07 décembre 2009

Sur la plage de Chesil

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4e de couverture : "Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l'alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l'ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie."

C'est par ce roman que j'ai découvert Ian McEwan en 2007. Un roman d'instrospection, d'examen à la loupe d'un couple de jeunes mariés, Florence & Edward, dans le huis-clos amoureux de la nuit de noces. Mais pas tel qu'on pourrait se l'imaginer ! McEwan transforme la nuit d'amour en un véritable cauchemar et se livre là à une virulente satire d'une certaine société anglaise des années soixante. L'auteur est ici très incisif et cruel avec ses personnages, il en fait deux êtres complètement "coincés", très instruits mais complètement ignares des choses de la vie. Florence se remémore les choses qu'elles a lues dans les livres, des mots qui la laissent perplexe et la terrifient. Le couple est empêtré dans son embarras, au-delà des mots, jusqu'au malentendu et à la catastrophe finale. Leur vie bascule irrémédiablement. Un vrai gâchis stupide ai-je pensé en refermant le livre. Une démonstration magistrale des effets pervers des "tabous" dans une société.

J'ai vraiment aimé ce roman mais j'ai eu de la peine pour les personnages (ce ne fut pas le cas dans Expiation ou dans Samedi)  ! Les pauvres! Monsieur McEwan, vous êtes terrible !


05 décembre 2009

Carmilla

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4e de couverture : "Dans un château de la lointaine Styrie, au début du XIXe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive.
Lorsque surgit d'un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l'héroïne. Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu'une inquiétante torpeur s'empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla... Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais " par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain ". Métaphore implacable de l'amour interdit, Carmilla envoûte jusqu'à la dernière ligne... jusqu'à la dernière goutte de sang !"

Voici LE livre qui a inspiré Bram Stoker pour son Dracula ! Je n'ai pas encore lu ledit Dracula (shame on me !) mais je dois dire que j'ai trouvé Carmilla extra-ordinaire (dans tous les sens du terme!) ! En plus il s'agit d'une vampire ! L'atmosphère est angoissante et le suspens va crescendo au fur et à mesure que les phénomènes étranges se multiplient : des gens meurent d'une étrange maladie, le visage de Carmilla prend parfois un drôle d'aspect, ses réactions sont surprenantes, de plus en plus... Il s'agit en outre d'une vampire voyageuse, connue auparavant dans d'autres contrées sous un autre nom, anagramme du nom éponyme, mais procédant toujours de la même manière.

La découverte du tombeau et du corps de la Comtesse Mircalla ainsi que le "meurtre" du vampire sont, je trouve, un grand moment d'anthologie de la littérature gothique ! Génial !

Bref, un vrai bon thriller gothique de 1871.

Joseph Sheridan Le Fanu est irlandais - comme Bram Stoker.

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03 décembre 2009

Le tueur des ombres

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4e de couverture : Lorsque le corps de Drew Shand, écrivain à succès, est retrouvé mutilé dans le quartier historique d'Édimbourg, la police conclut à un crime crapuleux. Mais après l'assassinat brutal de Jane Elias, la reine du thriller, il faut se rendre à l'évidence : un tueur s'attaque aux stars du roman noir. Et, non content de les éliminer, il reproduit les scènes de leurs propres livres. A quand la troisième victime ? Fiona Cameron s'attend au pire. Psychologue, experte en affaires criminelles, elle vit avec un auteur de polars, Kit Martin, réputé pour la violence de ses intrigues. Or il a reçu une lettre de menace. Et dans le roman qui l'a rendu célèbre, le meurtrier saignait ses victimes pour peindre des fresques murales...

Avec Val McDermid, pas d'effusion de sang à outrance, pas de "gore". Ses romans policiers jouent avant tout sur l'imagination du lecteur, et elle s'en sert à merveille. Tout est dans le psychologique. Le titre en VO est d'ailleurs Killing the Shadows.

L'héroïne vit en couple avec un auteur de polar et voici que les assassinats d'écrivains se multiplient. Elle voit rouge, d'autant plus que sa jeune soeur a été assassinée des années plus tôt par sa faute (c'est du moins ce qu'elle s'imagine). La culpabilité ne l'a pas quittée depuis. Fiona est une psy qui doute et qui s'inquiète pour son conjoint. Alors qu'au contraire, celui-ci tente de dédramatiser la situation, jusqu'au moment où....(je ne peux pas dire ce qui va se passer, vous comprendrez-bien !!)

J'ai beaucoup aimé l'idée du couple auteur de polar/psy profiler et du "plagiat" : Jack l'Eventreur (ou plutôt son double dégradé : "Jacot l'Eventreur", plagiaire du premier) et tout ce que cela suppose, la mise en abyme qui fait monter le suspens en brouillant la frontière entre fiction et réalité.

Bref, un roman policier très bien construit, qui, de plus, fait la part belle aux femmes, au pouvoir de l'imagination et de la littérature.

C'est le 2e roman que je lis de cette Ecossaise et je dois dire que je ne me suis pas ennuyée une minute, d'un bout à l'autre des 600 pages ! J'ai dévoré. J'en ai déjà un 3e dans ma PAL.

01 décembre 2009

Impératrice

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4e de couverture : "Elle est née dans la fabuleuse dynastie Tang du VIIe siècle.
Elle a grandi au bord du fleuve Long, où elle apprenait à dompter les chevaux.
Elle est entrée au gynécée impérial où vivaient dix mille concubines.
Elle a connu les meurtres, les complots, les trahisons, elle est devenue Impératrice de Chine.
Elle a connu la guerre, la famine, l'épidémie.
Elle a porté la civilisation chinoise à son apogée, elle a vécu entourée de poétesses, de calligraphes, de philosophes. Elle a régné sur le plus vaste empire sous le ciel, dans le plus beau palais du monde.
Elle est devenue l'Empereur-Sacré-Qui-Fait-Tourner-la-Roue-d'Or.
Son nom a été outragé, son histoire déformée, ses mémoires effacées, les hommes se sont vengés d'une femme qui avait osé devenir Empereur, et pour la première fois depuis treize siècles, elle ouvre les portes de sa Cité Interdite.

Son nom a été outragé, son histoire déformée, sa mémoire effacée. Les hommes se sont vengés d'une femme qui avait osé devenir empereur. Pour la première fois depuis treize siècles, elle ouvre les portes de la Cité interdite."

J'ai lu ce roman il y a un an, après avoir lu pas mal d'autres livres de Shan Sa, française d'origine chinoise, née à Pékin, écrivant en français et vivant en France depuis les années 1990.

C'est un roman tumultueux, très riche, d'une lecture facile même si l'on n'a aucune notion d'histoire de la Chine (ce qui est mon cas). C'est instructif sur les moeurs de la Cité interdite (assez surprenantes parfois pour les neophytes comme moi). C'est l'histoire d'une femme libre qui se bat contre les carcans de son époque. Un personnage complexe qui finira par être comme ceux qu'elle haïssait. Une réflexion sur le Pouvoir.

Bref, j'en garde un bon souvenir. Ce roman a obtenu le Prix des Lecteurs 2005 (Livre de Poche). Le livre-type à emmener si l'on projette un voyage en Chine !

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30 novembre 2009

Expiation

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4e e couverture : Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus.

Ian McEwan déploie ici son talent de photographe de l'âme humaine, il dissèque les situations, les êtres et les choses dans leurs moindres détails, en laissant toutefois la porte ouverte à l'imagination du lecteur.

Briony, jeune fille de 13 ans en 1935, ambitionne de devenir écrivain mais n'appréhende pas vraiment l'univers qui l'entoure. Cela n'est sans grande importance aux yeux du lecteur qui bien souvent la perçoit comme une petite peste prétentieuse (c'est du moins mon cas, elle m'a passablement agacée au début du roman). Pendant tout la première partie du roman McEwan dissèque une chaude journée d'août 1935, le jour où va se dérouler le drame.  L'imagination débordante et délirante de Briony, son ignorance, sa jalousie et le besoin d'exister aux yeux des autres, lui font commettre le pire. La vie des trois protagonistes bascule pour toujours.

Cependant, Ian McEwan comme Briony, se joue du lecteur:  une énorme surprise l'attend à la fin du roman. Je suis même revenue en arrière en me disant que j'avais dû louper une page ou eu un moment d'inattention...

J'ai beaucoup aimé ce livre, notamment par la description des événements historiques (la majeure partie du roman se déroule pendant la 2nd Guerre mondiale et Briony soigne les soldats blessés à l'hôpital, Robbie est envoyé dans le nord de la France pendant que Cecilia passe sa vie à l'attendre) et la surprise finale.

Du grand romanesque anglais, dans la tradition de Jane Austen à lauquelle Ian McEwan fait référence au début du livre (cf. la référence à Northanger Abbey).

Jusque-là mon livre préféré de l'auteur, après Sur la plage de Chesil !

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29 novembre 2009

L'Ombre du vent

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4e de couverture : Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie.

Daniel découvre l'amour de la lecture grâce à son père qui l'emmène visiter un mystérieux endroit à Barcelone dénommé le Cimetière des Livres oubliés. Le petit garçon va se passionner pour un écrivain mystérieux nommé Julian Carax. Le lecteur est entrainé sur les traces de cet écrivain qui va bouleverser la vie du héros à tout jamais.

De la littérature espagnole, je ne connaissais que Don Quichotte de Cervantès et La Vie est un songe de Calderon. Je n'avais jamais rien lu de la littérature espagnole contemporaine qui, a priori, ne m'attirait pas vraiment. Il en est autrement maintenant, depuis que j'ai lu ce délicieux roman, captivant, à l'atmosphère à la fois baroque (par sa foule de personnages, l'emboîtement de récits, le déguisement) et gothique par le mystère qui en émane et la maison "hantée" des Aldaya. Le fantastique est au coin de la rue !

Carlos Ruiz Zafon pose un regard poétique inquiétant sur la Barcelone des années 30 à 50. L'humour n'est cependant pas absent du roman, loin de là, avec le truculent personnage Fermin et nous croisons une foule de personnages que l'on dirait tout droit sortis d'un roman...! Et pour cause !

Un hommage au monde des livres, à l'amour de la lecture mais aussi à l'amour "tout court". "La vida es suena" disait Calderon, Carlos Ruiz Zafon reprend cette idée. Une belle surprise à la fin du roman. J'ai adoré !

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28 novembre 2009

My Dream of You / Chimères

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4e de couverture : A vingt ans, Kathleen quitte sa terre natale sans se retourner. Croyant se libérer d'une Irlande qui peut briser les femmes et les enterrer vives sous le poids des traditions, elle rejoint Londres pour mener sa vie d'adulte du côté du vainqueur. Jusqu'au jour où, devenue journaliste, elle rentre au pays enquêter sur un scandale qui ne cesse de la fasciner: la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais au temps de la famine. Une passion folle, symbole de la revanche sociale de tout un peuple, qui ne tarde pas à se muer en questionnement sur le désir, l'exil, l'identité, la vérité...

Chimères (titre en v.o. :My Dream of You, tellement plus évocateur!) est pour moi le plus beau des romans de la très grande Nuala O'Faolain, un tour de force littéraire qui, par le mélange les genres, la mise en abyme entraîne le lecteur vers une quête, comme Kathleen, l'héroïne. Celle de la vérité.

Kathleen  qui écrit des articles pour un magazine de voyage, revient sur sa terre natale irlandaise pour enquêter sur une passion qui fit scandale juste après le Grande Famine : la liaison d'une aristocrate anglaise avec son palfrenier irlandais (cette liaison fait penser à une autre lady d'ailleurs...). Cette histoire, véridique, a donné lieu à un procès ("le procès Talbot"). Mais le thème du roman est bien plus qu'une simple histoire d'amour scandaleuse. Le lecteur, comme Kathleen, le découvre au fur et à mesure.

Cette histoire, dont Kathleen veut écrire le roman, l'entraîne dans une interrogation sur elle-même, sur la condition des femmes en Irlande, hier et aujourd'hui, sur le rapport à l'écriture, la vérité, le mensonge, la réalité, la fiction, sur le rapport à l'Autre, l'amitié, l'amour, sur l'histoire de l'Irlande, sur le sens de la vie...

Nuala O'Faolain est pour moi la plus grande écrivaine de l'Irlande contemporaine. J'ai lu tous ses romans et l'autobiographie qui l'a menée sur le devant de la scène littéraire : On s'est déjà vu quelque part ? Son décès prématuré en mai 2008 a suscité beaucoup d'émois en Irlande et pour cause !