23 avril 2015

La surface de réparation

 

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Vincent est entraîneur du club de foot de Sedan. Célibataire et sans enfants, il a rompu avec sa famille. Un jour, sa soeur avec qui il a pourtant très peu de contacts, débarque chez lui pour lui demander de garder Léonard, son fils. Vincent découvre alors ce neveu, qu'il n'avait jamais vu et dont il connaissait à peine l'existence. Tout de suite, il remarque son physique étrange (une grosse tête, comme celle d'un adulte posée sur un corps d'enfant) et surtout un visage impassible, vierge de toute émotion. Léonard s'avère un champion pour jouer aux échecs et a une mémoire phénoménale. Une pédopsychiatre lui apprendra que cet enfant est atteint du syndrome d'Asperger : "C'est un état. Une forme d'autisme léger qui produit assez fréquemment des personnes hors du commun. (...). Einstein en était un selon toute vraisemblance."

Vincent, jusque là spectateur de sa propre vie, va voir celle-ci bousculée par ce gamin étonnant. L'occasion de se replonger dans son enfance à lui, difficile.

Alain Gillot s'attache à montrer que le syndrome d'Asperger "n'est pas une maladie" mais "une perception différente des choses". Pourtant, le roman ne focalise pas complètement sur le personnage de Léonard. Nous percevons les choses à travers les mots de Vincent qui s'exprime ici, dans ce récit à la première personne. Plus on avance dans le roman, plus Vincent parle de son enfance, de la violence de son père, de l'inertie de sa mère face à cette violence, de sa soeur complètement perdue dans sa vie, qui fait tout et n'importe quoi, tombe toujours sur des hommes mal intentionnés, reproduisant inconsciemment le modèle parental.
Vincent est un entraîneur de foot solitaire, incapable de nouer des liens durables avec qui que ce soit, et encore moins avec les femmes. Un homme malheureux. Néanmoins, c'est grâce à Léonard que Vincent va trouver le bonheur, faire la paix avec lui-même et avec sa famille. Et c'est grâce à Vincent que Léonard va progresser, s'ouvrir davantage aux autres et s'accepter tel qu'il est.

On a aussi l'impression que Vincent est atteint par une forme de syndrome d'Asperger, différente de celle de Léonard. Celui-ci lui a d'ailleurs remarqué toutes les manies qu'il a le matin, la manière dont il place systématiquement ses affaires, la façon dont il enchaine les choses, comme un rituel rassurant. Il ne se gêne pas pour lui faire remarquer.
La soeur de Vincent n'est pas en reste : elle passe son temps à fuir, à disparaître et à laisser les autres se charger de ses difficultés.
Bref, il n'y a finalement pas que Léonard qui soit Apserger dans ce roman. Les autres le sont un peu aussi à leur manière. Par leur solitude et leur difficulté à communiquer.

L'univers du club de foot est aussi perturbé par l'arrivée de Léonard. Vincent a décidé de l'initier à ce sport, pour lui montrer qu'il n'est pas aussi simpliste et facile qu'il en a l'air, que les joueurs ne sont pas sans cervelle. Un jeu aussi difficile que les échecs que Léonard affectionne.  Une rencontre qui sera fracassante pour tous et qui aidera les jeunes à revoir leur perception des choses.

Un roman basé sur le dialogue, une écriture fluide qui court comme la vie. Deux personnages principaux imparfaits mais attachants.

Même si je n'aime pas le foot, j'ai apprécié ce livre mais regretté que la fin soit finalement un peu trop lisse et convenue (on s'y attend).


Merci aux Editions Flammarion !

 

Posté par maevedefrance à 10:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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