociologique est relativement laissé de côté, mis à part quelques allusions. Mais ce n'est pas plus creusé que cela : si l'on apprend que "la Suède n'est plus la patrie des blondinets qui mangent du pain azyme et qui dansent en costume traditionnel" et que l'île de Gotland, où se déroule l'action, est sujette à la spéculation immobilère et au bétonnage pour y développer le tourisme, l'intrigue n'est que vaguement reliée à cela.
L'auteure intègre un soupçon de mythologie scandinave, des vols dans un musée archéologique, pour tenir le lecteur en haleine - ce qui n'est pas inintéressant - et multiplie les pistes. On entre facilement dans le jeu et une fois le roman commencé, on a du mal à le lâcher. D'autant que dès le début, même sans avoir lu la quatrième de couverture, on sent qu'il va arriver quelque chose à l'héroïne, Martina. La menace pèse sur elle comme sur nous et de ce point de vue-là, c'est une belle réussite. La scène du crime n'est pas une grande ville nauséeuse, mais les environs d'un site archéologique où des étudiants travaillent.

La tension monte au fur et à mesure que les cadavres s'amoncèlent, la police se révélant inefficace, s'égarant sur de fausses pistes et ne s'inquiétant pas, comme le remarque un personnage, qu'on "bazarde des trésors historiques sur un marché lucratif et qu'ils disparaissent non seulement de Gotland, mais de la Suède en général". Mais l'enquête est d'autant plus difficile que les premières victimes ne sont pas des humains mais des animaux...

Si j'ai passé un bon moment avec ce polar, j'avoue que j'ai trouvé la fin un peu surfaite parce que chaque piste lancée n'était pas assez creusée. Au final, on a donc l'impression que les idées ne sont pas assez reliée entre elles par des liens cohérents, ce qui est dommage car elles étaient bonnes. On a le sentiment qu'elles sont justes un prétexte pour essayer de terminer une histoire.

Un livre très agréable à lire, mais certainement pas inoubliable donc.

 

29 mai 2011

Automne

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4e de couverture : "Jerry Petersson est un riche avocat parvenu. Tout le monde le déteste. Aussi, quand on retrouve son cadavre dans les douves du château qu'il vient d'acheter, personne n'est étonné. Malin mène l'enquête, qui l'amène sur l'île de Ténérife. Un dépaysement dont elle a bien besoin. Rien ne va plus chez elle. C'est l'automne à Linköping. Il pleut, le temps est maussade et froid. Malin, maintenant bien connue du public français, est toujours aussi fragile. Elle devra affronter ses vieux démons et sa solitude pour se lancer aux trousses du tueur. "

Tout d'abord je ne peux que déplorer la quatrième de couverture qui donne une idée fausse du livre. Malins à Ténérife ? Oui mais tellement rapidement que ça ne compte pas. Tout le monde déteste Jerry Petersson ? Non seulement quelques individus qui ont leurs raisons, notamment le patriarche d'une vieille famille de la noblesse suédoise dont le fils a vendu le château à ce nouveau riche parvenu. Bref...

Voici donc le troisième volume des aventures de l'inspectrice Malins Fors et de son équipe que j'ai retrouvées avec plaisir. Et toujours la construction du polar sur la base du déréglement saisonnier : la petite ville de Linköping subit un déluge. Et ça ne s'arrange pas dans la vie de Malin, qui a tendance aimer beaucoup trop la téquila et à lever la main un peu vite (et c'est la raison pour laquelle il faut lire les histoires dans l'ordre car la cause de sa dépression est à trouver dans Eté).

Ici Mons Kallentoft explore le thème de la maltraitance, démontre avec brio l'enchaînement de la violence  et les raisons qui poussent les coupables (et victimes) à agir comme ils le font. Et c'est là un des tours de force de l'écrivain. Dans ses romans, pas de scènes sanguinolentes, mais des explications qui se font jour au fur et à mesure. Tout cela dans un style qui lui est propre et que j'ai encore jamais vu ailleurs : les morts sont omniscients, commentent les scènes et parfois expliquent les faits. Par ailleurs, les narrateurs changent sans que l'on en soit prévenu, mais pourtant cela ne perturbe pas la lecture. Enfin, les coupables qui sont aussi des victimes, sont des gens comme les autres, ou presque...

Seul bémol du livre : j'ai trouvé que la vie privée de Malin prenait trop le dessus pendant une bonne partie du roman, ce qui fait que l'on a tendance à oublier l'intrigue : une énigme policière, avec deux cadavres. Heureusement, dans le dernier tiers du livre, celle-ci reprend le dessus.
Par contre, j'ai adoré l'ambiance vieux château suédois perdu dans la forêt ! Et aussi la fin !

Un opus sans doute moins captivant que les deux précédents (Hiver et Eté) mais à découvrir tout de même !

Et pour finir, une petite vidéo du libraire Gérard Collard, sur la série :

http://youtu.be/c4Ku_tKvUc4