27 décembre 2014

Sous les couvertures

 

sous les couvertures

4e de couverture : "Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s'éveillent et se racontent leurs histoires... Mais ce soir, l'heure est grave : les nouveautés viennent d'arriver, et les romans du fond de la librairie n'ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur !
Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s'unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu'ils n'ont pratiquement aucune chance...
Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d'humour et d'originalité. Où l'on découvrira, entre autres, à quoi servent les classiques, en quoi les livres ressemblent à leurs auteurs... et pourquoi, à l'habit des académiciens, on a ajouté une épée."

Une quatrième de couverture bien alléchante qui m'a fait craquer pour ce roman d'un petit éditeur parmi les dizaines proposés par Price Minister pour le Match de la Rentrée Littéraire 2014 ... Un roman passé inaperçu pendant la profusion de la rentrée littéraire, de surcroit !
Pourtant, j'ai eu du mal à m'attacher aux deux histoires menées de front dans ce roman, avec d'un côté la vie du vieux libraire qui râle tout le temps, refuse de vivre avec son temps et ne jure que par les livres du passé et, de l'autre, la narration fantastique de la vie des livres. Ceux-ci sont des personnages à part entière et se nomment Mauve, Vieille Gloire, Rouge, Grand, Ecorché, Junior... Au début, c'est amusant. Mais au fil des pages, ça devient lassant. Les livres volent de leurs propres pages, discutent entre eux et se disputent. L'ensemble finit par donner une impression de maladresse, du moins c'est la mienne !
L'histoire du libraire et de sa jeune apprentie pleine d'idées a davantage retenu mon attention. Il y est question de l'évolution de la chaîne du livre, d'un certain géant de la vente en ligne prêt à avoir la peau des librairies, du numérique, des publications toujours plus nombreuses qui entraînent irrémédiablement une durée de vie plus courte pour les livres qui ne se vendent pas assez vite, avec au bout le pilon  - malheur! horreur ! La pression des banquiers sur les libraires, envahis de cartons, le problème de la gestion des stocks induit par l'explosion éditoriale. Mais la narration tourne presque en boucle, se répète et finit aussi par ennuyer !

Quant à "la merveille d'humour" annoncée, je dois dire que je suis plutôt restée de marbre, et pourtant ce n'est pas faute d'être plutôt bon public. La seule chose qui m'a fait sourire, sans doute aux dépens de l'auteur, c'est l'anecdote sur la boîte aux lettres de l'apprentie : "Dans la boîte aux lettres, elle trouva le journal municipal, deux publicités à son nom et une enveloppe abîmée, marquée du tampon d'un éditeur parisien. Le facteur avait forcé pour glisser le paquet par la fente. Au fond de la boîte gisait aussi une invitation du bureau de poste à venir chercher un colis plus volumineux encore. Cela arrivait plusieurs fois par semaine. Sa colocataire était chroniqueuse littéraire." Sérieusement : que fait mon facteur dans ce roman ?? :)


Un lecture décevante pour moi, qui me laisse une impression de décousu. J'en suis navrée parce que l'idée était bonne, la thématique sur les problèmes rencontrés par la chaîne du livre intéressante. Dommage donc ! Je sais que d'autres ont aimé.



Je remercie toutefois Olivier Moss de Price Minister  et les Editions rue Fromentin pour l'envoi.

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Résultats du match littéraire courant janvier je crois

 

 

 

 

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27 octobre 2014

La condition pavillonnaire

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4e de couverture : "La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son mari et ses enfants, dans sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. l'insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires: l'adultère, l'humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnés. Le temps passe, rien ne change. L'héroîne est une velléitaire, une inassouvie, une Bovary...Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine."

La quatrième de couverture dit tout. Mais il faut dire que dans ce roman, il ne se passe rien de surprernant ! C'est d'une platitude incroyable, écrit tout en pâté très serré de surcroît. Seul le tutoiement du narrateur envers le personnage tout au long du récit peut surprendre. Je ne me suis attachée ni au personnage principal, cette banale M.A-. qui s'ennuie dans sa vie et ne trouve comme échappatoire que de tromper son mari. Ouais, bof.... Il faut vraiment manquer d'imagination !

Récit de la vie d'une femme qui ne s'intéresse à rien. Si ce n'est (par ordre chronologique) : se trouver un mari ; devenir propriétaire ; fonder une famille. Pourtant, elle n'a pas l'air sotte, elle a fait des études, elle est cadre. Mais apparemment aucune sensibilité artistique et culturelle. M.-A. est un être désincarné. Elle a tout du zombie. Elle finit comme tel : rien de tel qu'une bonne petite dépression et le tour est joué !  Elle manque d'imagination et de curiosité. Ce n'est pas une Bovary ou du moins une pâle copie sans originalité.

Un roman qui manque de piquant, sans vraiment de surprise : on pressent tout ce qui va arriver. Je me suis profondément ennuyée et je regrette que l'analyse de la société contemporaine soit inexistante. Une histoire triste qui laisse néanmoins de marbre.


 

12 octobre 2014

Une vie d'emprunt

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traduit par Stéphane Roques

4e de couverture : "Slava, jeune juif russe de New York, est un modèle d'intégration. Fuyant sa communauté, sa langue maternelle et le poids du destin familial, il s'est installé à Manathan où, à défaut de réaliser ses rêves d'écrivain, il a dégoté un poste de larbin pour la prestigieuse revue Century avec, en prime, une petite amie américaine branchée et sexy. Mais la mort de sa grand-mère le ramène brutalement parmi les siens, à Brooklyn, et plus précisément chez son grand-père. Le vieux Guelman a souffert dans la vie parce qu'il était juif, parce qu'il était citoyen de seconde zone en Union soviétique, puis immigré russe en proie au mépris d'une Amérique triomphante - et voudrait bien, aujourd'hui, obtenir réparation. Mais il n'est éligible à aucun programme d'indemnisation. Qu'à ne cela ne tienne, Slava est écrivain, il sait raconter des histoires..."

Je n'avais jamais entendu parler de Boris Fishman avant d'aller à Festival America et d'assister à un débat sur l'Histoire dans la fiction. Cet écrivain à l'humour corrosif et au discours intéressant m'a intriguée et j'ai eu envie de découvrir son roman, qui est de plus son premier. Ce fut une aubaine quand Babelio l'a mis en lot dans sa Masse critique de rentrée.
Boris Fishman est américain mais il est né en Biélorussie en 1979 et il est à présent journaliste. Le roman était prometteur : la vie plutôt compliquée d'un Américain d'origine russe, juif de surcroit et l'idée fumante (et immorale) qui lui vient à l'esprit pour que son grand-père touche une indemnisation était alléchante. L'idée de Fishman est audacieuse (elle n'est pas révélée par la quatrième de couverture mais il l'a révélé lors du débat à Festival America donc je la connaissais avant même d'avoir lu le livre) Seulement voilà...

On comprend bien, dès les premières pages que la famille de Slava est du genre pénible et accaparante  (même morte la grand-mère en impose encore et le grand-père, malgré ses quatre-vingts ans, ne perd pas le Nord). On nous raconte comment les petites magouilles entre immigrés, juifs,  sur le sol américain leur ont permis de se simplifier la vie. Le tableau est d'un humour corrosif et sans concessions. Puis la vie d'assistant de rédaction de Slava prend le relais et son idylle avec sa collègue, Arianna elle aussi juive et américaine, précédée par des considérations sur les fringues de deux Américains qui fréquentent un bouge appelé Le Kaboul, les fringues des collègues de Slava au Century, des considérations sur les articles qu'il a écrits...

... Le livre m'est tombé des mains au bout d'environ 150 pages. Trop de digressions, trop de détails encombre la narration : on en perd le fil. Peut-être est-ce parce que je voulais à tout prix être dans le vif sur sujet (que je connaissais). Mais sans le connaître, on se demande où l'écrivain veut en venir. Le coeur de l'intrigue tarde trop à venir. J'ai eu du mal aussi, avec son style assez alambiqué. Pas que les longues phrases me rebutent a priori, mais là, parfois, on ne sait plus trop de quoi il cause. A moins que j'ai manqué d'attention, ce qui est aussi possible !

Bref, je suis d'autant plus déçue que j'ai apprécié les interventions de l'auteur lors du débat à Festival America où il avait un discours tout à fait intéressant, doublé d'un humour que l'on retrouve dans ce livre : malgré tout, j'ai réussi à sourire par moments lors de la lecture. Même si ce roman est finalement une déception.

Je remercie Babelio et les Editions Buchet Chastel pour l'envoi du livre.

 

 

10 octobre 2014

L'homme de la montagne

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 Traduction : Françoise Adelstain

Nous sommes en 1979, en Caroline du Nord, plus précisément dans le Parc national de Golden Gate, dans une résidence superbement nommée "Cité de la splendeur matinale (!). Rachel a treize ans et sa soeur Patty en a onze. Leur père est le flamboyant inspecteur Torricelli, divorcé pour cause d'être aussi un flamboyant coureur de jupons. Néanmoins, il adore ses filles, qui, livrée à elles-mêmes (pour cause de mère dépressive), ont comme activités favorites les balades dans la montagne et regarder leurs séries TV préférées installées sur une couverture dans le jardin de leur voisin (tant pis si elles n'ont pas le son, l'image leur suffit, elles font elles-mêmes les dialogues !). C'est bien calme le Golden Gate National Park, un peu trop quand on a treize ans et onze ans. Mais voici qu'une série de meurtres va venir pimenter leur existence et leur réserver bien des surprises.

Ce roman s'est retrouvé de façon totalement inattendu dans ma Pile à lire suite à mes pérégrinations à Festival America. C'est parce que j'ai entendu Joyce Maynard en parler dans un débat et qu'elle a su susciter ma curiosité quand elle a parlé de ce roman en disant que ses héroïnes sont des personnages forts. Et que c'était l'une des choses qui lui importaient le plus. Et puis, il y avait l'issue de l'intrigue (non révélée, évidemment) qui avait l'air d'être un peu hors du commun.
Eh bien je dois dire que je ne m'y suis pas trompée : moi qui ne lit pas si souvent que ça des romans américains, je n'ai pas lâché celui-ci. Et c'est le premier que je lis de Joyce Maynard...

C'est tout d'abord, pour nous, lecteurs français, une sacrée plongée dans l'Ouest américain, un vrai dépaysement, dans cette bourgade à l'ombre du mont Tamalpais - où rodent, en plus des coyotes, ce serial killer qui va terrifier la population pendant des mois et des mois.

C'est aussi une plongée dans les années 70-80, avec en écho la série Drôles de Dames (Farrah est d'ailleurs le surnom que donne l'inspecteur Torricelli à sa fille Rachel). Drôles de dames, c'est en effet ce que sont ces gamines qui jouent les enquêtrices pour aider leur père à trouver le coupable. Parce que, au fil du temps, l'inspecteur Torricelli va perdre de sa superbe face aux medias et à la population car il ne parvient pas à arrêter le meurtrier. Seulement, à 13 et 11 ans, on est inconscients du danger. Les deux gamines vont échafauder un plan, qui évidemment ne se passera pas du tout comme prévu. Mais l'une d'elle aura une idée aussi géniale que burlesque pour les sauver d'un face-à-face qui prend une allure inattendue (ne vous apprêtez pas à pleurer mais plutôt à rire et à trouver, qu'effectivement, ces deux gamines sont de drôles de dames !).
D'ailleurs, Patty faire remarquer à sa soeur qu'"on est tous des drôles de zèbres. Chez certaines personnes, on ne remarque pas leur bizarrerie, mais on en a tous une".

Ensuite, c'est l'âge de 13 ans qu'explore sous toutes ses formes Joyce Maynard. Je ne me rappelle pas de comment j'étais à cet âge-là exactement mais j'ai trouvé que le personnage de Rachel était à la fois très gamine et très mature pour son âge. Du moins, elle évolue au fil des pages dans sa vie d'ado, n'hésitant pas à larguer manu militari son premier  boyfriend qui la prend pour un objet. On s'attache rapidement aux deux gamines au caractère bien trempé, dont on sent que dans la vie, elles ne se laisseront jamais marcher sur les pieds. C'est un trait de caractère qui m'a beaucoup plu, notamment dans sa dimension féministe.

Parce que c'est aussi ce qu'est ce roman aux multiples facettes : un polar qui tient en haleine et un roman d'apprentissage féminin et féministe.

Enfin, la fin n'est pas convenue. Si ce n'est pas tout à fait une happy end (il y aura des morts), c'est toutefois une fin comme je les aime :habile, inattendue, émouvante, mais sans pathos larmoyant. Autrement dit : la vie reprend ses droits.

Et pour vous mettre dans l'ambiance de ce roman,  écouter le titre qui hante le roman:)

The Knack-My Sharona





 

 

23 septembre 2014

L'amour et les forêts

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Bénédicte Ombredanne est agrégée de lettres et enseigne dans un lycée. Parce qu'elle n'est pas retenue pour être membre du jury d'un prix littéraire, elle décide d'écrire à Eric Reinhardt pour lui dire que si elle avait été retenue, elle aurait défendu son dernier roman qu'elle a adoré. Eric Reinhardt lui répond et s'ensuit, non sans hésitation et réflexion de la part de l'écrivain (les écrivains ayant "la réputation d'être des croqueurs de lectrices"), une correspondance email suivie de deux rencontres. L'écrivain est rapidement intrigué par cette jeune femme, habillée avec recherche, à la manière d'une dandy toute droit sortie du XIXe siècle (veste en pane de velours, bottines lacées, bague ancienne...). Il se confie sur son travail d'écrivain (l'angoisse d'écrire un prochain roman plus mauvais que celui qui l'a rendu célèbre) et cette confidence (un zeste manipulatrice, mais pas totalement) incite à son tour Bénédicte à la confidence : elle avoue être victime de harcèlement conjugal. L'écrivain, indigné, se prend d'amitié pour cette femme. De son côté, Bénédicte tente de changer sa vie : sur un coup de tête et de colère, elle s'inscrit sur Meetic.

C'est le premier roman que je lis d'Eric Reinhardt. J'avoue que j'ai été bluffée par la qualité de son écriture et les divers niveaux narratifs que contient ce roman. L'écrivain est d'abord narrateur puis s'efface pour laisser la plume à Bénédicte qui raconte son calvaire. On change souvent de registre de langue. On passe d'une écriture très soignée, aux longues phrases proustiennes, à un style très cru qui vous met des coups de poing dans les yeux, une écriture 2.0 qui vous plonge dans la jungle plutôt mal-famée de Meetic comme qui vous y étiez vous-même en direct (mais en même temps, c'était comique). On a l'impression de vraiment se faire harceler et insulter par le mari de Bénédicte. Enfin, la dernière partie du roman se fait presque polar : l'écrivain revient sur scène pour enquêter sur le passé de Bénédicte.

Autant le dire tout de suite : malgré tout le malheur de Bénédicte, j'ai eu du mal à avoir totalement de l'empathie pour elle. Pas que je ne trouve pas que ce qu'elle vit est insupportable (ça l'est vraiment totalement !), mais j'ai eu envie de la secouer à longueur de pages, de lui dire : "Mais purée, barre-toi ! Ne reste pas avec ce cinglé. Pour moins que ça d'autres l'ont fait ! En plus tu es agrégée, tu as les moyens financiers de te barrer !" Bref, Bénédicte est un personnage très agaçant parce qu'elle ne va pas au bout de ce qu'elle décide. Elle fait les choses sous le coup de la colère, de sursauts, puis n'assume pas et retourne dans ses pénates.
Voilà un exemple presque "soft" de la manière dont lui parle son mari : "Regarde-moi dans les yeux au lieu d'interroger la moquette, on dirait une demeurée. Ce n'est pas en adoptant cette attitude de contrition que tu vas t'en sortir, hypocrite, salope." Et quand je dis que ça c'est "soft", ça l'est vraiment. C'est quand il est "gentil" qu'il lui parle ainsi. Je ne parle même pas du reste qui va au-delà de ce qu'on peut imaginer. Ce type est un pervers narcissique et sa femme tombe dans les pièges qu'il lui tend (il pleure, il supplie, il promet) à tous les coups (sans jeux de mots!). Pourtant cette femme n'est pas une demeurée et elle le sait.  Elle entreprend des choses (la rencontre sur Meetic d'un homme bien qui la rend plus heureuse en une demi-journée que son mari en x années de mariage) mais elle rêve sa vie plutôt que de passer à l'action. Elle s'imagine un avenir : "Elle arrêterait l'enseignement : elle sortirait de cette prison-là (...). Elle en avait assez, en somme, de se dévouer quasi exclusivement, dans l'ordre, à son mari, à ses enfants, et aux enfants des autres, sans aucun retour constructif. Elle suivrait une formation pour travailler dans l'édition : après tout, elle était agrégée de lettres, ce n'était pas rien, sans doute pourrait-elle devenir correctrice, ou bien lectrice, ou bien encore, un jour, qui sait, une éditrice appréciée par ses auteurs, pourquoi pas ?"

Déjà le lecteur a son compte d'émotion devant cette histoire. Mais il n'est pas au bout de ses surprises. On imagine totalement que Bénédicte va finir assassinée par son époux. Eh bien non ! Et là attention je suis obligée de raconter la fin alors SPOILERS :
Bénédicte meurt d'un deuxième cancer (parce qu'elle en a eu un premier !). Mais avant de mourir, elle est encore accablée par son mari (et dénigrée par ses enfants). Bénédicte, mourante, souhaite qu'on la laisse seule et surtout que son mari ne dorme pas au bout de son lit d'hôpital. Evidemment c'est ce qu'il fait ! Et finit par lui faire comprendre qu'elle ne crève pas assez vite !!  A peine morte, sa fille dégage toutes les affaires de sa mère de la maison.
Alors là, pour tout ça j'ai dit : STOP. C'est "too much" ! J'ai trouvé que ça perdait en crédibilité par excès de malheurs. J'ai peut-être tort mais c'est mon ressenti. Limite il y a de quoi se pendre à la fin !

C'est d'autant dommage que l'idée du rebondissement qui fait de l'écrivain un enquêteur "familial" après la mort de Bénédicte est originale. L'idée de la jumelle de Bénédicte surprenante. Le contenu des révélations de la jumelle peut-être un peu moins, en fin de compte (j'avais en partie deviné).

En tout état de cause, malgré la dernière partie du livre qui m'a déçue par excès de malheurs, ce roman est vraiment un bouquin marquant et bluffant qui reste dans la mémoire même quinze jours après l'avoir refermé.

Ce roman a été écrit sur la base de témoignage de lectrices qui ont écrit à Eric Reinhardt pour témoigner de leur calvaire. L'une d'entre elles lui a même demandé d'écrire sa vie. Témoignage pour celles qui souffrent en silence. Comme je l'ai pensé dès le début : il ne faut sans doute pas aller très bien pour confier sa vie à ce point à un écrivain.

Eric Reinhardt brosse le portrait d'une femme en souffrance mais non sans quelques piques bien senties. Ce livre est en sélection pour le Prix Goncourt 2014, ça ne m'étonnerait pas tout à fait qu'il le remporte. Wait and see.

30 août 2014

Pétronille

 

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Contre toute attente j'ai replongé dans la lecture d'Amélie Nothomb dont j'ai lu à peu près tous les romans jusqu'au Fait du prince, qui m'avait déçue. Et c'était avant la création du blog. Depuis, mes lectures se sont beaucoup diversifiées, étendues dans des contrées littéraires qui m'étaient inconnues auparavant.
Je sais qu'Amélie a ses détracteurs qui lui reprochent de sortir aussi régulièrement qu'un métronome et à gros tirage, un livre une fois par an au moment de la rentrée littéraire d'automne. Certains lui reprochent même d'écrire des romans avec pas assez de feuilles ! Mais depuis quand la qualité d'un texte se mesure-t-elle à sa longueur ? Ca me rappelle des histoires de dissert à la fac... Cela dit, je serais presque d'accord pour dire que Pétronille est trop court.
Un conseil : quand vous commencez la lecture, veillez à être en solo et dans un lieu bien insonorisé sous peine de voir débarquer les pompiers ou l'asile. L'entourage peut trouver qu'il vous arrive quelque chose de très étrange - "t'as picolé ou quoi ?"...

Il est effectivement question d'alcool dans ce bouquin. Mais pas n'importe lequel. Celui avec des fines bulles : le champagne. Mais pas un trou-chaussettes : le meilleur du meilleur : veuve-clicquot, Rotschild... En effet "l'ivresse (...) relève de l'art" et le champagne provoque "une ivresse qui ne ressemble à nulle autre" : "Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé" ...

Amélie se prend une cuite toute seule jusqu'au moment où elle se rend compte que le champagne la rend de compagnie tellement sympathique qu'il faut en faire profiter quelqu'un. Elle se met en quête d'un "convignon" ou d'une "convigne" de beuverie. Après avoir passé en revue toutes ses connaissances et décrété qu'aucune ne pouvait convenir, elle décide de le/la trouver parmi ses lectrices et lecteurs au moment tellement bizarroïde de la dédicace qui "repose sur une ambiguïté fondamentale : personne ne sait ce que l'autre veut". Seulement Amélie est réputée répondre à tous les fans qui lui écrivent et donc de connaître ceux avec lesquels elle entretient une correspondance.
Une certaine Pétronille Fanto lui tend son exemplaire du Sabotage amoureux. Amélie sursaute sur son siège : "C'est vous ?!" Du choc de la rencontre qui la fait changer de dimension ("je ne sais même pas si c'est passer de la deuxième à la troisième dimension, parce que c'est peut-être le contraire"), débute une histoire d'amitié farfelue avec cette personne qui semble avoir 15 ans et un "regard de piment rouge" mais qui a 22 ans et termine un master de littérature élisabethaine, (et deviendra à son tour un écrivain connu).

Pétronille est française, de milieu populaire, ses parents sont communistes. C'est un croisement entre Zazie dans le métro et Christopher Marlow (pour reprendre ce que dit elle-même Amélie Nothomb de ce personnage haut en couleur dans une interview présentant son livre). Amélie est belge,  fille de diplomate. Un choc de classes mais un duo de choc, avec un goût pour l'absurde qui donne des moments vraiment truculeusement savoureux.
Si je raconte tout, ça n'a plus aucun intérêt, mais sachez que vous trouverez Vivienne Westwood dans ces pages, pas franchement dans le plus reluisant de sa personnalité. Il y a aussi une histoire de pyjama orange sur fond de vouvoiement, une allergie aux acariens, une virée à ski et une disparition dans le désert. Et du champagne pour accompagner le tout.  A l'image punk destroy de ce roman pétillant à souhait mais aussi tragique.

Amélie Nothomb aborde, entre autres, la difficulté de la vivre de sa plume pour 99% des écrivains en France. Dans le bastion éditorial on dirait encore : "Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n'ont aucune chance." (sic!). De quoi susciter l'indignation. Mais aussi la jalousie. Le vol. La fin du roman à ce titre-là est surprenante et inattendue. Une mise en abyme en forme de pirouette.

La meilleure cuvée nothombienne que j'ai lue depuis longtemps. Faut pas s'en priver !

















 

 

 

23 août 2014

Sauf quand on les aime

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On se prend le début du roman comme un coup de poing, à travers la violence des propos : "Tu n'es qu'une pute, espèce de macaque, une salope descendue de l'arbre. Et moi je suis le messager de Dieu. File-moi ton 06, file-le moi!". On se demande se qui se passe l'espace de trois secondes , où l'on est, avant de comprendre : dans un train, une femme se fait agresser par un homme.  On pourrait refermer le livre, quitter ce train de l'enfer et retourner à nos occupations comme si de rien n'était. Pourtant, on continue la lecture, outré par le comportement de cet individu, finalement calmé par une passagère plus courageuse que tous les voyageurs du train qui regardent leurs chaussures et ferment leurs oreilles. Le type disparaît du roman .
On descend à Toulouse avec la femme agressée (Tisha) et une des passagères qui n'a pas moufté (Claire). Contre toute attente, Claire propose à Tisha de l'héberger. Claire vit en coloc avec Juliette et Kader.

Peu à peu, les personnages se dévoilent. Ils ont la vingtaine, guère  plus. Juliette est orpheline, ses parents ont eu un accident de voiture fatal. Elle a décidé d'emménager avec ses amis pour fuir la solitude de son studio où "il lui arrivait de s'avachir dans son canapé pour une heure et d'y passer plusieurs jours, se relevant seulement pour aller travailler".  Kader se voyait conseiller en économie familiale mais il est intérimaire sur un chantier, depuis trop longtemps déjà. Claire joue du violon mais n'en vit pas, galère de petits boulots qui lui permettent "à peine de payer sa part de loyer et de courses au Leader". Tisha est barmaid.

Kader en pince pour Juliette qui en pince pour un autre. Claire et Tisha sont ensemble, même si Tisha pense (du moins elle le dit) qu'elle n'appartient à personne. A eux quatre, ils forment une sorte de famille. Ils ont pour voisin un vieil homme qui s'ennuie ferme, emmuré dans sa solitude malgré lui.
La solitude, c'est bien le dénominateur commun de ces personnages. Et la violence sous toutes ses formes, à laquelle ils doivent faire face.
Néanmoins, ce livre regorge d'humour. En particulier les répliques de Tisha, jeune femme "brut de décoffrage" qui ne se censure pas, surtout quand il s'agit de remettre Kader à sa place. Tisha est le personnage que j'ai trouvé le plus attachant des quatre, avec ses grands principes à l'emporte-pièce et sa sensibilité à fleur de peau. C'est sans doute elle la plus solide des quatre. Du moins en apparence.

On se prend des claques dans ce roman et à l'instar des personnages, on n'en sort pas indemne. Heureusement, il y a la solidarité contre l'adversité qui permet de ne pas sombrer et d'avancer.

L'écriture est vive, les répliques font mouche et font rire, le langage moderne, la focalisation multiple. Il s'agit pourtant d'une histoire tragique, mais pas sans espoir. Un roman qui parlera à toutes les générations.

Une belle lecture de la rentrée littéraire.
Vous pouvez également lire les avis de Stephie, et Leiloona, grâce à qui j'ai découvert ce roman.














 

 

20 août 2014

Sélection rentrée littéraire d'automne

 

607 romans paraissent en cette rentrée, autant dire un choix énorme en perspective. Mais les medias parlent souvent des auteurs "poids lourds", les ultra connus, et il faut fouiller pour trouver les nouvelles pépites de nos chouchoux, dont on parle moins (voire pas du tout), ou dénicher de nouvelles tentations.
Voici mes repérages à ce jour :

 Littérature écossaise
Une vraie belle surprise avec, aux Editions du Rouergue, ce nouveau polar de Peter May, qui promet d'avoir du souffle :

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Présentation éditeur : "Kirsty Cowell a-t-elle poignardé son mari à mort, cette nuit tourmentée sur Entry Island, à l'extrême est du Canada ? Tous le croient, tout l'accable et pourtant Sime Mackenzie, l'enquêteur chargé de l'interroger, ne peut se résoudre à l'accuser. Mais cet étrange sentiment de familiarité qu'il éprouve à son égard n'est-il pas une arme dangereuse offerte à une femme manipulatrice ? À moins que les rêves étranges qui le ramènent à la vie de son aïeul, émigré des Hébrides en terre de Québec au dix-neuvième siècle, ne recèlent une part du mystère ?"

Littérature irlandaise
On est bien gâté, avec trois titres repérés rien que pour cette rentrée d'automne.
Comment ne pas frétiller d'impatience quand je vois deux de mes quatre chouchoux irlandais (Dermot, Sebastian, Roddy et Joseph pour ceux qui l'ignoreraient) ??!!

 

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Présentation éditeur : "Une jeune fille, recluse dans sa chambre, ne connaît le monde qu'à travers sa fenêtre et les paroles de sa mère. Cette dernière lui raconte ses jeux incestueux avec son frère, la vie dans l'Irlande des années 1960, les usines et les salles de bal."

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Présentation éditeur : "L'Irlandais Jack McNulty est un «homme provisoire», tout comme l'ont été ses missions avec l'armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale. En 1957, installé à Accra, en proie à l'angoisse et au ressassement, il décide de rédiger l'histoire de sa vie.
Homme ordinaire, aussi héroïque qu'insignifiant, Jack a été le témoin de choses extraordinaires. Il a travaillé et erré à travers le monde, tour à tour soldat, ingénieur, observateur de l'ONU. Son mariage avec Mai, la plus jolie fille de Sligo, est à la fois étrange et tumultueux, mais comme tout le reste, il finira par lui glisser entre les doigts..."

Un John Banville également, même s'il me tente un peu moins que les autres, j'avoue !

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Présentation éditeur : "" Où tout cela va-t-il donc quand nous mourons, tout ce que nous avons été ?
Quand je songe à ceux que nous avons aimés et perdus, je m'identifie à un promeneur errant à la tombée de la nuit dans un parc peuplé de statues sans yeux. L'air autour de moi bruisse d'absences. Je pense aux yeux bruns et humides de Mme Gray et à leurs minuscules éclats dorés. Quand on faisait l'amour, ils viraient de l'ambre à la terre d'ombre puis à une nuance de bronze opaque. "Si on avait de la musique, disait-elle dans la maison Cotter, si on avait de la musique, on pourrait danser.' Elle-même chantait, tout le temps, et toujours faux, "La veuve joyeuse', "L'homme qui fait sauter la banque', "Les roses de Picardie', et un machin sur une alouette, alouette, dont elle ne connaissait pas les paroles et qu'elle ne pouvait que fredonner, complètement faux. Ces choses que nous partagions, celles-là et une myriade d'autres, une myriade, myriade, elles demeurent, mais que deviendront-elles lorsque je serai parti, moi qui suis leur dépositaire, le seul à même de préserver leur mémoire ? "
Qu'est-ce qui sépare la mémoire de l'imagination ? Cette question hante Alex alors qu'il se remémore son premier – peut-être son unique – amour, Mme Gray, la mère de son meilleur ami d'adolescence. Pourquoi ces souvenirs resurgissent-ils maintenant, à cinquante ans de distance, se télescopant avec ceux de la mort de sa fille, Cass, dix ans plus tôt ? Un grand Banville, troublant et sensuel, sur la façon dont les jeux du temps malmènent le coeur humain."

 

Littérature américaine 
Je me laisse porter par l'envie d'aventure américaine et les très bonnes critiques déjà lues dans la presse sur ce bon gros pavé de plus de 600 pages.

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Présentation éditeur : "Roman familial, vaste fresque de l Amérique des années 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux Prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages trois générations d une famille texane, les McCullough dont les voix successives tissent et explorent avec brio la part d ombre du rêve américain.
Eli, le patriarche que l on appelle " le Colonel " est enlevé à l âge de onze ans par les Comanches et passera avec eux trois années qui marqueront sa vie. Revenu à la civilisation, il prend part à la conquête de l Ouest avant de s engager dans la guerre de Sécession et de devenir un grand propriétaire terrien et un entrepreneur avisé.
À la fois écrasé par son père et révolté par l ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.
Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouve à la tête d une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l uvre du « Colonel ». Mais comme ceux qui l ont précédée, elle a dû sacrifier beaucoup de choses sur l autel de la fortune. Et comme tous les empires, celui de la famille McCullough est plus fragile qu on ne pourrait le penser.
Porté par un souffle romanesque peu commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l'Histoire."

Littérature française
Je suis en train de lire ce roman suite aux éloges unanimes des copines blogueuses (vous pouvez déjà lire l'avis de Leiloona). J'en parlerai donc bientôt...

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Littérature de jeunesse
Enfin parce que la rentrée littéraire, c'est aussi la rentrée littéraire pour les jeunes lecteurs, j'ai repéré deux ouvrages chez Casterman dont les thématiques paraissent intéressantes :
- l'histoire de l'imprimerie à travers les aventures de Pernelle écrites par Anne Pouget

 

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Présentation éditeur : "Paris, 1499. Alors que le royaume de France célèbre l'accession au trône d'un nouveau souverain, Louis XII, la jeune Pernelle, modeste porteuse d'eau, rêve de s'élever au-dessus de sa condition. Fascinée par la lecture et l'écriture, ces savoirs alors en plein essor avec le développement de l'imprimerie et la diffusion des livres, elle se met en tête d'apprendre à lire et écrire, confortée dans ce projet par sa rencontre avec Enzo, un jeune étudiant italien..."

- la rencontre avec un florilège de personnages historiques légendairement infréquentables et présentés par Sophie Lamoureux

 

 

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Présentation éditeur : "Nous sommes tous plus ou moins familiers des grands héros de l'Histoire, mais que dire des autres : les fous, les traitres, les tyrans, les criminels, les dictateurs, massacreurs, salauds et horribles...? Les Légendes Noires nous invitent à rencontrer ces personnages abominables, méprisés, détestés ou violemment controversés, qui ont souvent horrifié leurs contemporains mais n'en ont pas moins joué, en leur temps, un rôle marquant sur le plan historique. Nécessaire, utile et édifiant."

 

 Et puis, n'oubliez pas, en septembre, c'est aussi Festival America à Vincennes ! J'en reparlerai plus tard très certainement !

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 Que la rentrée vous soit douce !

 

 

 

 

 

Posté par maevedefrance à 15:07 - Commentaires [5] - Permalien [#]
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