01 août 2013

Le dramaturge

 

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4e de couverture : "L'impossible s'est finalement produite. Jack ne se drogue plus, ne boit lus et sort même avec une femme de son âge. Certains vont jusqu'à prétendre l'avoir vu à la messe... On peut toujours rêver ou se mentir à soi-même, la vérité ne tarde pas à vous rattraper par le colback pour vous ramener à elle d'un coup sec. D'autant que, si Jacke ne tente de s'amender, le monde, lui, ne change pas. Un mari jaloux lui démonte le genou à coups de crosse, des flics désinvoltes l'accusent d'un meurtre qui les arrange et deux étudiantes sont retrouvées mortes coup sur coup. Trop c'es trop. Sans alcool, la cinquantaine venue, Jack oscille de nouveau au bord du gouffre. Personne n'ira lui faire croire que les emmerdes puissent d'un seul coup tomber si serrées sans qu'il y ait de lien entre elles. Jack le sait. Un tarés s'amuse dans l'ombre."

Voici mon troisième rendez-vous avec le détective privé Jack Taylor, ancien garda viré pour alcoolisme et autres frasques. A vrai dire j'ai commencé à lire les aventures de ce héros des temps modernes (c'est-à-dire tout sauf parfait) dans le désordre. C'est ici le troisième tome de ses aventure dans la jolie ville de Galway, ou plutôt une Galway tel qu'un touriste ne pourra jamais l'observer. Le Dramaturge précède La Main droite du diable, où, rappelez-vous Jack sortait d'un asile psychiatrique suite au décès de la fille d'une amie, tombée par la fenêtre alors qu'il en avait la garde.

Dans le présent volume, on ne reconnaît plus notre alcolo de Jack : il carbure maintenant à l'eau du robinet et au yaourt. Il a même décidé de laisser sa vie de détective privé au vestiaire pour un moment. Seulement voilà, un ancien indic dealer emprisonné le supplie de se renseigner sur le meurtre de sa soeur, étudiante retrouvée assassinée. Le meurtrier a l'air de s'y connaître en littérature irlandaise puisqu'il a laissé au pied de la victime un livre de John M. Synge. Jack se laisse convaincre à contre-coeur de s'occuper de cette affaire. Sans une goutte d'alcool. Avec parfois son ex-collègue "boulet", la ban garda, Brid, qui ne supporte pas qu'on l'appelle par son nom anglicisé, mais seulement par son nom irlandais : Ni an Iomaire. Cela va sans dire que Jack se fait une joie d'écorcher son nom à la moindre occasion...

Comme dans tous les romans noirs de Ken Bruen mettant en scène Jack Taylor, l'intrigue passe quasiment au second plan car Jack n'a de cesse d'observer ce qui se passe autour de lui, cette Irlande qui change et ses répliques font mouche :

"Dans le catalogue irlandais du crime, se prendre pour plus important qu'on n'est est gravissime."

"De mon temps un policier savait regarder de l'autre côté quand on lui tendait un pot de vin, mais aujourd'hui ils ont perdu tout respect d'eux-mêmes."

"Le type qui tripote son alliance, il a des besoins sexuels au-dessus de la moyenne."

"La journée était radieuse. Je m'arrêtais un moment à Eyre Square où l'herbe était envahie de gens qui se doraient au soleil. Avant le soir, ils seraient rouges, couverts de cloques. La rançon globale d'un été irlandais."

Jack enterre sa mère mais n'en a pas moins à l'oeil de prêtre qui lui avait mis le grapin dessus. Parce que l'Eglise est définivement coupable des pires crimes à ses yeux. Ken Bruen y reviendra d'ailleurs dans La main droite du diable, comme il l'avait fait avec Le martyr des Magdalènes.

Les romans noirs de Ken Bruen sont de la même veine que ceux d'Henning Mankell, auquel le romancier irlandais fait un clin d'oeil par une référence au Guerrier solitaire. Des clins d'oeil, il y en a en quantité d'ailleurs, notamment aux auteurs de romans noirs américains. Mais là, je ne suis pas assez calée pour vous en causer !

Les aventures de Jack Taylor plairont aux fans de Mankell, Rankin, Indridason etc. C'est de la même veine délicieuse !

 

 

 

 

 


09 juin 2012

La main droite du diable

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4e de couverture : "Ivrogne. Petite cinquantaine. Récemment libéré de l'asile psychiatrique. Cherche emploi bien rémunéré." Les choses vont mal pour Jack Taylor. Certes il a arrêté de boire, mais après avoir végété dans un asile psychiatrique, il se retrouve dans les rues d'un Galway qui lui semble inconnu. En quelques mois, tout paraît avoir changé. Jack ne reconnaît plus rien dans cette Irlande en pleine prospérité économique. Taraudé par le remords après la mort de la petite Serena May, il essaie de remettre un peu d'ordre dans sa vie. Il accepte avec réticence d'enquêter sur la mort d'un prêtre retrouvé décapité dans son confessionnal. Dans un pays dont les valeurs vacillent, alors que les scandales pédophiles secouent l'Eglise catholique irlandaise, Jack Taylor va devoir faire face à ses pires démons..."

J'ai rencontré Jack Taylor avec Le martyre des Magdalènes et j'avais trouvé ce personnage d'un cynisme et d'un humour délicieux ! A vrai dire, à la lecture de la quatrième de couverture, on peut hésiter à vouloir le rencontrer ! Mais il ne faut pas, au contraire...

Jack Taylor mène des enquêtes mais a la particularité de n'être pas inspecteur, ni commissaire, même plus garda siochana (gardien de la paix) parce qu'il s'est fait viré. Il est reconverti en détective, même pas privé. Bref, un drôle d'énergumène ! Pourtant c'est un grand coeur et un homme sensible (si, si) : responsable de la mort de la fille de son meilleur ami par défaut de surveillance, il a sombré dans une grave dépression qui l'a mené tout droit à l'hôpital psychiatrique où il est resté 5 mois, dans un état de prostration totale. Il doit sa renaissance à un autre patient, un Camerounais, pas aux médicaments.
Jack se retrouve dans les rues de Galway, sa ville (et celle de son créateur, Ken Bruen) pour notre plus grand plaisir, de sucroît en pleine canicule de 2003 (oui, je confirme que la canicule a bien touché l'Irlande en 2003 !)... Il découvre que son meilleur ami est devenu ivrogne et clochard et que l'ex-femme de celui-ci, n'a qu'une envie trouer la peau de Jack à la première occasion. Pourtant, ce n'est pas ce qui va occuper notre héros, mais le meurtre d'un prêtre...

Ken Bruen aborde ici sans concession ni "édulcorant" les scandales de la pédophilie en Irlande. Il n'hésite pas à faire parler les victimes et c'est l'occasion pour Jack Taylor de régler ses comptes avec un prêtre qui traînait un peu trop avec sa mère : les hommes d'église aimaient bien les femmes seules avec enfant. Ken Bruen n'hésite pas à secouer le lecteur par une écriture qui ne fait pas dans la dentelle et un humour noir corrosif qui fait mouche !
Jack Taylor traîne ses guettres dans les rues de la Galway du Tigre celtique et rien ne lui échappe. Il a le sens de la répartie, surtout en ce qui concerne son pays :

"L'Irlande est un pays de questions et de très très rares réponses" (tellement vrai !!)

"Conseiller aux gens, en Irlande, de fare attention au soleil, c'est aussi rare que de servir du bacon sans chou pour l'accompagner"

"Jamais vous ne verrez, et je dis bien jamais, un citoyen irlandais passer sour une échelle ou ne pas croiser les doigts pendant un match de hurling"

"Neuf fois sur dix les femmes d'Irlande ne manquent pas de vous casser les couilles" : ah bon ? je crois que l'inverse est tout à fait vrai !!

L'autre événement majeur de cette aventure c'est que Jack a renoncé à tout jamais à l'alcool.  Et il tient parole : il va au pub avec les diverses personnes qu'il rencontre mais, s'il commande un bière, il la laisse intacte ! Au pire, il essaie une cuite au café noir...

Le personnage de Jack Taylor m'a un peu fait penser à John Rebus, le héros de Ian Rankin... Comme son confrère écossais, Ken Bruen sait vous plonger dans l'ambiance d'une ville avec un personnage tout sauf parfait...

Autre détail d'importance : Jack Taylor est un amoureux des livres, surtout des romans noirs des années 50. Rien de tel qu'un petit David Goodis pour remettre notre héros sur pied : "Je voulais seulement avoir du temps pour me reposer, essayer de récupérer un peu d'énergie. Je me plongeai intensément dans la lecture. David Goodis, bien sûr. Dans le lot que m'avait préparé Vinny, il y avait Eugène Izzi, Invasions, coincé entre Cauchemar et Cassidy's Girl. Si un écrivain de romans noirs a un jour connu une fin noire, c'est bien lui."

Bref, un Ken Bruen de très très bon cru, qui rend accroc ! Ce roman noir a d'ailleur obtenu le Grand Prix de littérature policière 2009.
On en redemande !

 

 

 

13 mars 2010

Le martyre des Magdalènes

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4e de couverture : "Lessivé, rincé par sa dernière enquête, l'ancien flic de Galway Jack Taylor tente d'en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness. Alors qu'il répète à qui veut bien l'entendre qu'on ne l'y reprendra plus, il est contraint par un caïd psychotique à retrouver "l'ange des Magdalènes". Cette bonne sœur aurait, dans les années soixante, sauvé des jeunes filles mises au ban de la société dans le sinistre couvent des Magdalènes. Filles-mères reniées de tous, ces femmes y travaillaient comme blanchisseuses dans d'effroyables conditions pour s'y laver de leurs péchés, et cela même si elles avaient été violées par un frère, un père ou un voisin. Ce qui s'annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de jack Taylor ne fait que commencer... "


Noir c'est noir ! C'est le moins que l'on puisse dire en lisant ce roman policier, qui relève plutôt du roman noir. Mais noir à la façon irlandaise... donc l'auto-dérision n'est jamais loin. Même si ce roman est très sarcastique, c'est le moins que l'on puisse dire.
L'intrigue passe largement au second plan et c'est là le tour de force de Ken Bruen. Arriver à tout de même à maintenir un suspens en parlant plus du héros que de l'intrigue proprement dite. Nous suivons en effet plutôt la dérive de Jack Taylor, ancien garda ayant viré "privé", alcoolique notoire en voie de rédemption grâce à quelques "cachetons" de drogue !
On s'attache à ce personnage tout aussi psychotique que les "méchants pas beaux" qu'il poursuit. Ce héros pas comme les autres porte sur la société irlandaise un regard féroce. L'Eglise en prend un coup dans les dents avec l'évocation des Magdalènes. La "mafia" irlandaise n'est pas en reste non plus.

J'ai adoré écumer les pubs de Galway avec ce héros et revisiter une ville que je ne connais pas si bien que ça !
J'ai hâte de découvrir les autres aventures de Jack Taylor car c'est le premier roman que je lis de cet auteur so irish.


Ce que l'on dit du romancier :
"Ken Bruen est né en 1951 à Galway. Après une carrière qui lui fait parcourir le monde, il crée les inspecteurs Roberts et Brant puis le privé Jack Taylor dont Le martyre des Magdalènes est la troisième enquête. Son style incisif et la férocité désarmante de ses personnages l'ont d'emblée placé parmi les meilleurs de sa génération."