02 mai 2015

Et je danse, aussi

etjedenseaussi

 C'est en regardant une célèbre émission télévisée d'actualité littéraire que j'ai découvert que l'auteur de Terrienne (à savoir Jean-Claude Mourlevat) avait eu une idée un peu farfelue : envoyer un mail à Anne-Laure Bondoux (le premier qu'envoie Pierre-Marie Sotto à Adeline Parmelan) et d'attendre sa réaction. Anne-Laure Bondoux, alors plongée dans l'écriture d'un roman, se prend au jeu d'un roman épistolaire à quatre mains. Je dois dire que ça m'a bien intriguée de savoir ce que ça pouvait donner. Donc je me suis jetée dessus.

Pierre-Marie Sotto, écrivain célèbre et Prix Goncourt trouve un jour dans sa boîte aux lettres une mystérieuse enveloppe avec au dos l'adresse email de son expéditrice, une certaine Adeline Parmelan. Pensant qu'il s'agit d'un manuscrit, il répond à sa mystérieuse interlocutrice qu'il n'ouvrira pas l'enveloppe puisque lire ce genre de document relève du boulot d'un éditeur et pas de celui d'un écrivain. N'empêche, Pierre-Marie Sotto ne se doute pas encore que ce premier courriel est le début d'une longue correspondance, celle de ce roman épistolaire de près de trois cents pages que nous tenons entre nos  mains...

Les deux personnages principaux se dévoilent peu à peu. Surtout Pierre-Marie, l'écrivain connu et reconnu mais en panne d'écriture depuis plusieurs années. Il a déjà correspondu avec une lectrice, avant Adeline, mais celle-ci est partie en Irlande pour suivre son mari ! Pierre-Marie a cessé de lui écrire car il trouvait que sa prose collait "sans doute trop près à sa réalité" : "Je lui aurais volontiers pardonné de s'inventer un peu." 
Pourtant notre écrivain est celui qui s'invente le moins dans sa correspondance avec Adeline. Ainsi, il lui dévoile pourquoi il a cessé d'écrire et pourquoi, un jour, il a réussi à décrocher le Goncourt. Ben oui : Pierre-Marie a eu une muse en la personne de sa cinquième épouse ! Une belle Italienne, traductrice, qui s'est fait la malle, sans prévenir. Il ne sait pas pourquoi ni même si elle est encore vivante. Depuis, il se morfond et s'ennuie.

Pierre-Marie est un personnage très sincère pour un écrivain. Il ne cache rien. Il va jusque à corriger les inexactitudes de sa vie privée qu'Adeline a trouvé sur Internet : "Marié trois fois ? C'est faux je l'ai été quatre. Et j'ai six enfants" "Ma troisième femme est norvégienne (...) Choc des cultures. Nous nous sommes séparés en bons amis. Nos trois enfants sont bilingues."

Mais bon, le pauvre gars, maintenant , il est tout seul et en plus il ne parvient pas à écrire !  Adeline lui prend le pouls, tente de lui donner de l'allant :
" Soyez écrivain dans le silence et le désarroi, soyez écrivain sans un mot, sans une virgule".
"Depuis quand vos personnages vous emmerdent-ils ? Depuis quand avez-vous perdu votre flamme ? Voulez-vous un briquet ?"
"Tenez, pourquoi n'écrivez-vous pas des histoires pour les enfants ? Vous voilà seul dans votre maison vide (...) avec votre satané chat".

Adeline, cette mystérieuse correspondante 2.0, sait ménager des surprises à l'écrivain comme au lecteur, parce qu'elle ne manque pas d'imagination et que sa vie est compliquée. Même si elle reproche à Pierre-Marie de la percevoir comme un personnage de roman, elle n'est pas tout à fait innocente dans ce jeu-là, et que son interlocuteur d'écrivain découvre la vérité sur ce qui elle est réellement la terrifie.
"Ce que je voulais dire hier, c'est que je ne suis pas une héroïne échappée d'un roman de Zola ou de Dickens : je suis comme des millions de gens qui se débrouillent avec ce qu'ils ont." C'est marrant, il a une drôle de bouille son petit ami dans la réalité...

Les deux protagonistes vont finir par s'attendre l'un l'autre sur leur boîte électronique, s'attendre comme on attend la suite d'un feuilleton addictif. Ils vont semer des poussins (comprendre : faire des digressions sur des sujets à évoquer) qu'ils se promettent de récupérer plus tard. Des personnages secondaires apparaissent. Les intrigues se multiplient.

A un moment donné, je me suis demandé comment Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux allaient retomber sur leurs doigts d'écrivain, emportés par leur plume imaginative et percutante : il y avait des poussins partout ! Et l'impression que les créateurs des personnages s'amusaient beaucoup. La fameuse enveloppe a même disparu de la trame narrative, du moins passe largement au second plan. Normal, puisque Pierre-Marie se fait un "film" sur Adeline. Mais finalement, celle-ci le ramène à l'origine de leur rencontre virtuelle, préférant prendre les devants sur la réaction de l'écrivain s'il ouvre l'enveloppe.... Effectivement, on n'est pas au bout de nos surprises !

Evidemment, on imagine que c'est un peu "casse-binette" d'écrire un roman à quatre mains. Il doit falloir vraiment bien s'entendre. Pourtant, ici tout se tient et l'on sent que les deux auteurs se sont beaucoup amusés. Et c'est ce qui ressort de ce roman épistolaire : le fun, sur fond d'histoire d'amitié. Une correspondance truculente, pleine de répliques qui font mouche.

Un roman sur le pouvoir de l'imagination et de la création, où la fin de l'histoire sera d'ailleurs... à imaginer par le lecteur.

Une lecture qui met de bonne humeur.

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Edit : ce billet est certainement plus mal écrit que sa première version, malencontreusement effacée par une erreur de manipulation de votre blogueuse qui s'est embrouillé les doigts sur son clavier, emportée par les sentiments jubilatoires que lui inspire ce bouquin.