02 février 2015

Si jétais un rêve...

 

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Lina et Nour sont toutes les deux élèves de seconde. Lina vit Sofia, en Bulgarie et Nour à Saint-Denis, dans le "9-3". C'est parce que leur prof de français respectif ont décidé d'établir une correspondance postale entre les élèves de ces deux pays qu'elles vont se découvrir. A l'heure d'Internet c'est une chose totalement incongrue pour ces deux jeunes filles.
Au fil de la correspondance, les identités se révèlent, entre autres par le jeu des portraits chinois initié par Nour. Répondre à trois questions et en inventer trois autres.
Lina est fille de diplomate et va à l'école française de Sofia. La France ne lui est pas un pays inconnu car elle y a de la famille. Nour possède aussi une double culture : marocaine et française. Evidement leur correspondance les amène à évoquer leur quotidien dans leur pays respectif. Les jeunes filles se lient d'amitié au point de briser la règle de la correspondance postale quand l'une a besoin d'un soutien moral urgent ou que l'inquiétude ronge l'autre. C'est donc par moment le mail qui prend le relais, dans cette narration épistolaire.
Pourtant, quand il s'agit de se rencontrer, Nour devient soudain distante et blessante envers Lina... Une attitude qui désarçonne le lecteur autant que Lina. Un revers de situation qui intrigue. Une piste en particulier vient à l'esprit. Pourtant bien loin de la réalité ! A vous de lire si vous voulez savoir mais j'avoue que ça m'a vraiment surprise !

Lina est une jeune fille engagée et préoccupée par la situation politico-économique de la Bulgarie, par le racisme, la corruption, la montée de l'extrême droite. Elle prendra part une manifestation géante. Grâce à elle, on apprend pas mal de choses sur son pays, notamment sur le racisme envers les Tziganes et les Roms. Néanmoins, si le personnage est attachant, je l'ai trouvé trop sérieuse pour être totalement crédible pour ses quinze ans, à vrai dire. Même les propos blessants de Nour à son égard n'arrive pas à avoir le dessus. Elle est vraiment invicible et super costaud cette ado !

Nour, quant à elle, paraît plus fragile. La situation de la France, elle s'en fiche, davantage fascinée pour le Body Art et comment persuader ses parents de l'autoriser à se tatouer, se scarifier, se percer. Une obsession qui alerte Lina : elle y voit un mal-être chez son amie. L'autre passion de Nour c'est de faire des rimes et d'écouter Grand Corps Malade. Oui, encore une histoire de corps...

Les histoires d'amour et de garçons ne sont pas absentes de leur correspondance. Du moins chez Lina qui en pince pour Ilya.

Aux manifs en Bulgarie font échos les manifs homophobes en France. Mais Lina explique à Nour que "même si en France il y a des hystériques extrêmistes qui font du buzz en manifestant contre le mariage pour tous, c'est loin d'être aussi fermé qu'ici".
Nour est surprise de la situation de la Bulgarie : "Tu sais, Lina, tu ne m'ennuies pas du tout avec la politique, même si ce n'est pas vraiment ma came. J'ignorais que la situation était si difficile dans ton pays : en France, les media ne s'intéressent qu'à ce qui fait du buzz : les guerres, le sexe, les scandales people (gros titres sur Internet hier), la sécurité et les jeunes des "quartiers". Habitant à Saint-Denis, d'une certaine façon j'en fais partie. L'avantage d'être de l'autre côté du périph, c'est que tu fais éclater tous les préjugés."

L'identité, l'intolérance, la corruption, les préjugés, le droit à la différence et le mensonge sont au coeur ce roman. Une écriture qui mêle le parler ado et la poésie des rimes de Nour. Un roman épistolaire, qui vire parfois à l'échange épistolaire version 2.0 où le texte s'émaille de smileys, il fallait y penser !

J'ai bien aimé ce livre qui révèle son originalité à la fin. MAIS en même temps un peu trop à la fin justement ! Et avec le portrait de Lina, jeune fille un peu trop sérieuse pour être totalement crédible à mon goût, c'est peut-être le reproche que je ferai à ce roman pour ados : j'ai bien peur que les gamins n'arrivent pas à accrocher jusqu'au bout à cette histoire d'amitié.
Passé l'effet de surprise, on a un peu aussi l'impression d'être passé à côté de l'essentiel pendant la lecture. C'est un roman savamment construit, où les indices disséminés dans la narration force le lecteur à repenser les propos de Nour à la fin. C'est à la fois la force et la faiblesse de ce livre.


Un grand merci aux Editions Flammarion pour cet envoi.


 

 


31 janvier 2015

Bonnes feuilles irlandaises hiver et printemps 2015

 

Outre l'excellent Dermot Bolger (Le sort en est jeté) que j'ai présenté dernièrement, il y a une quantité incroyable de romans irlandais qui sortent en France en ce moment. A tel point que je commence à me sentir larguée parce que je peine à suivre le rythme (j'ai encore un Dermot Bolger, un Sebastan Barry et un Adrian McKinty non lus pour les publications récentes - je ne parle même pas des autres...). Pourtant je n'ai pas l'impression de chômer !

L'Irlande, peuplée de 5 millions d'habitants nous livre en France, par moins de six romans ces temps-ci :

En ce mois de janvier, le non moins excellent Sam Millar nous revient est Le Cannibale de Crumlin Road

 

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"Dans Belfast qu'épuise une vague de chaleur inhabituelle, le privé Karl Kane affronte un homme qui est un loup pour l'homme, ou plutôt pour de très jeunes femmes. Des junkies, des laissées-pour-compte de la société, dont on retrouve les corps atrocement mutilés : foie et reins ont été prélevés. Initiée par la plainte d'une cliente dont la soeur a disparu, l'enquête prend un tour personnel, et spécialement dramatique, lorsque Katie, la propre fille de Kane, prunelle de ses yeux, est enlevée à son tour. Kane aura d'autant plus de mal à épingler l'homme qu'il soupçonne, Bob Hannah, que celui-ci est un membre estimé de l'establishment..."


C'est aussi la sortie en poche des Chiens de Belfast (que je lirai format poche d'ailleurs, parce que je n'ai jamais reçu ce livre gagné sur Babelio lors de sa sortie grand format l'an dernier. D'autant plus étrange que j'ai toujours reçu tous les livres qu'on m'a envoyés... M'enfin...)

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Janvier, c'est également le retour de Benjamin Black (alias John Banville) mais pas pour ma série fétiche avec le Dr Quirke. Pour un roman-hommage à Philip Marlowe, La blonde aux yeux noirs

 

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"Nous sommes au début des années 1950, Philip Marlowe est en petite forme, business et moral en berne, lorsqu'un nouveau client pousse sa porte : une jeune femme, belle, richement vêtue. Clare Cavendish, héritière d'une des familles les plus fortunées de Bay City, Californie, veut engager le détective pour retrouver son amant, officiellement disparu dans un accident de voiture deux mois plus tôt. Marlowe ronchonne mais accepte, évidemment – Clare Cavendish est incroyablement séduisante. Et c'est le début de ses ennuis... Un pari littéraire sous forme d'hommage parfaitement réussi : seul John Banville, alias Benjamin Black, maître du genre et styliste hors pair, pouvait le tenter et le relever avec autant de brio et de naturel."

Cela étant, le dernier volume des aventures du Dr Quirke vient de sortir en poche (jolie couverture) :

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Dans un registre très différent, Eoin Colfer propose le deuxième tome de la série SF WARP (j'avoue que je ne suis pas fan de SF, sans doute la raison pour laquelle je ne me précipie pas sur cet écrivain. Je sais que j'ai tort.)

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"Londres, XXe siècle... La révolution boxiste a eu lieu. Les plus célèbres monuments ont été rasés. Une statue du colonel Box se dresse là où, autrefois, se tenait Big Ben...Chevie Savano, jeune agente du FBI, est soupçonnée d'espionnage. Il lui faut à tout prix réussir à retourner dans le passé et retrouver Riley, l'apprenti magicien, afin d'empêcher le colonel Box de bâtir son empire totalitaire. Mais avec quelles armes peut-on réécrire l'Histoire ?"

Demain nous serons en février. Et le 5 février, Hugo Hamilton revient après plusieurs années d'absence en France avec un récit autobiographique, Un voyage à Berlin, où l'on retrouvera Nuala O'Faolain. Ca va sans dire que celui-ci, je vais me jeter dessus !

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"Ce livre est inspiré d'un voyage à Berlin que fit Hugo Hamilton avec son amie Nuala O'Faolain (publiée chez Sabine Wespieser). C'est le dernier voyage de la grande romancière, atteinte d'un cancer. Nous accompagnons les deux amis dans leurs pérégrinations qui sont un prétexte à se souvenir, mais aussi à se confier : à vivre pleinement une amitié de haute volée, de haute densité.
Sous des prénoms d'emprunt, Liam et Ûma, ils évoquent leurs familles respectives avec pudeur, franchise, insolence et tendresse. Ûma rêve d'assister à une représentation du Don Carlos de Verdi, dont le personnage principal est pour elle à l'image d'un frère mal aimé et aujourd'hui disparu. Liam, quant à lui, est obnubilé par le mariage de sa fille auquel, par égoïsme, et c'est ce que lui reproche son amie, il s'oppose.
Dans le décor somptueux de l'hôtel Adlon, chacun fait don à l'autre de sa propre enfance et de ses secrets. L'amitié est, elle aussi, une étreinte."

Enfin, en mars, quand le printemps commencera à pointer le bout de son nez, ce sera l'arrivée de deux écrivains irlandais totalement inconnus en France jusque-là :
Mary Costello, avec Academy Street qui sort le 5 mars

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"Tess a sept ans lorsque sa mère meurt de la tuberculose. Nous sommes en Irlande dans les années 40, dans le vaste domaine familial d’Easterfield. Avec cette perte, se creuse en l’enfant silencieuse une solitude fondamentale.
Tess a vingt ans lorsque des études d’infirmière la poussent à Dublin ; peu après, sa sœur Claire lui propose de venir tenter comme elle sa chance à New York. La vaste métropole et le tourbillon des années 60 emportent la timide jeune femme vers son destin.
Portrait lumineux d’une vie en marge, Academy Street balaie plus d’un demi-siècle avec l’ardeur et la délicatesse de son inoubliable anti-héroïne. Roman couronné par l’Irish Book of the Year Award 2014"

 Donal Ryan avec Un coeur qui tourne, le 5 mars aussi 

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"Dans un petit village irlandais frappé par la crise économique, des tensions émergent et se multiplient dangereusement Un meurtre est commis, un enfant kidnappé, et c’est une communauté tout entière qui se retrouve en état de choc.
Bobby Mahon était le contremaître d’une entreprise contrainte de fermer ses portes, et dont le patron s’est enfui avec la caisse. Chacun des autres personnages – une jeune fille inquiète des difficultés financières de ses parents, une mère célibataire, un ouvrier, une prostituée, un père tyrannique, un maçon d’origine russe… – se trouvera lié à lui d’une façon ou d’autre, et tous chercheront à raconter leur propre vérité, dressant un portrait émouvant de l’Irlande rurale d’aujourd’hui et de la condition humaine, de la fragilité des relations et des sentiments.
À la manière d’un roman choral, dont la construction ambitieuse n’est pas sans rappeler le Faulkner de Tandis que j’agonise, Donal Ryan donne ainsi la parole à vingt et un personnages dont il fait se succéder les voix, créant un chœur puissant à travers lequel les perceptions divergentes des protagonistes face à la réalité ne déroulent au final qu’une seule et même histoire.
Né en 1976 à Tipperary en Irlande, Donal Ryan est LA révélation des lettres irlandaises 2013. Son premier roman Le cœur qui tourne, vendu à plus de 150 000 ex. dans son pays, a été élu « Meilleur livre de l’année » en Irlande, finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.
"

 

Joli programme, non ? Et je suis totalement persuadée que j'en oublie. Cette liste a d'ailleurs été en partie établie grâce à ma copine Hélène de la page Facebook Lettres d'Irlande. Parce que quatre yeux - voire six - valent mieux que deux, au regard de la phénoménale production littéraire irlandaise !



25 janvier 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville tome 1 : Hubert très très méchant

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 Traduction : Anaïs Goacolou


4e de couverture : "Hubert naquit un mardi, dans une famille respectable qui résidait dans un recoin obscur de Sinistreville. Ses parents, qui rêvaient d'élever un génie, accueillirent avec une allégresse non dissimulée la tête aux dimensions impressionnantes et le front haut du petit Hubert.
- Je ne serais pas surpris que votre garçon devienne l'habitant le plus intelligent de notre grande ville, annonça le docteur.
Ainsi commença son histoire...
Hubert ne tarda en effet pas à le montrer d'une manière tout à fait singulière..."

Les parents d'Hubert ne peuvent pas se douter que la naissance de leur enfant va bouleverser durablement la vie de Sinistreville, où la devise est apparemment : "Fais aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse". Tout un programme !

Hubert est un génie, très très doué, tellement doué qu'il intègre l'institut très sélect où son père a lui-même échoué quand il avait son âge. Seulement, dans cet institut, il ne fait pas bon être trop intelligent et encore moins être gentil. Ca fait de l'ombre aux méchants !
Pourtant, M. Lomm, le seul professeur - secrètement- humain de cette école, pense que "seuls Hubert et Isabella ser[o]nt sélectionnés pour passer l'examen du violon de Constantin (...) persuadé qu'eux seuls [o]nt une chance de se sortir du piège de l'examen", qui consiste en une série de questions d'une difficulté tellement machiavélique que la plupart des candidats ne parviennent pas à répondre à une seule question !
Et le professeur Lom a raison : Hubert décroche le score maxium. Ce qui déclenche non l'enthousiasme du directeur mais sa fureur et le début des malheurs d'Hubert et de sa famille. Des malheurs qui déclencheront une avalanche de meurtres par trop plein d'injustices : le Saigneur de Sinistreville se met à sévir !

Accrochez-vous à votre oreiller si vous lisez ce roman pour ados qui n'ont plus peur du noir parce que, je vous préviens : ça décoiffe !
L'univers dans lequel évolue Hubert est d'une injustice crasse. Les méchants sont vraiment de sales individus, des terroristes, qui écrasent tout ce qu'ils peuvent sans le moindre remord. Mais ce sont des faibles qui ne savent pas résister. Et qui, ça va sans dire, ne sont pas du tout intelligent.

Pourtant, ce roman réunit l'exploit d'être affreusement sinsitre et follement drôle ! Inquiétant aussi. On se demande si Hubert n'a finalement pas perdu la boule à son tour pour être devenu aussi cruel que ses tortionnaires.
Néanmoins, on ne peut pas lui donner tort non plus dans cet univers où le mot "justice" semble être banni. Il va tenter de l'établir, la justice, à sa façon bien particulière et pour le moins expéditive !
Si par hasard vous croisez une usine à strudels abandonnée, méfiez-vous (moment particulièrement savoureux ce cette lecture !), faites aussi attention aux cordes de violon qui trainent...

Hubert devient vraiment très très méchant, semant la psychose à Sinistreville.  Hubert, la terreur géniale qui n'a pourtant que douze ans,  apprendra à ses dépends que la vengeance ne fait pas tout. Que l'amour rend aveugle et la jalousie aussi...

La fin du roman donne immédiatement envie de savoir ce qui va se passer dans le tome 2 (parution en juin) et ça promet son pesant de cacahuètes !

Un humour grinçant et décapant, à prendre au 150e degré, qui fait vraiment sourire.
Un petit pavé de 300 pages cruellement drôles. Un univers gothique allemand d'un écrivain britannique que je découvre.
Si ça vous dit de  visiter un jour Sinistreville, il y a un plan en début d'ouvrage. Attention de ne pas vous perdre !

Merci aux Editions Flammarion pour cet envoi décoiffant !




 

 

 

23 janvier 2015

Le tangram magique tome 2 : L'énigme du pékinois

le tangram magique

Ilustration : Amandine Laprun

Li-Na vit à Hangzhou, en Chine, avec sa grand-mère Dong. Nous sommes en hiver, il neige et c'est par un froid glacial que l'on prépare le Nouvel An chinois. Tout irait bien si Do-Dou, le petit pékinois de Ma-Ku, la fleuriste, n'avait pas mystérieusement disparu, au moment même où sa maîtresse voulait l'inscrire pour le prix de la Timbale d'argent, qui récompense le plus beau d'entre eux.

La détresse de Ma-Ku ne laisse pas Li-Na indifférente. Celle-ci a la particularité de posséder un tangram magique qu'elle peut questionner en composant des figures. Seul Cheng, son meilleur ami, est au courant. Et c'est parti pour une nouvelle enquête de Li-Na qui ne manquera pas d'être ardue et pleine de suspense quant au devenir du petit chien. En effet, un homme au gros ventre pas franchement commode, attire l'attention de la petite fille...

Au-delà de l'enquête, c'est l'occasion pour le lecteur de suivre les pas de Li-Na pour découvrir l'ambiance du Nouvel An et les plats préparés à cette occasion, dont les  noms sont assez mystérieux  : pâtés de cocons de vers à soie, riz des cinq éléments et surtout le gâteau aux huits trésors, qui est LE gâteau traditionnel de cette fête :

"J'ai déjà fait tremper le riz gluant et la pâte de haricots est prête. Tu vas m'aider à dénoyauter les jujubes. Passe-les une minute sous l'eau bouillante.
- Mais pourquoi, Grand-Mère ?
- Cela leur enlève l'amertume. Pendant ce temps je vais enduire le plat de saindoux.
Li-Na s'applique. Elle est si absorbée par sa tâche qu'elle en oublie qu'elle devra ensuite apporter ce dessert à monsieur Yé. Ses doigts agiles découpent les fruits avec application pour en extraire le noyayu ovale caché à l'intérieur. Sa grand-mère, pendant ce temps, réunit sur la table des raisins secs, des baies de goji, quelques graines de lotus et de melon ainsi que de la pulpe de longane. Elle va prendre ensuite dans un panier plusieurs kumquats et cinq pruneaux.
Une fois ces préparatifs achevés, elle s'immobilise, d'un air très sérieux...
- Un, deux, trois, quatre... murmure-t-elle avec application, en désignant chaque ingrédient du bout de son index. Cinq, six, sept... Et, avec les jujubes, cela fait huit. Nous avons bien le compte de nos trésors."

Une immersion dans les rues de la ville vous fera découvrir les cruels combats de coqs, mais aussi le trafic des bêtes et la maltraitance animale, quand ce n'est pas la maltraitance humaine.

Heureusement, le tangram magique aidera Li-Na dans sa quête (et le jeune lecteur peut reproduire les figures que dessine Li-Na au fil des pages par le tangram disponible avec le livre, dont les solutions pour les constituer sont données à la fin du livre).
Le voeu le plus cher de la jeune héroïne est cependant qu'un jour, le tangram l'aide à retrouver ses parents... Peut-être dans le tome 3 ?

Un bon livre pour initier de manière ludique et originale les enfants à la culture chinoise. Une petite fille attachante, un roman joliment illustré par Amandine Laprun.
On peut tout à fait lire ce deuxième tome sans avoir lu le premier car ce qui s'est passé y est brièvement résumé.

Un roman jeunesse qui fait passer un bon moment à l'autre bout de la Terre et qui plaira à tous les amateurs de culture asiatique.

Merci aux Editions Casterman !





 

 

 

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21 janvier 2015

Tromper la mort

 

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4e de couverture : "Rattrapé par l'âpreté de l'Irlande, le libraire de Montmartre pourra-t-il échapper à son destin ? Traqué par les polices française et irlandaise, son spectre se fond dans les tourbières, se confond avec les brumes, se morfond dans les pubs...
Ombres et lumières des légendes celtiques, mystères de l'âme irlandaise, au coeur de l'action policière...
Maryse Rivière est habitée par l'histoire douloureuse et généreuse de l'Irlande. Elle maîtrise les procédures de coopérations internationale entre polices."

J'ai découvert l'existence de ce polar lorsqu'il a obtenu le prix Quai des orfèvres. Tellement intriguée que j'ai lâché toutes mes lectures en cours pour me plonger dans ce livre dont le résumé reste assez mystérieux, pour une fois.

Nous sommes dans les égouts de Paris. Un homme est en fuite et réussit à faire faux bond  aux flics. On le retrouve deux ans plus tard, à Dublin. Ce type, c'est Yann Morlaix. Un tueur. Qui a le toupet d'avoir été libraire ! Il possède un potentiel mimétique hors du commun qui lui permet de s'adapter à l'Irlande et à son peuple. C'est aussi un érudit (libraire oblige).
Ce type est une déjà une ancienne connaissance de la police française, en particulier d'Escoffier. Trop malin, Morlaix leur a maintenant échappé deux fois. La police française et irlandaise décident de collaborer pour le coincer. Collaborer est un grand mot. On va dire qu'ils vont tenter de se supporter...

Je m'attendais à un polar bien ficelé. Mais c'est plutôt une grande balade en Irlande. Je ne vais pas tout énumérer mais, en gros, tous les sites,  monuments, chefs d'oeuvres, personnages historiques ou légendes irlandaises  sont évoqués : Glendalough, Poulnabrone, Trinty College, Brigid, les fils de Dana, le livre de Kells, Michael Collins, Gerry Adams...
Le livre de Kells est d'ailleurs le prétexte à un début d'intrigue mystique à la Dan Brown (parce que le tueur se sert des enluminures du livre pour envoyer des messages "codés" à une amie) pour finalement être abandonnée en cours de route.

On s'embarque dans les quartiers nord de Dublin, dans l'univers de la mafia irlandaise qui traficote avec celle d'Irlande du Nord (IRA contemporaine).

Il y a même une histoire d'amour ! Entre Escoffier qui part à la poursuite de Morlaix en terre d'Irlande et tombe amoureux d'une Franco-Irlandaise, tout en sachant que ça ne durera pas... (Tadam !)

J'ai lu ce livre il y a déjà plusieurs mois et j'en garde une impression de livre "prétexte" pour l'auteur, à caser tout ce qu'elle connait de l'Irlande. J'ai trouvé que l'intrigue partait un peu dans tous les sens et que les personnages manquaient de consistance. Je suis donc déçue.Si vous ne connaissez rien sur l'Irlande, sans doute apprendrez-vous pas mal de choses. Mais si vous n'y êtes jamais allé, l'évocation de Glendalough, KIillarney ou de Powercourt ne vous parlera pas.

Décevant donc malgré la qualité de l'écriture et une volonté manifeste de l'auteur à laquelle je ne suis pas insensible. Mais j'attendais mieux.


 


16 janvier 2015

Le sort en est jeté

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Traduction : Marie Hermet

Septembre 2009, Joey, 16 ans et 8 jours,  fait sa rentrée à Stradbrook College, son nouveau lycée, après avoir été victime de harcèlement dans le précédent. C'est un adolescent fragilisé et pas très à l'aise dans ses baskets qui pénètre dans la classe, bien décidé à se fondre dans la masse, à devenir le plus invisible possible. Pourtant, il ne pourra éviter la rencontre avec le magnétique Shane O'Driscoll, nouvel élève qui arrive le même jour que lui. Et c'est aussi sans compter pour son attirance vers Aisling, la belle fille aux cheveux noirs presque bleus.

Joey a perdu son père quand il était encore bébé. Musicien perfectionniste, il cherchait le son qui le rendrait immortel. Mais il se tue dans un accident de voiture devant les ruines du Hellfire Club, où autrefois des joueurs débauchés se saoûlaient de whisky de contrebande adouci au beurre fondu, en portant un toast à la santé du diable... Ce lieu traîne également une légende sulfureuse (que je ne vous raconterai pas mais qui vous fiche des frissons).
1932 : Thomas découvre le jazz . Pour le père O'Connor c'est la musique du diable parce que c'est une musique qui vole les âmes. A cette évocation, le médecin de Thomas éclate de rire et lui explique ce qu'est un changeling : une créature maléfique ni morte ni vivante que les mauvais esprits déposent dans un berceau, à la place d'un bébé...

Et puis il y a cette maison en ruine, que tout le monde pense inhabitée...

Nous sommes en Irlande, à Blackrock et ses environs, à quelques encablures de Dublin. Dans un contexte très contemporain et réaliste. Pourtant Dermot Bolger tricote un récit qui vous fera plonger, de manière vertigineuse dans un autre univers. Celui du fantastique mais néanmoins tout en semant le doute dans votre conscience de lecteur. En tout cas, tout au long de ce récit qui se partage entre les années 30 et 2009, de manière non chronologique, je me suis vraiment posé des questions et demandé comment l'écrivain allait arriver à retomber sur ses pieds.

Joey, Shane et Aisling ont comme point commun d'être fragilisé par la vie à un moment clé de leur existence. Ce sont également des êtres solitaires, timides et sauvages qui ont du mal à nouer des contacts avec les autres. Même chose pour Thomas. Leur histoire respective est dévoilée au fur et à mesure, de manière fragmentée. Elles résonnent comme des échos vertigineux, comme un sortilège dont on ne peut se défaire. C'est du moins ce qu'on essaie de leur faire croire.  Mais justement, qui est vraiment Thomas ? Qui est vraiment Shane ? Qui ment ? Qui tire les ficelles de la manipulation ? Qui sera assez fort pour s'en sortir et devenir libre ? "Parfois, il faut partir loin de chez soi pour découvrir qui l'on est vraiment. Il y a très longtemps, quelqu'un m'a dit qu'en chacun de nous se cachent plusieurs personnalités, des bonnes et des mauvaises, qui attendent l'occasion de se manifester."

Un suspense intenable va vous mettre la tête à l'envers avant de vous la retourner à l'endroit. La solution se trouve dans les toutes dernières pages du roman, tout en laissant votre part d'imaginaire faire un choix.

Un beau roman sur l'identité, les âmes errantes qui se cherchent. Un roman qui sonde les psychés adolescentes de manière incroyable mais aussi un sacré thriller à la fois fantastique et psychologique qui révèle l'étendue du talent de Dermot Bolger.
Un livre différent de ceux que j'ai lus de lui jusqu'à présent (mais on retrouve son goût pour le fantastique et le gothique, comme dans  Toute la famille sur la jetée du Paradis). Son premier roman "ado/jeune adulte" mais qui pour moi dépasse largement cette catégorie.

Avis aux amateurs de frissons et de littérature irlandaise : quel que soit votre âge, vous allez adorer ! Je le classe "1er coup de coeur 2015".
Je vous reparle de Dermot Bolger bientôt car j'ai aussi Le ruisseau de cristal dans ma Pile. Et tout un autre tas de nouveautés irlandaises dont je n'ai pas encore eu le temps de parler !

Merci à Flammarion Jeunesse.





 

 

 

 

13 janvier 2015

Nouveauté irlandaise !

 

Demain, 14 janvier, paraît un roman irlandais que j'attendais depuis des mois (il y a des témoins :) )
Un roman de l'écrivain Dermot Bolger mais catégorie "ado/young adult". Sans doute le premier de l'écrivain à être traduit en français dans cette catégorie.
Mais je peux déjà vous dire, pour être plongée dedans sans pour autant l'avoir terminé, qu'il intéressera tous les adultes.
Surtout ceux qui aiment les vieilles baraques en ruines qui recèlent bien des secrets, les superstitions, les êtres mystérieux, les âmes errantes, le jazz et... tout simplement l'Irlande !

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J'avais initialement prévu de rédiger un billet aujourd'hui. Mais les événements de ces derniers jours ont bouleversé mes habitudes de lectrice, tant mon coeur s'est retourné.

Je vous reparle dans les jours qui viennent de ce livre qui me tient en haleine et est à la hauteur de la réputation de l'écrivain.
Donc demain, c'est Charlie et c'est Dermot !
Enjoy folks !

10 janvier 2015

L'arbre au poison

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Traduction : Catherine Ludet

4e de couverture : "Karen étudie depuis quatre ans au Queen Charlotte’s College quand, un jour étouffant de l’été 1997, elle rencontre Biba. A priori rien de commun entre elles. Karen, boursière, est brillante, studieuse, et vit en colocation avec trois amies aussi sages qu’elle. Biba, fantasque et bohème, est orpheline et habite une demeure délabrée à Highgate, en compagnie de son frère aîné, Rex. Mais lorsque Karen répond à l’invitation de Biba de venir fêter chez elle son vingt et unième anniversaire et qu’elle pénètre pour la première fois dans la vieille maison, elle est, dès ce soir-là, séduite. Elle se laisse entraîner dans l’univers fascinant de ses nouveaux amis, un univers de fête, de drogue et d’alcool. Ce que Karen ignore encore, c’est qu’elle va se retrouver mêlée à une histoire familiale compliquée."

Parce que la vie doit continuer après tous les tragiques événements que nous avons vécus cette dernière semaine, et parce que je n'ai pas encore le coeur à vous présenter un truc follement drôle, voici un thriller psychologique particulièrement réussi.

L'histoire commence in medias res, sans aucun repère pour le lecteur : un téléphone qui glisse des mains de quelqu'un, une voiture qui part en trombe, une fuite, une urgence, des appels de phare dans la nuit, la peur. On passe au premier chapitre. Des personnages. Mais toujours ce "je" qui prend la parole sans qu'on ne parvienne a l'identifier.
L'intrigue a la forme d'un puzzle. Des jeux de temps, des jeux de noms. Un aller-retour narratif entre 1997 et aujourd'hui. Le seul point de repère stable, c'est Londres. Petit à petit, pourtant, le récit s'installe, captivant. On comprend que celle qui s'exprime c'est Karen. Elle raconte un drame, dont je ne vous révélerais pas la teneur, ça va de soi !
Sachez qu'il vous faudra lire ce thriller en reprenant votre souffle car l'auteur joue à merveille avec la psychologie. Une histoire angoissante sans pourtant effusion de sang à toutes les pages. Certes, il y a des morts et c'est un histoire bien embrouillée qui nécessitera toute votre attention de lecteur. Une histoire de manipulation qui vous sidérera.

Karen est la victime. Ce qu'elle a subi est juste dingue. Pourtant, ce n'est pas une sotte. C'est quasiment une surdouée, elle a le don d'apprendre toutes les langues sans effort, elle a une mémoire phénoménale. C'est une jeune fille sérieuse, les pieds sur terre. Mais c'est bien connu : les choses les plus importantes arrivent souvent par hasard (pour le meilleur comme pour le pire) : et c'est par hasard qu'elle croise une jour Biba, une étudiante qui est son double inversé. On a du mal à comprendre ce qui attire à ce point Karen dans la personnalité de Biba si ce n'est la différence. Mais justement, la personnalité de Biba aurait dû la faire fuir.
Biba est déjantée, dépourvue d'altruisme. Son frère Rex est tout le contraire. Biba est comme un aimant qui attire tout le monde. Un frère soumis dont la raison nous est révélée peu à peu. Biba est une spirale infernale à elle seule. Rien ne s'arrange quand elle rencontre Raymond, un dealer qui deviendra aussi son amant.

Une histoire machiavélique, un drame familial à rebondissements qui vous maintient en haleine autant qu'il nécessite votre attention. Une atmosphère underground. L'histoire d'une emprise et de manipulations. Le poids de la culpabilité mais aussi d'une libération. L'histoire d'une destruction et d'une renaissance. Effrayant mais captivant. Des références à William Black jusque dans le titre. Franchement : chapeau !

 

 

07 janvier 2015

"Je suis Charlie"

Tellement, tellement choquée par la nouvelle apprise en début d'après midi, alors que j'étais en train de déjeuner avec des collègues.Tellement sidérée que j'ai encore du mal à croire que c'est vrai.
Profondément indignée et triste devant ce monde de barbares...
Ils ont tué Cabu. Ils ont tué Wolinski. Ils ont tué Cherb. Ils ont tué Maris. Et tant d'autres. Pour des dessins. Ces cinglés. Ces malades. Ces monstres. Toujours en cavale.

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Aujourd'hui des illustrateurs presse, demain des écrivains, des journalistes, après demain des éditeurs, des librairies, des traducteurs, et ensuite des bloggueurs; etc.

Alors vive la liberté d'expression !
Des crayons et des mots pour anéantir l'intégrisme. Quelle que soit sa forme. Même pas peur !!

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Posté par maevedefrance à 18:54 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

03 janvier 2015

L'Apache aux yeux bleus

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Herman, 11 ans, alias "tête de pioche", vit près du village de Squaw Creek, Texas. La maison est entourée de champs de blé. Il n'est pas recommandé de s'éloigner au-delà tout seul. Nous sommes en 1870. La rumeur dit que les Apaches rodent dans le coin. Mais Herman est têtu : parce qu'un corbeau mange le blé en herbe, il décide d'aller le "scrabouiller". S'en fiche des Apaches. Jusqu'au moment où il entend dans son dos le galop d'un cheval. Trop tard. Même en courant. Des hommes aux visages peints d'une bande blanche et aux cheveux longs lui sautent dessus. Sa vie va changer à tout jamais. Il est enlevé, devient d'abord l'esclave des Apaches puis découvre qu'il est en fait le cadeau offert à la femme du chef de clan...Il est adopté par la tribu des Mescaleros, après avoir réussi avec brio le test de bravoure : ben oui, une tête de pioche apache, ça n'a peur de rien, ça ne pleure jamais, ça mange du foie cru sans chouiner et ça sait monter sur son cheval au galop !  Herman devient En Da, le "garçon blanc" apache. Chiwat devient son ami et frère. Pourtant, il n'aura pas que des alliés dans le clan: il y a le shaman qui ne l'aime pas. Il y a aussi un Comanche et des Texas Rangers qui feront irruption dans sa vie pour la chambouler de nouveau...

Incroyable récit d'aventures qui vous embarque loin, jusque dans le terrible désert des Llanos. Un sacré road trip ! Une histoire qu'on aurait du mal à croire, si on ne savait pas qu'elle est vraie et tirée des Mémoires qu'a écrit Herman et de ce que Chiwat a raconte à ses enfants. Tous les personnages ont existé.

Une page d'Histoire sur la guerre des territoires que se livrent Apaches et Texas Rangers, où l'on apprend que les Comanches étaient souvent à la solde de ces derniers. Ils ont pour ennemis les irréductibles Apaches. Irréductibles, jusqu'au jour où ils sont vaincus et parqués dans des réserves d'où ils ne pourront plus sortir. Une sorte d'Apartheid à la sauce américaine qui est toujours d'actualité, hélas !  La fin de l'histoire à cet égard est poignante.
"On va nous entasser dans des réserves et nous distribuer des rations tous les jours, comme à des bébés", explique Chiwat à son frère adoptif. Seul moyen pour les Apaches d'éviter l'extermination pure et simple. Mais à quel prix ! Dès lors, Herman-En Da se sentira investi d'une mission jusqu'à la fin de ses jours.

L'autre chose la plus incroyable est l'oubli de ses racines. Franchement, si je ne savais pas que c'était une histoire réelle, j'aurais trouvé un manque de vraisemblance au récit. Herman a 11 ans quand il est enlevé et restera 9 ans chez les Apaches. Comment peut-on tout oublier ? C'est à la fois stupéfiant, effrayant et fascinant.

Une très belle lecture qui donne envie de se plonger dans les écrits indiens et qui m'a rappelé mon séjour au Québec dans une tribu indienne... Ok, je n'ai pas mangé du foie cru, et je ne suis pas monté sur un cheval au galop (juste fait du canot, écouté un conteur hors pair la nuit tombée et dormi avec des sauterelles géantes... :p)  mais ces Indiens du Nord avaient beaucoup à nous raconter sur la souffrance et la survie de leur peuple. On sentait bien que ce n'était pas pour faire du folklore pour touristes mais pour faire passer un message...

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Un roman jeunesse captivant, à la fois très divertissant et très instructif. Des personnages attachants. Un bel hommage au peuple indien.
Disponible à partir du 7 janvier dans toutes les bonnes librairies !

Je remercie beaucoup les éditions Flammarion Jeunesse pour l'envoi du livre