16 mai 2015

Les filles de l'ouragan

les filles de l'ouragan

Traduit par Simone Arous

Dana Dickerson et Ruth Plank sont nées le même jour au même endroit : le 4 juillet 1950, dans le New Hampshire. Elles ont été conçues un jour d'ouragan. Elles ne sont pas jumelles, juste "soeurs d'anniversaire". Leurs familles respectives sont dissemblables. Dana est délaissée par ses parents : sa mère est une artiste pour qui l'art est plus important que ses enfants ; son père est immature et passe son temps enchaîner les projets irréalisables en rêvant de gloire. Ruth est issue d'une famille de gens de la terre qui ont réussi : Farm Plank est réputée pour la culture de la fraise. Un jour, les Dickerson quitte le New Hampshire pour aller s'installer en Pennsylvanie. On peut penser que s'en est fini des liens entre les deux familles, qui avaient l'habitude de se voir une fois par an pour la date d'anniversaire de Dana et Ruth, sous la pression de Mme Plank. Pourtant. Aussi différentes soient-elles, ces deux familles semblent avoir leur destin lié. La vie des deux soeurs d'anniversaire ne sera pas un long fleuve tranquille, mais à l'image de la météo du jour de leur conception...

Nous suivons la vie de Ruth et de Dana des années 50 à nos jours, par un jeu d'alternance de voix narrative. Une manière pour Joyce Maynard de peindre ce coin d'Amérique au fil du temps, d'aborder plusieurs problèmes auxquels seront confrontés les jeunes femmes dans cette Amérique-là, liées par un drame familial dont elles n'ont pas connaissance. 
Ruth tombe amoureuse de Ray Dickerson, le frère de Dana, de plusieurs années son aîné. Sa passion pour cet homme ira de paire avec la passion qu'elle se découvre pour la peinture. Elle perçoit la vie à travers le prisme de l'art. Elle goûtera les années hippies, la liberté, l'érotisme, dans une cabane sur une île canadienne, avec Ray,  jusqu'à ce qu'un jour sa mère la ramène brusquement sur terre, brisant son couple, sa vie et son inspiration artistique.
Dana ne s'intéresse pas aux garçons, mais aux filles. C'est une terrienne, jusque dans son apparence trapue. Elle intégre l'Ecole d'agriculture du New Hampshire, fait la connaissance de Clarice qui deviendra sa compagne. Elle perd de vue son frère Ray et prend ses distances avec ses parents qu'elles ne considèrent pas.

Difficile de parler de ce roman sans raconter toute l'histoire!
En tout cas, on ne s'ennuie pas trois minutes et la prose de Joyce Maynard nous fait visiter cette Amérique rurale. Elle aborde des thèmes comme la spéculation immobilière qui n'aura de cesse de harceler les fermiers, de vouloir leur faire vendre leurs terres pour y construire des lotissements ; l'endettement de ceux-ci suite à des années de sécheresse : le père de Ruth a longtemps été fier de pouvoir faire tourner sa ferme sans emprunter un seul dollar aux banques, mais hélas !, son idéal sera mis à mal...
Et puis, être homosexuelle et femme est vraiment quelque chose de tabou, en particulier dans le monde du travail, même s'il est universitaire : Clarice en fera la difficile expérience.

Le mariage hétérosexuel (ça va sans dire dans cette Amérique puritaine !) et les enfants sont le modèle de la famille et la famille prime avant tout dans cette Amérique-là. Même Ruth finira par s'y plier, mais pour combler l'exaltation artistique qui l'a quittée.

Enfin, on en apprend un rayon sur la culture de la fraise, en particulier la naissance d'une nouvelle variété, plus savoureuse et plus résistante ! Tout cela est lié à à l'intrigue, à la famille qui en renaîtra, sous une forme différente, contre vent et ouragan. Sacrée mise en miroir !

Les deux héroïnes sont attachantes, l'histoire ne vous fait difficilement lâcher le roman avant de l'avoir terminé. J'ai vraiment aimé cette saga familiale américaine et j'apprécie vraiment la prose de Joyce Maynard, découverte avec L'homme de la Montagne (merci Festival America !). J'ai adoré l'ambiance rurale de ce bouquin. Le genre de livre qui vous donne envie d'aller cultiver du maïs et des fraises dans le New Hampshire, ça c'est clair !
Le seul reproche que je peux faire qu'on devine peu ou prou l'intrigue bien avant la fin parce qu'il y a trop d'indices pour que l'on n'y pense pas ! Mais en même temps, ce n'est pas tout à fait ce à quoi on s'attend....

newhampshiremap



A cause, ou plutôt grâce à ce roman, je vais poursuivre sur ma lancée de découverte de la littérature américaine des grands espaces. Je suis déjà embarquée pour le Michigan.

 

 

 


10 octobre 2014

L'homme de la montagne

index

 Traduction : Françoise Adelstain

Nous sommes en 1979, en Caroline du Nord, plus précisément dans le Parc national de Golden Gate, dans une résidence superbement nommée "Cité de la splendeur matinale (!). Rachel a treize ans et sa soeur Patty en a onze. Leur père est le flamboyant inspecteur Torricelli, divorcé pour cause d'être aussi un flamboyant coureur de jupons. Néanmoins, il adore ses filles, qui, livrée à elles-mêmes (pour cause de mère dépressive), ont comme activités favorites les balades dans la montagne et regarder leurs séries TV préférées installées sur une couverture dans le jardin de leur voisin (tant pis si elles n'ont pas le son, l'image leur suffit, elles font elles-mêmes les dialogues !). C'est bien calme le Golden Gate National Park, un peu trop quand on a treize ans et onze ans. Mais voici qu'une série de meurtres va venir pimenter leur existence et leur réserver bien des surprises.

Ce roman s'est retrouvé de façon totalement inattendu dans ma Pile à lire suite à mes pérégrinations à Festival America. C'est parce que j'ai entendu Joyce Maynard en parler dans un débat et qu'elle a su susciter ma curiosité quand elle a parlé de ce roman en disant que ses héroïnes sont des personnages forts. Et que c'était l'une des choses qui lui importaient le plus. Et puis, il y avait l'issue de l'intrigue (non révélée, évidemment) qui avait l'air d'être un peu hors du commun.
Eh bien je dois dire que je ne m'y suis pas trompée : moi qui ne lit pas si souvent que ça des romans américains, je n'ai pas lâché celui-ci. Et c'est le premier que je lis de Joyce Maynard...

C'est tout d'abord, pour nous, lecteurs français, une sacrée plongée dans l'Ouest américain, un vrai dépaysement, dans cette bourgade à l'ombre du mont Tamalpais - où rodent, en plus des coyotes, ce serial killer qui va terrifier la population pendant des mois et des mois.

C'est aussi une plongée dans les années 70-80, avec en écho la série Drôles de Dames (Farrah est d'ailleurs le surnom que donne l'inspecteur Torricelli à sa fille Rachel). Drôles de dames, c'est en effet ce que sont ces gamines qui jouent les enquêtrices pour aider leur père à trouver le coupable. Parce que, au fil du temps, l'inspecteur Torricelli va perdre de sa superbe face aux medias et à la population car il ne parvient pas à arrêter le meurtrier. Seulement, à 13 et 11 ans, on est inconscients du danger. Les deux gamines vont échafauder un plan, qui évidemment ne se passera pas du tout comme prévu. Mais l'une d'elle aura une idée aussi géniale que burlesque pour les sauver d'un face-à-face qui prend une allure inattendue (ne vous apprêtez pas à pleurer mais plutôt à rire et à trouver, qu'effectivement, ces deux gamines sont de drôles de dames !).
D'ailleurs, Patty faire remarquer à sa soeur qu'"on est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une".

Ensuite, c'est l'âge de 13 ans qu'explore sous toutes ses formes Joyce Maynard. Je ne me rappelle pas de comment j'étais à cet âge-là exactement mais j'ai trouvé que le personnage de Rachel était à la fois très gamine et très mature pour son âge. Du moins, elle évolue au fil des pages dans sa vie d'ado, n'hésitant pas à larguer manu militari son premier  boyfriend qui la prend pour un objet. On s'attache rapidement aux deux gamines au caractère bien trempé, dont on sent que dans la vie, elles ne se laisseront jamais marcher sur les pieds. C'est un trait de caractère qui m'a beaucoup plu, notamment dans sa dimension féministe.

Parce que c'est aussi ce qu'est ce roman aux multiples facettes : un polar qui tient en haleine et un roman d'apprentissage féminin et féministe.

Enfin, la fin n'est pas convenue. Si ce n'est pas tout à fait une happy end (il y aura des morts), c'est toutefois une fin comme je les aime :habile, inattendue, émouvante, mais sans pathos larmoyant. Autrement dit : la vie reprend ses droits.

Et pour vous mettre dans l'ambiance de ce roman,  écouter le titre qui hante le roman:)

The Knack-My Sharona