11 mai 2014

Le liseur du 6h27

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4e de couverture : "Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au servie d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zestor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuilles sauvés la veille des dent de fer de la machine...
Dans des décors familiers transformés par la magie de personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement."

Quand Babelio m'a proposé ce livre, j'avoue que la quatrième de couverture m'a fait hésiter. L'histoire me paraissait loufoque et surtout je voyais le tableau : un enchaînement de récits dans le récit. Très peu de renseignements sur l'auteur, juste qu'il vit dans les Vosges (à quoi ça sert?), que c'est son premier roman et qu'il est un nouvelliste exceptionnel, lauréat par deux fois du Prix Hemingway. Et quand je lis une quatrième de couverture, les superlatifs me rendent toujours méfiantes, exactement comme quand je vois des bandeaux du style "vendus à 1 millions d'exemplaires" etc. Mais comme j'ai le goût du risque, du moins un peu, j'ai accepté de recevoir le livre. Et puis, en même temps, paradoxalement, cette histoire de liseur m'intriguait (forcément !).

Guylain aurait un prénom presque normal si associé à son nom de famille, il n'avait pas été victime de contrepètrie durant son enfance, se voyant appelé Vilain Guignol. Guylain a 36 ans et vit tout seul dans un studio de banlieue avec pour unique compagnon, Rouget de Lisle, son poisson rouge. Ses seuls amis humains sont deux collègues de l'usine de recyclage de papier où il travaille : un cul-de jattes et un type qui déclame des alexandrins sur commande. Ces employés ont pour chef un "bourrin" dont le seul rêve, à part pourrir la vie de ses subordonnés, est de détenir le permis de la Chose, le monstre d'acier qui pillone les livres invendus qui entrent dans l'usine. On peut dire que Guylain n'a pas beaucoup de chance dans la vie, d'autant que cet amoureux des mots, des livres et de la lecture passe ses journées à pilonner les bouquins dont il prélève en cachette ce qu'il appelle "les peaux vives", des feuilles dégoulinantes qu'il fait sécher dans un buvard pour les lire le lendemain matin aux passagers du RER de 6h27. Ce moment illumine sa vie morne et solitaire. Jusqu'au jour où... il croise deux petites mémés intrépides et trouve une mystérieuse clé USB...

Passé la surprise des premiers chapitres, on ne lâche plus ce roman bourré d'humour noir et peuplé de personnages qui cherchent à échapper à la destruction, à leur solitude et à s'élever au-dessus de leur existence morne. Et ils doivent leur salut à la lecture, à son pouvoir de socialisation et d'échappatoire à la violence du monde. On ne s'ennuie pas un seul instant.

Et autant vous dire tout de suite qu'après cette lecture, vous ne regarderez plus jamais la dame pipi des toilettes publiques de la même manière ! Il y a quelques moments particulièrement truculents dans ce roman, un zeste scatologique, mais pour mieux montrer que même ceux qui se croient invincibles, peuvent rapidement se retrouver eux aussi seuls au monde...

Un petit bijou de lecture à ne pas rater et une sacrée belle découverte pour moi cette semaine. De la littérature française qui donne le sourire et vous fera même éclater de rire. Ca fait plaisir !

Je remercie Babelio et les Editions Au Diable Vauvert de m'avoir offert ce roman.