02 juillet 2010

La fille tatouée

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4e de couverture : "Joshua Seigl, la quarantaine, écrivain estimé, riche et séduisant, se voit contraint, à cause d'une mystérieuse maladie, d'engager une assistante. Lorsqu'il rencontre par hasard Alma Busch, une jeune femme pauvre et illettrée, recouverte d'intrigants tatouages, Seigl ne peut résister à l'envie de jouer les Pygmalion. Convaincu de lui offrir la chance de sa vie, il lui propose le poste. Malheureusement pour lui, Alma Busch n'est pas la créature vulnérable qu'il croit... La Fille tatouée est un huis clos érotique qui réunit deux visages de l'Amérique : l'élite cultivée, européenne, urbaine, et les exclus du système, analphabètes, sans ressources ni perspectives. Variation magistrale sur le thème du maître et du serviteur, ce roman est sans doute le plus controversé de Joyce Carol Oates."

Tout d'abord un petit bémol concernant la 4e de couverture : je n'ai pas du tout vu dans ce livre de huis clos érotique et le personnage d'Alma (la fille tatouée) est bel et bien vulnérable. Bref, encore une 4e de couv où l'on se demande si celui qui l'a écrite a lu le livre.

Alma est une pauvre fille, défigurée par un tatouage raté (ou une tâche lie de vin sur la joue, on ne sait pas vraiment) et dont le corps est marqué de la même manière de tatouages foirés. Car Alma est une fille marquée au sens propre comme au sens figuré, par son milieu social : Alma vient de l'Enfer, autrement dit du comté d'Akron en Pennsylvannie, ("Achéron", pourrait-on entendre) ravagé. A peine arrive-t-elle a aligner 2 mots (elle ne parle pas, elle marmonne), en cavale pour de mystérieuses affaires. Alma, c'est l'Amérique des mines sinistrées et du chômage, l'Amérique des ratés.

Cette vagabonde a le malheur de croiser sur sa route un autre raté, qu'elle appelle son "amant, car elle se considère uniquement comme un objet sexuel et non une femme à part entière, et qui se prénomme Dmitri. Il la manipule comme une marionnette, lui demandant de profiter du 'sale juif" qu'est Joshua Seigl, l'écrivain et traducteur de Virgile qui emploie Alma comme assistante. Car Alma, comme Dmitri vouent une haine sans bornes aux juifs et à leurs banques qu'ils accusent de vol. Ils ont des préjugés sans bornes à ce sujet-là et le révisionnisme concernant l'Holocauste ne leur fait pas peur.

Seulement voilà, est-on forcément juif parce qu'on s'appelle Josuha Seigl ? Est-on forcément un riche, un voleur, un menteur etc parce qu'on est juif ? Questions stupides certes, mais pas pour Alma et Dmitri, qui n'en reviendront pas!

Ce roman m'a rappelé La Tache de Philipp Roth. Et ce n'est sans doute pas un hasard puisque Joyce Carol Oates dédie le livre à cet écrivain. Elle renverse de façon magistrale un état de fait et une situation qui pourtant paraissaient solides sur l'identité des personnages.

Les deux Amériques finissent par à se rencontrer, se parler. Seulement voilà... (je n'en dit pas plus!).

Joyce Carol Oates dresse là un portrait très noir de l'Amérique contemporaine. Une atmosphère étouffante enserre le lecteur du début à la fin. Jusqu'à l'épuisement, pourrais-je dire. Aucune sympathie ne se dégage des personnages. Ils sont tous aussi agaçants les uns que les autres. C'est du moins ainsi que je les ai perçus.

C'est le premier roman que je lis de cet auteur. J'en retiens une impression mitigée. J'ai eu un peu de mal avec son style d'écriture et, sans doute avec cette atmosphère étouffante et donc pas très reposante. J'ai cependant été bluffée par la façon dont elle se joue du lecteur et des personnages. Un roman riche, complexe et un zeste sulfureux, c'est clair.

Posté par maevedefrance à 22:25 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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