13 juillet 2014

Les anges aquatiques

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A la fin de La Cinquième Saison, je me posais la question de savoir s'il y aurait une suite aux aventures de l'inspectrice Malin Fors. Alors, qu'elle ne fut pas ma joie quand, aux hasards des pérégrinations Internet, je suis tombée sur ce sixième volume, paru il y a peu. Un bon gros pavé de presque
500 pages, qui prend bien de la place sur les étagères...

Le problème récurrent avec une publication tous les un an et demi, c'est qu'on ne sait plus exactement où on a laissé les personnages. Et avec Malin, "l'enquêtrice le plus brillante de toute la police de Linköping [qui] possède un don rare de foutre en l'air sa vie privée et s'attirer des ennuis", il y a presque de quoi être inquiet : aurait-elle fait des siennes même entre deux volumes ? Bon, heureusement, pour les mémoires de linotte, la situation personnelle des personnages est brièvement récapitulé dans chaque volume. Ce qui n'empêche pas qu'il faut absolument lire les livres dans l'ordre parce que, justement, la vie des personnages occupent une dimension primordiale chez Mons Kallentoft. Elle influe sur la manière dont ils mènent une enquête dans l'équipe de police, sur la manière dont ils ressentent les choses, surtout pour Malin, femme ultra-sensible, dotée d'une sorte de sixième sens.

Patrick et Cecilia Andergren sont retrouvés sauvagement assassinés dans le jacuzzi de leur luxueuse villa du quartier de Hjulsbro à Linköping. Leur fille, Ella, cinq ans, reste introuvable. En fouillant la maison, l'équipe de Malin découvre le portrait de la gamine : type asiatique. En creusant davantage, Malin apprend qu'Ella est a été adoptée et qu'elle est d'origine vietnamienne.... tout comme Tess, la fille de Karin, de la police scientifique. Et hop, cette affaire d'enfants adoptées va embarquer Malin dans une nouvelle enquête qui la tient à coeur, d'autant que blessée lors de la précédente aventure, elle ne pourra plus avoir d'enfants. Ce qui n'est pas franchement du goût de Peter, son dernier compagnon. Alors pour faire face à l'horreur, à l'inadmissible et aux blessures personnelles, la tequila est aussi de retour dans la vie de Malin.

Autant vous dire qu'il ne se passe finalement pas grand chose dans ce polar dimension roman noir, ou plutôt que si vous cherchez un thriller, passer votre chemin. L'enquête prend son temps, piétine à souhait et pourtant, on ne lâche pas ce bon gros pavé très bien documenté sur la société suédoise contemporaine (pas étonnant, Mons Kallentoft est aussi journaliste !). La disparition de la gamine adoptée est l'occasion d'évoquer le scandale du trafic d'enfants entre le Viêtnam et la Suède, jusqu'à ce que le pot aux roses soit découvert : celui des enfants volés à leur famille, un enfant contre un cochon... La Suède a rompu ses accords en matière d'adoption avec le Vietnam, mais pas le Danemark. L'occasion pour Malin de décharger sa haine des Danois, un pays de  racistes par excellence selon elle, puisqu'il a fermé ses frontières. Pour elle, Copenhague est "une ville de brique et d'immondices. De gaz d'échappement, de fumée de cigarette et de couenne de porc". Et si Mons Kallentoft évoque par la voix de son héroïne, de manière récurrente, le cochon, le porc, ce n'est pas un hasard.

Malin est toujours aussi peu lisse (et donc d'autant plus crédible), mais les autres aussi, notamment Karin, que l'on découvre sous un autre jour. Personnage pétri de contradictions, et jusqu'à beaucoup de violence dans ce volume, on se dit que parfois elle exagère vraiment trop, qu'il faut qu'elle se calme sérieusement. A tel point qu'on se demande si ce ne sera pas là, vraiment, sa dernière enquête - mais il y a des scènes pas piquées des hannetons, qui valent le détour !

J'allais oublier que les morts parlent toujours mais on se demande pourquoi parce qu'ils ne donnent pas vraiment d'indices supplémentaires au lecteur, contrairement aux autres volumes, où la touche fantastique était franchement assumée et apportait une touche d'originalité. L'auteur devrait laisser tomber l'idée des morts qui parlent si ce n'est pas rien en faire, parce que l'idée qu'il y a derrière agace un peu. 

Reste une bonne analyse du désespoir humain jusqu'à l'aveuglement. De l'agence d'adoption à l'agence du crime organisé au nom du fric.

Un volume plus réussi que La Cinquième Saison : je me suis régalée malgré mes quelques réserves.


 NB : Pour info, un bug empêche depuis plusieurs jours de laisser des commentaires sur les blogs de la plate-forme...
Et je dirai même que là mon billet a carrément disparu : ça devient vraiment pénible !!

 

 

 


27 avril 2013

La 5e saison

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4e de couverture : "Le printemps vient de commencer à Linköping. La célèbre inspecteur Malin Fors vit avec Peter, ne boit plus et envisage de faire un enfant. Mais ce calme est de courte durée. Très vite, les saisons se détraquent et la petite ville suédoise perd toute sérénité. Une femme atrocement mutilée est retrouvée au coeur de la forêt. Ses blessures rappellent l'affaire "Murvall". Maria Murvall, murée dans le silence depuis qu'elle a été agressée avec une rare sauvagerie. Malin n'avait jamais pu l'oublier et s'était jurée de découvrir un jour quel monstre l'avait plongée dans cet état. Les cadavres se succèdent. Malin doit faire vite. Maria est-elle une pièce de cet horrible puzzle ? Qu'est-ce qui relie la mort de ces femmes ? Et surtout, quel être humain est capable d'une telle brutalité ?"

J'attendais avec une grande impatience la sortie du 5e volume des aventures de Malin Force, l'inspectrice suédoise tellement imparfaite (apparemment celui qui a écrit la 4e de couv ne connaît pas le féminin du mot inspecteur, soit dit en passant, ce qui est bien dommage car les romans de Mons Kallentoft sont des romans féministes !).

Eh bien j'ai été déçue ! Je dirai que je me suis même plutôt ennuyée, ce qui est un comble au regard du talent de cet écrivain suédois, qui a vraiment su créer un univers littéraire original, avec un zeste de fantastique. Certes Malin est toujours aussi attachante et toujours aussi indécise sur la voie à suivre concernant sa vie personnelle, mais l'intrigue s'enlise. Pendant 400 pages, on a l'impression de redites. Et finalement, la fin s'avère assez banale. Une petite visite dans une cité suédoise s'avère néanmoins intéressante. Karim, le boss de Malin, d'origine étrangère, envisage même de "terminer l'écriture de son livre sur la question de l'immigration en Suède". Mais bon, cela ne va pas plus loin. Un peu de mafia russe, quelques hommes publics corrompus et le tour est joué. Cependant, Mons semble ici dénoncer la violence faite aux femmes à travers les crimes atroces sur lsequels il revient, à travers l'affaire Maria Murvall (on ne peut comprendre qu'en ayant lu Ete). Mais en même temps, à la lecture, il y a comme une pièce manquante.

Le seul vrai frisson ressenti concerne le devenir de Malin à la fin de ce volume.... Je me suis vraiment demandé si l'écrivain allait réserver le même sort à son héroïne que Henning Mankell à son inspecteur.

Malgré ma déception, sans doute me jetterai-je encore sur la suite des aventures de Malin, si Mons Kallentoft est décidé à les écrire. Et je vous encourage toujours à lire les précédents volumes qui sont un vrai régal !

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09 octobre 2011

Printemps

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4e de couverture : "C'est l'affolement en ville. Une bombe vient d'exploser en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples. Acte terroriste ? Guerre des gangs ? L'investigation piétine. Et si l'attentat visait en fait la famille Vigerö ? Pour Malin Fors, il s'agirait d'une affaire plus personnelle. Malin aussi a ses problèmes. Elle lutte pour ne pas replonger dans l'alcool, sa mère vient de mourir. Et quand son père rentre de Ténérife, le secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années fait enfin surface."

C'est avec une certaine nostalgie que je referme ce pavé de 549 pages qui clôt les aventures de l'inspectrice suédoise Malin Fors (du moins aux dernières nouvelles !). Le premier sentiment que laisse ce quatrième opus (après Hiver, Ete et Automne) est qu'il est sans doute le meilleur de la série.

L'intrigue se déroule en mai 2010 (c'est-à-dire l'an dernier !) et la Suède est touchée de plein fouet par la crise économique. Mons Kallentoft règle leur compte aux banques, au Monde du Fric, aux rapaces de la finance, aux tradeurs peu scrupuleux qui jouent avec l'argent des citoyens de tous les pays du monde.

Un attentat devant une banque de la petite ville provinciale de Linköping tue deux fillettes de six ans. La population est en émoi et presse la police de retrouver les responsables. Les hypothèses sont nombreuses mais la piste islamiste est rapidement écartée (n'en déplaise à certains). Une mystérieuse organisation, le Front de Libération de l'Economie, totalement inconnue jusque-là, est vite suspectée du pire.

Mais comme toujours, dans les romans de Mons Kallentoft, la réalité est encore plus complexe qu'il n'y paraît. Et c'est avec brio que l'écrivain démonte les rouages d'une intrigue qui ne laisse au lecteur aucun répit. Peu à peu de nouveux personnages de l'ombre apparaissent, marionnettes du Mal personnifié : l'Argent, représenté sous les traits d'un vieillard aveugle et mourant mais qui a passé sa vie à martyriser jusqu'à ses enfants pour en faire des machines de guerre.
L'auteur reprend ici un thème qu'il affectionne particulièrement : l'enfance maltraitée, le tout dans une logique implacable.

Ce que j'apprécie aussi particulièrement dans cette série, c'est l'imperfection des héros et la complexité des personnages. Les romans de Mons Kallentoft vont au-delà des apparences et explications simplistes, dans un monde contemporain toujours plus complexe et ici sur une toile de fond d'une actualité brûlante. C'est aussi, paradoxalement, un univers au bord du fantastique, avec les narrateurs ominiscients que sont les victimes décédées.

Le seul tout petit bémol que l'on peut reprocher à l'auteur ici,  c'est que la vie personnelle de Malin qui s'achève un peu trop sur une happy end, qui détonne d'autant plus avec le reste du récit. Mais bon, c'est le Printemps...

A lire absolument !


NB : Hiver vient de sortir en format poche.


 

 

 

27 août 2011

Mes envies littéraires de rentrée

Mon chouchou suédois pour la fin des aventures de Malin :

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"Un beau matin de printemps, une bombe explose en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. C’est l’affolement en ville. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples et l’investigation piétine. Malin Fors, elle, sent qu’il s’agit d’une affaire personnelle. Et si l’attentat avait en fait visé la famille Vigerö ? Malin essaie d’avancer dans son enquête aux côtés de Zeke, malgré les bouleversements qu’elle vit : elle enterre sa mère, son père est de retour et elle découvre enfin le sombre secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années..." (sortie le 8 septembre)

Notez que Hiver sort en poche !

Et aussi mon chouchou irlandais qui n'avait pas publié en France depuis un moment :

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 "Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain."  (sortie demain 25 août !)

Envies raisonnables :) !
Edit du 27/08 : ca y est, j'ai mon O'Connor :-)

 

EDIT DU 27/08 : Je viens de découvrir que Sorj Chalandon, l'auteur de Mon traitre, publie la suite de ce roman auto-biographique, celui où il donne sa plume au traitre : 

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Ca va sans dire que je le veux aussi !!! 

 

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29 mai 2011

Automne

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4e de couverture : "Jerry Petersson est un riche avocat parvenu. Tout le monde le déteste. Aussi, quand on retrouve son cadavre dans les douves du château qu'il vient d'acheter, personne n'est étonné. Malin mène l'enquête, qui l'amène sur l'île de Ténérife. Un dépaysement dont elle a bien besoin. Rien ne va plus chez elle. C'est l'automne à Linköping. Il pleut, le temps est maussade et froid. Malin, maintenant bien connue du public français, est toujours aussi fragile. Elle devra affronter ses vieux démons et sa solitude pour se lancer aux trousses du tueur. "

Tout d'abord je ne peux que déplorer la quatrième de couverture qui donne une idée fausse du livre. Malins à Ténérife ? Oui mais tellement rapidement que ça ne compte pas. Tout le monde déteste Jerry Petersson ? Non seulement quelques individus qui ont leurs raisons, notamment le patriarche d'une vieille famille de la noblesse suédoise dont le fils a vendu le château à ce nouveau riche parvenu. Bref...

Voici donc le troisième volume des aventures de l'inspectrice Malins Fors et de son équipe que j'ai retrouvées avec plaisir. Et toujours la construction du polar sur la base du déréglement saisonnier : la petite ville de Linköping subit un déluge. Et ça ne s'arrange pas dans la vie de Malin, qui a tendance aimer beaucoup trop la téquila et à lever la main un peu vite (et c'est la raison pour laquelle il faut lire les histoires dans l'ordre car la cause de sa dépression est à trouver dans Eté).

Ici Mons Kallentoft explore le thème de la maltraitance, démontre avec brio l'enchaînement de la violence  et les raisons qui poussent les coupables (et victimes) à agir comme ils le font. Et c'est là un des tours de force de l'écrivain. Dans ses romans, pas de scènes sanguinolentes, mais des explications qui se font jour au fur et à mesure. Tout cela dans un style qui lui est propre et que j'ai encore jamais vu ailleurs : les morts sont omniscients, commentent les scènes et parfois expliquent les faits. Par ailleurs, les narrateurs changent sans que l'on en soit prévenu, mais pourtant cela ne perturbe pas la lecture. Enfin, les coupables qui sont aussi des victimes, sont des gens comme les autres, ou presque...

Seul bémol du livre : j'ai trouvé que la vie privée de Malin prenait trop le dessus pendant une bonne partie du roman, ce qui fait que l'on a tendance à oublier l'intrigue : une énigme policière, avec deux cadavres. Heureusement, dans le dernier tiers du livre, celle-ci reprend le dessus.
Par contre, j'ai adoré l'ambiance vieux château suédois perdu dans la forêt ! Et aussi la fin !

Un opus sans doute moins captivant que les deux précédents (Hiver et Eté) mais à découvrir tout de même !

Et pour finir, une petite vidéo du libraire Gérard Collard, sur la série :

http://youtu.be/c4Ku_tKvUc4

06 mars 2011

Il est sorti !

Enfin, depuis le temps que j'attendais ça, vient de paraître Automne de mon chouchou suédois Mons Kallentoft

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4e de couverture : "Jerry Petersson est un riche avocat parvenu. Tout le monde le déteste. Aussi, quand on retrouve son cadavre dans les douves du château qu'il vient d'acheter, personne n'est étonné. Malin mène l'enquête, qui l'amène sur l'île de Ténérife. Un dépaysement dont elle a bien besoin. Rien ne va plus chez elle. C'est l'automne à Linkôping. Il pleut, le temps est maussade et froid. Malin, maintenant bien connue du public français, est toujours aussi fragile. Elle devra affronter ses vieux démons et sa solitude pour se lancer aux trousses du tueur."

Après Hiver et Eté que je vous recommande chaudement, je vais me jeter sur celui-là ! Par ailleurs le magazine LIRE consacre un numéro spécial aux écrivains nordiques. Mais il a commis l'erreur fatale d'oublier Mons. Impardonnable !

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17 juillet 2010

Hiver

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4e de couverture : "Mardi 31 janvier, 7 h 22. Il fait encore nuit à Ostergotland. Cet hiver est l'un des plus froids que l'on ait connus en Suède. Ce matin-là, Malin Fors et ses collègues de la criminelle découvrent un cadavre, nu et gelé, pendu à une branche d'arbre. Mais comment diable cet homme a-t-il atterri ici ? Meurtre ? Suicide ? Et d'où viennent ces étranges blessures qui recouvrent son corps ? D'indice en indice, de nouveaux personnages apparaissent : les trois frères d'une certaine Maria, suspectés de viol ; Joakim et Markus, deux adolescents pas très nets ; Valkyria et Rickard Skoglôf, deux marginaux adeptes de cultes vikings. Les policiers sont perplexes. Pour la première fois en France, le public est invité à faire la connaissance de la célèbre Malin Fors, qui compte déjà des millions de fans en Scandinavie."

Que dire de plus si ce n'est que ce livre est tout simplement génial !
Le secret est bien gardé, jusqu'au bout. Et c'est du solide. Jusqu'au bout le lecteur, comme la commissaire Mal Fors et son acolyte Zakarias Martinsson (dit "Zeke") doutent devant les différentes pistes qui s'offrent à eux : le meurtre de "Bengt le Ballon" est-il l'oeuvre de petites graines de racailles en puissance ne supportant pas les personnes obèses ? Mais voilà également que le meurtre ressemble absolument à un rite du solciste d'hiver des adeptes des Ases, dieux ancestraux vikings. Et la famille Murvall, marginale "brut de décoffrage" est-elle simplement coupable de port d'armes illégal et de braconnage ? Tout se tient et tout est possible.

Comme dans Eté (le volume suivant que j'ai déjà lu), Mons Kallentoft démonte les ficelles d'un meurtre certes, mais aussi sur les événements d'une vie qui font que l'on peut devenir complètement fou, jusqu'à devenir un meurtrier.
Ici l'écrivain suédois fait la part belle à l'enfance maltraitée et aux enfants abandonnés à eux-mêmes. Il pointe du doigt les vrais responsables du désastre qui en découle. Et c'est ce qui est génial chez Kallentoft : même les meurtriers ont une part d'humanité.

Un superbe roman sur l'intoléranceégalement, dont chacun peut faire preuve à un moment ou un autre de sa vie, pour des raisons qui lui sont propres.
Mal Fors, devant le mode de vie des Murvall déclare : "Qu'on puisse vivre comme ça de nos jours en Suède [...] complètement en dehors de toute normalité. C'est étrange. Complètement anachronique."
Et Zeke de répondre : "Les allocations [...]. C'est la faute à ses maudites allocations. Je parie que tout le clan bénéficie des allocations chômage et de l'aide sociale, et Dieu sait de quoi encore. Et les allocations familiales pour tout ce troupeau, ça doit se monter à une petite fortune chaque mois" Puis de réfléchir un peu plus : "Dans notre société, il y a plus de marginaux que l'on croit. Ce n'est pas si inhabituel. Rappelle-toi le groupe à Borlange, la secte Knutby, les adeptes de Sheike, la putain de moitié nord de ce pays. Bien sûr qu'il y en a aussi chez nous, et tant qu'ils ne troublent pas l'ordre public, personne ne s'y intéresse. Laisse-les vivre leur vie misérable en paix, les gens normaux aussi ne s'occupent que de leurs propres soucis. Les pauvres, les fous, les immigrés, les handicapés. Tout le monde se fiche d'eux. Sauf quand il s'agit de se prouver à quel point sa propre vie est normale. Et qui sommes-nous pour juger la vie des autres ? Peut-être sont-ils mêmes plus heureux que nous."

Les personnages de ce roman, en particulier les deux héros' sont très attachants (même si on a parfois envie de coller des claques à Zeke). Mal Fors aime toujours l'alcool (la tequila a sa préférence) et regarde sa fille devenir une jeune adolescente amoureuse (j'adore ses réactions de "maman-poule"). Une héroïne toujours aussi seule dans la vie, naviguant entre un journaliste un peu pourave et le père de sa fille.

Bref, on passe un superbe moment avec ce roman. Pour moi c'est une des séries policière de l'été à lire ABSOLUMENT !
Vous voilà prévenus :) !

25 juin 2010

Eté

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4e de couverture : "C'est l'été le plus chaud que Linköping ait jamais connu. La forêt qui borde la ville s embrase, les nuages de fumée planent dans le ciel obscurci et menacent les citadins. Les incendies n empêchent pas un pervers sexuel particulièrement sordide et cruel de faire régner la terreur dans la ville. L'enfer brûlant des flammes crée une sorte de solidarité parmi les gens, alors que la peur et l'angoisse face aux meurtres horribles du tueur font émerger des soupçons et des préjugés envers celles et ceux qui semblent différents. L'horreur devient totale, quand la propre fille de Malin Fors -l'enquêtrice des romans de Kallentoft et de Hiver - se fait enlever. Chaque minute compte, et Malin n a plus que son instinct de policier et de mère pour l'aider à sauver l'être qui lui est le plus cher au monde."

Si vous ne connaissez pas encore Mons Kallentoft, un conseil, jetez-vous sur ce nouvel écrivain suédois qui écrit des polars très bien, originaux et très bien ficelés. 12154Eté est le deuxième traduit en français.

Déjà, la Suède sous la canicule, ce n'est pas quelque chose de banal ! Ce n'est pas l'image d'Epinal que l'on attend. Et, à mon humble avis, ce n'est pas un hasard car ce livre est tout sauf un roman policier avec des idées toutes faites. Sur fond de dérèglement climatique et de pervers sexuel en goguette dans une ville brûlante, Mons Kallentoft prend la peine  de peindre le tableau de la société suédoise contemporaine. Ce n'est pas vraiment une peinture glorieuse, mais elle n'est pas pour autant en noir et blanc.

Le lecteur assiste à des méthodes policères peu orthodoxe de la part de ce Zeké aux préjugés tenaces. Très agaçant ce type souvent. Cependant, il n'est pas totalement méchant. Juste ignare. Même le monstrueux psychopathe qui tue les jeunes filles a une part d'humanité. Mais franchement, on n'a pas envie de croiser son chemin, c'est moi qui vous le dit !

Mons Kallentoft démonte les mécanismes qui ont amené cette personne à devenir ce qu'elle est : une meutrière perverse, une désaxée.

Malin, l'héroïne commissaire de police n'est pas une wonder woman, juste une citoyenne suédoise ordinaire, un zeste alcoolique parfois les soirs de cafard solitaire, puisqu'elle est seule dans la vie avec sa fille à élever. Elle se console parfois de ce vide avec un collègue journaliste, voire son ex-mari...

L'enquête qu'elle mène la conduit sur de fausses pistes, le prétexte pour l'auteur d'évoquer les préjugés sur les immigrés en Suède et sur le monde lesbien. Cependant, le rythme est hâletant, malgré les fausses pistes et le suspense va crescendo. Malgré la canicule suédoise, le lecteur frissonne par moment, surtout à la fin, avec des mises en scène d'une grande noirceur.

Autre originalité : dans ce roman, les victimes décédées, devenues des "anges d'été",  parlent ! Les personnages en vie ne les entendent pas. Mais elles dévoilent au lecteur leur point de vue et ce qui s'est passé,quand elles s'en souviennent.  Mais le romancier a la bonté de ne pas faire de toutes les victimes des décédés...

On passe un excellent moment avec ce roman policier intelligent et au style fluide. J'ai hâte de découvrir le premier volume déjà paru, Hiver,  et les deux autres qui seront disponibles en 2011 et dont vous aurez déjà deviné les titres.

Et une fois de plus, la couverture est fort sympathique !

Voir aussi le billet de Katell chez qui j'ai découvert l'existence de cet écrivain. Encore une belle découverte !