16 août 2013

Les évaporés

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Richard B., Américain de San Franscisco, à la fois poète et détective, détestant voyager, accepte néanmoins d'accompagner Yukiko son ex petite-amie au Japon pour enquêter sur l'étrange disparition de son père.

Tout d'abord, il faut que vous sachiez deux choses en lisant ce roman :
- "au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître". On appelle ces personnes les évaporés, ou plus précisément, en japonais, johatsu ;
- " tout ce qui est raconté ici est vrai : c'est le fruit d'expériences vécues, de rencontres et de nombreuses lectures faites sur place". Même le personnage de Richard existe, aussi bien que les évaporés : il s'agit du romancier et poète américain Richard  Brautigan "qui a vécu lui aussi au Japon en 1976" et a servi de guide à Thomas B. Reverdy.

L'écrivain nous immerge dans le Japon de l'après-Fukushima, sur les pas de Kaze, le Japonais évaporé escorté par un gamin de quatorze ans. Kaze a été licencié. Le gamin a perdu sa famille suite au tsunami. L'enquête menée par Richard s'avère difficile dans ce Japon sous le dogme des yakuzas et autres "shogun de l'ombre" que sont "d'anciens Premiers ministres qui restent dans les coulisses, (...) ou bien des gens (...) qui ont un pied dans plusieurs mondes, la politique, les affaires". C'est un monde à la fois mystérieux et effrayant qui est décrit. Kaze a été licencié du jour au lendemain, sans explications, mais sans doute parce qu'il a découvert quelques magouilles financières dans l'entreprise de courtage où il travaille. Des cols noirs (yakuzas) lui demande de se tenir à carreau. Un double coup de sabre donc, car au Japon être licencié est la honte suprême, le déshonneur complet. C'est la raison qui pousse Kaze à s'évaporer. C'est une chose facile dans ce pays où les cartes d'identité n'existent pas et où l'on croit les gens sur parole ou plutôt sur ce qui est écrit sur leur carte de visite. Mais ce qui attend les évaporés, c'est une vie misérable. Et devinez qui on trouve en nombre dans la "zone interdite" créée suite à la catastrophe de Fukushima ?

Cette catastrophe hante les pages du roman, la description est au-delà de l'imaginable. On pense voir de la neige, mais c'est en fait de la cendre. Mais ce n'est presque rien à côté de "la côte qui s'est mise à ressembler à une succession de villes fantômes". La région où a eu lieu la catastrophe était économiquement sinistrée auparavant. Mais "depuis le tsunami et les problèmes nucléaires, ça bouge beaucoup par là-bas. La plupart des évaporés de Tokyo sont employés comme journaliers, sur des chantiers de démolition ou de reconstruction. C'est un des taux de chômage les plus bas du Japon" .

Ce que j'ai lu dans ce roman très bien documenté est au-delà de ce que je pouvais imaginer. Sans doute le premier roman francophone sur l'après-Fukushima. Edifiant, émouvant et effrayant à la fois. Un roman japonais également, comme aime à l'indiquer Thomas B. Reverdy, pour qui ce pays n'a pas encore levé tous ses mystères. L'écriture fluide, les chapitres courts et aérés l'ont rendu très agréable à lire, doublé du suspense de l'enquête de Richard, toujours épredument amoureux de son ex-petite amie japonaise, qui, à l'instar de son pays, gardera pour elle bien des mystères. On a beaucoup d'empathie pour Kaze et le gamin, sorte de famille monoparentale recomposée.

Une belle découverte de la rentrée littéraire 2013, pour moi qui ai une histoire particulière vis-à-vis du Japon. Un roman qui m'a touchée au coeur. Parution prévue le 21 août.

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour le partenariat.

 

 

 

 

 

Posté par maevedefrance à 11:29 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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