29 mars 2015

Le coeur qui tourne

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Traduit par Marina Boraso

4e de couverture : "Bobby Mahon était une figure respectée du village. L'ancien contremaître de l'entreprise locale est désormais, comme la majorité des habitants, au chômage. Sans indemnités ni espoir de retrouver du travail. La crise qui frappe de plein fouet l'Irlande comme toute l'Europe déchire les liens de sa communauté autrefois soudée. Les langues se délient, les rumeurs circulent, les tensions et les rivalités émergent. Et, faute de pouvoir s'en prendre au patron qui a mis la clé sous la porte, Bobby devient la cible d'hommes et de femmes démunis et amers. Jusqu'à l'irréparable..."

Je vais avoir un problème majeur avec ce roman : comment en parler ? Ce n'est pas que je sois amnésique ou atteinte d'Alzheimer ou je ne sais quel problème de mémoire mais faute de pouvoir faire mieux, je l'ai lu en plusieurs fois. Ce n'est certainement pas la façon dont il faut lire ce livre, pas si épais que ça (180 pages) mais qui met en scène vingt-et-un personnages, soit presque tout un village irlandais de l'après-Tigre celtique ! Un roman polyphonique - la mode veut qu'on dise "roman choral", mais bof, ça me fait penser à des gens qui pousseraient la chansonnette, ce qui n'est pas franchement le cas car ils poussent plutôt des gueulantes, à tour de rôle et avec le bagou irlandais.
Pensez donc, le mec qui faisait vivre tout le village grâce à son entreprise, s'est fait la belle avec la caisse, laissant en plan ses ouvriers, qui n'ont plu qu'à aller pointer au chômage. Et comme si ça ne suffisait pas, ils découvrent qu'en plus, le gangster n'a pas rempli les formalités administratives pour les déclarer. Donc, point de chômage. La vie des gens s'effondre. Et comme dans un village, tout le monde se connaît depuis belle lurette, le passé ressurgit, on refait le portrait de chacun. L'amertume est capable de tout.

Le point de vue de chaque personnage qui prend la parole éclaire d'un jour nouveau le portrait du "voisin" qui a été fait par un autre. Au lecteur de se faire son avis, à condition de s'y retrouver car chaque personnage s'exprime une seule fois et vingt-et-une personnes, ça fait beaucoup. Pourtant, tout se tient parfaitement. Une vraie performance littéraire même si je pense qu'il faudrait que je le relise une deuxième fois pour tout comprendre parce que le puzzle est complexe.
Bref, c'est du costaud. En plus c'est à la fois drôle, sarcastique, haut en couleurs et tragique.

J'ai décidé de laisser la parole à Lily, sans doute celle qui m'a le plus fait rire :

"Quand j'étais à la maternité pour accoucher de mon cinquième enfant, une fouille-merde de sage femme s'est débrouillée pour me faire dire le nom du père." (parce qu'elle était sous tranquillisant !)

"Il y a quelque chose d'inexplicable  dans l'attirance entre un homme et une femme. On ne peut jamais le définir. Comment est-ce que j'ai pu m'enticher bêtement d'un gros lourdaud mal fichu comme Bernie McDermott ?" (Ben oui, on se le demande !)

"Quand on tombe dans les orties, on ne risque pas de savoir d'où vient la piqûre."

"J'aime tous mes enfants comme l'hirondelle aime le bleu du ciel."

Bon allez, je donne aussi la parole à Jason qui a quelques soucis de santé :
"On m'a diagnostiqué un choc post-traumatique avec hyperactivité associée à un déficit de l'attention, trouble bipolaire, scoliose, psoriasis, tendance aux addictions et j'en passe" (un sex-symbole, quoi !)

C'est le premier roman traduit en français de Donal Ryan. Je pense qu'on entendra de nouveau parler de lui. Ce roman a été élu meilleur livre de l'année en Irlande en 2013. Il a été finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.

Un vrai bon roman, même s'il nécessite une bonne mémoire. A lire d'une traite ou à lire une deuxième fois.

 

 

 

Posté par maevedefrance à 11:22 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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31 janvier 2015

Bonnes feuilles irlandaises hiver et printemps 2015

 

Outre l'excellent Dermot Bolger (Le sort en est jeté) que j'ai présenté dernièrement, il y a une quantité incroyable de romans irlandais qui sortent en France en ce moment. A tel point que je commence à me sentir larguée parce que je peine à suivre le rythme (j'ai encore un Dermot Bolger, un Sebastan Barry et un Adrian McKinty non lus pour les publications récentes - je ne parle même pas des autres...). Pourtant je n'ai pas l'impression de chômer !

L'Irlande, peuplée de 5 millions d'habitants nous livre en France, par moins de six romans ces temps-ci :

En ce mois de janvier, le non moins excellent Sam Millar nous revient est Le Cannibale de Crumlin Road

 

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"Dans Belfast qu'épuise une vague de chaleur inhabituelle, le privé Karl Kane affronte un homme qui est un loup pour l'homme, ou plutôt pour de très jeunes femmes. Des junkies, des laissées-pour-compte de la société, dont on retrouve les corps atrocement mutilés : foie et reins ont été prélevés. Initiée par la plainte d'une cliente dont la soeur a disparu, l'enquête prend un tour personnel, et spécialement dramatique, lorsque Katie, la propre fille de Kane, prunelle de ses yeux, est enlevée à son tour. Kane aura d'autant plus de mal à épingler l'homme qu'il soupçonne, Bob Hannah, que celui-ci est un membre estimé de l'establishment..."


C'est aussi la sortie en poche des Chiens de Belfast (que je lirai format poche d'ailleurs, parce que je n'ai jamais reçu ce livre gagné sur Babelio lors de sa sortie grand format l'an dernier. D'autant plus étrange que j'ai toujours reçu tous les livres qu'on m'a envoyés... M'enfin...)

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Janvier, c'est également le retour de Benjamin Black (alias John Banville) mais pas pour ma série fétiche avec le Dr Quirke. Pour un roman-hommage à Philip Marlowe, La blonde aux yeux noirs

 

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"Nous sommes au début des années 1950, Philip Marlowe est en petite forme, business et moral en berne, lorsqu'un nouveau client pousse sa porte : une jeune femme, belle, richement vêtue. Clare Cavendish, héritière d'une des familles les plus fortunées de Bay City, Californie, veut engager le détective pour retrouver son amant, officiellement disparu dans un accident de voiture deux mois plus tôt. Marlowe ronchonne mais accepte, évidemment – Clare Cavendish est incroyablement séduisante. Et c'est le début de ses ennuis... Un pari littéraire sous forme d'hommage parfaitement réussi : seul John Banville, alias Benjamin Black, maître du genre et styliste hors pair, pouvait le tenter et le relever avec autant de brio et de naturel."

Cela étant, le dernier volume des aventures du Dr Quirke vient de sortir en poche (jolie couverture) :

mort en été

 

Dans un registre très différent, Eoin Colfer propose le deuxième tome de la série SF WARP (j'avoue que je ne suis pas fan de SF, sans doute la raison pour laquelle je ne me précipie pas sur cet écrivain. Je sais que j'ai tort.)

eoin

"Londres, XXe siècle... La révolution boxiste a eu lieu. Les plus célèbres monuments ont été rasés. Une statue du colonel Box se dresse là où, autrefois, se tenait Big Ben...Chevie Savano, jeune agente du FBI, est soupçonnée d'espionnage. Il lui faut à tout prix réussir à retourner dans le passé et retrouver Riley, l'apprenti magicien, afin d'empêcher le colonel Box de bâtir son empire totalitaire. Mais avec quelles armes peut-on réécrire l'Histoire ?"

Demain nous serons en février. Et le 5 février, Hugo Hamilton revient après plusieurs années d'absence en France avec un récit autobiographique, Un voyage à Berlin, où l'on retrouvera Nuala O'Faolain. Ca va sans dire que celui-ci, je vais me jeter dessus !

hamilton

"Ce livre est inspiré d'un voyage à Berlin que fit Hugo Hamilton avec son amie Nuala O'Faolain (publiée chez Sabine Wespieser). C'est le dernier voyage de la grande romancière, atteinte d'un cancer. Nous accompagnons les deux amis dans leurs pérégrinations qui sont un prétexte à se souvenir, mais aussi à se confier : à vivre pleinement une amitié de haute volée, de haute densité.
Sous des prénoms d'emprunt, Liam et Ûma, ils évoquent leurs familles respectives avec pudeur, franchise, insolence et tendresse. Ûma rêve d'assister à une représentation du Don Carlos de Verdi, dont le personnage principal est pour elle à l'image d'un frère mal aimé et aujourd'hui disparu. Liam, quant à lui, est obnubilé par le mariage de sa fille auquel, par égoïsme, et c'est ce que lui reproche son amie, il s'oppose.
Dans le décor somptueux de l'hôtel Adlon, chacun fait don à l'autre de sa propre enfance et de ses secrets. L'amitié est, elle aussi, une étreinte."

Enfin, en mars, quand le printemps commencera à pointer le bout de son nez, ce sera l'arrivée de deux écrivains irlandais totalement inconnus en France jusque-là :
Mary Costello, avec Academy Street qui sort le 5 mars

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"Tess a sept ans lorsque sa mère meurt de la tuberculose. Nous sommes en Irlande dans les années 40, dans le vaste domaine familial d’Easterfield. Avec cette perte, se creuse en l’enfant silencieuse une solitude fondamentale.
Tess a vingt ans lorsque des études d’infirmière la poussent à Dublin ; peu après, sa sœur Claire lui propose de venir tenter comme elle sa chance à New York. La vaste métropole et le tourbillon des années 60 emportent la timide jeune femme vers son destin.
Portrait lumineux d’une vie en marge, Academy Street balaie plus d’un demi-siècle avec l’ardeur et la délicatesse de son inoubliable anti-héroïne. Roman couronné par l’Irish Book of the Year Award 2014"

 Donal Ryan avec Un coeur qui tourne, le 5 mars aussi 

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"Dans un petit village irlandais frappé par la crise économique, des tensions émergent et se multiplient dangereusement Un meurtre est commis, un enfant kidnappé, et c’est une communauté tout entière qui se retrouve en état de choc.
Bobby Mahon était le contremaître d’une entreprise contrainte de fermer ses portes, et dont le patron s’est enfui avec la caisse. Chacun des autres personnages – une jeune fille inquiète des difficultés financières de ses parents, une mère célibataire, un ouvrier, une prostituée, un père tyrannique, un maçon d’origine russe… – se trouvera lié à lui d’une façon ou d’autre, et tous chercheront à raconter leur propre vérité, dressant un portrait émouvant de l’Irlande rurale d’aujourd’hui et de la condition humaine, de la fragilité des relations et des sentiments.
À la manière d’un roman choral, dont la construction ambitieuse n’est pas sans rappeler le Faulkner de Tandis que j’agonise, Donal Ryan donne ainsi la parole à vingt et un personnages dont il fait se succéder les voix, créant un chœur puissant à travers lequel les perceptions divergentes des protagonistes face à la réalité ne déroulent au final qu’une seule et même histoire.
Né en 1976 à Tipperary en Irlande, Donal Ryan est LA révélation des lettres irlandaises 2013. Son premier roman Le cœur qui tourne, vendu à plus de 150 000 ex. dans son pays, a été élu « Meilleur livre de l’année » en Irlande, finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.
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Joli programme, non ? Et je suis totalement persuadée que j'en oublie. Cette liste a d'ailleurs été en partie établie grâce à ma copine Hélène de la page Facebook Lettres d'Irlande. Parce que quatre yeux - voire six - valent mieux que deux, au regard de la phénoménale production littéraire irlandaise !