16 juillet 2014

Les âmes égarées

 

51Q9DalhJ0L

Depuis Muse, nous n'avions pas de news de Joseph O'Connor, en France. Et puis, le revoici, avec, cette fois, non pas un roman, mais un recueil de nouvelles (le deuxième après Les Bons Chrétiens publié en 2010), dédié à Dermot Bogler, qui n'est pas tout à fait étranger à ce volume. Les textes ont été publiés sur divers supports, remaniés, puis enfin réunis dans ce livre, sous le titre original de Where have you been ?. Il faut lire la page des remerciements, située à la fin du recueil, avant de commencer à le lire : on y apprend notamment que "Deux petits nuages" est un écho à "Un petit nuage", nouvelle de James Joyce. On apprend aussi que Joseph O'Connor s'est amusé avec les textes antérieurs et même les chansons irlandaises qu'il fait chanter à ses personnages. Il en fait revenir certains, qui étaient dans Les Bons Chrétiens ou reprend des phrases de Muse... Il s'est aussi inspiré de la réalité, comme l'ont fait ses prédécesseurs...

La majorité des nouvelles du recueil se déroulent dans l'Irlande de la crise économique, à Dublin et dans sa région. Parfois aussi avant : "The Wexford Girl", se situe en 1975 ; "Le Feu de la jeunesse" et "Orchad Steet, à l'aube" nous propulsent respectivement  à Londres en 1988, lors d'un match de foot historique entre l'Irlande et l'Angleterre et à à New York en 1869.

Toutes ces nouvelles néanmoins mettent en scène des hommes et des femmes tourmentés, en proie à une souffrance qui conduit parfois à la mort. La crise économique contemporaine y est pour quelque chose, évidemment, mais les crises antérieures qu'a connu l'Irlande aussi. Celle qui a vu s'expatrier les Irlandais vers les Etats-Unis et New York en particulier, très bien évoquée dans le poignant "Orchard Street, à l'aube", qui donne des frissons jusqu'à la chair de poule. Cette nouvelle est inspirée de la vie d'une famille ayant réellement existé. Dans la novella "Un garçon bien-aimé", Cian Hanahoe, qui dirige "le département des prêts immobiliers auprès d'une banque d'investissement irlandaise", démissionne après avoir passé cinq semaines en hôpital psychiatrique pour ce que son médecin excentrique nomme "un épisode".

Tout cela n'a pas l'air très joyeux. Effectivement, ça ne l'est pas toujours, mais cependant O'Connor ne se morfond pas non plus dans le pathos à se pendre. Son recueil recèle également une bonne dose d'humour ! C'est même ce qui ouvre le recueil. Dans "The Wexford Girl", le narrateur, qui s'appelle Patrick (comme son père, son grand-père, son arrière grand-père et son arrière arrière grand-père), explique le "craic" préféré de son paternel :
"Mon père disait que la mer ça fait du bien aux gens. Il disait que plus on se rapproche de la mer, plus on est sain d'esprit. D'après lui, c'est pour ça que les gens de Dublin sont vraiment des gens bien, dans l'ensemble. Et c'est pour ça aussi qu'ils sont tous dingues à l'intérieur des terres. Ils sont trop loin de la mer. C'est pas bon pour le cerveau."
Et son père mourra de rire (du moins c'est ce qui se dit) et dans sa vie, il rêvait d'être comique. Sachez qu'en Afrique, "tu sues tellement que tu te ramènes chez toi dans une bouteille".

Les pères ou du moins les hommes, sont la mémoire de la métamorphose de l'Irlande dans ce recueil. Patrick raconte la construction de la jetée de Dun Laoghaire : son arrière arrière grand-père a participé à la construction alors qu'il venait habiter dans le coin en 1848, depuis les Liberties, le quartier miséreux de Dublin. Il y a laissé sa sueur, avec tous les hommes venus extraire la roche des carrières de Dalkey. Et c'est en 1852, l'année de la construction du phare de Dun Laoghaire qu'il épousa l'arrière arrière grand-mère du narrateur. Le père du narrateur rencontra sa mère au pied du phare un jour de 1962. Plus tard, l'explosion immobilière et les bobos sont passés par là... La petite ville de la banlieue de Dublin occupe d'ailleurs une place importante dans le recueil. C'est la ville d'enfance du personnage de "Un figurant sur la photo", qui habite le Dublin de 2010; c'est là que cette même année, dans "Un garçon bien-aimé", Cian Hanahoe donne rendez-vous à sa nouvelle amie, "à l'ancien hôtel Elphin de Dun Laoghaire, transformé en pub gastronomique, avec terrasse chauffée", une manière de prendre un nouveau départ.

Enfin, passé et présent se rejoignent aussi parce que les nouvelles sont pétries de références littéraires, hantées par Beckett, Joyce, Patrick Kavanagh, Synge, Sean O'Casey et j'en oublie sûrement !

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre, parce que Joseph O'Connor, monument national de la littérature irlandaise, est un écrivain complexe. Je me suis régalée à cette lecture.

Je déplore juste une édition française pétrie de coquilles, à tel point que je me demande si l'éditeur ne m'a pas envoyé une version non corrigée. J'en ai trouvé quatre... ça commence à faire beaucoup !

Je remercie néanmoins Babelio et Phebus pour l'envoi de l'ouvrage.



 

 

 

 

 

Posté par maevedefrance à 12:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,


24 septembre 2011

De Joseph O'Connor à John Millington Synge

 

La lecture de Ghost Light/Muse a aïguisé ma curiosité sur l'oeuvre de John Millington Synge, comme je le dis dans mon billet précédent.

Ont donc atterri dans ma PAL :

41JENV4RVZL__SL500_AA300_

en effet, comme ne pas être curieux de connaître la pièce Le baladin du monde occidental quand on sait qu'à l'époque, elle fit un taulé jamais égalé lors de sa représentation à Dublin en 1907.

51g3fYK3BrL__SL500_AA300_

 Je veux comprendre par moi-même. Et découvrir aussi Cavaliers de la mer et Deirde des Douleurs, sa dernière pièce.

Enfin, je veux voyager avec Synge jusqu'aux îles Aran, dans le grand ouest irlandais, un voyage que lui a recommandé Yeats...

519T0E56ZRL__SL500_AA300_

 Affaire à suivre donc !

Posté par maevedefrance à 15:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 septembre 2011

Muse

51-VA9SHPEL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain."

Autant vous dire toute de suite : mes mots dans ce billet ne retranscriront sans doute pas toute l'intensité de ce roman.

Tout d'abord, si vous vous attendez à une autobiographie, sachez que ça n'en est pas une. Comme l'explique Joseph O'Connor, à la fin du livre, "Muse est une oeuvre de fiction qui prend souvent  d'immenses libertés avec la réalité. Les expériences et la personnalité des vrais Molly et Synge diffèrent de celles de mes personnages d'innombrables manières. Les chercheurs ne doivent pas se baser sur la chronologie, la géographie ni les portraits qui apparaissent dans ce roman. Synge et Molly ne passèrent pas un mois de vacances à Wiklow; et, à ma connaissance, il n'exprima jamais le désir de vivre aux Etats-Unis".

De même, si vous vous attendez à un roman d'amour "pur jus", vous serez déçu. Il est certes question d'amour dans ce roman, mais il y a bien plus que cela.
Il y a une atmosphère, un parler populaire du Dublin des années 1900 savoureux, dont Joseph O'Connor remercie ses parents de lui avoir transmis cet héritage, son père étant "né à Francis Street, le quartier le plus vieux de la ville, The Liberties". Il s'est également documenté à travers des travaux universitaires, dont le Dictionnary of Hiberno-english.

Ce roman n'est pas chronologique, ce qui peut être déroutant. Mais c'est aussi ce qui en fait sa force. Il restitue les derniers jours de Molly Allgood, comédienne qui aurait été la maîtresse de Synge, célèbre dramaturge irlandais, co-fondateurs de l'Abbey Theatre avec Yeats et Lady Gregory. 
Le livre débute dans un garni londonnien le 27 octobre 1952 pour se terminer quelques jours plus tard, le 2 novembre. Mais entre temps Molly fait ressurgir les fantômes du passé au lecteur, sa vie de comédienne- qui-ne-mâche-pas-ses mots, son histoire avec Synge, disparu prématurément à l'âge de 37 ans,  toute une époque (le titre VO est Ghost Light) ! Même invectivée par le narrateur, elle ne perd pas de sa superbe. Elle rend un vibrant hommage au dramaturge en restituant son époque, avec amour et humour. Cependant, ne vous attendez pas à avoir toute l'histoire : la mémoire joue des tours et laisse des" blancs", mélange... Au lecteur de reconstituer le puzzle.

Pourtant Molly fait pitié à voir à présent : pauvre, oubliée et alcoolique. Elle n'a cependant rien perdu sa dignité : dehors, les gens qu'elle connaît ne savent rien sa situation car elle est toujours aussi comédienne ! Plusieurs fois j'ai eu les larmes aux yeux, mais plusieurs fois aussi, elle m'a fait rire. Le narrateur n'est pas toujours tendre avec elle. C'est tout ce mélange de ton et de style qui fait de ce livre un roman savoureux.

On a le plaisir de croiser Yeats et j'ai adoré la manière dont Joseph O'Connor l'a imaginé (pincé et austère au point d'être comique). Cependant, ce n'est qu'un personnage secondaire, tout comme Lady Gregory. Il n'est nullement question ici de l'Abbey Theatre. J'ai aussi particulièrement adoré la description de la campagne du Wicklow, si chère à Synge, l'accent mis sur la différence de classe sociale entre les deux tourtereaux, qui rend leur amour illégitime dans une Irlande guindée dans ses conventions.

Je n'ai donc pas été déçue par Jospeh O'Connor dont j'ai lu tous les romans - sauf Redemption Falls qui est dans ma PAL depuis plusieurs années. Il écrit ici un de ses romans les plus forts et les plus fouillés, après L'étoile des mers. Par son ton et par son style il rend ici hommage à Synge, c'est indéniable.

Une lecture pareille donne envie de découvrir l'oeuvre du dramaturge dont j'ai seulement entendu parler. Je me suis d'ailleurs procuré son théâtre et un de ses récits, Les îles Aran.

images books_888619t

Ce titre est actuellement en lice pour le Prix Médicis et le Prix Femina. Ce serait vraiment mérité qu'il décroche les titres. Un coup de coeur pour moi, vous l'aurez compris !

 

ghost-light images 2
 

 Quelques citations :

"Le mariage, ça sent le chou et le mouton recuit, et vers la fin de la semaine, le graillon"

"Sur le corps d'un homme, ya la carte de l'Irlande. Bas les pattes, on touche pas à Limerick" :)))

"Ils voleraient de la bave à un orphelin pour la lui revendre après, vous savez"

"Seul un Américain écrirait une pièce intitulée Un tramway nommé désir. Un Anglais la nommerait Un autobus baptisé intérêt transitoire" : so irish comme réflexion !!!

Edit :

Une vidéo sous-titrée en français où Joseph O'Connor parle de son roman et où l'on apprend que Ghost Light pourrait être traduit par "servante", mais aussi que c'est en référence à une lumière que l'on laissait sur scène par superstition pour que les fantômes puissent jouer leur propre pièce...

http://www.dailymotion.com/video/xl4qtl_joseph-o-connor-muse_news 
 (désolée, je ne parviens plus à mettre des vidéos présentables sur Canalblog, donc je mets le lien).

Posté par maevedefrance à 14:15 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , ,

27 août 2011

Mes envies littéraires de rentrée

Mon chouchou suédois pour la fin des aventures de Malin :

arton26594-c1dac

"Un beau matin de printemps, une bombe explose en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. C’est l’affolement en ville. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples et l’investigation piétine. Malin Fors, elle, sent qu’il s’agit d’une affaire personnelle. Et si l’attentat avait en fait visé la famille Vigerö ? Malin essaie d’avancer dans son enquête aux côtés de Zeke, malgré les bouleversements qu’elle vit : elle enterre sa mère, son père est de retour et elle découvre enfin le sombre secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années..." (sortie le 8 septembre)

Notez que Hiver sort en poche !

Et aussi mon chouchou irlandais qui n'avait pas publié en France depuis un moment :

9782752904607

 "Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain."  (sortie demain 25 août !)

Envies raisonnables :) !
Edit du 27/08 : ca y est, j'ai mon O'Connor :-)

 

EDIT DU 27/08 : Je viens de découvrir que Sorj Chalandon, l'auteur de Mon traitre, publie la suite de ce roman auto-biographique, celui où il donne sa plume au traitre : 

41dU0bht9mL__SL500_AA300_

Ca va sans dire que je le veux aussi !!! 

 

Posté par maevedefrance à 16:10 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,

25 février 2010

Les bons chrétiens

Les éditions Phébus ont eu la bonne idée d'éditer en poche le livre qui a fait connaître Joseph O'Connor aux Français en 1996 :

51exrFuEobL__SS500_

4e de couverture de l'édition grand format : "Treize nouvelles pour dire - entre les lignes, entre les mots (et par-delà l'aimable mensonge des façades)- ce qu'il en est des tourments de l'âme irlandaise aujourd'hui: en cette fin de siècle où d'autres formes de violences (intimes celles-ci) sont déjà à l'oeuvre. Histoire de nous préparer à des lendemains qui ne chanteront sûrement pas aussi bien qu'il aurait fallu"

(J'applaudis ici la lucidité du rédacteur de la 4e de couv au regard de l'Irlande de 2009 et bien sûr Joseph o'Connor !!!)

Treize récits travaillés au bistouri pour nous raconter, entre cruauté et compassion (et on forcément sans humour), cette Irlande d'après la bataille, qui s'arrange toujours pour montrer au monde un visage d'une exemplaire universalité (Nous sommes tous des Irlandais) lors même qu'elle se délecte mieux que jamais de ses particularismes têtus. Et pour donner la parole à quelques personnages inoubliables: prêtres au coeur brisé, homosexuels traqués par le conformisme ambiant, hommes et femmes infidèles, fanatiquqes de tous bords, joyeux plaisantins - la plupart fortement alcoolisés, tous atteints dans leurs rêves, et qui font de pathétiques efforts pour échapper à la noyade".

Je dois dire que le rire est au rendez-vous de ces histoires pourtant pour le moins tragiques... Mais il s'agit d'un humour qui oscille entre cynisme et pathétisme amenant le lecteur à la réflexion... On n'en sort pas tout à fait indemne.

Mes préférées :

Les Collines aux aguets, qui laisse pour le moins perplexe de l'absurdité des événements;

Faux Départ, un road movie à travers la campagne irlandaise et... ses vaches : après cela on ne regardera plus jamais une vache irlandaise de la même façon !;

L'Evier, qui commence ainsi : "En rentrant du travail, il vit la vaisselle sale dans l'évier. Il comprit qu'elle l'avait quitté".

Pour les fans de Joseph O'Connor, il s'agit d'un "incontournable" !

J'ai eu du mal l'an dernier à me procurer ce livre car quasiment épuisé ou inconnu au bataillon chez les libraires les plus célèbres :(. J'avais fini par le trouver d'occasion via Internet.

La chose est maintenant réparée et mon instinct me dit que si un livre est publié en édition de poche, c'est qu'un nouveau ne va pas tarder à arriver. Chouette ! Même si je suis en retard d'un livre avec Joe : toujours Redemption Falls qui dort sur ma PAL.

Posté par maevedefrance à 09:33 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 février 2010

Inishowen

medium_inish

4e de couverture  : « Tristan et Iseult à la mode irlandaise d’aujourd’hui… Elle habite New York, vient d’apprendre qu’elle a un cancer et décide sans prévenir les siens de s’en retourner en Europe, dans l’Ile Verte où elle est née. Lui est flic à Dublin, un peu abîmé par la vie et par le wiskey, fatigué surtout de se battre contre la mafia locale, qui a résolu, il le sait, de lui faire la peau. Ces deux êtres poussés à bout vont se rencontrer par hasard, prendront la fuite ensemble et iront trouver refuge tout au nord de l’Irlande, dans les parages d’Inishowen, un lieu de beauté et de paix… où le sang coule aussi bien qu’ailleurs ».

La 4e de couverture me faisait hésiter et j'avais maintes fois repoussé l'achat. J'avais peur d'un roman à l’eau de rose bien tragico-larmoyant … Mais à l'époque, en 2007, j'avais lu des critiques encourageantes sur les blogs littéraires donc, tout de même, il me tentait bien ce livre. D'autant que je devais me rendre sur la presqu'île irlandais d'Inishowen l'été même. Vaille que vaille, j'avais acheté le bouquin !

Et ô surprise!, ce roman n'est pas ce que peut laisser penser le résumé de la 4e de couverture. Pas triste, pas sirupeux, pas larmoyant, loin de là. Le ton est plutôt à l’humour, parfois noir mais pas toujours, et vire sur la fin au délire façon déjanté, il faut bien le dire ! On se surprend plus d'une fois à rire, ce qui, au regard du sujet peut paraître surprenant !

Ce n’est pas le cancer qui décide Ellen à rejoindre l’Irlande, mais plutôt un mari volage. Elle y rencontre par hasard Martin Aitken, flic dépressif suite à la mort de son fils, enterré à Inishowen. C’est justement sur cette péninsule du Donegal qu’habite la mère naturelle d’Ellen.Celle-ci cherche à la rencontrer avant qu’il ne soit trop tard. Cela ne l’empêche pas de de cacher la vérité à Martin sur son état de santé et d’inventer une histoire incroyable afin qu’il ne se fasse pas d’illusions à son sujet : (elle déclare être religieuse depuis la mort de son mari)… jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert !

O’Connor peint l’Irlande des années 90 avec délice, loin du lyrisme pastoral, et l’ « irlanditude » telle que la voit les Américains. C’est aussi l’occasion pour lui d’évoquer un fait de société peu connu et encore douloureux dans l’Irlande d’aujourd’hui : l’abandon des enfants par les filles-mères, sous pression des familles et surtout de l’Eglise. Ces enfants furent envoyés dans des familles américaines d’origine irlandaise pour y être élevés…

Joseph O'Connor (qui est le frère de la chanteuse Sinead O'Connor) évite magistralement les pièges en évoquant des sujets douloureux.

Depuis, il est devenu un de mes écrivains irlandais préférés. Et j'ai lu tous ses romans (sauf le dernier en date, Redemption Falls, qui est dans ma PAL).

Et voici un tout petit aperçu d'Inishowen, avec tout son irlanditude romantique

3c559c8fc7cdb257df7d3944117bd80c

6dc2f2e45072b6f114cb16a88696f7c3

cfdd1f53c84d4bb777d12be6e61c2d6f

Posté par maevedefrance à 21:13 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,