02 mai 2015

Et je danse, aussi

etjedenseaussi

 C'est en regardant une célèbre émission télévisée d'actualité littéraire que j'ai découvert que l'auteur de Terrienne (à savoir Jean-Claude Mourlevat) avait eu une idée un peu farfelue : envoyer un mail à Anne-Laure Bondoux (le premier qu'envoie Pierre-Marie Sotto à Adeline Parmelan) et d'attendre sa réaction. Anne-Laure Bondoux, alors plongée dans l'écriture d'un roman, se prend au jeu d'un roman épistolaire à quatre mains. Je dois dire que ça m'a bien intriguée de savoir ce que ça pouvait donner. Donc je me suis jetée dessus.

Pierre-Marie Sotto, écrivain célèbre et Prix Goncourt trouve un jour dans sa boîte aux lettres une mystérieuse enveloppe avec au dos l'adresse email de son expéditrice, une certaine Adeline Parmelan. Pensant qu'il s'agit d'un manuscrit, il répond à sa mystérieuse interlocutrice qu'il n'ouvrira pas l'enveloppe puisque lire ce genre de document relève du boulot d'un éditeur et pas de celui d'un écrivain. N'empêche, Pierre-Marie Sotto ne se doute pas encore que ce premier courriel est le début d'une longue correspondance, celle de ce roman épistolaire de près de trois cents pages que nous tenons entre nos  mains...

Les deux personnages principaux se dévoilent peu à peu. Surtout Pierre-Marie, l'écrivain connu et reconnu mais en panne d'écriture depuis plusieurs années. Il a déjà correspondu avec une lectrice, avant Adeline, mais celle-ci est partie en Irlande pour suivre son mari ! Pierre-Marie a cessé de lui écrire car il trouvait que sa prose collait "sans doute trop près à sa réalité" : "Je lui aurais volontiers pardonné de s'inventer un peu." 
Pourtant notre écrivain est celui qui s'invente le moins dans sa correspondance avec Adeline. Ainsi, il lui dévoile pourquoi il a cessé d'écrire et pourquoi, un jour, il a réussi à décrocher le Goncourt. Ben oui : Pierre-Marie a eu une muse en la personne de sa cinquième épouse ! Une belle Italienne, traductrice, qui s'est fait la malle, sans prévenir. Il ne sait pas pourquoi ni même si elle est encore vivante. Depuis, il se morfond et s'ennuie.

Pierre-Marie est un personnage très sincère pour un écrivain. Il ne cache rien. Il va jusque à corriger les inexactitudes de sa vie privée qu'Adeline a trouvé sur Internet : "Marié trois fois ? C'est faux je l'ai été quatre. Et j'ai six enfants" "Ma troisième femme est norvégienne (...) Choc des cultures. Nous nous sommes séparés en bons amis. Nos trois enfants sont bilingues."

Mais bon, le pauvre gars, maintenant , il est tout seul et en plus il ne parvient pas à écrire !  Adeline lui prend le pouls, tente de lui donner de l'allant :
" Soyez écrivain dans le silence et le désarroi, soyez écrivain sans un mot, sans une virgule".
"Depuis quand vos personnages vous emmerdent-ils ? Depuis quand avez-vous perdu votre flamme ? Voulez-vous un briquet ?"
"Tenez, pourquoi n'écrivez-vous pas des histoires pour les enfants ? Vous voilà seul dans votre maison vide (...) avec votre satané chat".

Adeline, cette mystérieuse correspondante 2.0, sait ménager des surprises à l'écrivain comme au lecteur, parce qu'elle ne manque pas d'imagination et que sa vie est compliquée. Même si elle reproche à Pierre-Marie de la percevoir comme un personnage de roman, elle n'est pas tout à fait innocente dans ce jeu-là, et que son interlocuteur d'écrivain découvre la vérité sur ce qui elle est réellement la terrifie.
"Ce que je voulais dire hier, c'est que je ne suis pas une héroïne échappée d'un roman de Zola ou de Dickens : je suis comme des millions de gens qui se débrouillent avec ce qu'ils ont." C'est marrant, il a une drôle de bouille son petit ami dans la réalité...

Les deux protagonistes vont finir par s'attendre l'un l'autre sur leur boîte électronique, s'attendre comme on attend la suite d'un feuilleton addictif. Ils vont semer des poussins (comprendre : faire des digressions sur des sujets à évoquer) qu'ils se promettent de récupérer plus tard. Des personnages secondaires apparaissent. Les intrigues se multiplient.

A un moment donné, je me suis demandé comment Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux allaient retomber sur leurs doigts d'écrivain, emportés par leur plume imaginative et percutante : il y avait des poussins partout ! Et l'impression que les créateurs des personnages s'amusaient beaucoup. La fameuse enveloppe a même disparu de la trame narrative, du moins passe largement au second plan. Normal, puisque Pierre-Marie se fait un "film" sur Adeline. Mais finalement, celle-ci le ramène à l'origine de leur rencontre virtuelle, préférant prendre les devants sur la réaction de l'écrivain s'il ouvre l'enveloppe.... Effectivement, on n'est pas au bout de nos surprises !

Evidemment, on imagine que c'est un peu "casse-binette" d'écrire un roman à quatre mains. Il doit falloir vraiment bien s'entendre. Pourtant, ici tout se tient et l'on sent que les deux auteurs se sont beaucoup amusés. Et c'est ce qui ressort de ce roman épistolaire : le fun, sur fond d'histoire d'amitié. Une correspondance truculente, pleine de répliques qui font mouche.

Un roman sur le pouvoir de l'imagination et de la création, où la fin de l'histoire sera d'ailleurs... à imaginer par le lecteur.

Une lecture qui met de bonne humeur.

*********


Edit : ce billet est certainement plus mal écrit que sa première version, malencontreusement effacée par une erreur de manipulation de votre blogueuse qui s'est embrouillé les doigts sur son clavier, emportée par les sentiments jubilatoires que lui inspire ce bouquin.



 

 

 


25 avril 2015

Academy Street

 

academy street

Traduit par Madeleine Nasalik

Tess a sept ans quand sa mère décède de la tuberculose, dans l'Irlande des années 40. Dès cet instant, la petite fille a le sentiment que sa vie sera difficile, comme si le sort en était jeté. C'est d'ailleurs comme une malédiction qu'elle interprète le regard insistant d'une petite fille des gens du voyage à son égard. Tess lui tire la langue (espérant attirer son attention) et plus tard, elle apprend que la gamine est morte. Elle en perdra l'usage de la parole pendant quelques temps.
Dès les premières pages, la vie de Tess semble être sous le signe de la malédiction, de la solitude, du silence et de la mort. Elle s'imagine même que c'est Easterfield, la vieille maison où vit la famille qui "a cet effet-là, tout le monde y devient silencieux". Son instituteur lui apprendra que des gens y sont morts, du temps de la Grande Famine, enterrés dans le domaine après avoir été couverts de chaux pour éviter la propagation de la maladie...

Sa soeur aînée s'envole pour New-York où elle a trouvé du travail par le biais d'une tante. A son tour, sur les traces de sa soeur, Tess s'envole outre Atlantique, laissant sa famille en Irlande. Là-bas, elle devient infirmière, celle qui par son métier même soigne les maux des autres. Elle se fait des amis. Mais se sent toujours seule. On pense, pendant un moment que Tess va rompre sa solitude, avec l'arrivée dans le récit d'un beau jeune homme, originaire de Dublin, avocat. Elle se sent pousser des ailes pour changer sa vie. Mais c'est un fiasco et l'oiseau, après avoir obtenu ce qu'il voulait, disparaît, lui laissant, au passage, un embarrassant souvenir, le genre de souvenir qui fera s'éloigner sa famille restée en Irlande...

Le plus agaçant dans cette histoire, c'est que Tess ne se révolte pas. Elle n'a rien d'une femme exceptionnelle. Si elle n'entre pas dans le "moule" de la femme mariée avec des enfants, stéréotype de l'époque, ce n'est pas  par choix. Elle sera mère célibataire et indépendante davantage parce qu'elle accepte son sort faute d'arriver à faire aboutir désirs personnels, ses voeux les plus chers. Elle a quelque chose qui dépasse un peu l'entendement. Même son fils Théo qui dira : "Ca ne t'est jamais venu à l'idée que ce sont peut-être les autres qui se sentent dépassés par toi ?"  C'est mon sentiment via-à-vis de ce personnage. 

Des années 40 à nos jours, Mary Costello  peint le portrait d'une femme désepérement seule et fataliste. Le traumatisme du décès de sa mère pendant son enfance lui fera porter sa vie comme un fardeau, pendant que la mort s'amoncelle autour d'elle.
Une écriture qui s'attache aux détails avec beaucoup de poésie. Un roman qui accorde une grande importance aux bruits, aux jeux de lumières, au passage des saisons, au temps qui s'écoule inexorablement.
La vie de Tess n'est pas décrite avec pathos, juste donnée à voir.  Mais la fin du roman est  tellement tragique que le lecteur en a les larmes aux yeux. Prit par surprise, il se révolte et se dit que la vie de Tess n'est pas juste.

Voici le premier roman de Mary Costello traduit en français. Une belle découverte qui ne laisse pas de marbre. Pour ma part j'ai trouvé Tess agaçante sans pourtant la trouver antipathique. On se prend même vraiment d'empathie pour ce personnage un peu trop accablé par la vie quand arrive la fin du roman.
Un tour de force littéraire.




 

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23 avril 2015

La surface de réparation

 

lasurfacedereparation

Vincent est entraîneur du club de foot de Sedan. Célibataire et sans enfants, il a rompu avec sa famille. Un jour, sa soeur avec qui il a pourtant très peu de contacts, débarque chez lui pour lui demander de garder Léonard, son fils. Vincent découvre alors ce neveu, qu'il n'avait jamais vu et dont il connaissait à peine l'existence. Tout de suite, il remarque son physique étrange (une grosse tête, comme celle d'un adulte posée sur un corps d'enfant) et surtout un visage impassible, vierge de toute émotion. Léonard s'avère un champion pour jouer aux échecs et a une mémoire phénoménale. Une pédopsychiatre lui apprendra que cet enfant est atteint du syndrome d'Asperger : "C'est un état. Une forme d'autisme léger qui produit assez fréquemment des personnes hors du commun. (...). Einstein en était un selon toute vraisemblance."

Vincent, jusque là spectateur de sa propre vie, va voir celle-ci bousculée par ce gamin étonnant. L'occasion de se replonger dans son enfance à lui, difficile.

Alain Gillot s'attache à montrer que le syndrome d'Asperger "n'est pas une maladie" mais "une perception différente des choses". Pourtant, le roman ne focalise pas complètement sur le personnage de Léonard. Nous percevons les choses à travers les mots de Vincent qui s'exprime ici, dans ce récit à la première personne. Plus on avance dans le roman, plus Vincent parle de son enfance, de la violence de son père, de l'inertie de sa mère face à cette violence, de sa soeur complètement perdue dans sa vie, qui fait tout et n'importe quoi, tombe toujours sur des hommes mal intentionnés, reproduisant inconsciemment le modèle parental.
Vincent est un entraîneur de foot solitaire, incapable de nouer des liens durables avec qui que ce soit, et encore moins avec les femmes. Un homme malheureux. Néanmoins, c'est grâce à Léonard que Vincent va trouver le bonheur, faire la paix avec lui-même et avec sa famille. Et c'est grâce à Vincent que Léonard va progresser, s'ouvrir davantage aux autres et s'accepter tel qu'il est.

On a aussi l'impression que Vincent est atteint par une forme de syndrome d'Asperger, différente de celle de Léonard. Celui-ci lui a d'ailleurs remarqué toutes les manies qu'il a le matin, la manière dont il place systématiquement ses affaires, la façon dont il enchaine les choses, comme un rituel rassurant. Il ne se gêne pas pour lui faire remarquer.
La soeur de Vincent n'est pas en reste : elle passe son temps à fuir, à disparaître et à laisser les autres se charger de ses difficultés.
Bref, il n'y a finalement pas que Léonard qui soit Apserger dans ce roman. Les autres le sont un peu aussi à leur manière. Par leur solitude et leur difficulté à communiquer.

L'univers du club de foot est aussi perturbé par l'arrivée de Léonard. Vincent a décidé de l'initier à ce sport, pour lui montrer qu'il n'est pas aussi simpliste et facile qu'il en a l'air, que les joueurs ne sont pas sans cervelle. Un jeu aussi difficile que les échecs que Léonard affectionne.  Une rencontre qui sera fracassante pour tous et qui aidera les jeunes à revoir leur perception des choses.

Un roman basé sur le dialogue, une écriture fluide qui court comme la vie. Deux personnages principaux imparfaits mais attachants.

Même si je n'aime pas le foot, j'ai apprécié ce livre mais regretté que la fin soit finalement un peu trop lisse et convenue (on s'y attend).


Merci aux Editions Flammarion !

 

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21 avril 2015

Morwenna

morwenna

Traduit par Luc Carissimo

4e de couverture : "Morwenna Phelps, qui préfère qu'on l'appelle Mori, est placée par son père dans l'école privée d'Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l'a laissée handicapée et l'a privée à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir magique des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre."

J'étais à la recherche de littérature galloise (parce que je retourne au Pays de Galles cet été, pour en découvrir le Nord) quand je suis tombée sur ce livre, avec un bandeau annonçant : "Un chef-d'oeuvre : Prix Hugo, Prix Nebula, British Fantasy Award". Let's go, adjugé vendu ! Pourtant j'innove en ce qui concerne le genre, parce que je ne lis jamais de Fantasy et je déteste Game of Thrones ou les choses de ce genre-là.

Morwenna a une famille compliquée dont elle explique peu à peu l'histoire dans le journal intime que nous avons entre les mains et qui couvre la période du 5 septembre 1979 au 20 février 1980. Elle a perdu sa soeur jumelle, Morganna, écrasée par une voiture. Morwenna en réchappera mais avec une jambe boiteuse. Elle ne peut se déplacer qu'avec une canne.  Elle n'a pas été élevée par ses parents mais par Grampar et Granmar. Son père, elle ne l'appelle pas "papa" mais "Daniel". Celui-ci décide de lui faire quitter le Pays de Galles et l'envoie en pension dans une école anglaise. Changement de langue et de décor pour la gamine. Plus de vallées industrielles polluées mais un paysage plat en pleine campagne.
(En 1975, Morwenna et Morganna ont jeté un sort à l'usine de charbon locale,  Phurnacite parce qu'elle avait pollué l'air et tué la nature : une simple fleur jetée dans une mare et le lendemain l'usine fermait avec des licenciements en masse.)
Mais même le changement de décor ne pourra faire oublier à Morwenna la perte de sa soeur jumelle. Elle n'a pas pu faire son deuil et en plus, en Angleterre, elle arrive difficilement à voir les fées. Parce que Morwenna a ce don. Elle essaie pourtant de les trouver, elle les appellent en gallois avant de se dire que peut-être, ici, elles ne parlent qu'anglais ! Elle découvre que sa mère est une sorcière qui lui veut du mal. Alors pour fuir tout ça et se reconstruire, Morwenna se réfugie dans les livres de SF : elle a de la chance parce qu'entre la bibliothèque de l'école, celle de la ville, la librairie et l'argent que lui donne son père, elle sera comblée. Surtout quand on lui propose de participer au club de lecture. Elle y rencontrera des gens bien plus intéressants que ses camarades de pensionnat, un certain jeune homme en particulier, va capter son attention....

Un roman d'apprentissage à la sauce fantasy. Une héroïne très intelligente et attachante. Des "fées", dont Morwenna a une connaissance encyclopédique sans pour autant savoir qui elles sont vraiment. Un univers très réel d'un côté et une plongée fantastique au coin de la page. Je me suis laissée prendre au jeu grâce aux phrases de la gamine qui font mouche.

Pourtant, j'ai eu du mal avec le style de l'auteur, cette écriture très alambiquée parfois qui vous fait perdre le fil. Et surtout, j'ai eu vraiment du mal avec l'énumération des romans de SF qui occupe une grande partie du roman. Ca m'a fait un peu l'effet d'un catalogue (d'autant plus inutile pour moi que je suis une "bille" en SF!). Morwenna est une grande lectrice capable de lire deux livres par jour. On comprend donc qu'elle en parle beaucoup puisque c'est son loisir principal et surtout son échappatoire. Mais bon, lui faire citer et re-citer des tonnes de référence SF est un peu indigeste à la lecture. Voici les principaux défauts que j'ai trouvés au roman.

Le reste est très distrayant, plein de charme et non dénué de réflexion.
L'histoire d'une (re)naissance originale. Mais pour moi peut-être pas le chef-d'oeuvre annoncé. J'ai dû passer à côté de quelque chose.

Quelques extraits :

"Il désire vous voir, ai-je dit aux fées en gallois."

"Ils [les elfes] parlent, enfin ceux que je connais parlent, mais ils tiennent des propos bizarres, et uniquement en gallois. Généralement. J'en ai rencontré un à Noël qui parlait anglais."

"L'auteur n'est pas responsable de ce que l'éditeur met sur la couverture."

"Un beau garçon comme ça, en chemise rouge à carreaux, qui lisait, réfléchissait et parlait de livres, c'était plus rare qu'une licorne."

"Les fées ont tendance à être soit très belles soit absolument hideuses."

"Les bibliothèques sont vraiment géniales. Mieux même que les librairies."

"Cette école rendrait n'importe qui communiste.
J'ai lu Le Manifeste du parti communiste aujourd'hui, il est très court. Vivre dans cette société serait comme vivre sur Anarres. Je suis partante tout de suite."

"Selon Miss Carroll, T. S. Eliot travaillait dans une banque quand il a écrit La terre gaste, parce qu'être poète ne paie pas."

"Porter un uniforme sept jours sur sept, c'est comme être en prison."


 

 

 

 

 

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14 avril 2015

Refuges

 

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Mila, jeune romaine de 17 ans, retourne, le temps d'un été, à Lampedusa, l'île où elle passait ses vacances enfant. Elle n'y avait pas remis les pieds depuis six ans. La maison familiale, la Pointe des Orangers, est toujours là. La famille est toujours là. Seul n'est plus là, le petit frère de Mila, mort d'une méningite alors qu'il était bébé.
La seule chose qu'elle redoute : passer quatre semaines avec ses parents, parce que juillet est depuis un mois funeste. "Depuis que Manuele était mort, c'était toujours la même chose : où qu'ils soient, Mila avait toujours l'impressionque son père cherchait à remplir le temps, de manière tellement désespérée que c'en était presque comique." La seule solution pour Mila d'échapper à l'ambiance morbide est de trouver un vélo est de partir explorer l'île. Gina, sa tante, va réaliser son voeu et lui prêter une vieille bicyclette  Bianchi, d'un vert un brin kitch.
Sa mystérieuse cousine Paola, étudiante au visage de Madone, lui révèlera les secrets de Lampedusa, île paradisiaque, surnommée l'île du Salut.

Les aventures de Mila et de Paola sont entrecoupées, au fil de la lecture, par huit voix, venant de l'autre côté de la Méditerranée, d'Erythrée plus précisément. Les voix  de jeunes de leur âge, qui décrivent le calvaire de leur vie dans leur pays natal et leur espoir de trouver une existence plus humaine en Europe. Prendre tous les risques, quitte à le payer de sa vie, ce sera toujours mieux que vivre en Erythrée. Ces huit voix, nous les retrouveront embarquées dans un Zodiaque pour une traversée de l'Enfer.

La narration joue sur le contraste entre la douceur de vivre qui émane de Lampedusa, avec son soleil, ses plages de rêve, le bleu du ciel, les fleurs partout, la langueur des habitants et l'horreur décrite par les Erythréens. Mila a une histoire familiale compliquée depuis la mort de son petit frère, une famille brisée et figée dans la douleur. Elle cherche en Lampedusa un refuge et un espoir d'un futur plus serein. Les migrants Erythréens portent cet espoir en eux également. Le lien entre les deux histoires est de cet ordre : Lampedusa, l'île du Salut, l'île des refuges.

C'est l'énigmatique Paola à la beauté quasi mystique, qui révèlera à Mila la face cachée de cette île italienne aux confins de l'Europe : l'île des migrants clandestins, fuyant un véritable camp de travail forcé dans leur pays. Une véritable gifle pour Mila, la gifle qui l'aidera à grandir, surtout quand elle apprendra par la bouche de sa cousine qu'une loi votée en 2006 (la loi Bossi-Fini) a opéré "un durcissement des conditions d'accueil des migrants en Italie". Une loi qui a "conduit à la mise en place de poursuites judiciaires pour toute personne, notamment les pêcheurs qui, recueillant un migrant, se retrouve de fait complice d'immigration illégale".

Un roman magnifiquement écrit, qu'on ne lâche plus, sur un sujet d'actualité, comme souvent avec Annelise Heurtier. On se laisse porter facilement par la poésie de Lampedusa, on est tenu en haleine par les voix des migrants et horrifié par leur condition. Une lecture où l'on ne s'ennuie pas une minute et où l'on finit outré par la loi votée par le gouvernement Berlusconi de l'époque. Heureusement, un livre qui porte l'espoir dans les dernières pages.

Une lecture que j'ai apprécié même si mon horizon d'attente était un peu différent : je m'attendais à un récit davantage centré sur les conditions de vie des migrants survivants à Lampedusa, sur l'accueil réservé, le récit d'une rencontre, ce genre de choses-là.

En tout cas, un roman qui a le mérite de rappeler l'horrible réalité des migrants fuyant leur pays : s'ils fuient, c'est pour tenter de sauver leur vie, pas pour ""profiter" des aides sociales des pays européens", comme le dit  très bien l'auteur à la fin du livre. Annelise Heurtier rappelle également que la loi Bossi-Fini "entre en contradiction avec plusieurs textes internationaux tels que la Convention des Nations unies sur les réfugiés", entre autres.

Merci aux Editions Casterman !

 

 

 

 


06 avril 2015

Le bonheur de A à Z

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Traduit par Marie Hermet

Candice Phee vit à Albright, petite ville près de Brisbane en Australie. Elle a douze ans et n'a pas d'amis dans sa classe ni en dehors. Les autres élèves la surnomme "gogolita". Pourtant Candice n'est pas du genre à se plaindre et se trouve très bien toute seule. Elle n'aime pas beaucoup parler. Elle préfère écrire des mots sur un bout de papier quand elle estime que c'est trop compliqué pour elle de s'exprimer oralement.  Un jour, un nouvel élève arrive dans la classe. Son nom : Douglas Benson. Celui qui brisera la routine de sa vie et la sortira de son isolement. C'est aussi le moment que choisit Miss Bamford, la prof de français, pour donner un devoir à la maison : "écrire un paragraphe de [sa] vie pour chaque lettre de l'alphabet. Vingt-six paragraphes au total, commençant chacun par une lettre de A à Z". Son devoir, le lecteur l'a entre les mains. Et quel devoir !

Parce que Candice est tout sauf bête. Elle a même une intelligence qui semble largement supérieure à la moyenne. Elle est juste différente et a conscience de sa différence. Elle scrute le monde qui l'entoure avec précision mais avec une perspective particulière qui n'appartient qu'à elle. Son oncle, elle ne l'appelle pas "tonton" mais systématiquement "Riche Oncle Brian" alias "ROB". Douglas est "Douglas Benson d'une Autre Dimension". Parce que Douglas est persuadé de venir d'un autre monde, un monde alternatif d'une autre dimension. Ses vrais parents seraient ailleurs. Ici, ce ne sont que des fac-similés de parents qu'il a à la maison...
Candice est d'une franchise à toute épreuve. Douglas Benson d'une Autre Dimension va pouvoir s'en rendre compte dès les premiers mots échangés :
" - Tu peux garder un secret ? a chuchoté Douglas Benson.
- Non, j'ai dit en chuchotant moi aussi.
- Oh.
J'ai repris mon travail. Un minute plus tard, nouvelles tapes sur le bras.
- Même pas un peu ?
- Non.
- Oh.
Il y a eu un troisième essai.
- Tu veux que je te dise mon secret quand même?
- Non.
- Oh."
Douglas Benson d'une Autre Dimension la trouve bizarre et pour lui ça tombe bien parce que lui aussi se considère comme bizarre. "On pourrait être amis. Des amis bizarres." Et les voilà les meilleurs amis du monde de cette histoire bourrée d'humour.

On découvre peu à peu que la famille de Candice s'est fracassée en plein vol suite à un drame dont ses parents ne parviennent pas à se remettre. On découvre que c'est aussi ce drame qui a fait de Candice ce qu'elle est actuellement. On découvre une famille où il y a de la jalousie et des rancoeurs. Une famille où le bonheur semble avoir fui pour toujours.
Douglas Benson s'est aussi fracassé la tête et depuis il n'est plus le même. Candice adore d'ailleurs son crâne pleine de bosses, qu'elle décrit très souvent.
Mais plutôt que de continuer à vivre une vie fracassée, pleine de douleur et de chagrin, la gamine se donnera comme mission de ramener le bonheur autour d'elle : "Je veux partir à la poursuite du bonheur, je veux l'attraper, le retenir par le col de sa chemise et le tirer de force jusque chez moi."

Sa vision optimiste du monde et son inconscience du danger parfois, vont l'aider et nous faire vivre des aventures pour le moins cocasses.

Deux adolescents étranges mais les plus attachants du monde ! Un livre qui vous fracassera fera mourir (de rire). C'est vraiment ce qui a failli m'arriver ! Le chapitre le plus dangereux pour moi a été celui intitulé "K comme Kacha". Méfiez-vous de Candice quand elle décide de ressouder sa famille en faisant du jambalaya (d'après une recette que lui a imprimé Douglas) :  les émissions de télé-réalité culinaire en perdraient leur audience ! C'est assez économique comme plat, version Candice : "Je ne sais pas comment c'est arrivé, mais il restait plus de choses dans leur assiette à la fin du repas qu'au début." ...
Mais de toute façon, ça la change des hamburgers où "on vous promet la lune (dans ce cas un hamburger ultrasexy) et on vous donner une crotte".
Ce n'est pas Ersatz-Poisson (son poisson rouge) en pleine crise mystique qui dira le contraire...

Une écriture qui fait mouche dans une ambiance loufoque. Ce roman est un concentré de bonne humeur. Barry Jonsberg se garde bien de nommer ce qu'a Candice et même Douglas et d'appeler ça une maladie. Au lecteur de se faire son idée.

En tout cas, le roman Young Adult le plus drôle que j'aie lu cette année ! J'en redemande...
Ce livre a d'ailleurs été récompensé en Australie pour divers prix littéraires. Pour en savoir plus, c'est Ici.

 

29 mars 2015

Le coeur qui tourne

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Traduit par Marina Boraso

4e de couverture : "Bobby Mahon était une figure respectée du village. L'ancien contremaître de l'entreprise locale est désormais, comme la majorité des habitants, au chômage. Sans indemnités ni espoir de retrouver du travail. La crise qui frappe de plein fouet l'Irlande comme toute l'Europe déchire les liens de sa communauté autrefois soudée. Les langues se délient, les rumeurs circulent, les tensions et les rivalités émergent. Et, faute de pouvoir s'en prendre au patron qui a mis la clé sous la porte, Bobby devient la cible d'hommes et de femmes démunis et amers. Jusqu'à l'irréparable..."

Je vais avoir un problème majeur avec ce roman : comment en parler ? Ce n'est pas que je sois amnésique ou atteinte d'Alzheimer ou je ne sais quel problème de mémoire mais faute de pouvoir faire mieux, je l'ai lu en plusieurs fois. Ce n'est certainement pas la façon dont il faut lire ce livre, pas si épais que ça (180 pages) mais qui met en scène vingt-et-un personnages, soit presque tout un village irlandais de l'après-Tigre celtique ! Un roman polyphonique - la mode veut qu'on dise "roman choral", mais bof, ça me fait penser à des gens qui pousseraient la chansonnette, ce qui n'est pas franchement le cas car ils poussent plutôt des gueulantes, à tour de rôle et avec le bagou irlandais.
Pensez donc, le mec qui faisait vivre tout le village grâce à son entreprise, s'est fait la belle avec la caisse, laissant en plan ses ouvriers, qui n'ont plu qu'à aller pointer au chômage. Et comme si ça ne suffisait pas, ils découvrent qu'en plus, le gangster n'a pas rempli les formalités administratives pour les déclarer. Donc, point de chômage. La vie des gens s'effondre. Et comme dans un village, tout le monde se connaît depuis belle lurette, le passé ressurgit, on refait le portrait de chacun. L'amertume est capable de tout.

Le point de vue de chaque personnage qui prend la parole éclaire d'un jour nouveau le portrait du "voisin" qui a été fait par un autre. Au lecteur de se faire son avis, à condition de s'y retrouver car chaque personnage s'exprime une seule fois et vingt-et-une personnes, ça fait beaucoup. Pourtant, tout se tient parfaitement. Une vraie performance littéraire même si je pense qu'il faudrait que je le relise une deuxième fois pour tout comprendre parce que le puzzle est complexe.
Bref, c'est du costaud. En plus c'est à la fois drôle, sarcastique, haut en couleurs et tragique.

J'ai décidé de laisser la parole à Lily, sans doute celle qui m'a le plus fait rire :

"Quand j'étais à la maternité pour accoucher de mon cinquième enfant, une fouille-merde de sage femme s'est débrouillée pour me faire dire le nom du père." (parce qu'elle était sous tranquillisant !)

"Il y a quelque chose d'inexplicable  dans l'attirance entre un homme et une femme. On ne peut jamais le définir. Comment est-ce que j'ai pu m'enticher bêtement d'un gros lourdaud mal fichu comme Bernie McDermott ?" (Ben oui, on se le demande !)

"Quand on tombe dans les orties, on ne risque pas de savoir d'où vient la piqûre."

"J'aime tous mes enfants comme l'hirondelle aime le bleu du ciel."

Bon allez, je donne aussi la parole à Jason qui a quelques soucis de santé :
"On m'a diagnostiqué un choc post-traumatique avec hyperactivité associée à un déficit de l'attention, trouble bipolaire, scoliose, psoriasis, tendance aux addictions et j'en passe" (un sex-symbole, quoi !)

C'est le premier roman traduit en français de Donal Ryan. Je pense qu'on entendra de nouveau parler de lui. Ce roman a été élu meilleur livre de l'année en Irlande en 2013. Il a été finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.

Un vrai bon roman, même s'il nécessite une bonne mémoire. A lire d'une traite ou à lire une deuxième fois.

 

 

 

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22 mars 2015

Salon du livre 2015 : un salon sur fond de revendications

 Oui, je suis finalement allée au Salon du livre, mais pas grâce à Reed Expositions, bien trop occupé à compter ses sous et à presser tout ce qui peut encore l'être comme un citron. Pourtant, j'ai bien regardé, à 12€ l'entrée, les murs ne sont pas en plaqué or, on ne marche pas sur de la moquette en poil d'astragan (je sais, ça n'existe pas)...
Bref, heureusement qu'il y a des gens qui ont pensé à moi et vraiment ça m'a fait plaisir !

Mon SDL mouture 2015 a pris, en partie, une dimension un peu inattendue : celle des revendications sociales des auteurs. Le Conseil Permanent des Ecrivains s'alarme de revenus à la baisse, de réformes sociales qui semblent préoccupantes, du droit d'auteur fragilisé par la politique européenne. Il tire de signal d'alarme : "Les auteurs de livres sont clairement en danger. Et à travers eux, c'est la création éditioriale qui est menacée, dans sa liberté et dans sa diversité". C'est vrai que dans l'imaginaire collectif, l'auteur se dessine sous une image très romantique et idyllique de celui qui vit de son oeuvre, tout tranquillement, sans soucis. C'est devenu une image d'Epinal. Auteur est, pour la plupart, un métier toujours plus précaire et les réformes à venir ne semblent guère réjouissantes. A travers eux, c'est toute une chaîne du livre qui peut se rompre.

Pour en savoir plus , voici la Lettre ouverte du CPE à ceux qui oublient qu'il faut des auteurs pour faire des livres  ICI.

En tout cas, ce n'est pas tous les jours qu'on assiste à une manif d'auteurs dans les travées du Salon du livre de Paris ! La marche revendicative organisée par le CPE s'est déroulée samedi en début d'après-midi, sur le thème "Pas d'auteurs, pas de livres", pas d'éditeurs, pas de lecteurs, pas de bibliothèques et... finalement pas de salon du livre !

 

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On aurait pu craindre un flop, mais ce fut un franc succès. La presse en parle beaucoup ce matin : L'humanité, Le Monde, Livres Hebdo...
Les auteurs appellent au soutien des lecteurs. Ils ont le mien, vous l'aurez compris.

A part cela, j'ai eu un très joyeux salon, plein de belles rencontres et retrouvailles.
La perle inattendue étant la présence du Président de la République dans une allée, à un moment tout à fait cocasse pour moi : c'était pas lui que je cherchais depuis 20 minutes, hein, mais la vie est bizarrement faite parfois ! Bazardée sur le côté par les gardes du corps avant même que je comprenne ce qui se passait et qui était là, ça m'a laissé pliée de rire quand je m'en suis aperçue. Un souvenir qui restera gravé dans mes annales. :)

Comme pour l'instant, il y a heureusement encore des auteurs et des éditeurs, je suis partie en repérage de futures pépites à lire. J'ai atterri je ne sais pas trop comment au stand des Littératures du Bassin du Congo

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Un petit tour par la Tunisie,qui a bien besoin de soutien en ce moment, et dont quelques écrivains étaient présents

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Je suis allée voir quelques stands fétiches

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J'ai croisé beaucoup de célébrités, dont Amélie Nothomb en train de dédicacer son dernier livre m'a tant fait rire (et qui évoque, entre autres, la situation des auteurs précaires)

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Peter May, le plus frenchy des écrivains écossais littéralement assailli par ses fans
(finalement, je préfère quand il n'est pas annoncé : au moins on peut discuter 3 sercondes !)

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Je suis rentrée avec pas mal de références et quelques bouquins

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Je serais bien malheureuse si je ne pouvais plus le faire pour cause de disparition d'écrivains ! 
Je laisse par ailleurs Reed Expositions méditer sur sa stratégie financière pas franchement convaincante et qui pourrait perdre de l'argent à force de vouloir toujours faire plus de profit.

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16 mars 2015

Bingo's run

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Traduit par Laurent Bury

Bingo est un gamin des rues de Nairobi. Malgré ses quinze ans, il est le coureur à pied le plus rapide de la capitale, et peut-être même du monde. Pour survivre, il livre de la "poudre" aux clients du gang de narco-trafiquants du coin, sans trop se poser de question. Etre discret et rapide, c'est tout ce qu'on lui demande pour éviter les embrouilles avec la police. Un jour, Bingo assiste au meurtre dans des narco-tarfiquants. Le hic, c'est que ce meurtre est péreprétré par son boss, le terrible Wolf. Heureusement, celui-ci n'a pas vu Bingo, aussi discret qu'à son habitude.
Ce gamin est un sacré bon comédien, il aurait pu faire du théâtre ou tourner dans un film. Ca tombe bien car s'il raconte le meurtre à son boss, évidemment il ne va pas lui dire qu'il a tout vu. Néanmoins, il se retrouve expédié dans un orphelinat tenu par un homme d'église peu scurpuleux. En effet, Bingo n'a plus ni père ni mère. Tous les deux ont été tués par la violence quotidienne de Nairobi. Et c'est là qu'entre en scène une riche Américaine, Mrs Steele, marchande d'art divorcée, fortunée et en mal d'enfant...

Ne vous y trompez pas, ce roman n'a pas été écrit par un Kenyan mais bel et bien par un Américain. Pourtant on est immergé dans l'ambiance de la tumultueuse capitale d'un riche pays d'Afrique où pourtant la misère est le quotidien de la très grande majorité des gens. Le seul moyen pour survivre est le système D, les petites ou grosses magouilles. Le must en matière de rémunération, outre le trafic de drogue, c'est de se trouver un bon gros touriste blanc pété de tunes. Mais alors, quand on tombe sur une riche Américaine, avec des "chaussures de pute", c'est vraiment génial. Sauf si elle se met à vous raconter sa vie, quand vous lui demandez pourquoi elle vous a acheté et pourquoi elle veut vous emmener avec elle vivre au pays de cow boys... Et que vous vous rendez-compte que finalement, elle vous ressemble cette dame, même si vous, vous êtes un gamin noir et pauvre, qui a vu des milliers de gens se faire "buter" du haut de vos quinze ans. Le courant se met à passer entre Mrs Steel et Bingo. Mais c'est sans compter sur Charity, la femme de chambre du Livingstone Hotel, où résident Mrs Steel et Bingo, avant de s'embarquer vers les States....

Un roman très vif, aux chapitres courts, qui vous filent entre les mains aussi vite que la rapidité de Bingo. La corruption et la violence sont sur le devant de la scène. Mais ce roman est également une satire sur le monde des marchands d'art, où la malhonnêteté sur la valeur réelle d'une oeuvre est ce qui fait s'enrichir un petit cercle de gens qui ont bâti leur fortune en s'engraissant sur le dos d'imbéciles friqués, imbus d'eux-mêmes et capables d'acheter n'importe quoi très cher.

Un roman très drôle également, parce que Bingo est un personnage taquin, qui parle "cash", en rajoute une couche quand il faut, en prenant l'accent du coin, jusqu'à la parodie du petit Africain pauvre devant le Blanc riche.

Globalement, j'ai aimé cette lecture même si j'ai tout de même trouvé quelques longueurs, surtout quand Bingo est en compagnie de ses narco-trafiquants de patrons. Il y a également beaucoup de personnages, que l'on oublie pendant un moment parce qu'ils disparaissent du roman, pour réapparaîtrent ensuite. On s'y perd un peu.
J'ai donc eu des hauts et des bas au cours de ma lecture, mais c'est plutôt positif et parfait pour découvrir Nairobi !

Je remercie beaucoup Babelio pour sa masse critique "réservée" et les éditions Piranha (toute jeune maison d'édition aux textes qui m'ont l'air percutants) pour l'envoi du livre.

Posté par maevedefrance à 06:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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15 mars 2015

Printemps des poètes 2015

Contribution au printemps des poètes sous forme d'hommage à W.B. Yeats qui aurait eu 150 ans cette année !
J'aime bien l'humour noir de cette insurrection de poupées !

The Dolls

A doll in the doll-maker's house
Looks at the cradle and bawls :
"That is an insult to us."
But the oldest of all the dolls,
Who had seen, being kept for show,
Generations of his sort,
Out-screams the whole shelf :"Altough
There's not a man can report
Evil of his place,
The man and the woman bring
Hither, to our disgrace,
A noisy and fifthy thing."
Hearing him groan and stretch
The doll-maker's wife is aware
Her husband has heard the wretch,
And crouched by the arm of his chair,
She murmurs into his hear
Head upon shoulder leant :
"My dear, my dear, O dear,
It was an accident."

William Butler Yeats

Traduction (Jean Briat)
Les poupées
Une poupée chez un marchand
Regarde le berceau et s'écrit en braillant
"Cette chose nous insulte."
Mais la plus ancienne des poupées
Qui, ayant fait vitrine, avait vu
Des générations d'êtres semblables,
Brailla plus fort que toute la rangée :
"Bien qu'aucun homme ne puisse dire
Du mal de cet endroit,
L'homme et la femme y apportent
Pour notre déshonneur
Cette chose bruyante et immonde."
La femme du marchand de poupées
Entendant son mari s'étirer en geignant
Sait bien qu'il a entendu la gueuse
Et pelotonnée contre le bras de son fauteuil,
La tête penchée sur son épaule,
Elle lui murmure à l'oreille :
"Mon ami, mon ami, O mon dieu,
C'était un accident !"

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