26 février 2015

Les chiens de Belfast

 

leschiensdebelfast

Traduit par Patrick Raynal

4e de couverture : "En 1978, à Belfast, une femme est violée puis tuée par des inconnus, son cadavre laissé en pâture aux chiens errants. Nul n'a payé pour ce crime horrible. Mais vingt ans plus tard, une mystérieuse blonde sème les cadavres un peu partout en ville... Pour Karl Kane, détective privé qui mène l'enquête sur l'une des victimes, il vaudrait mieux ne pas barrer la route à ce qui a tout l'air d'une vengeance en règle."

C'est avec un an de retard, mais j'ai enfin rencontré le détective privé belfastois Karl Kane !  Un personnage haut en couleurs, et en proie à des crises hémorroïdaires qui lui pourrissent la vie. Heureusement qu'il a Naomie (son assistante mais pas que...) qui finit par lui prendre un rendez-vous chez le toubib. Non mais sans blagues : si on a une carrure de détective privé et qu'on jure toutes les trois secondes sur sa virilité, on n'a pas peur du docteur !

Rappelez-vous que le créateur de Karl Kane fait parler ses personnages "cash". Ames sensibles s'abstenir mais vous raterez encore un bon polar à la sauce Sam Millar.
Karl Kane, tout détective viril qu'il pense être, se voit embarqué un peu malgré lui dans une sordide affaire où les cadavres s'accumulent, jusqu'au cadavre de la personne qui lui a demandé l'enquête (c'est "ballot" !).  En même temps, Karl Kane n'a pas trop le choix des enquêtes qu'il mène car son cabinet de détective est accablé de dettes et les factures à payer s'accumulent. C'est donc presque plus les enquêtes qui le mènent que le contraire !
Au fil des pages, il est question d'une mystérieuse blonde qui hante les pubs de Belfast en buvant du drambuie. Elle semble cacher d'autres cordes à son arc. Et comme si ce n'était pas suffisant, il y a beaucoup de gens dans l'univers belfastois que fréquente Karl Kane qui se dissimulent derrière de faux noms. A commencer par la personne qui lui a demandé d'enquêter (décidément, ce n'était pas un cadeau ce "client"!). Et puis, la police de Belfast est pourrie jusqu'à l'os. Mais le meilleur est pour la fin !

Derrière ce roman très noir, ce héros viril, on devine un personnage au grand coeur, plus fragile qu'on ne le pense. Il découvre une histoire douloureuse, tellement affreuse qu'elle l'atteint au coeur, le laisse au bord de la crise cardiaque :
"Son coeur faisait ça de temps en temps, il trébuchait, battait irrégulièrement. Ca n'arrivait pas souvent, peut-être une ou deux fois par mois, et ça le laissait momentanément la tête un peu vide. Pas cette fois. Cette fois il se sentait dangereusement proche de la mort
Pauvre fille..."

Pourtant l'humour n'est jamais absent dans les romans de Sam Millar. Le lecteur a tout de même droit à quelques moments sacrément drôles, notamment dans les échanges entre Karl et Naomie qui ne manquent pas de piquant quand ils s'agacent mutuellement :
"C'est toi qui bredouilles un galimatias incompréhensible, genre Mary Poppins sous LSD !" .
Heureusement que Naomie est le genre de femme à porter le pantalon. Du coup, ils forment à eux deux une équipe de choc au milieu d'une foule de personnages qui ne leur veulent pas du bien.

Sans doute le roman le plus noir que j'aie lu de Sam Millar, avec Poussière tu seras. Un roman qui montre une corruption à tous les étages à Belfast, jusque chez ceux qui sont censés veiller sur vous. Un roman qui vous passera l'envie d'appeler les flics si vous séjournez dans la ville et que vous avez des problèmes !

Par moments s'il n'était pas rappelé que le roman se passe de nos jours et à Belfast, j'aurais pensé qu'il se passait dans les années 50 aux Etats-Unis. L'histoire se déroulait d'ailleurs dans ma tête en noir et blanc, comme un bon vieux film américain, avec une blonde aux cheveux crantés à l'écran (mais qui boit du Drambuie !)
Par moments aussi, ça m'a fait penser à du Tex Avery aussi !!

Alors je ne sais pas si c'est mon imagination mais ce fut ma lecture des Chiens de Belfast. : un mélange d'humour irlandais et de roman noir américain, de Tex Avery, le tout arrosé de Drambuie. 
Un bon moment de lecture même si ce n'est peut-être pas mon roman préféré de Sam Millar qui reste pour l'instant The Redemption Factory.

Un roman noir façon expresso très serré. A découvrir.

 

 

 

 

 


13 avril 2014

Rouge est le sang (The Redemption Factory)

41ezhqrzZhL

Paul Goodman, jeune homme de Belfast au chômage, ne trouve, pour se sortir de cette situation, que d'aller travailler dans l'abattoir de la ville, grâce aux conseils de son meilleur pote, "Lucky" (le mal-surnommé). Il y découvre un univers surréaliste, peuplé de personnages violents, des monstres, dans tous les sens du terme, dirigés par le sinistre Shank : celui-ci y fait travailler ses deux filles : Violet la Violente, défigurée par un accident de voiture, dont le visage ressemble à un spot de discothèque et Geordie, infirme qui ne peut se déplacer qu'avec une démarche chaloupée agrémentée d'un bruit de ferraille. 

Le roman s'ouvre sur une scène de torture et se poursuit avec le bizutage de Paul Goodman à l'abattoir. On pourrait refermer le livre, partir en courant. Pourtant, quelque chose vous aguiche, vous invite à poursuivre. Et il faut poursuivre pour découvrir une pépite, un polar comme vous n'en avez encore sans doute jamais lu. Un polar sans détective ni énigme à résoudre, très très noir, mais à la fois très drôle par moments, du polar à la sauce nord-irlandaise. Ici, pas de super-héros, mais des personnages rafistolés, déglingués, déjantés. Chacun à leur manière. Des meurtres. Et une histoire d'amour. Geordie, c'est un peu la petite soeur de Frankeinstein dans Belfast. Ambiance !

Un texte blindé d'argot, qui dit les choses sans s'encombrer de pudeur. Un bon suspense. On se régale. Et puis, avec Lucky, le champion du pub crawl, on apprend que "la seule chose meilleure qu'une bonne pinte de Guinness, c'est une bonne pinte de Guinness gratuite" ! Pardi !

C'était mon troisième rendez-vous avec Sam Millar. Un livre encore différent des deux lus précédemment. Un zeste d'autobiographie avec l'histoire du jeune belfastois qui va travailler à l'abattoir. Un sens de l'humour noir hors du commun.

Un très bon moment de lecture que je vous recommande !

Vivement que je découvre Les Chiens de Belfast, quand le livre gagné à la Masse Critique de Babelio de janvier daignera m'arriver...

 

 

21 février 2014

Poussière tu seras / The Darkness of the Bones

518bvsHLA8L

4e de couverture : "Adrian Calvert, 14 ans, a disparu. Dans le salon poussiéreux du barbier, les lames de rasoir s'activent et les langues se délient : ce n'est pas la première disparition dans la région. Depuis plusieurs années, des jeunes manquent à l'appel dans l'orphelinat voisin. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus. Récemment, la pluie cinglante a exhumé des os, autour d'une clinique désaffectée. Des os d'enfants..."

Quatrième de couverture un peu fantaisiste et qui dévoile dès la première phrase quelque chose qui aurait dû être tu. Passons...

Sam Millar est ma découverte du moment, totalement fortuite d'ailleurs.Ecrivain nord-irlandais pas tout à fait comme les autres s'il en est : je brosse le portrait en deux mots car j'y reviendrai dans un billet ultérieur. Sam Millar est un ancien combattant de l'IRA, qui a été emprisonné à Long Kesh, la lugubre prison de Belfast, de sinistre mémoire. Il fit partie des Blanket Men. Il a survécu à la torture et se demande lui-même, avec le recul, comment c'est possible. Voilà, je vais m'arrêter là pour l'instant pour sa biographie, que je suis actuellement en train de lire et qui remue les tripes.

Ce polar, qui se déroule dans la cambrousse d'Irlande du Nord est l'histoire d'un jeune héros, Adrian Calvert, et de son père, ancien flic alcoolique et veuf qui cache un terrible secret. A la découverte de ce secret, Adrian s'enfuit. Et c'est le début d'une histoire incroyable.

L'univers de ce livre est en noir, blanc et rouge. La noirceur de l'histoire, la blancheur de la neige, des os (et de l'innocence), le sang du crime. Un récit percutant, c'est le mot qui revient dans la tête après la lecture.  Un suspense haletant qui en font un page-turner. "L'orphelinat avait fait partie du paysage urbain pendant des décennies, il avait même servi de de décor pour un film tiré d'un livre de Dickens."
On frissonne par la rencontre de personnages inquiétants, vivant dans des lieux non moins glauques : un zeste de gothique avec cet orphelinat à présent en ruines, qui semble hanté par les enfants disparus et dont le survivant à une allure de fantôme, de banshee, bref de personnage fantastique, un zombie revenant de l'indiscible, accompagné d'un barbier, avec tout ce qu'engendre ce genre de personnage dans l'imaginaire collectif...

Une écriture sans gants, dans le sens où elle dit les choses sans fioriture, dans dissimulation. C'est du brut qui va avec l'ambiance (lecteurs chastes, passez votre chemin mais sachez que vous raterez quelque chose).

Un très bon polar, à l'intrigue bien alambiquée, qui vous embarque dans cet univers étrange et restera ancré dans votre mémoire un bon moment après avoir refermé le livre. Le tout inspiré d'un fait divers qui n'aurait jamais dû exister.

Ce livre a été selectionné pour le Prix du meilleur polar 2013 des Editions Points.

Une lecture qui m'a embarquée dans la découverte des autres livres de l'auteur. J'en reparle bientôt donc !

 

 

22 août 2013

Granny Webster

51gzQpIA6xL

4e de couverture : "Envoyée en convalescence au bord de la mer chez son arrière-grand-mère, une vieille dame acariâtre qui ne se déplace qu'en Rolls, vit comme à l'époque victorienne et évite toute émotion pour ménager son coeur, une jeune fille - qui n'est pas sans rappeler Caroline Blackwood - découvre peu à peu les secrets qui se cachent derrière les rideaux empesés de la luxueuse demeure... La description de cette grande famille irlandaise, avec une tante excentrique et suicidaire, une grand-mère un peu dérangée et une femme de chambre borgne, est d'une réjouissante noirceur."

Tout d'abord quelques mot sur l'auteure : "Caroline Blackwood est née en 1931 en Irlande du Nord dans le domaine familial de Clandeboye." Sa mère est l'héritière de la richissime famille anglo-irlandaise Guinness (oui, c'est bien une famille de l'Ascendancy anglo-irlandaise !). Je résume en disant qu'elle a eu une vie passionnante et bien remplie. Elle est décédée en 1996 d'un cancer. Great Granny Webster (titre original) a été publié en 1977 et fut sélectionné pour le fameux Book Prize. Mais Caroline a publié tout un tas d'ouvrage qui ne sont hélas pas publié en France. Et je dis tout de suite que c'est bien dommage !! Celui-ci est une réédition et c'est une excellente initiative de la part du Livre de Poche.

En effet, c'est tout juste un régal d'humour noir et d'ambiance victorienne gothique à souhait, bien que ça se déroule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C'est une succession de portraits, tout plus excentriques les uns que les autres, mais chacun à leur manière. Tout d'abord la fameuse arrière grand-mère, lugubre à souhait, "délabrée et proche de la tombe" (du moins au premier abord), vivant à Hove, dans la banlieue de Brighton, dont la maison n'a pas respiré l'air du dehors depuis au moins l'ère victorienne (j'exagère à peine), servi par une unique domestique borgne. En fait cette archi-vieille vit dans son monde imaginaire, elle est limite autiste dans son comportement, ne sortant jamais, vivant en recluse sur son fauteuil, observant d'un oeil condescendant cette nouvelle génération qui profite des congés payés. Néanmoins, elle a, semble-t-il, à sa manière bien particulière, une forme d'affection pour son arrière petite-fille. Pour preuve de son amour, elle lui léguera un lit à baldaquin décoré d'un ananas. Ridicule à souhait. La vieille dame sera gothique jusque dans sa mort.... qui est un moment d'anthologie savoureux à la toute fin du roman.

Une large évocation est faite de la grand-mère Dunmartin, complètement fêlée, mais il faut dire que quand on a eu comme mère Madame Webster, il y a de quoi. Je reprocherai juste quelques longueurs dans l'évocation de cette grand-mère et du manoir usltérien Dunmartin dégoûtant à souhait et au-delà de l'imaginable.

Je ne vais pas vous raconter chacun des personnages mais je dois bien avouer que ce tout petit livre d'à peine 160 pages est un délice. Avis aux amateurs d'ambiance victorienne et d'humour noir.

 

 

15 juin 2012

Turbulences catholiques

51Ki4+gcDEL

4e de couverture : "Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s'engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C'est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de Toute l'Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux et, qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de... Christine. Quoi de mieux pour le journaliste qu'une retraite rurale grassement payée ? Et l'endroit idéal pour se mettre enfin à l'écriture de son livre ! Ce qui s'annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar. Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l'alcool et les femmes, ça tourne carrément à l'île de la tentation ! Au premier meurtre, l'ambiance bucolique prend du plomb dans l'aile. Quant au premier verre, il pourrait bien être le dernier... Avec ce thriller hilarant, Colin Bateman aborde sans complexe l'absurdité de l'intégrisme religieux."

 

Le mois irlandais ne serait pas complet si l'on ne vous présentait pas les écrivains de l'Irlande du Nord, notamment les auteurs de polars !

Il y a quelques années j'ai découvert Colin Bateman, qui malgré quelques éditions françaises en poche, comme Divorce, Jack !, et La bicyclette de la violence,  reste tout à fait méconnu ici. Autant dire tout de suite qu'il n'a pas le succès qu'il mérite, d'autant qu'il décrit l'ambiance nord-irlandaise, sur un mode décalé original.

Contrairement à Stuart Neville (autre écrivain nord-irlandais) qui fait dans le "trash-pince-sans-rire", (même si Les fantômes de Belfast est tout à faire remarquable), Colin Bateman a toujours l'humour comme détonnateur.
Son héros, Dan Starkey, journaliste de son état, imparfait au possible (évidemment, sinon ça ne serait pas drôle !) est souvent embarqué dans des aventures farfelues ou dans un pétrin dans lequel il s'est mis tout seul. Dans Divorce, Jack !, il avait déjà des démêlés avec Patricia son épouse. Parce que Dan a un souci majeur : il n'est pas vraiment fidèle ! Mais ici, sa femme a pris sa revanche et même plus : elle a eu  un gamin avec son amant ! Déjà vous voyez le tableau !! Mais Dan accepte d'élever ce rejeton, mais ce n'est pas tout : sous prétexte de recoller les morceaux de son couple et d'écrire le livre qui fera de lui "le digne représentant du roman made in Ulster", il accepte de jouer les agents secrets à la demande d'un homme d'Eglise et de se rendre sur une île nord-irlandaise, coupée du reste du monde... En effet, sur cette île, il s'en passe de belles : il y aurait une réincarnation du Messie sous les traits d'une petite fille prénomée Christine !

Quand j'ai commencé à lire cette histoire, je me suis demandée où Colin voulait m'embarquer avec un sujet aussi loufoque (so british, je trouve). Ca m'a fait un peu peur mais pourtant, son humour tout aussi déjanté que son sujet a atteint son but : j'ai fait la traversée sur l'île de Wrathlin et j'ai vécu l'angoisse de Dan, au milieu de personnages tous plus bizarres les uns que les autres...

Sous couvert d'histoire abracadabrante et d'humour décapant, Colin Bateman dénonce ici les agissements intégristes, quels qu'ils soient. Quand on rencontre le père Flynn, catholique à qui l'on a greffé un coeur de protestant pour lui sauver la vie, on a compris où l'auteur veut en venir...

J'ai bien aimé cette lecture originale, même si ce n'est pas mon livre préféré de l'auteur (le meilleur lu jusqu'à présent étant l'incontournable Divorce, Jack !). Reste l'ambiance d'une île coupée du reste du monde qui m'a bien plue, même si ces habitants ressemblent à des psychopathes en puissance qu'on n'aimerait pas avoir comme voisin !

 

75078218








25 octobre 2011

Les fantômes de Belfast

511refsWbAL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Signé le 10 avril 1998, l'Accord de Paix pour l'Irlande du Nord a mis un terme à des années de guerre sanglante. Pourtant les anciennes haines n'ont pas totalement disparu. Depuis qu'il est sorti de prison, Gerry Fegan, ex-tueur de l'IRA, est devenu dépressif et alcoolique. Il est hanté par les fantômes des douze personnes qu'il a assassinées et ne connaît plus le repos. Le seul moyen de se débarasser de ces ombres qui l'assaillent est d'exécuter un par un les commanditaires des meurtres. Dont certains sont aujourd'hui des policiens en vue dans la "nouvelle Irlande". Gerry Fegan est devenu dangereux, il faut s'en débarasser. Une double chasse à l'homme commence..." 

Le hasard veut que je termine ce livre en période d'Halloween ! Si vous aimez les histoires de fantômes, je ne peux que vous encourager à lire ce thriller nord-irlandais dont l'auteur, Stuart Neville, est pour la première fois traduit en France. Vous ne serez pas déçus pour les émotions fortes !

Gerry Fegan est un ancien de l'IRA, qui après avoir tué douze personnes et des années de prison à Maze, a rangé les armes et son engagement pour "la cause". Pourtant, ses victimes se mettent à le hanter, elles hurlent leur douleur et ne lui lâchent plus les baskets ni la tête. Douze fantômes lui demandent justice, c'est-à-dire la mort des vrais assassins : ceux qui l'ont manipulé et payé pour effectuer la basse besogne. Gerry se dit qu'en faisant ce qu'ils lui demandent, il retrouvera la paix. Chaque fantôme désigne au fur et à mesure son bourreau. Et quand il ne comprend pas, Gerry les interroge. Les cadavres s'amoncelent parmi les membre de l'IRA encore actifs, des petites frappes, de la pourriture nauséabonde, appâtée par une place au soleil pour ceux qui sont restés dans l'ombre, ou par toujours plus de pouvoir et d'argent pour ceux qui ont intégré la scène politique nord-irlandaise.

En effet, nous sommes en 2007, 9 ans après les accords de paix de 1998. Tout semble en voie de pacification, c'est du moins la version officielle qu'entretiennent les membres du gouvernement quel que soit leur camp. La paix c'est côté scène, avec strass et paillettes ou presque. Mais côté jardin, c'est moins rutilant...

Autant vous dire tout de suite, Sutart Neville ne fait pas dans la dentelle. Il signe ici un polar cinglant, violent, dérangeant, le tout dans une atmosphère paranoïaque étouffante. Pourtant, une fois entamé, on ne peut plus lâcher ce roman au rythme effrené et au suspense hâletant. 
Le romancier dresse un portrait de l'IRA qui brise l'image angélique qu'on pourrait en avoir. Ici ce ne sont que racaille et compagnie qui n'hésitent pas à régler leur compte entre eux. A tel point qu'ils ne s'aperçoivent même pas qu'il y a une vraie taupe parmi eux : un vilain Ecossais ! (Cryssilda, désolée !!).

C'est un portrait inquiétant qui est fait ici de l'Irlande du Nord où la scène politique ressemble à un panier de crabes. Pourtant, à sa manière bien singulière, ce thriller est aussi une hymne à la paix.
Gerry veut justice et vérité. Tout comme Marie McKenna, nièce du premier type de l'IRA que Gerry abat. Parce que autrefois elle a eu une liaison avec un flic de la RUC * (et un enfant... même si la paternité reste à prouver !), elle a été rejetée par sa famille et sa communauté, qui a estimé que c'était un acte de trahison. Quant à Gerry, sa mère lui a fermé sa porte à tout jamais,  pour les gens qu'il a assassinés autrefois. Marie et Gerry se retrouvent pris en chasse.
Autant dire que ces deux personnages incarnent une nouvelle Irlande du Nord, celle des gens qui aspirent maintenant à la paix et au bonheur après plus de trente ans de conflit. La fin du roman leur laisse cet espoir. D'autant que les "vilains pas beaux" du roman finissent tous par mourir. Ils sont d'un autre âge, celui dont on ne veut plus entendre parler.

J'ai particulièrement apprécié la forme originale qu'emprunte ce roman qui frôle avec le fantastique, surtout dans la première partie du récit. J'ai moins apprécié la très longue scène sanglante qui se déroule dans la grange du patriarche de l'IRA, O'Kane (on finit par se demander où sont passés les fantômes, d'ailleurs!). Un peu plus courte, elle aurait été aussi efficace !

Mais en tout état de cause, Stuart Neville signe ici un thriller remarquable qui va certainement me hanter pendant un bon moment !

Je laisse la dernière phrase à Gerry observant Ellen, cinq ans, la fille de Marie : "Il pensa qu'une fois adulte, elle n'aurait jamais à subir la peur, terrible, incessante, qui avait étouffé cette ville pendant plus de trente ans".

* RUC = Police royale d'Ulster qui recrutait essentiellement dans la communauté loyaliste et protestante.

 

Quelques mots sur l'auteur pris sur la 4e de couveture :"Originaire d'Armagh, en Irlande du Nord. Après des études de musique, il s'est consacré au design multimédia". Peu de choses sur lui donc. Mais il possède un site internet  et c'est ici.

imagesCA7N7HST

Je remercie vivement Babelio et les Editions Payot & Rivages pour l'envoi de ce livre.

08 septembre 2011

Encore une envie !

 

J'ai failli tomber en transe quand j'ai vu que ce roman noir était enfin publié en France :

51w+vjPYGoL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Signé le 10 avril 1998, l’Accord de Paix pour l’Irlande du Nord a mis un terme à des années de guerre sanglante. En 2007, Belfast est une ville où se presse une foule d’étudiants et de jeunes cadres, et où ont fleuri bars branchés et boutiques de luxe. Pourtant, les anciennes haines n’ont pas disparu. Entre les anciens militants toujours attachés à leur cause, les activistes reconvertis en politiciens présentables et les gangsters qui prospèrent, le pays cherche son identité.
Gerry Fegan, lui, se débat avec ses démons personnels. Depuis qu’il est sorti de la prison de Maze, cet ex-tueur de l’IRA est devenu alcoolique. Il est hanté par les fantômes des douze personnes qu’il a délibérément assassinées et ne connaît plus le repos. Le seul moyen de se débarrasser de ces ombres qui assaillent sa conscience sera d’exécuter un par un les commanditaires des meurtres. Mais les nouveaux cadavres que laisse Gerry Fegan sur son passage menacent le précaire équilibre du processus de paix. Une chasse à l’homme commence sur fond de paranoïa et de duplicité, jusqu’à un final explosif.

Avec Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville, révélation du roman noir irlandais, signe un thriller où dominent la tension et l’effroi, servi par une écriture tranchante. Il a su donner à son personnage principal un caractère ambigu et profondément tragique. Entre remords et désir de vengeance, Fegan, qui aspire à la rédemption, incarne les contradictions d’un territoire en quête d’identité, où le feu semble toujours couver. "

Je l'ai demandé via la Masse Critique de Babelio. Je croise les doigts, mais de toute façon je le VEUX !!

Posté par maevedefrance à 18:55 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

10 août 2011

L'étrange disparition d'Esme Lennox

41gk5zFKc8L__SL500_AA300_

4e de couverture : "A Edimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées resurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l'existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l'isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d'une enfance douloureuse ? De l'amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu'une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ? "

C'est vrai que j'ai hésité - un tout petit peu - à me relancer dans la lecture de Maggie O'Farrell puisqu'il y a quelques mois, j'avais été déçue par La femme de mon amant. Mais les avis enthousiastes d'Aifelle, de Miss Alfie, de Mélorie 1974, de  Lou, d'Ys et tant d'autres, ont fini par me convaincre totalement. Et je dois dire que je ne le regrette pas puisque L'étrange disparition d'Esme Lennox (The Vanishing Acte of Esme Lennox, titre original qui a tout son sens !) est d'une toute autre facture que le roman par lequel j'avais commencé à lire cette auteure !

Maggie O'Farrell est nord-irlandaise mais elle plante le décor de son récit à Edimbourg. Esme a été enfermée à l'âge de seize ans, sur décision de son père, à l'hôpital psychiatrique de Claudstone. Mais cet hôptial va à présent fermer ses portes. Iris, sa petite-nièce, ignore jusque-là que sa grand-mère, Kitty, a une soeur. Elle pense à une erreur manifeste. Mais le directeur de l'hôpital l'informe que non, ce n'est pas une erreur et que son nom figure comme personne à contacter. C'est sur la pointe des pieds et emplie d'une peur manifeste qu'Iris décide peu à peu de prendre en charge Esme, qui a passé soixante-et-un ans de sa vie derrière ses murs. La vieille dame raconte alors son histoire, par bribes. S'y entremêle la version de Kitty (atteinte maintenant de la maladie d'Alzeimer, mais il y a des choses que cette maladie ne peut pas effacer !). Et l'on va de stupéfaction en stupéfaction !
Esme est tout sauf folle. Au contraire. Elle se révèle d'une intelligence hors norme. Ce fut une jeune fille qui voulait aller à l'université, qui ne souhaitait pas se marier ni être enfermée à la maison. Quand on lui demandait ce qu'elle voulait faire plus tard, elle répondait d'emblée qu'elle voulait voyager, voir du pays et travailler. En d'autres termes, c'était une jeune femme libre d'esprit et spontannée dans un univers de calculateurs. Et belle, de sucroît...

Le thème des femmes enfermées dans des asiles est presque devenu un classique littéraire et cinématographique sur un fait tristement célèbre. J'avais déjà lu l'époustouflant  Testament caché  de l'Irlandais Sebastian Barry et j'avais déjà vu le film de Peter Mullan sur le même sujet. Mais à chaque fois, on se prend une sacrée claque. Ici l'hôpital (mais peut-on parler d'hôpital, puisqu'un un hôpital est censé pour soigner) n'est pas tenu par des religieuses mais bien des infirmières civiles. Cependant, ce n'est pas ici que se déroule l'essentiel du roman (heureusement !) mais dans l'esprit d'Esme qui dévoile peu à peu l'univers bourgeois étriqué dans lequel elle vivait en famille, un univers où les femmes n'ont pas vraiment leur mot à dire sur leur destin et où il est fort mal vu par le patriarche qu'elle souhaite travailler et se soustraire à la domination masculine.
Une belle réflexion sur le sentiment de culpabilité, la jalousie et le ressentiment. D'ailleurs Iris vit au même moment une relation compliquée avec un homme peu fiable (marié), profiteur et de moins en moins crédible. J'ai bien aimé l'écho de la vie d'Iris avec le passé d'Esme et de Kitty (mais ici le piège se referme sur le profiteur...).
On se dit, à la fin du roman, qu'on nous a assez secoué comme cela. Que maintenant Esme va pouvoir finir ses vieux jours tranquillement et confortablement. Et pourtant...

Un coup de coeur pour ce roman au style dense et ciselé sur un sujet grave mais qui évite aussi les écueils. Une lecture exceptionnelle !

 

 

 

 

05 juin 2011

La maîtresse de mon amant

41F9KTQB0JL__SL160_AA160_

4e de couverture : "Quand Marcus, jeune architecte au charme mystérieux, lui propose de partager son loft londonien, Lily accepte sans hésiter. Mais, dès son arrivée, elle éprouve un sentiment de malaise. L'appartement garde les traces de l'ex-petite amie de Marcus, brutalement disparue. Intriguée, Lily cherche à percer ce mystère. L'image de cette rivale la hante, la poursuit."

Ce roman est divisé en quatre parties. Dont la première se situe avant la "révélation". Et c'est la plus réussie. Maggie O'Farrell arrive à distiller un suspense infernale qui fait avaler les cent quatre-vingt-deux pages en un rien de temps. On se dit que l'on tient là un "page-turner" fascinant. Maggie O'Farrell adopte là le point de vue de Lily la nouvelle colocataire et aussi petite-amie de Markus, un bellâtre que l'on sent tout de suite trop propre sur lui pour être tout à fait honnête, surtout quand il affirme que Sinead, son ex, n'est "plus de ce monde". Troublée Lily mène l'enquête, jusqu'à friser la folie. Le récit est à ce stade proche du fantastique et le lecteur ne sait plus trop à quel saint se vouer. Lily a-t-elle perdu la tête, est-ce la jalousie qui lui fait voir Sinead partout dans l'appartement et dans une librairie...

Soudain, au bout de ces 182 pages, THE révélation (que je ne peux évidemment pas dévoiler). Et THE catastrophe pour la suite du roman  (que je ne peux pas non plus dévoiler) qui tombe dans une platitude décevante. Plus de suspense. Et surtout une évidence tellement énorme qu'on se demande à quoi servent les trois autres parties du livre : Marcus est un coureur de jupons et un goujat de première. Bref, tout ça pour ça. Sans surprise finale, même dans le bush australien, qui frôle l'invraisemblance.

Une déception donc, pour ma première lecture de Maggie O'Farrell. Je retenterai néanmoins l'expérience avec un autre titre en me disant que celui-ci était juste une mauvaise pioche. Dommage. Parce que c'est pourtant sublimement écrit et j'ai vraiment apprécié la manière dont elle décortique chaque geste, chaque micro-événement.

cb7eec9bffae0a209582ce_L__SY100_

11 août 2010

La bicyclette de la violence

511SZAD2KVL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Le jeune Miller boit trop. Il est gros et moche comme les sept péchés capitaux et ses proches sont tous morts plus bêtement les uns que les autres lors des deux dernières années. Aussi, lorsque son journal le mute pour raisons disciplinaires dans la banlieue la plus dure de Belfast ça ne lui fait ni chaud ni froid. Miller déteste de toute façon cette ville, les gens, les meurtres et les alertes à la bombe. Mais il reste un excellent journaliste ; le fouille-merde par excellence ; celui dont les questions vont réveiller les morts..."

Franchement, si vous voulez passer un bon moment avec un livre qui ne donne pas mal à la tête tout en étant très bien fait, je ne peux que vous conseiller de choisir celui-ci. D'abord, c'est absolument hilarant. Miller, journaliste de son état, qui se déplace sur un vélo (la bicyclette de la violence) pour faire ses reportages, est nettement moins bête qu'il en a l'air et c'est un crème, mais vraiment un crème de gars. Mais attention, si on le cherche, on le trouve ! Et celle qui le trouve, c'est la toute aussi déjantée et paumée Marie. Ce livre raconte leur histoire d'amour avec pour lieu d'action le blède glauque de Crossmaheart, 60 km de Belfast, où le rédac chef a exilé pour quelque temps Miller (ne cherchez pas sur une carte si cette ville existe, c'est pas la peine!).

L'histoire, je vous laisse la découvrir vous-même. Mais je vous préviens, votre petit coeur va se serrer et fondre à la fin. Non, vraiment la vie est trop trop injuste avec Miller et Mary.

J'ai bien l'intention de poursuivre ma découverte de Colin Bateman et c'est bien désolant que seuls 4 ou 5 livres soient accessibles en France car il en a écrit des wagons depuis celui-ci qui date de 1995 (paru en France seulement en 2004) !

Quelques extraits :

" Il lui préparait des toasts à la banane, des sandwichs au jambon et au coleslaw. Un dimanche, il se risqua même à faire un poulet au micro-ondes. Il sortit du four une espèce de grosse pelote de ficelle, entourée de choux de Bruxelles explosés."

" - Hé, toi!
Webb fit la sourde oreille.
- Hé, Kojak !
Webb leva les yeux. "Oui. Quoi ?"
- Tiens, ricana Miller, d'une voix pâteuse, tu réponds pas quand je t'apelle, mais si je dis "hé, Kojak!", tu réagis au quart de tour! Tu ferais pas un complexe, rapport à tes cheveux, là ?"

"A cent mètres de chez lui, il avait repéré une épicerie Good Neighbour, tenue par une dondon à gueule de raie"

"Avez-vous vu Les Hommes du Président ?
- Avec Dustin Hoffman et Robert Redford? Vous connaissez un journaliste qui ait manqué ça!
- Alors admettons que je sois votre Deap Throat.
- Vous voulez que je baisse l'abat-jour?
- Le moment est mal choisi pour faire l'andouille!"

Voir aussi mon billet sur Divorce, Jack ! qui m'avait déjà beaucoup plu.