28 novembre 2010

Les vies extraordinaires d'Eugène

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Ce roman est l'histoire d'un deuil. Celui de la perte d'un enfant. Le narrateur a perdu Eugène, son fils, grand prématuré né à six mois. Il est décédé quelques jours après sa naissance. Mais, comble de l'horreur, pas à cause de sa grande prématurité ! A cause d'un fichu staphilocoque doré qui s'est sans doute introduit dans le tube qui l'aidait à respirer dans sa couveuse. Sa femme en a perdu la parole, de douleur sans doute, mais surtout parce qu'il n'y a "plus rien à dire" après la perte d'un enfant. Pour rendre justice à son fils, pour lui (re)donner la vie et le rendre en quelque sorte immortel, le narrateur décide d'écrire sa vie. D'abord sa vie réelle, après un interrogatoire des personnels hospitaliers l'ayant côtoyé. Mais, comme cela ne suffit pas il décide d'inventer ce qu'aurait été la vie d'Eugène et pour cela mène une enquête à partir de la liste des enfants inscrits à la crèche du quartier. Il découvre les futurs copains et copines d'Eugène. Mais cela ne suffit toujours pas à combler le vide. Donc il va raconter son ascendance. D'autant plus que "papy Marcel", grand-père du narrateur, est au plus mal mais dans une lente agonie !

Cependant, un an après avoir commencé son journal et l'écriture de la vie de son fils, le narrateur en convient : il a échoué. Il ne peut pas faire revivre son fils et il doit l'abandonner pour faire son deuil. Pas vraiment d'autres solutions : "Je viens te demander pardon mon enfant (...) J'ai relu tout ce que j'ai écrit depuis un an. Rien. Rien qui ne te donne vie. J'ai échoué. (...) Je m'épuise à vouloir te raconter, il n'y a rien à raconter. Je t'ai cherché partout, je te jure, je ne te trouve pas mais je me perds. (...) Je te tue mon fils, pour vivre un peu".

Le lecteur découvre avec surprise que, malgré les apparences, c'est la mère de l'enfant qui est le plus lucide sur la situation et que c'est elle qui écrit son fils dans la lettre qu'elle lui adresse : "Ce n'est pas parce que tu es mort, petite tête, que tu vas devenir un objet de niaiserie. Nous allons rester dignes. Chacun chez soi, mon grand. Toi au cimetière, moi ici." (...) "Ce n'est pas un abandon, c'est une émancipation . (...) Inoubliable et légendraire, tu es le héros de toutes mes aventures (...). Tu as toutes les vies, tiens, je te les offre. Tes vies extraordinaires".

Isabelle Monin écrit ici un roman très sensible sur un thème qui l'est tout autant dans un style magistral. Un roman qui ne peut laisser indifférent. Elle aborde le thème contemporain des maladies nausocomiales, mais celui-ci reste en surface. C'est donc avant tout un texte sur la mort et le deuil. On accroche ou l'on n'accroche pas. Et je dois dire que j'ai un avis mitigé sans pour autant nier le talent d'écriture. La mort d'un bébé prématuré, c'est déjà difficile. On y ajoute une mort par maladie contractée à l'hôpital et un grand-père qui, par une lente agonie, lui ne parvient pas à quitter ce monde... Ca fait beaucoup. On ne sort pas vraiment en forme d'une telle oeuvre !

Lu dans le cadre du
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