02 août 2015

La face cachée de Margo

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A travers les mots de Catherine Gibert

Margo et Quentin habitent à Orlando, en Floride. Ils sont voisins depuis qu'ils sont enfants, fréquentent le même lycée, et c'est leur dernière année avant l'université. Leur premier temps fort a été la découverte d'un cadavre quand ils avaient neuf ans. Un moment qui est a marqué Quentin à vie parce qu'il a eu la trouille de sa vie. Margo a abordé ce tragique événement d'une manière beaucoup plus étrange. Margo et Quentin ont maintenant seize ans. Quentin en pince pour Margot qui est devenue un mythe à ses yeux : le mythe "Mar-go-Roth-Spie-gel-man". Mais si Margo aime bien Quentin, ça a l'air de s'arrêter là. Elle avait pour petit ami quelqu'un d'autre, mais pas de chance, il vient de la larguer. Furieuse, Margo décide de représailles et elle demande à Quentin de l'aider. Bonne pomme et fascinée par cette fille, il accepte. Une nuit d'aventure mémorable à travers la ville. D'autant plus mémorable que le lendemain, Margo disparaît. Quentin et ses meilleurs potes vont se lancer à sa recherche.

Voilà ma lecture blockbuster de l'été. Parce que je suis curieuse de savoir pourquoi John Green a tant de succès, qu'est-ce qui attire tant les ados dans ses romans? J'avais bien aimé Nos étoiles contraires (à un bémol près). Mais autant vous le dire tout de suite : je me suis plutôt ennuyée avec celui-ci. La vengeance de Margo est drôle et très imaginative (je me demande où l'auteur a été péché des idées pareilles!). Mais ensuite, le mystère "Margo" a fini par me peser. Ca tourne en rond pendant pas mal de pages avant que Quentin trouve un indice. J'ai trouvé l'héroïne assez détestable par son égoïsme et son estime de soi surdimensionée. Quentin est trop benêt à mes yeux. Ses amis finissent par lui dire, d'ailleurs, que Margo ne mérite peut-etre pas toute l'énergie qu'il investit pour la retrouver, ni les risques qu'il prend.
Seulement, Quentin idéalise Margo, il finit par s'en rendre compte et, au-delà de l'envie de la retrouver, il cherchera à savoir qui elle est vraiment.

Le roman aborde le thème de l'identité et du sentiment amoureux. De la face cachée que chacun a à l'intérieur de soi. Mais aussi de l'image qu'ont les autres de nous. De la part de fiction et de la réalité. Du fait qu'on tombe amoureux d'une image, d'un personnage qu'on se construit mais pas tout à fait de la personne réelle. Une quête initiatique qui fera grandir Quentin.
Tout cela aurait été certainement plus intéressant si le roman ne s'étirait pas en longueur, au milieu de considérations subalternes (comme les cuites des copains de Quentin, les "p'tits lots" qu'ils convoitent - comprendre : de jolies filles, expression assez étrange ! ).

Comme Margo est une reine de la fugue et du mystère égocentré , elle a laissé des indices, entre autres dans... un poème de Walt Whitman, dont elle a surligné des passages de différentes couleurs. Quentin lit et relit ce poème, se prend littéralement la tête et... le lecteur aussi, à force de répétition des lectures de Quentin, qui ne font pas avancer l'intrigue.

La seule chose qui m'a vraiment intéressée, ce sont les escapades des personnages dans des pseudotissements : des lotissements abandonnés. Les maisons hantées du XXIe siècle. Mais mieux que ça : il existe aux Etats-Unis des Villes de papiers (Paper Towns est d'ailleurs le titre original du roman). Les villes qui n'existent que sur la carte, comme Agloe, dans l'Etat de New York (sur la carte) : une ville "créée pour se protéger des plagiaires" ! Une manière de poser sa griffe. Sauf que tous les possesseurs d'une carte Esso se sont acharnés à vouloir trouver Agloe. Si bien qu'un jour quelqu'un a construit un magasin et qu'Agloe est devenue réalité - qui depuis est redevenue fiction...
Le personnage de Margo est à l'image de ces villes : une fille de papier.
Le roman aurait pu être beaucoup plus prenant si le lien entre les villes de papier et le personnage de Margo avait été plus recentré. Heureusement, il y a de l'humour parfois doublé d'un regard caustique sur la société de consommation : "L'avenue était bordée de milliers de boutiques qui vendent toutes la même chose : de la merde."
Autre point positif : les ados qui liront ce roman sauront à coup sûr qui est Walt Whitman, Emily Dickinson et Sylvia Plath.

Si vous ne le savez pas - mais à moins d'être un Martien comment ne pas le savoir ? - ce roman a été adapté au cinéma et sort prochainement.

 


12 août 2014

Nos étoiles contraires

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Hazel Grace Lancaster 16 ans, a un cancer de la thyroïde, diagnostiqué stade 4 et métastasé sur ses poumons. Elle ne peut se déplacer qu'avec des bombonnes à oxygène dans un petit chariot et vit en permanence avec des tuyaux dans le nez. Parce qu'elle ne fréquente plus assidument d'établissement scolaire (elle suit des cours de littérature à l'université), ses deux meilleurs amis sont ses parents et le troisième est un écrivain qui ne connaît même pas son existence. La seule chose qu'elle suit assidument, parce que ses parents l'y obligent, c'est un groupe de soutien aux jeunes malades atteints comme elle de maladie grave. Elle y va en traînant les pieds parce qu'elle trouve ça crétin. Jusqu'au jour où s'y joint un gars à qui il manque une jambe, Augustus. Hazel est intriguée. Débute une amitié, qui ira forcément bien plus loin que ça et d'un livre qui ne peut pas laisser indifférent...
Hazel et Augustus lient amitié grâce aux livres. Hazel a un livre fétiche dans sa jeune vie : Une impériale affliction, écrit par un certain Van Houten, de la même famille que celle du cacao. Ce type n'a écrit que ce livre-là dans sa vie et la fin de son livre est inachevée. Ce qui tracasse Hazel, c'est de savoir ce qui est arrivé à Monsieur Tulipe et à la mère d'Anna. Augustus ne jure que par un roman en plusieurs volumes "où la moyenne [est] d'environ un cadavre par phrase".

Anna est une sorte de double littéraire d'Hazel, du moins Hazel vit à travers elle. Anna connaît un destin tragique. Ce qui adviendra des autres après sa mort est une de ses préoccupations majeures. Raison pour laquelle connaître la suite du roman est presque aussi vital pour elle (pour ne pas dire plus), que le Phalanxifor qui combat son cancer. Elle entraîne Augustus dans sa passion et c'est le début d'un rocambolesque voyage à Amsterdam, apothéose du roman.

On ne peut pas dire qu'on rit beaucoup (contrairement à ce qu'annonce la couverture!), c'est tragique mais sans (trop) de pathos, il y a de l'humour, certes, mais c'est de l'humour cynique qui fait plus sourire que rire. Hazel a elle-même quelque chose d'agaçant parce qu'elle sait toujours tout et est souvent sarcastique. John Green démonte l'image du malade cancereux sans défauts. Les personnages ne se plaignent pas de leur maladie, mais leur attitude révèle leur souffrance et le regard des autres sur eux, qu'ils ne peuvent supporter. Le meilleur copain d'Augustus aveugle et borgne suite à son cancer, s'est fait largué par sa copine qui ne peut supporter de rester avec quelqu'un dont l'avenir est incertain. Cela donne une scène lieu à une scène de violence inouie. Hazel pense être une grenade pour son entourage, celle qui détruira leur vie, ce qui lui est évidemment insupportable.

La violence, c'est aussi ([attention : spoilers! ] celle de la rencontre entre Hazel et son écrivain préféré qui en fait n'est qu'un ignoble personnage, ivrogne, "déception ambulante semi-professionnelle", comme il se décrit lui-même. Il se fiche pas mal de son lectorat. Là aussi, l'image de l'écrivain "nickel" en prend pour son grade ! La violence, c'est aussi celle des anonymes qui se disent des "friends" sur Facebook et qui se complaisent en atermoiements ou en éloges lors du décès d'Augustus alors qu'il aurait eu besoin d'eux avant et qu'ils ne se ont pas donnés la peine de se déplacer. Hazel, qui est la narratrice, remet Van Houten à sa place : pour elle, il n'est "qu'un autre de ces innombrables endeuillés qui ne le connaissaient pas, un autre de ces auteurs de posts qui se lamentaient trop tard sur son mur".

Et puis, évidemment, bien évidemment, ce roman est aussi un roman d'amour entre Hazel et Augustus. J'ai craint le pire à Amsterdam avec la scène à la Maison d'Anne Frank : j'avoue que là, j'ai trouvé ça un peu "too much" (ceux qui ont lu le livre savent de quoi je parle) : j''ai eu très peur de la dimension bluette un peu trop cliché que prenait le livre. Mais on oublie assez vite cet épisode par la consistance de tout le reste. On n'est pas dans un roman à 2 centimes, écrit avec les pieds, pour ados en mal d'histoire à l'eau de rose. Le lecteur en prend pour son compte en ce qui concerne l'émotion.
John Green  traite d'un sujet difficile, celui de la maladie, mais sans tomber non plus dans les clichés du voyeurisme et de l'atermoiement. Mais il ne ménage pas non plus son lecteur. Je pense qu'on se souvient du livre longtemps après l'avoir refermé. Un roman qui ne peut pas laisser indifférent.

Je lis rarement un livre dont tout le monde parle au moment où tout le monde en parle. En général, les blockbusters,  ça me fait fuir. Mais là j'ai fait une exception sans vraiment savoir pourquoi, d'ailleurs, d'autant que les histoires de maladie ne sont pas mon sujet de prédilection a priori. Bonne pioche.