31 mars 2012

L'île des chasseurs d'oiseaux

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4e de couverture : "Marqué par la perte récente de son fils unique, l’inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d’élucider un assassinat commis à Edimbourg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n’est pas retourné depuis dix-huit ans. Un cadavre exécuté selon le même modus operandi que celui d’Edimbourg vient d’y être découvert. Sur cette île tempétueuse du nord de l’Ecosse, couverte de landes, où l’on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin est confronté à son enfance. La victime n’est autre qu’Ange, ennemi tyrannique de sa jeunesse. Marsaili, son premier amour, vit aujourd’hui avec Artair. Alors que Fin poursuit son enquête, on prépare sur le port l’expédition rituelle qui, chaque année depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Lors de son dernier été sur l’île, Fin a participé à ce voyage initiatique, qui s’est dramatiquement terminé. Que s’est-il passé alors entre ces hommes ? quel est le secret qui pèse sur eux et resurgit aujourd’hui ? Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May nous plonge au cœur de l’histoire personnelle de son enquêteur Fin Macleod. Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes : l’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page."

Plus qu'un simple roman policier, ce livre est à la fois un roman noir et un roman d'amour, mais aussi un thriller ; en tout cas un ouvrage rudement bien documenté sur la vie sur l'Ile de Lewis (Ecosse - mais est-il utile de le rappeler ?). C'est là que nous suivons l'inspecteur Fin Macleod, envoyé sur son île natale pour examiner un cadavre, celui d'un homme qui endossait le rôle du caïd lorsqu'ils étaient mômes... Mais ce n'est pas vraiment sur l'enquête policière que se concentrera ce flic, qui ne songe d'ailleurs qu'à quitter la police, mais sur son passé.  Il est l'un des rares hommes à avoir réussi à quitter cette île hors du temps, aux rites séculaires. Les retrouvailles avec les amis (ou ennemis) d'enfance fait ressurgir des fantômes et des secrets mais aussi la jalousie...

Non seulement ce roman est magistralement écrit, et distille un suspense savamment dosé par un aller-retour narratif entre présent et passé, mais parce qu'il est aussi très bien documenté (comme je l'ai déjà dit plus haut), il parvient à immerger totalement le lecteur et à le couper de son entourage : si vous avez besoin d'iode, il y a ici un remède :  vous irez avec Fin sur le rocher d'An Sgeir  participer à la chasse aux gugas... Attention, c'est dangereux, c'est un truc de mecs mais je l'ai fait ! ;-)

On ne parvient pas à s'arracher de l'histoire une fois le livre en main car, en plus, les personnages sont attachants malgré leurs défauts et leurs secrets, profondément humains : celui qui est devenu le gros Artair (le meilleur copain d'enfance de Fin), Marsaili, l'amour d'enfance du héros, et tous les autres. Sans parler Fionnlagh, le fils de Marasaili qui noue un lien très fort avec Fin. Pourtant, derrière ce tableau sympathique, il y a un meurtre à résoudre... Là encore, Peter May parvient à se sortir magistralement de thèmes sensibles comme l'enfance maltraitée, le désespoir et la jalousie. Cela est évoqué avec intelligence et sans voyeurisme (j'ai un instant songé à La maison d'à côté de Lisa Gardner, qui traite du même sujet mais que j'avais détesté à cause de son côté obscène sans explications : ici rien de tout cela).

Et en plus, il y a une suite : L'homme de Lewis que j'ai hâte de découvrir !

 

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24 mars 2012

Crépuscule irlandais

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4e de couverture : "Dans un hôpital de Dublin, la vieille Dilly s'étiole. Elle attend une visite, celle de sa fille Eleonora, brillante romancière qui a très tôt fui l'Irlande pour mener une vie libre et tumultueuse, comme elle-même en rêvait autrefois. Il faudra la douleur du deuil pour qu'Eleonora découvre enfin le vrai visage de sa mère et le lien indéféctible qui ne cessera jamais de les unir."

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je me suis royalement fait suer avec ce roman. Je n'avais jamais encore lu la sulfureuse Edna O'Brien, qui fit scandale dans les années 60 en Irlande et je dois dire que là, j'ai dû vraiment m'accrocher pour terminer le livre. Une écriture qui imite parfois le langage oral, dans des phrases à rallonge qui rappelle Proust (mais sans réussir à faire le même effet parce que son écriture est "raide"), des temps narratifs qui s'embrouillent finissent par donner une impression de fouillis : on ne sait plus trop où l'on en est, on en perd le sujet et on se demande où est-ce qu'elle veut en venir...

Vraiment dommage, parce que l'histoire annoncée par la quatrième de couverture était bien alléchant et cela faisait un moment qu'Edna O'Brien m'intriguait, que je voulais découvrir son univers littéraire si décrié dans son pays il y a quarante ans et par certains aujourd'hui encore. On l'a dit féministe etc. Bref, elle avait tout pour me plaire. Peut-être faut-il lire ses premières oeuvres...

En plus je n'aime pas dire du mal de la littérature irlandaise, alors je suis doublement frustrée !

 Pour en savoir plus sur elle, c'est  

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17 mars 2012

Charly 9

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4e de couverture : "Charles IX fut de tous nos rois de France l un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l Europe entière. Abasourdi par l énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond."

Je suis loin d'être une fana des romans historiques mais la prestation de Jean Teulé sur son livre dans l'émission La Grande Librairie l'an dernier m'avait convaincue de le lire. La sortie en poche de l'ouvrage a été la piqûre de rappel. Et en fin de compte, j'en sors déçue.

Si le roman respecte bien l'atmosphère sanglante de cette période qui a vu le massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) - mais ce n'est franchement pas le plus difficile parce qu'on ne peut pas y couper -, j'ai trouvé le style de Jean Teulé vraiment too much. Je peux comprendre qu'on veuille désacraliser l'Histoire, mais ça ne veut pas dire avoir une écriture massacrante... (si je puis m'exprimer ainsi !), qui fait limite négligée pour faire, paradoxalement, plus authentique ! Certes, on ne peut pas restituer le langage de l'époque parce que le lecteur d'aujourd'hui aurait besoin d'un dictionnaire, mais de là à mettre des "ah ben" et émailler les phrases des personnages d'expressions typiques de l'époque ou de "commeint ?" pour faire "plus vrai" ,cela  finit par donner un style ressenti comme maladroit, ou démago... En ce qui me concerne, les traits d'humour n'ont pas fonctionné.

Jean Teulé prend position dans ce roman pour un roi Charles IX sous l'emprise de sa mère, une jeune-homme faible, limite bipolaire, en tout cas "barge" mais avec un bon fond. Il aurait concédé le massacre de cent mille personnes pour faire plaisir à "mama", entendez par là, Catherine de Médicis. Il décrit un personnage fantasque, chassant le cerf dans les appartements du Louvre, (là, on reste sur le cul, quand on lit ça!), ayant besoin d'une traductrice pour communiquer avec Elisabeth d'Autriche, sa femme, même dans les moments les plus intimes (c'est tellement grotesque qu'on ne peut pas y croire 5 secondes)...
Bref, il en fait un pantin aux mains de la reine mère. C'est historiquement très discutable et personnellement je ne suis pas d'accord parce que je trouve cela un peu simpliste.

Enfin, "Charly" se met à souffrir d'une "hémorragie cutanée" : il pisse le sang par tous les pores de la peau. Là aussi, ce n'est qu'une légende, une rumeur que fit courir notamment Agrippa d'Aubigné, reprise par Alexandre Dumas dans La reine Margot, sous-tendant un empoisonnement qu'aurait perpétrée Catherine de Médicis, dite la "magicienne florentine". Je crois que les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la mort de ce roi qui n'a même pas atteint 24 ans.

Jean Teulé veut ici conter une page de l'histoire de France sur un mode ludique. C'est certes une belle intention et une bonne piqûre de rappel sur cette période si terrible dont l'atmosphère est bien restituée. Mais reste le style, les inexactitudes et le parti pris...
Bref, je ne suis toujours pas fan des romans historiques !

 

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10 mars 2012

Karitas, l'esquisse d'un rêve

 

51OBrwOzeUL__SL500_AA300_4e de couverture : "Karitas rêve d'être peintre. Dans la ferme familiale, perdue au fon d'un fjord d'Islande, elle dessine, comme son père disparu en mer le lui a appris. Vouée à saler les harengs, son destin bascule quand une mystérieuse artiste révèle son talent et l'envoie à l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague. A son retour, Karitas n'a qu'un souhait : monter son exposition et consacrer sa vie à l'art abstrait."

ENVOUTANT ! Et c'est presque un faible mot pour ce roman qui vous emporte vrairement, non pas dans le monde de l'art comme semble le sous-entendre la quatrième de couverture, mais dans les coins les plus reculés d'Islande. Karitas, comme sa mère, partie avec ses six enfants pour qu'ils aillent à l'école, est une nomade. Revenue en Islande pour monter gagner l'argent qui lui permettra de monter son exposition, Karitas part saler le hareng dès que la saison est venue. C'est là qu'elle y rencontre celui qui deviendra son mari, Sigmar, un marin possédant "une magie diabolique". Il l'emmène dans son village reculé des fijords de l'Est, au pied de la citadelle des elfes, perturbant ses projets d'artiste.

Ne vous y trompez pas, ce roman n'est pas une "fantasy". Mais tout simplement en Islande, il n'est pas rare de croiser, dans certaines régions, comme le fera Karitas, le petit peuple, ou des femmes mi-elfe, et pas toujours bien intentionés. Jamais, dans le roman on ne trouvera cela étrange ou loufoque.
Au contraire, cela fait partie intégrante de l'ambiance de cette île aux étés courts et aux hivers sans fin. "Le pays était blanc et glacé. Dans le silence immobile, on entendait distinctement le craquement des icebergs lorsqu'ils se détachaient lourdement à la sortie du fjord."
Pour se tenir le coup, les Islandais de ce début du XXe siècle (le roman se déroule de 1915 à 1939) mangent du lard de phoque, de la tête de mouton flambée, se font des infusions de mousse des montagnes, partent à la chasse aux grands labbes, phoques ou guillemots... Un hiver particulièrement difficile "on disait que le silence sur la banquise était uniquement troublé par le grognement des ours blancs"...

Un roman riche sur la vie de cette époque et la condition féminine. On apprend notamment que même au Danemark, là où a étudié Karitas, les femmes n'avaient pas le droit de dessiner le corps d'un homme nu d'après un modèle masculin en chair et en os (alors que c'était autorisé pour représenter une femme) : elles devaient dessiner d'après des oeuvres déjà existantes.

Kristin Marja Baldursdottir, en commençant cette fresque romanesque, a décidé de conter la vie d'une femme sur cent ans. Autant dire, qu'avec les moments magiques de cette lecture qui m'a emportée très loin et vraiment fait voyager comme le font toujours les très bons romans, je vais lire la suite, Chaos sur la toile.

Une très belle découverte, un roman palpitant où l'on ne s'ennuie pas une seule fois tout au long  des 543 pages, des coups de théâtre, une vraie documentation et une héroïne très attachante par son caractère bien trempé, le regard qu'elle porte sur sa condition et sur le pouvoir des hommes. Une femme en lutte.  Un de mes coups de coeur 2012 !

03 mars 2012

vingt-quatre heures de la vie d'une femme

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4e de couverture: "Scandale dans une pension de famille "comme il faut" sur la Côte d'Azur au début du siècle : Mme Henriette, la femme d'un des clients, s'est enfuie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée...
Seul le narrateur tente de comprendre cette "créature sans moralité", avec l'aide inattendue d'une vieille femme anglaise très distinguée, qui lui expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle.
Ce récit d'une passion foudroyante, bref et aigu comme les affectionnait l'auteur d'Amok et du Joueur d'échecs, est une de ses plus incontestables réussites."

Parler d'un monument comme Zweig n'est pas chose aisée ! Le billet sera donc succinct !

Un roman très court (moins de 123 pages dans cette édition), mais dense et intense tant par la construction que par l'histoire. D'abord ce récit est double : le narrateur, qui essaie de comprendre la femme de quarante-et-un ans qui s'est enfuie avec un homme qu'elle ne connaissait pas, donnant lieu à un vrai théâtre grandguignolesque dans la pension, s'efface rapidement pour laisser la parole à Mrs C..., la vieille anglaise. Celle-ci lui raconte avec moults détails son drame.
Dans sa jeunesse, fascinée par un jeune homme pris par le vice du jeu, elle a tenté de lui venir en aide, craignant pour sa vie. Cependant, les choses ne tournèrent pas comme elle l'aurait souhaité.
Stefan Zweig dépeint ici des êtres hors d'eux-mêmes, c'est-à-dire, pris de passion et allant jusqu'au bout de celle-ci. Ce n'est pas la raison qui les anime, mais la passion qui les fait vivre. Leur corps se meut de lui-même, indépendamment de ce que  commanderait leur cerveau. J'ai été impressionnée, comme Mrc C... par la vie que prennent les doigts du jeune-homme, "ces mains extraordinaires, vraiment uniques -, mais ce qui d'abord me surprit d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici je compris tout de suite, c'était un homme débordant de force qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pur qu'elle ne fît pas exploser son être tout entier." Toutes les émotions se lisent également sur la visage de ce joueur, qui devient une veritable scène de drame pour Mrs C..., spectatrice fascinée et sidérée.

La fin de l'histoire n'en est pas moins dramatique... Mais comme le dit la vieille anglaise avec philosophie :"Vieillir n'est, au fond, pas autre chose que n'avoir plus peur de son passé."

 

 


01 mars 2012

Le chat et les pigeons

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4e de couverture : "Le plus anglais des milieux anglais : Meadowbank, collège très snob qui accueille les jeunes filles du gratin londonien de la gentry du Commonweath et de la crème des Emirats. Dans cet univers si distingué, quelques menus détails détonnent pourtant... Il n'y a que Poirot qui puisse percer tant de mystères."

Cela faisait un sacré bail que je n'avais pas lu une aventure d'Hercule Poirot dont je gardais des souvenirs délicieux. Mais ici, il se fait sacrément attendre.... au point que j'ai cru pendant un moment qu'il y avait une erreur sur la quatrième de couverture. En effet, l'enquête est menée par l'inspecteur Kelsey jusqu'à la page 180 où, ensuite Poirot apparaît enfin (alors que livre, dans cette édition, comporte 255 pages. Il faut dire que l'enquête est coton : meurtres d'enseignantes, enlèvement d'élève, raquettes de sport échangées. Les pistes se multiplient et l'inspecteur ne s'en sort pas. Mais ce n'est pas lui qui fera appel directement à Poirot, c'est l'une des élèves qui se rappelera de ses compétences notoires en matière de résolution d'enquête.

Ce roman a été écrit en 1959 et je dois dire que.... j'ai été un peu déçue. Autant j'ai trouvé l'une des solutions de l'intrigue tout à fait plausible, autant j'ai trouvé la deuxième tout à fait tiré par les cheveux (parce qu'en fait il y a deux résolutions distinctes). Sans parler d'un coupable qui meurt subitement après avoir expié son crime (je me suis même demandé si elle ne se moquait pas du lecteur, si c'était volontairement caricatural - avec Agatha tout est possible !).

Cela dit, on retrouve tout l'humour caustique de notre Agatha, avec un certain acharnement sur les enseignantes françaises, semble-t-il dans cette histoire : "Toutes ces Françaises sont incapables d'enseigner. Elles n'ont aucun sens de la discipline.". On apprend cependant une chose concernant l'âge réel d'une personne : "Les genoux donnent une très bonne indication de l'âge réel." Mais elle ne dit pas en quoi...
Bien qu'écrit à l'aube des années 60, c'est un univers tout victorien que l'on retrouve ici, dans cet univers feutré d'un collège anglais snob à souhait.

Pas inoubliable, même si l'on passe quand même un bon moment, telle est ma conclusion.

Challenge Agatha Christie organisé par George

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28 février 2012

84, Charing Cross Road

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4e de couverture : "Par un beau jour d'octobre 1949, Helene Hanff s'adresse depuis New York à la librairie Marks & Co., sise 84, Charing Cross Road à Londres. Passionnée, maniaque, un peu fauchée, extravagante, Miss Hanff réclame à Frank Doel les livres introuvables qui assouviront son insatiable soif de découvertes.
Vingt ans plus tard, ils s'écrivent toujours et la familiarité a laissé place à l'intime, presque à l'amour. Drôle et pleine de charme, cette correspondance est un petit joyau qui rappelle avec une délicatesse infinie toute la place que prennent, dans notre vie, les livres et les librairies."

 Une Américaine, écrivaine, sans fortune, passe commande le 5 octobre 1949, auprès d'un libraire de Londres, spécialisé dans les livres épuisés: "J"aime les livres anciens et tous ceux que je voudrais avoir sont introuvab les ici en Amérique, sfaut dans des éditions rares et très chères, ou bien chez Barnes & Noble, qui vend à des prix abusifs des exemplaires très défraîchis et ayant appartenu à des écoliers".

 C'est un échange de plus de vingt ans qui va s'établir là, entre Helene, l'Américaine et Frank, le libraire. Au-delà de lettres charmantes, c'est au choc de deux civilisations qu' à affaire le lecteur. En effet, en 1949, les Etats-Unis sont complètement sortis de la guerre, dans le sens où l'on trouve de tout, que ce soit pour manger ou se cultiver (à condition d'avoir de l'argent dans ce dernier cas). Au contraire, dans l'Angleterre soumise aux restrictions alimentaires, on crève la dalle ! Mais on trouve assez facilement, de beaux spécimens de livres pour trois fois rien. Helene, au fil des lettres, va joindre à ses courriers des colis de viande et d'oeufs, en échange... de nourriture de l'esprit. Cet aspect m'a sauté aux yeux dès le début. Et c'est par cette générosité, au-delà de sa passion pour les livres, qu'elle va établir un réel lien d'amitié avec tous les employés de la librairie, même si Frank est son principal interlocuteur.

On se régale de son humour, parfois sarcastique (mais jamais méchant) qui cherche à percer le flegme tout britannique. Franchement, il met un certain temps à se détendre le Frankie... Et encore, il sera toujours beaucoup plus réservé dans ses propos que notre excentrique américaine amoureuses des livres dans des éditions épuisées. On se régale des descripitions qu'elle en fait. Et à l'heure du livre électronique, ça fait vraiment réfléchir.... En tout cas, moi, ça me fait réfléchir. Un objet electronique ne donnera sans doute jamais autant de plaisir que les éditions  papier que maniuple Helene. " Le Stevenson est tellement beau qu'il fait honte à mes étagères bricolées avec des caisses à oranges, j'ai presque peur de manipuler ces pages en vélin crème, lisse et épais. (...) Je ne savais pas que toucher un livre pouvait donner tant de joie". Je suis tout à fait de son avis, je m'y retrouve parfaitement...
Un petit bémol sur la 4e de couverture (encore !) : je n'ai pas trouvé d'amour dans cette histoire, seulement une indéfectible et grande amitié.

De ce qui est devenu un livre à succès depuis les années 70 outre Manche et outre Atlantique, il a été tiré un film (et une pièce de théâtre). Un ouvrage propice à créer du lien - et ça c'est du vécu ! ;-).

 

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23 février 2012

Causes mortelles

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4e de couverture : "Le festival théâtral d'Édimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale: on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année..."

J'étais un peu inquiète en commençant cette histoire car Le Carnet noir m'avait laissé avec un avis mitigé.... mais je dois dire que celui-ci c'est du grand Rebus et du grand Rankin (le dernier inspirant le premier) !  Nous voilà de nouveau en train d'arpenter les rues sinueuse d'Edimbourg, les rues que peu de touristes prennent le temps de visiter car elles sont à peines visibles, puisque enterrées - ou presque. C'est là qu'est découvert Billy Cunningham, mort d'un "pack de six" (comprendre 6 balles tirées façon IRA). Un cadavre d'autant plus embarassant qu'il s'agit du fils de l'abominable Gerald Cafferty, dit "le Gros Gerry", le mafiso de la ville, que Rebus avait mis à l'ombre à la fin du Carnet noir et qui depuis jure de lui faire la peau à la première occasion.

Rebus, toujours dans les bons plans de sa hiérarchie, est obligé d'intégrer la Brigade criminelle écossaise, rebaptisée par lui-même (attention chastes yeux fermez vous !)  la "Brigade des Connards d'Enculés" : de la poésie à la Rebus ! Accueilli comme un chien dans un jeu de quilles, on l'envoie se promener façon catapulte une journée à Belfast pour rencontrer un collègue de la RUC...

Le flic nord-irlandais qui accueille Rebus lui rappelle, au cas où il ne s'en souviendrait pas que "vous, les Ecossais vous vous êtes installés ici au XVIIIe siècle en chassant les catholiques" et qu'en plus il confond la RUC avec l'UDR. Dans la RUC, il y a des catholiques. Les "jaffas",ce ne sont pas des oranges, mais le surnom donné aux orangistes. Autant dire qu'on s'éclate un max avec le fond historique de l'intrigue dans ce tome-là. Bref, Rebus rentre en Ecosse avec tout un tas de filons sur les groupuscules protestants/loyalistes extrêmistes et mafieux, du Bouclier d'Ecosse, au Temple du rite écossais en passant par l'Armée du Tartan... Lui, qui a fait ses armes en Irlande du Nord, en sort avec plein de pistes fumantes, mais qu'il garde pour lui afin de mener l'enquête seul, notamment dans une infâme cité d'Edimbourg, la Garibaldi, surnommée le Gourbi par ses habitants : tout un progamme...

Si vous ne savez pas qui est Cuchullain de la Main Rouge, lisez ce livre ! Côté humour, le lecteur n'est pas en reste. On retrouve là toute la verve de Ian Rankin à son meilleur niveau ! J'ai donc passé un très bon moment avec mon copain Rebus, et appris de nouvelles insultes, telles que "FKB" ou "FTP" (l'une étant de faction catho/nationaliste et l'autre son pendant protestant-loyaliste)...Plus sérieusement, j'ai beaucoup apprécié la documentation de l'auteur sur les milices paramilitaires et l'analyse sociale qu'il en fait, dans les bas fonds d'Edimbourg. On visite des coins de la ville où les touristes n'iront jamais et qui n'ont rien à envier aux "quartiers" des villes françaises. Rankin plonge au-delà des apparences du festival attractif d'Edimbourg pour creuser un peu plus en profondeur. Au-delà des problèmes communautaires, que ce soit en Irlande du Nord ou en Ecosse, il y a avant tout des problèmes de chômages, de drogue, de misère et de grosses mains qui manipulent des pantins qui s'ennuient.

Le seul bémol concerne l'édition française version poche qui m'a mise en pétard : faute d'orthographe dans une page au début, impression très mauvaise avec carrément des morceaux de mots qui manquent, des mots coupés sans tirets et j'en passe : désolant !!!  (mon édition date du 10 août 2010, il serait temps à l'éditeur de rectifier le tir !) et encore une quatrième de couv qui présente Rankin comme l'un des auteurs majeurs du polar anglais" : de quoi s'étrangler !

Voir aussi le billet de Mélodie (qui est beaucoup moins enthousiaste que le mien).

 

 

 Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)

 

 

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14 février 2012

Le glacis

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4e de couverture : "Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'un petite ville de l'Oranais. Cette guerre qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
"Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie.
Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une friolosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'étais pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ,"
Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur la guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a jamais été publié auparavant".

 La guerre d'Algérie est encore un sujet tabou que toute une génération n'a pas étudié à l'école ou si peu. C'est en grande partie ce qui m'a poussée vers ce roman où le lecteur est parachuté à l'intérieur de ce pays dans une guerre qui ne dit pas son nom dans le camp des colons. Laure est une jeune enseignante en lettres, dont l'attitude de ses concitoyens français, issus du même milieu bourgeois qu'elle, vis-à-vis de ce qu'ils appellent les "indigènes", (quand ils sont bien lunés), va de plus en plus la choquer. Ses collègues vont la bouder peu à peu. Elle va finir par se brouiller avec sa meilleure amie, Elena, parce qu'elle ne lui fait plus confiance, dans cette société à l'atmosphère paranoïaque. Jamais elle n'aura la preuve de la responsabilité de son amie dans ce qui va se passer ensuite (et je ne peux pas le révéler  !), mais Laure se trouve embringuée contre son gré dans cette guerre à laquelle elle ne voulait pas participer. Elle n'aura pas à choisir elle-même un camp, on va lui en assigner un.

Voici un roman fort, qui, s'il ne m'a pas vraiment appris grand chose de nouveau sur cette page de l'histoire de France, m'a tout de même surpris par la perversité, la sournoiserie de tout un système savamment orchestré. Un monde à deux vitesses et à deux justices, l'officielle et puis l'autre, beaucoup plus expéditive.
El Djong, la petite ville où vit Laure est un apartheid non officiel, avec d'un côté une ville européenne et de l'autre une ville indigène, appelée,  également "ville nègre"... "Le "glacis", au nord de la ville, c'était une grande avenue plantée d'acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l'instar d'une rivière ou d'une orée de forêt."
L'héroïne, dont la famille a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, se rend compte que ses amis ne supportent rien de ce qui n'est pas comme eux : ni les juifs, ni les Espagnols et encore moins les Arabes... C'est un portrait féroce qui est fait ici de la bourgeoisie "pieds-noirs".

Un livre court (130 pages) mais percutant, écrit dans un style neutre, sans colère ni amertume mais néanmoins sans concession.
A lire !

Je remercie Babelio et les Editions Métailié de m'avoir permis de découvrir ce roman.

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06 février 2012

Le carnet noir

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4e de couverture : "John Rebus était en train de lire la Bible dans son salon de massage préféré, lorsque tout a commencé : un type qui croit malin de venir se vider de son sang à la boucherie Sanzau ; un collègue qui se fait défoncer le crâne à la sortie d'un restau tenu par deux fanas d'Elvis ; et puis cette vieille affaire d'incendie à déterrer - cadavres compris - où se trouve impliqué Aengus le Noir, le fils terrible du roi de la bière locale. Le rapport entre tout ça ? Il se trouve sans doute dans ce satané carnet noir. Encore faut-il pouvoir le déchiffrer...".

Ce livre des aventures de l'inspecteur écossais Rebus, personnage haut en couleurs, n'est pas le premier de la série - ni le premier que je lis, puisque je suis devenu addict depuis l'été dernier - mais le premier traduit en France : mystère des traductions de livres dans ce pays !

Je dois avouer que j'ai eu très peur au début et pendant une bonne centaine de pages où je me suis plutôt ennuyée : un peu trop de personnages qui se croisent qu'on finit par se perdre sur l'identité des uns et des autres et surtout sur le pourquoi du comment ils sont là. Mais, étant donné ma très grand confiance en Ian Rankin, j'ai persévéré et j'en fus bien récompensée : une histoire qui finit par se "caler", le suspense qui finit par monter avec des rebondissements tout à fait inattendus qui nous font avaler les pages au triple galop !

Et puis, cette série, c'est aussi le personnage de John Rebus avec sa vie perso rocambolesque. Ceux qui ont déjà lu les autres titres le savent que Rebus est un homme volage et l'ont vu aux bras de compagnes variées. Ici, Patience Atikson, déjà présente dans Piège pour un élu, est... à bout de patience ! Et il y a aussi un "Rebus n°2" : à savoir le frère de John, j'ai nommé Michaël, ancienne racaille qui tente de se reconvertir en squattant l'appart de son frère, lequel est loué à des étudiants depuis que Rebus n°1 a emménagé avec Patience. Mais voilà, comme il y a de l'eau dans le gaz avec elle, Rebus va devoir réinvestir son quartier, lui qui avait plutôt l'habitude de vivre tout seul en célibataire, ça va le changer...
On retrouve aussi Brian Holmes, le "bras droit" et ami de Rebus : non seulement il s'est fait largué (décidément, cet épisode est dur pour les hommes !!), mais en plus, voulant jouer les enquêteurs solitaires à la manière de son modèle (Rebus, évidemment!), il se retrouve à l'hosto : il est donc assez absent de l'histoire...
Bon, je ne peux pas trop dévoiler l'intrigue : la quatrième de couv en dit bien assez !

Si dans L'Etrangleur d'Edimbourg, Rebus et le loup-garou de Londres et La colline des chagrins, j'avais beaucoup apprécié les promenades et les regards sur la capitale écossaise, l'Ecosse ou la comparaison culturelle entre Ecossais et Anglais, je dois avouer qu'ici ils sont pratiquement absents : à peine quelques allusions au Fife, à Cardenden en particulier, où Rebus est né et a grandit (comme son auteur!). C'est vraiment dommage, parce que c'est aussi tout ce qui fait la saveur des polars de Ian Rankin. Reste cependant un humour décapant !
Juste un truc encore : ici le super-intendant Watson, dans les autres volumes a un surnom traduit en français par "le Paysan" qui, je trouve, sonnait assez bien. Ici il devient carrément le Péquenot ! (aheum, beaucoup plus péjoratif, beaucou TROP péjoratif, sachant qu'en VO il est Watson The Farmer !!).

Et une légère bricole sur la quatrième de couverture de l'édition de poche française  où l'on nous dit que "Ian Rankin est devenu en quelques années l'un des grands du nouveau polar anglais" !!! Re-Aheum !!!! Chercher l'erreur !!!! Rankin est tout ce qu'il y a d'Ecossais...

Un bon moment à passer donc, même si personnellement, je ne trouve pas que ce soit le meilleur de la série !
Voir aussi le billet de Mélodie, la copine blogueuse québecoise.

 

 

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)