01 novembre 2015

Les premières aventures de Sherlock Holmes - Tome 1 : L'ombre de la mort

 

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A travers les mots de Marie Hermet

Le jeune Sherlock Holmes est envoyé par son frère aîné, Mycroft, le temps d'un été, chez son oncle, dans le fief familial des Holmes. Sherlock traîne un peu des pieds, mais Mycroft lui explique que c'est pour son bien : leur mère est malade et leur père doit partir faire la guerre aux Indes. Sherlock a toute confiance en son frère. Afin que le jeune homme poursuive ses études, Mycroft fait engager un précepteur, Aymus Crowe. Sherlock ne le sait pas encore, mais cet homme va l'aider à devenir un détective hors normes en lui enseignant l'art de l'observation, de la logique et de la déduction. Il se trouve qu'il est aussi le père d'une charmante jeune fille qui monte à cheval comme un homme : Virginia. Cela ne peut que plaire à Sherlock ! Il croise sur son chemin un gamin des rues de son âge,  orphelin, Matty, qui deviendra son compagnon d'aventures et son meilleur ami.Et voilà tout ce petit monde entraîné dans une bien étrange affaire...

Il se passe en effet des choses étrranges. Sherlock découvre le cadavre d'un homme recouvert de bubons, dans la forêt; puis deux autres avec les mêmes symptômes, près d'une usine à vêtements. Et puis il y a cet étrange poudre jaune près des cadavres... Tout laisse à penser à un début d'épidémie de peste bubonique ou de variole. Mais il y a aussi ces ruffians qui rapidement vont s'en prendre au jeune Sherlock, pour la première fois de sa vie confronté à la mort.

Le roman débute dans la campagne anglaise de la fin du XIXe siècle mais rapidement le lecteur prend la route vers la capitale, Londres, pour pousser jusqu'à... Cherbourg ! Un bon road trip comme je le aime et une vraie surprise d'atterrir en Normandie et d'apprendre que Sherlock est français pas sa mère !
Un bon road trip parce que ce roman jeunesse est très bien documenté sur l'Angleterre de l'époque, donc on est rapidement immergé dans l'ambiance, on va jusqu'à sentir l'odeur de la bière et le bourdonnement des abeilles. Oui, vous avez bien lu : des abeilles. Et si vous n'y connaissez rien en la matière, vous en apprendrez un rayon... Et qui dit abeille, dit pollen :
"Les abeilles (...) prennent le pollen et le transportent jusqu'à la ruche sous forme de petites balles attachées à leurs pattes arrières. Les plantes en bénéficient parce que chaque abeille, en volant de fleur en fleur, laisse tomber un peu de pollen provenant des étamines de l'une et du pistil de l'autre. C'est ainsi que l'abeille aide à la reproduction. Sur leurs pattes arrières, les abeilles ont des poils qui forment une sorte de petit panier ; elles malaxent le pollen pour former des petites pelotes. C'est ce qu'on appelle le "pollen d'abeille"."
J'ai trouvé ces explications très claires pour le jeune lecteur (et terriblement d'actualité!).
Une aventure qui vous entraînera aussi un peu vers l'histoire de l'Empire britannique, qui n'a pas que des amis...

A cet aspect documentaire s'ajoute un suspense trépidant : on ne s'ennuie pas une minute.


On garde dans un coin de l'esprit le Sherlock Holmes adulte créé par Conan Doyle. Le jeune Sherlock Holmes inventé par Andrew Lane n'a rien de fantaisiste. L'écrivain explique son intention à la fin de l'ouvrage : "Mon intention, dans le livre que vous avez entre les mains, et dans ceux qui vont suivre, est de trouver à quoi ressemblait Sherlock avant que Conan Doyle ne le présente au public. Quel genre d'adolescent était-il ? Quelles écoles a-t-il fréquentées, et qui étaient ses amis (...) Arthur Conan Doyle a très peu parlé des années de Sherlock, et la plupart de ses émules en ont fait autant. On ne sait pas grand chose de sa famille ou de l'endroit où il a vécu. Nous savons qu'il descendait par sa mère du peintre français Vernet, et qu'il avait un frère, Mycroft, qu'on rencontre dans certaines histoires. Cela m'a donné la liberté de créer pour Sherlock une histoire compatible avec les indices que Doyle nous a laissés, et aussi avec l'homme que son personnage allait devenir".  Riche idée !

Ce premier volume des aventures du jeune Sherlock Holmes est publié depuis peu au format poche par Flammarion Jeunesse. 

Moi, je me suis régalée avec ce roman d'ambiance et d'aventures ! Il saura plaire à tous les amateurs de littérature anglaise.

 


10 juin 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville - tome 2 : Les jumeaux Traîne-Malheur

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Traduction : Anaïs Goacolou



Rappelez-vous : en janvier vous m'avez suivie dans Sinistreville, à la rencontre d'Hubert très très méchant. Voici le deuxième volume de la vie de cette étrange cité sortie de l'imagination débordante de Christopher William Hill.

Je m'attendais à retrouver Hubert mais en fait il s'agit d'une histoire toute autre, indépendante de celle du premier tome.
Greta et Feliks Mortenberg sont jumeaux. Affligés depuis leur plus jeune âge du surnom de "Jumeaux Traîne-Malheur", abandonnés par leurs parents, ils vivent avec leur tante, Gisela et son perroquet Karloff, dans un quartier mal-famé de Sinistreville. Grâce à elle, ils ont échappé à la Maison de redressement pour enfants inadaptés. Gisela est une personne généreuse qui gâte ses neveux par mille gourmandises. Mais le jour de leur onzième anniversaire, l'argent se mit à manquer et tante Gisela décide de louer la chambre d'amis de son logement. Débarque un sinistre locataire, avec "une tête étonnamment ronde et [un] visage d'une pâleur de cire peu commune chez les créatures vivantes".  Une tête de tueur, en déduisent les jumeaux. Il s'appelle d'ailleurs Morbide...

Le roman commence de manière trépidante. Dès les premières pages, on assiste à un coup de théâtre après avoir eu une peur innommable ! Christopher William Hill nous embarque dans le monde du cinéma, façon Sinistreville : le film d'horreur. Ou plutôt une forme de parodie de celui-ci. On rencontre personnages aux allures glauques : les acteurs qui tournent pour les films diffusés au Cinéma du Sang. Ca sent les canines vampiriques ! Le lecteur comme les jumeaux en ont pour leur grade de frayeur ! Des films qui aiguisent la curiosité. Et du cinéma à la littérature, il n'y a qu'un pas pour s'évader, surtout quand on a compris le plaisir de se faire peur...
Les jumeaux se rendent à la Librairie impériale de Sinistreville et rencontrent Olga Van Veenen, un écrivain en mal d'inspiration, après son dernier roman, La tête de mort qui riait. Une femme très avenante qui saura séduire Greta par ses romans, prendra les jumeaux sous son aile, leur offrant tout ce qu'ils n'ont jamais eu, grâce à sa fortune.

J'ai beaucoup aimé le début du roman, dont les coups de théâtre successifs surprenent vraiment. On finit (presque) par être convaincu de la bonté réelle d'Olga, même si Feliks ne cesse de douter de sa sincérité, même si, au détour d'une conversation, elle sème elle-même le doute : "L'apparence est presque toujours trompeuse. (...) Tenez, lisez n'importe lequel de mes livres. Les méchants commencent toujours par se montrer charmants." On tourne les pages et Olga est toujours aussi prévenante, sauvant les jumeaux de mille dangers. Elle les gave de gourmandises. Je me suis même demandé à un moment si elle n'avait pas décidé de les manger une fois engraissés !! Et puis, ce qui devait arriver arrive....

Et le texte continue de courir, de rebondissement en rebondissement.  Mais trop ! On finit par quitter la trame narrative, lassé parce que ça part dans tous les sens. J'ai failli abandonner ma lecture.
C'est vraiment dommage ! J'ai été d'autant plus déçue que j'avais vraiment beaucoup aimé le premier volume qui m'avait fait sourire par son humour caustique. L'horreur devient réelle pour les personnages. La fausse gentille est une vraie méchante. Un peu trop de vrai-faux et de faux-vrai. De beaux méchants et de laids gentils, de faux et de vrais morts, de disparus et de revenants. La canine vampirique s'émousse et l'humour noir avec.

Je fais néanmoins confiance à Christopher William Hill pour un troisième tome aussi réussi que le premier !

Merci à Flammarion Jeunesse !

 

 

 

14 mai 2015

Les Grinche à la dérive

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Traduit par Marie Hermet

Rappelez-vous, il y a quelques mois, je vous ai présenté de drôles de gens qui vivent dans une drôle de maison tirée par deux ânes, et qui ont vécu une drôle d'aventure : oui, je parle des Grinche !
Voici le deuxième tome de leurs aventures : M. Grinche se voit investi d'une mission ultra-secrète : livrer un PDGI (attention, pas un PDG, un PDGI : une Personne de Grande Importance) à une mystérieuse Mme Bayliss. La mission lui a été délivrée d'une manière tout à fait étrange : un message épinglé sur sa veste de pyjama pendant qu'il dormait ! M. Grinche sait que Mme Grinche est capable de beaucoup de choses, mais pas de faire ça ! Mais peu importe, M. Grinche veut du neuf, de l'aventure. "Pour le changement. Pour avoir la possibilité de faire enrager  [Mme Grinche] dans un cadre nouveau." Et voilà, c'est parti pour de nouvelles folles aventures loufoques.

La famille au grand complet est présente tout au long du récit. Elle s'est agrandie : Mimi (l'ex petit commis de Bigg Manor), vit maintenant avec les Grinche, plus rose que jamais, toujours accompagnée par Frizzle et Twist, ses deux colibiris qui volètent autour de sa tête en permanence. Sunny est toujours vêtu d'une robe bleue, a toujours les cheveux en pétard et de grandes oreilles. Fingers, l'ancien éléphant de cirque,  tracte maintenant la maison des Grinche. Tout ce petit monde se trouve embarqué dans une drôle d'histoire où la solidarité sera primordiale, surtout sur une barque en pleine mer...

Madame et Monsieur Grinche sont toujours un couple roi de l'insulte. Mais on se rend compte qu'ils se donnent du mal pour en trouver de nouvelles ! Des insultes hors du commun, inventives : "lampadaire", "coloquinte""crâne de piaf", "bouche d'égout", "oeuf à la crème", "guitoune","mirliflore"... (prenez votre dictionnaire pour suivre ou prenez note pour un scrabble, ça peut servir !). Une forme d'amour vache qu'ils sont seuls à pouvoir comprendre. Leur raison de vivre en couple. D'ailleurs M. Grinche instaure une nouvelle règle en matière d'insulte : "On n'a pas le droit de se donner des noms qu'on est incapable d'épeler." Même si elle ne court qu'un temps parce que leur langue est plus rapide que leur intellect !

Le couple Grinche est toujours aussi "lourd" mais il m'est devenu plus sympathique que dans le premier volume.  Même si Mme et M. Grinche sont (très) mal sapés, qu'ils mangent des écureuils écrasés aux scarabées mitonnés avec des pneus en lanière, même si Mme Grinche a les dents jaunes et vertes, même s'ils se parlent comme des chartiers, vivent dans ce qui ressemble à un taudis sur roues, et sont turbulents, l'histoire montrera qu'ils ont un coeur. Ils sont drôles de laideur, de maladresse et de loufoquerie. C'est finalement ce qui les rend attachants. Sur leur chemin, ils vont croiser un type en costume chic, avec une belle voiture rutilante, un couple de (faux) amoureux : des gens très "classe" et normaux en apparence mais  tout à fait malhonnêtes. Des gens qui vont leur poser de gros problèmes...

Heureusement, une certaine Speedy McGinty, championne du fauteuil roulant fait son apparition dans le récit. Toute handicapée qu'elle est, c'est une vraie héroïne, qui viendra à bout du Mal, avec l'aide de Mme Grinche, dans un second temps. Même si, M. Grinche insiste pour dire que c'est "son aventure", les femmes ont ici le beau rôle !
Quant à savoir qui est le fameux PDGI, à l'origine de tout, eh bien ce n'est pas moi qui vous le dirait car c'est une vraie surprise et un vrai clin d'oeil de l'auteur à M. Grinche, à qui il décidera de cacher la vérité... D'ailleurs il lui cache pas mal de chose à son personnage, même qui est Speedy McGinty, dans cette aventure familiale !

Philip Ardagh rend son texte vivant de bien des points de vue. L'auteur-narrateur joue beaucoup avec le lecteur, il ne cesse d'attirer son attention, (et de rendre hommage à l'illustrateur, Axel Scheffler, par la même occasion)

 

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 Il explique ce qu'il pourrait écrire ou pas : "Les histoires se terminent là où leur auteur a envie qu'elles se terminent, et je pourrais facilement conclure la mienne ici. Mais pour moi, l'histoire n'est pas finie tant que M. et Mme Grinche ne sont pas de retour au point de départ : le parc de Bigg Manor, en compagnie du Vieux Grinche."

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Je lui ai trouvé un petit air d'auteur à ce grand-père-là

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ou alors c'est mon imagination, c'est tout à fait possible, mais quand même...

j'ai trouvé pas mal de clins d'oeil dans ce texte. Avec, entre autres, des traces d'irlanditude... Alors que Philip Ardagh est un Anglais du Kent, et qu'il plante son histoire dans un lieu totalement imaginaire, on trouve : un hôtel "O'Neill", une Speedy-Kitty "McGinty", un lieu nommé "Gillian's Field" et même une allusion à  "Dublin" (qui m'a fait l'effet d'avoir tiré le jackpot !)  Il y a un mystère textuel.  :)

Une deuxième histoire des Grinche encore plus hilarante que la première, sur fond d'une belle solidarité familiale et d'un subterfuge.
Un écrivain qui impressionne par son imagination débordante, son sens de l'humour et sa capacité à rendre son récit vivant. Vivement la suite...

Merci à Flammarion.

 

 

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12 mars 2015

Sans prévenir

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 Traduit par Marie Hermet

4e de couverture : "A quinze ans, Francis Wootton est passionné de vieux films, de musique rock et de lectures romantiques. Mais avant tout, il ne se prend pas au sérieux. Sans prévenir, un jour, la vie bascule. On lui diagnostique une leucémie. A l'hôpital où il entre pour son traitement, il rencontre Ambre, son caractère de chien, son humour, sa vulnérabilité."

Après Un voyage à Berlin de Hugo Hamilton qui parle du dernier voyage de Nuala O'Faolain malade d'un cancer, j'ai lu un autre roman sur la maladie pendant mes vacances d'hiver, sans pourtant avoir choisi ce thème expres...
On a beaucoup comparé Sans prévenir à Nos étoiles contraires de John Green. La quatrième de couverture le stipule aussi.  Pour avoir lu John Green, je dirai qu'à part le thème de la maladie pendant l'adolescence, ces deux livres sont assez différents, tant par le ton du livre que par le caractère des deux adolescents malades. Je ne vais pas me livrer à une comparaison parce que ça ne rime à rien, mais j'ai trouvé celui-ci beaucoup plus gai.

Beaucoup de personnages peuplent ce roman. Francis nous décrit sa famille : un frère aîné qui ne s'est pas vraiment remis de la mort de Curt Cobain ; un père qui a quitté le foyer ; une soeur jumelle morte à l'âge de sept ans écrasée par un camion sous les yeux de sa mère... Et pour parfaire le tout, une leucémie qui lui tombe dessus, sans prévenir.
L'hospitalisation. Une chambre avec deux autres ados qui sont très différents de lui, moins matures. L'arrivée d'Ambre qui va bouleverser sa vie d'ado malade et le faire tomber amoureux pour la première fois alors qu'il se bat contre la maladie. Un amour réciproque, perturbé par leur cancer. Mais heureusement, le texte s'attarde pas sur la souffrance, les détails scabreux de la maladie, et si l'auteur décrit par moment les symptômes dus au traitement et les moments de grande fatigue deux adolescents, il s'attache surtout à décrire la vie et c'est ce que j'ai vraiment apprécié. Ca tourbillonne de vie, même. Beaucoup d'humour avec le franc parler de ces gamins qui continuent malgré tout de vivre leur adolescence comme (presque) tous les adolescents. Entre coups de gueule, moqueries et même une grosse bêtise qui les mènera visiter le poste de police. Le personnage d'Ambre est une vraie tête brûlée qui, en plus d'un caractère ombrageux, n'a pas peur de grand chose mais elle a le coeur sur la main. Francis, beaucoup plus discret, se réfugie dans la littérature, les vieux films, le rock. Leur film fétiche sera  Certains l'aiment chaud...

Des gamins attachants issus de milieu social différent. Deux mères hors normes toutes les deux, un peu déjantée chacune à leur manière, qui vont se regarder en chien de faience avant de devenir amies. Deux familles qui finalement seront liées à vie, au-delà de la mort.

Je dois dire que la fin m'a vraiment surprise, interloquée même. Je suis revenue en arrière pour voir si j'avais bien lu. Mais oui...

Un roman qui ne s'achève pas sur la mort - même si on doit en passer par là pendant le récit - mais sur la vie qui continue.
Un livre avec beaucoup d'humour et quelques scènes savoureuses, loin de toute mièvrerie.






 

10 janvier 2015

L'arbre au poison

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Traduction : Catherine Ludet

4e de couverture : "Karen étudie depuis quatre ans au Queen Charlotte’s College quand, un jour étouffant de l’été 1997, elle rencontre Biba. A priori rien de commun entre elles. Karen, boursière, est brillante, studieuse, et vit en colocation avec trois amies aussi sages qu’elle. Biba, fantasque et bohème, est orpheline et habite une demeure délabrée à Highgate, en compagnie de son frère aîné, Rex. Mais lorsque Karen répond à l’invitation de Biba de venir fêter chez elle son vingt et unième anniversaire et qu’elle pénètre pour la première fois dans la vieille maison, elle est, dès ce soir-là, séduite. Elle se laisse entraîner dans l’univers fascinant de ses nouveaux amis, un univers de fête, de drogue et d’alcool. Ce que Karen ignore encore, c’est qu’elle va se retrouver mêlée à une histoire familiale compliquée."

Parce que la vie doit continuer après tous les tragiques événements que nous avons vécus cette dernière semaine, et parce que je n'ai pas encore le coeur à vous présenter un truc follement drôle, voici un thriller psychologique particulièrement réussi.

L'histoire commence in medias res, sans aucun repère pour le lecteur : un téléphone qui glisse des mains de quelqu'un, une voiture qui part en trombe, une fuite, une urgence, des appels de phare dans la nuit, la peur. On passe au premier chapitre. Des personnages. Mais toujours ce "je" qui prend la parole sans qu'on ne parvienne a l'identifier.
L'intrigue a la forme d'un puzzle. Des jeux de temps, des jeux de noms. Un aller-retour narratif entre 1997 et aujourd'hui. Le seul point de repère stable, c'est Londres. Petit à petit, pourtant, le récit s'installe, captivant. On comprend que celle qui s'exprime c'est Karen. Elle raconte un drame, dont je ne vous révélerais pas la teneur, ça va de soi !
Sachez qu'il vous faudra lire ce thriller en reprenant votre souffle car l'auteur joue à merveille avec la psychologie. Une histoire angoissante sans pourtant effusion de sang à toutes les pages. Certes, il y a des morts et c'est un histoire bien embrouillée qui nécessitera toute votre attention de lecteur. Une histoire de manipulation qui vous sidérera.

Karen est la victime. Ce qu'elle a subi est juste dingue. Pourtant, ce n'est pas une sotte. C'est quasiment une surdouée, elle a le don d'apprendre toutes les langues sans effort, elle a une mémoire phénoménale. C'est une jeune fille sérieuse, les pieds sur terre. Mais c'est bien connu : les choses les plus importantes arrivent souvent par hasard (pour le meilleur comme pour le pire) : et c'est par hasard qu'elle croise une jour Biba, une étudiante qui est son double inversé. On a du mal à comprendre ce qui attire à ce point Karen dans la personnalité de Biba si ce n'est la différence. Mais justement, la personnalité de Biba aurait dû la faire fuir.
Biba est déjantée, dépourvue d'altruisme. Son frère Rex est tout le contraire. Biba est comme un aimant qui attire tout le monde. Un frère soumis dont la raison nous est révélée peu à peu. Biba est une spirale infernale à elle seule. Rien ne s'arrange quand elle rencontre Raymond, un dealer qui deviendra aussi son amant.

Une histoire machiavélique, un drame familial à rebondissements qui vous maintient en haleine autant qu'il nécessite votre attention. Une atmosphère underground. L'histoire d'une emprise et de manipulations. Le poids de la culpabilité mais aussi d'une libération. L'histoire d'une destruction et d'une renaissance. Effrayant mais captivant. Des références à William Black jusque dans le titre. Franchement : chapeau !

 

 


06 décembre 2014

Les Grinche ont des ennuis

 

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Traduction : Marie Hermet

Mme et M. Grinche sont des gens un peu "spéciaux" : ils habitent dans une roulotte faite de bric et de broc et tirée par deux ânes nommés Clip et Clop. Pour leur petit déjeuner, ils se délectent de bestioles écrabouillées sur la route, avec une préférence pour les écureuils. Même les vieux pneus sont à leur goût,avec du sel et du poivre. Le gloubiboulga à base de sciure et de graine pour oiseaux, chez eux, ça se mange aussi. Sympathique restaurant chez les Grinche, n'est-ce pas ? Vraiment, ça fait envie !
Leur fils s'appelle Sunny. Enfin, ce n'est pas tout à fait leur fils puisque M. Grinche l'a ramassé un jour sur une corde à linge. Bien que ce soit un garçon, ils ont décidé de l'habiller avec une robe bleue. Bref, pas la peine d'en ajouter davantage : vous comprendrez que Mme et M. Grinche, c'est du "lourd" ! D'autant que partout où ils passent, ils ont le don pour s'attirer des ennuis. Surtout le jour où ils arrivent à Bigg Manor et font la connaissance d'un type au haut de forme ratatiné, vêtu d'un tee-shirt avec le slogan "BIGG C'EST PAS TERRIBLE" imprimé dessus. D'un jet de pierre sur la grille du manoir débute une aventure rocambolesque, remplie de personnages loufoques. Lord Bigg habite dans un manoir complètement déglingué. Son épouse, Lady Gaga La-La ne pouvant plus supporter son mari a décidé d'aller vivre dans la porcherie (de luxe) avec la truie Poppet... Je ne vais pas tout raconter, mais le ton est donné.

Pénétrer dans l'univers des Grinche c'est un peu comme passer de l'autre côté d'un miroir, dans un univers loufoque et hilarant. Au fil des pages, on se demande ce que Philip Ardagh va encore inventer comme élément délirant dans cette aventure (quelle imagination débordante !).

Pourtant, derrière le loufoque, se trouvent des thèmes très sérieux comme l'enrichissement crapuleux (et ses limites), les conditions de travail sordides (du personnel de Bigg Manor, lié par contrat illégal et prisonnier de Lord Bigg).
Il y a vraiment des personnages bêtes et méchants dans ce roman : Mme et M. Grinche sont peu ou prou l'équivalent anglais de nos Bidochons. Lord Bigg traite mieux ses oiseaux que ses domestiques (comble de la bêtise : son perroquet adore le blesser).
Heureusement, Philip Ardagh peuple aussi son récit de personnages intelligents et attachants : Mimi le petit commis cireur de chaussures, qui, malgré le titre de sa fonction, est une fille dont le rêve est de voir du pays. Sunny, qui n'a connu que l'univers des Grinche, découvre d'autres valeurs, comme  l'amitié, grâce à Mimi (dont il semble même un peu amoureux) et la solidarité.

Un roman qui met de bonne humeur, une narration dynamique (c'est le moins qu'on puisse dire), dont l'humour est mis en valeur par les illustrations d'Axel Scheffler. J'avoue que j'ai eu un petit faible pour les disputes du couple Grinche : on dirait mes anciens voisins !! De toutes façons, les Grinche existent, les Lord Bigg & Cie aussi...

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Suite de leurs aventures en mai 2015.


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04 août 2014

Alfred et Emily

 

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4e de couverture : "Parce que le poids de la Première Guerre mondiale a brisé son père, parce que l'émigration en Rhodésie a fait perdre à sa mère le goût de vivre, Doris Lessing a voulu imaginer l'existence de ses parents si l'histoire avait pris un autre cours : la guerre n'a pas eu lieu, l'Angleterre est florissante... et Alfret et Emily ne se sont jamais mariés."

 Au premier abord, on pourrait penser que l'idée de Doris Lessing est un peu saugrenue : à quoi cela sert-il de réinventer la vie de ses parents ?  Mais elle avoue que "la colère ramenée des tranchées par mon père s'est emparée d'[elle] très tôt et ne [l']a plus jamais quittée". Elle précise dans l'avant-propos du livre que ses parents furent " Tous deux furent dévastés par la Première Guerre mondiale. Après avoir eu la jambe fracassée par un obus [son] père dut porter une prothèse de bois. Il ne se remit jamais de l'expérience des tranchées. (...). Sur son certificat de décès, il aurait fallu inscrire comme cause de la mort : la Grande Guerre."

Le livre, constitué de deux parties, est organisé de manière originale sinon surprenante : la première partie est une fiction : "Le roman d'Alfred et Emily" ; la deuxième ("Alfred et Emily : deux vies") est une réflexion de Doris Lessing qui évoque l'impact qu'a eu la vie de ses parents sur la sienne, en tant que personne, écrivain et femme engagée.
L'ensemble du livre est agrémenté de photos et d'un extrait du London Encyclopaedia qui relate l'histoire du Royal Free Hospital, premier hôpital public et gratuit de Londres, où travaillait la mère de Doris Lessing.

L'écrivain reprend les grands traits de caractère de ses parents pour réinventer leur histoire. Emily McVeagh est une jeune femme de la bourgeoisie londonienne. Avec sa meilleure amie Daisy, elle décide de s'engager comme infirmière au Royal Free Hospital pour défier son père. C'est le pire boulot que l'on puisse imaginer, un travail réservé alors aux femmes de basses conditions. Les conditions de travail sont effroyables, le salaire misérable, on y souffre de la faim. Comme c'est un acte de rébellion, évidemment, cela ne va pas durer très longtemps... le temps pour Emily de trouver un mari, avec qui elle s'ennuiera mais qui mourra rapidement !
Emily se découvre des talents de conteuse, c'est du moins les enfants des voisins qui lui révèlent cette corde à son arc. Qui dit contes, dit lecture, dit école... De fil en aiguille, Emily finit par monter un réseaux d'école Montessori. Pour les achalander en livres, "elle se rendit dans plusieurs librairies, où elle déclara qu'elle comptait commander un grand nombre de livres et se renseigna sur les prix des livres en gros". La mère de Doris était effectivement une lectrice invetérée à tel point qu'elle se rappelle qu'un flots de livres entraient et sortaient de la maison car sa mère étaient prise par les gens du coin "pour une sorte de bibliothécaire". En Rhodésie, c'est une bouffée d'oxygène pour la mère comme pour la fille . Doris se rappelle qu'"elle avait lu allongée sur son lit, ou assise à cet endroit même. Les livres - un lieu de paix et de sérénité, où elle pouvait se réfugier... Les livres étaient une bénédiction. La lecture était une bénédiction."
Une soupape de sécurité pour résister à la vie africaine difficile, où Emily avait cru pouvoir reconstituer la vie de salon anglais. C'est en Perse qu'Alfred et Emily décident d'aller vivre en Afrique, parce qu'en Rhodésie on disait qu'on pouvait faire fortune avec la culture du maïs. Mais c'est une toute autre réalité qui les y attendait...

Alfred, dans la fiction, est beaucoup moins présent qu'Emily. Un indice qui révèle l'obsession de Doris Lessing quant à sa mère avec qui elle ne s'entendait pas. Son père, amputé d'une jambe, qui ne mourra pas physiquement dans les tranchées de la Grande Guerre, sera vaincu des années plus tard par le diabète. Sa mère, traumatisée par tous les blessés qu'elle a vu arriver à l'hôpital, n'est plus que l'ombre d'elle même et ne se rélèvera jamais. Des parents traumatisés par la guerre pèsera lourdement sur Doris : "C'était pour moi une réalité aussi présente que ce que je voyais autour de moi. Aujourd'hui encore je m'efforce d'échapper à cet héritage monstrueux, pour être enfin libre." Ces propos sont tenus en 2007.

Un livre en forme d'exutoire où la guerre est expurgée de la fiction, au mieux présente sous forme de coupes de cheveux partisanes : les femmes au carré raide sont pro-serbes ; celles au carré flou soutiennent les turcs. Et si vous êtes neutres, il n'y a plus qu'à vous tresser une natte ! Aussi ridicule que la guerre ! Un écrit d'ambiance sur une époque.

J'avoue que je ne m'attendais pas à un tel livre. J'imaginais une petite fiction tranquille. Réécrire la vie de ses parents n'est pas chose aisée. Doris Lessing parvient néanmoins à ne pas tomber le piège de la fiction d'une "vie de rêve" et de personnes "zéro défauts". Les liens entre fiction et réalité se tissent à la lecture la deuxième partie du livre, qui, toutefois, m'a donné quelques fils à retordre, par les redites et les divers sujets abordés.

Un bel hommage et une manière de rappeler que la guerre n'est pas une chose anodine (j'ai l'impression d'enfoncer une porte ouverte mais l'actualité mérite qu'on le rappelle).

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Le récap des billets écrits dans le cadre du challenge, c'est ICI

 

 

 

 

 

18 juillet 2014

Cher Dylan

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Georgie, 14 ans, est fan de Dylan Curtland, qui joue dans une série TV. Elle décide de lui envoyer un email. Et lorsqu'il lui répond, c'est le début d'un échange qui ne prendra pas du tout le chemin qu'on s'imaginait. Parce que Georgie, loin d'être stupide, s'aperçoit assez rapidement que Dylan a des réponses un peu trop standards et impersonnelles. Jusqu'au jour où... elle aura une surprise de taille, et le lecteur aussi !

Georgie a une histoire familiale douloureuse : son père s'est tué en moto, elle vit avec sa mère, un zeste alcoolique et surtout complètement soumise à son nouveau compagnon, un homme brutal et grossier. Georgie le surnomme "Sourdingue""Quand il se met en rage, il devient violet et les veines lui sortent du front. Il a l'air d'un crapaud." Georgie a la lourde responsabilité de s'occuper de sa demi-soeur de 4 ans qu'elle adore. Quand elle ne s'occupe pas de la petite, elle s'occupe de sa copine égocentrique qui lui pourrit aussi la vie, avec son obsession "fashion victime", genre "look saut du lit à Paris" . Heureusement, elle a une passion, le théâtre et l'échange avec la personne au bout d'Internet sera pour elle un exutoire à son existence compliquée mais aussi une belle histoire d'amitié. Et l'aboutissement de son rêve.

A priori, au regard de la couverture rose et du titre, je n'aurais sans doute jamais ouvert ce roman, qui au premier abord, fait un peu trop "Chick Litt" pour moi, genre qui ne m'attire pas. Mais heureusement, parfois, il y a aussi des indices qui vous poussent à aller au-delà des apparences.

J'avoue : j'ai passé un excellent moment ! Ce roman est incroyable. Malgré l'histoire dramatique de cette gamine dont la famille part en vrille, on rit beaucoup ! Parce que Georgie est une ado à la fois naïve et intelligente, à l'imagination sans bornes pour inventer des mots qui décrivent ses pensées et son quotidien. Quand elle aime vraiment, vraiment quelque chose, c'est "sorbet fraise". C'est la couleur du livre de l'édition française et celle de sa rencontre avec la mystérieuse personne de son échange email. C'est un récit qui vous mène aussi pas loin des larmes mais qui reste toujours optimiste : "la vie ressemble à un livre : les mauvais chapitres ne durent pas éternellement". Le leitmotiv de Siobhan Curham est d'ailleurs de toujours croire en ses rêves, de ne jamais les lâcher même si la vie vous malmène.
Un livre 2.0 qui plaira aux ados mais aussi aux adultes ! Un roman frais malgré une thématique grave, qui renouvelle le genre de la Chick Litt de manière intelligente. Merveilleusement écrit et traduit (par Marie Hermet).

J'ai écrit ce billet juste avec mes notes, sans "Dylan", déjà parti, le temps d'un été, dans les bras de quelqu'un d'autre.


 

01 février 2014

Un enfant de l'amour

 

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4e de couverture : "James Reid est un jeune homme romantique dont le principal défaut est d'avoir trop rêvé sa vie avant qu'elle ne commence véritablement. Durant l'été 1939, il embarque pour l'Inde avec son régiment et, lors d'une escale au Cap, croit trouver en Daphné, jeune femme mariée, le grand amour qu'il attendait. À la fin de la guerre, il apprend que de cette liaison passionnée est né un enfant qui ne se sait pas illégitime. James va alors tout entreprendre pour rencontrer son fils..."

 

Ce roman de Doris Lessing, publié en 2003 est un roman d'apprentissage, celui d'un jeune Anglais mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et envoyé aux Indes, avec escale en Afrique du Sud. C'est là qu'il connaîtra l'amour, dans sa rencontre avec Daphné, jeune Anglaise en mal d'enfant.

Mais Si Doris Lessing raconte ici une histoire d'amour sans retour (parce que Daphné fera sa vie sans James mais lui en sera incapable), c'est surtout la restitution d'une époque qui est le tour de force de ce roman.
Celle des Anglais, colons installés en toute impunité dans un pays qui n'est pas le leur, servis par des autochtones qui leur sont dévoués.
C'est celle de l'effervesence intellectuelle et culturelle, le socialisme (James se lie d'amitié avec Donald qui en est un fervent défenseur), la passion littéraire dévorante de James qui devient un lecteur et un admirateur invetéré de Kipling.
Celle de la souffrance, de l'ennui et du gâchis humain : la souffrance sur le bateau qui emmène les soldats de Grande-Bretagne jusqu'en Afrique du Sud : à notre époque, on a dû mal à imaginer ce que c'était de faire une telle traversée dans les années quarante et Doris Lessing nous le rappelle avec talent : on a dû mal à lâcher le livre et c'est sans doute ce qui m'a le plus plu.
Quant à l'ennui et au gâchis, il s'agit de ces mêmes soldats, qui après une traversée des mers très pénible, arrivent en Inde pour finalement souffrir... du climat et mourir d'ennui ! Autrement dit, ils ont été envoyés là-bas pour rien, ou plus précisément "jusqu'au cas où".

En somme, Doris Lessing offre ici un roman d'atmosphère que j'ai beaucoup aimé. Elle ne faillit pas à la réputation de sa qualité d'écriture, à son humour, parfois noir. On se dit que ce n'est pas pour rien qu'elle fut Prix Nobel de littérature en 2007 (même si c'est une reconnaissance bien tardive !).

Lu dans le cadre du :

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Je vous rappelle que vous pouvez vous inscrire ici

01 janvier 2014

Le cinquième enfant

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4e de couverture : "Pour Harriett et David, un couple modèle qui a fondé une famille heureuse, l'arrivée du cinquième enfant inaugure le temps des épreuves. Fruit d'une grossesse difficile, anormalement grand, vorace et agressif, Ben suscite bientôt le rejet des autres enfants, tandis que les parents plongent dans la spirale de l'impuissance et de la culpabilité.
La romancière du Carnet d'or, prix Nobel de littérature 2007, mêle ici de façon impressionnante réalisme et fantastique, dans une fable cruelle qui met à nu l'envers et le non-dit des relations familiales."

 

Autant vous le dire tout de suite, je commence en force avec ce premier billet consacré au challenge Doris Lessing : ce petit roman tout mince (187 page) est un vrai régal et même un coup de coeur !

Harriett et David ont dès le début envie de fonder une grande famille. Et pour pouvoir loger un grande famille, il faut une grande maison ! Pour cela il leur faut quitter Londres pour une ville assez proche, où ils tombent sous le charme d'"une grande maison victorienne au jardin mal entretenu". "Une maison à deux étages, avec un grenier, pleine de chambres,, de corridors et de paliers"... Voici pour le décor, victorien et gothique à souhait.  Et dans cette maison au jardin mal entretenu, il y a comme une chambre magique à faire des bébés ! Harriett enchaîne les grossesses en un temps record. La famille, les voisins, les amis débarquent dans la grande maison pour Noël et Pâques, pendant des années, à tel point que le couple devient réputé pour les fêtes qu'il organise.

Tout va bien dans le meilleur des mondes, jusqu'au jour où s'annonce la cinquième grossesse.  A partir de ce moment-là, Doris Lessing se délecte à casser l'image de la femme enceinte heureuse et de son accomplissement à travers la maternité. Une ambiance à la Rose-Mary's Baby s'installe (c'est du moins la très forte impression que j'ai eue !). Avant même d'être né, le bébé a décidé d'en faire voir de toutes les couleurs à sa mère, l'empêchant de dormir par son agitation intra-utérine. Une fois né, Ben (puisque c'est ainsi qu'il sera prénommé) est "une créature batailleuse", très costaud, qui a besoin de double ration de biberon prescrites pour un bébé de son âge : il lui en faut pas moins de dix par jour et même davantage... Et quand il tête sa mère, il la laisse meurtrie de bleus ! Ben n'est pas un beau bébé, d'ailleurs il ne ressemble pas un bébé :

"Il avait la tête rentrée dans les épaules, comme s'il avait été accroupi et non couché. Le front offrait une pente uniforme, et les cheveux poussaient curieusement en deux épis sur le devant, formant un genre de triangle qui descendait assez bas sur le front, jaunâtres et hirsutes, tandis que, derrière et sur les côtés, ils étaient applatis. Il avait les mains épaisses et lourdes, avec les paumes noueuses." Il a des "yeux vert-jaune" sans "aucune lueur de reconnaissance". Harriett trouve qu'il ressemble à "un troll ou un lutin" ! Elle finit même par sincèrement croire qu'il n'est pas humain, qu'il vient du monde du Petit Peuple, etc. Cela revient souvent dans ses propos !

Une chose est certaine : cet enfant fait peur. La famille, les amis prennent leurs distances avec le couple. Ben est un être violent. Il lui prend de tuer des animaux en les étranglant. Harriett et David finissent par l'enfermer dans une des chambres de la maison, de peur qu'il ne fasse du mal à ses frères et soeurs, qui d'ailleurs, ne l'aiment pas. Puis David décide de le placer dans une institution pour inadaptés... (je ne raconte pas la suite mais ça ne s'arrête pas là).

Doris Lessing se fait sarcastique sur le sort réservé aux êtres différents, hors normes, sur le regard d'autrui et des proches en particulier. Cependant, elle fait de Ben un personnage effrayant, pas du tout sympathique. On n'a aucune empathie pour lui. Elle maintient donc une certaine ambiguité pour montrer également la difficulté à gérer un enfant différent, sans pour autant s'apitoyer sur le sort des parents. On trouve Harriett stupide quand elle pense sérieusement que son fils n'est pas humain !

Doris Lessing vous hape littéralement, maintient un suspense de tous les diables, jouant avec la frontière du fantastique et l'imagination du lecteur en experte ! On suit l'évolution de Ben jusqu'à l'âge adulte et on n'est pas trop surpris du chemin social qu'il emprunte. Il y a une suite à ce roman : Le monde de Ben. J'espère avoir le temps de le lire dans le cadre du challenge, parce que là, franchement, celui-ci est un coup de maître et j'ai découvert un roman de Doris Lessing très différent de ceux que j'avais lus par le passé.

Ce roman date de 1988 et c'est une vraie belle lecture pour commencer l'année 2014 !

Lu dans le cadre du

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Je vous rappelle que vous pouvez vous inscrire au challenge tout au long de l'année 2014 et que pouir ce faire, c'est ICI.

J'en profite pour vous souhaiter à tous une très belle année 2014 , avec, entre autres, de belles lectures. Enjoy !