14 mai 2010

Les visages

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4e de couverture : "Lorsque Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers. Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach"

Je pense que je n'aurais pas acheté ce roman de moi-même. Déjà parce que je ne connaissais pas du tout l'auteur, dont c'est le premier livre publié en France. Ensuite parce que, si sur la couverture il y a écrit "Elu meilleur thriller de l'année par le New York Times", franchement, ça me laisse de marbre. D'autant plus que je ne lis pas ce journal américain n'est-ce pas ? Ici c'est la France, pas les Etats-Unis ! C'est parce que j'ai lu des bonnes critiques sur vos blogs en septembre (chez Canel notamment me semble-t-il de mémoire) que j'avais noté ce roman dans mes tablettes. Et il a fallu qu'un tas d'exemplaires d'occasion me fasse de l'oeil dans une célèbre librairie pour que je me jette dessus illico !

Déjà, pour le genre littéraire, je dirai qu'il ne s'agit pas d'un thriller : rien à voir avec la peur, une action trépidante. Il y a certes eu des meurtres, mais ils datent de dizaines d'années en arrière. L'enquêteur est Ethan, propriétaire d'une galerie d'art qui découvre les dessins d'un inconnu un peu par hasard. Leur auteur, un mystérieux Victor a disparu, s'est volatilisé du jour au lendemain. Ehtan, ébloui par l'oeuvre de cet homme qui a tout du génie, selon lui,  remue ciel et terre pour le retrouver, d'autant plus qu'il est suspecté de meurtres.

Pour moi, ce livre est davantage une parodie de thriller, une mise à distance du genre tel qu'on le connaît pour mettre en valeur l'histoire. Le narrateur déclare dès la première page : "Nous n'avons chacun qu'une histoire à raconter et nous devons le faire comme ça nous vient naturellement. Je ne porte pas de flingue, je ne suis pas coutumier des bagarres ou des courses poursuites en voiture", "Il faut que je fasse plus roman noir, en tout cas j'aimerais bien". Jesse Kellerman pose ici un roman sur la création artistique, l'émotion et le bonheur qu'elle procure, ainsi que sa dimension salvatrice. C'est aussi l'histoire d'une famille qui peu à peu prend forme. Deux récits parallèles finissent par se rejoindre pour donner la solution de l'énigme. Pas de coup de théâtre spéctaculaire pour le lecteur qui au fur et à mesure se doute de ce qui l'attend. Une suprise pour le héros, certes !

Il est à noter que le titre original du roman est The Genius et non pas Les visages. Je trouve que l'éditeur et le traducteur auraient dû tenir compte de ce "détail". Notamment par rapport à la fin du roman (que je ne peux dévoiler) et parce que c'est bien l'histoire d'un génie qui nous est raconté, ou du moins la différence qu'il peut y avoir entre un génie tel que le commun des Mortels se l'imagine et la réalité (du génie qu'est Victor).

En tout cas, Jesse Kellerman donne un coup de griffe au milieu prétentieux des marchands d'arts.

J'ai passé un agréable moment avec ce livre et je ne peux que vous recommander de tester une expérience littéraire d'un nouveau genre !