01 novembre 2015

Les premières aventures de Sherlock Holmes - Tome 1 : L'ombre de la mort

 

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A travers les mots de Marie Hermet

Le jeune Sherlock Holmes est envoyé par son frère aîné, Mycroft, le temps d'un été, chez son oncle, dans le fief familial des Holmes. Sherlock traîne un peu des pieds, mais Mycroft lui explique que c'est pour son bien : leur mère est malade et leur père doit partir faire la guerre aux Indes. Sherlock a toute confiance en son frère. Afin que le jeune homme poursuive ses études, Mycroft fait engager un précepteur, Aymus Crowe. Sherlock ne le sait pas encore, mais cet homme va l'aider à devenir un détective hors normes en lui enseignant l'art de l'observation, de la logique et de la déduction. Il se trouve qu'il est aussi le père d'une charmante jeune fille qui monte à cheval comme un homme : Virginia. Cela ne peut que plaire à Sherlock ! Il croise sur son chemin un gamin des rues de son âge,  orphelin, Matty, qui deviendra son compagnon d'aventures et son meilleur ami.Et voilà tout ce petit monde entraîné dans une bien étrange affaire...

Il se passe en effet des choses étrranges. Sherlock découvre le cadavre d'un homme recouvert de bubons, dans la forêt; puis deux autres avec les mêmes symptômes, près d'une usine à vêtements. Et puis il y a cet étrange poudre jaune près des cadavres... Tout laisse à penser à un début d'épidémie de peste bubonique ou de variole. Mais il y a aussi ces ruffians qui rapidement vont s'en prendre au jeune Sherlock, pour la première fois de sa vie confronté à la mort.

Le roman débute dans la campagne anglaise de la fin du XIXe siècle mais rapidement le lecteur prend la route vers la capitale, Londres, pour pousser jusqu'à... Cherbourg ! Un bon road trip comme je le aime et une vraie surprise d'atterrir en Normandie et d'apprendre que Sherlock est français pas sa mère !
Un bon road trip parce que ce roman jeunesse est très bien documenté sur l'Angleterre de l'époque, donc on est rapidement immergé dans l'ambiance, on va jusqu'à sentir l'odeur de la bière et le bourdonnement des abeilles. Oui, vous avez bien lu : des abeilles. Et si vous n'y connaissez rien en la matière, vous en apprendrez un rayon... Et qui dit abeille, dit pollen :
"Les abeilles (...) prennent le pollen et le transportent jusqu'à la ruche sous forme de petites balles attachées à leurs pattes arrières. Les plantes en bénéficient parce que chaque abeille, en volant de fleur en fleur, laisse tomber un peu de pollen provenant des étamines de l'une et du pistil de l'autre. C'est ainsi que l'abeille aide à la reproduction. Sur leurs pattes arrières, les abeilles ont des poils qui forment une sorte de petit panier ; elles malaxent le pollen pour former des petites pelotes. C'est ce qu'on appelle le "pollen d'abeille"."
J'ai trouvé ces explications très claires pour le jeune lecteur (et terriblement d'actualité!).
Une aventure qui vous entraînera aussi un peu vers l'histoire de l'Empire britannique, qui n'a pas que des amis...

A cet aspect documentaire s'ajoute un suspense trépidant : on ne s'ennuie pas une minute.


On garde dans un coin de l'esprit le Sherlock Holmes adulte créé par Conan Doyle. Le jeune Sherlock Holmes inventé par Andrew Lane n'a rien de fantaisiste. L'écrivain explique son intention à la fin de l'ouvrage : "Mon intention, dans le livre que vous avez entre les mains, et dans ceux qui vont suivre, est de trouver à quoi ressemblait Sherlock avant que Conan Doyle ne le présente au public. Quel genre d'adolescent était-il ? Quelles écoles a-t-il fréquentées, et qui étaient ses amis (...) Arthur Conan Doyle a très peu parlé des années de Sherlock, et la plupart de ses émules en ont fait autant. On ne sait pas grand chose de sa famille ou de l'endroit où il a vécu. Nous savons qu'il descendait par sa mère du peintre français Vernet, et qu'il avait un frère, Mycroft, qu'on rencontre dans certaines histoires. Cela m'a donné la liberté de créer pour Sherlock une histoire compatible avec les indices que Doyle nous a laissés, et aussi avec l'homme que son personnage allait devenir".  Riche idée !

Ce premier volume des aventures du jeune Sherlock Holmes est publié depuis peu au format poche par Flammarion Jeunesse. 

Moi, je me suis régalée avec ce roman d'ambiance et d'aventures ! Il saura plaire à tous les amateurs de littérature anglaise.

 


09 septembre 2015

Mentine tome 2 : Cette fois c'est l'internat

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Illustré par Margaux Motin

4e de couverture : "Exclue. Cette sentence est tombée en novembre, à quelques jours de mon anniversaire. J'allais avoir treize ans, j'étais déscolarisée, et sur le champ de bataille de ma vie, une survivante : Johanna Estamplade, ma seule amie !"

Rappelez-vous, il y a quelques mois, nous faisions connaissance avec Mentine, douze ans et quelques mois, envoyée dans le Larzac par ses parents, histoire de lui remettre les idées en place ou plutôt de tenter d'essayer de la remettre dans le droit chemin. Mentine est une surdouée mais n'en reste pas moins une gamine. Son obsession est de se fondre dans le moule de la "normalité", quitte à bouziller ses notes scolaires. Dans le Larzac, elle a dû confronter son intellect de surdouée et son caractère bien trempée à un paysan au caractère encore plus fort que le sien. Le résultat était positif, Mentine en est sortie grandie.

Pourtant dans ce tome 2, c'est repartie pour les bêtises en cascade. Mais pas des petites bêtises, des grosses, qui valent à Mentine l'exclusion de son établissement scolaire. Il faut dire que Mentine a les hormones en ébullition et ça ne l'aide pas. Elle se brouille et se bat comme une chiffonnière avec sa meilleure amie à cause d'un garçon. Le problème c'est que la copine est quelqu'un d'"influent" dans le bahut et elle parvient à liguer tous les "moutons" de son réseau contre notre surdouée déjà très mal : la sanction est tombée comme un couperet : Mentine est exclue du collège. Et même si elle s'excuse auprès de son ex-amie, rien n'y fait, celle-ci refuse de lui adresser la parole et la pourrit sur les réseaux sociaux. Mentine déprime vraiment. Ses parents décident de l'inscrire dans un institut suisse spécialisé pour les ados comme elle. Evidemment, elle voit rouge...

J'avais beaucoup aimé le tome 1 de cette histoire, le personnage de Mentine qui me rappelle tellement une vraie gamine en perdition exactement comme elle (à quelques détails près).

Dans ce second volume, je me suis laissée emporter par l'histoire et le regard de cette adolescente pas comme les autres sur le monde qui l'entoure. Mais, j'avoue d'emblée que si c'est une histoire sympathique, elle est peut-être un peu trop parfaite (oui, oui) dans le sens où Mentine intègre un établissement pour surdoués complètement idyllique, à la pédagogie fantaisiste et en ressort comme par miracle transformée et épanouie. Dans la réalité, ce genre d'établissement n'existe pas. Je suis très sceptique sur les écoles spécialisées pour "EIP" (Enfant Intellectuellement Précoce) qui sont pour beaucoup des écoles qui peuvent les ravager encore plus que dans le système traditionnel dit inadaptés à ces élèves-là. Mais même ceci est très discutable. Tout dépend des cas. Tout dépend de tellement de choses...
Bref, tout ça pour dire que j'ai bien aimé cette histoire entraînante qu'on a du mal à lâcher une fois le livre en mains mais que néanmoins elle n'est pas vraiment réaliste. Mais il est quand même bon de rêver !

Beaucoup plus de larmes que dans le premier, car Mentine est "la balafrée du cerveau", une dure à cuire devenue une hystérique et une pleurnicharde (merci les hormones !) Elle ne se reconnaît pas elle-même et elle repart à zéro : fini le faire-semblant d'être comme tout le monde : sa nouvelle école lui permet d'être elle-même et de rencontrer d'autres ados blessés par la vie à cause de leur différence, le regard des autres, leur jalousie, leur méchanceté etc.

Un bouquin sympa même si j'ai largement préféré le premier volume et joliment illustré par Margaux Motin : un beau vert menthe rafraichissant en couverture, à l'image du livre.

Je remercie beaucoup Flammarion Jeunesse pour l'envoi du roman.

 

 

 

 

 

 

31 août 2015

A la poursuite du Grand Chien Noir

 

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A travers les mots de Marie Hermet
Illustré par Chris Judge

Simon et Gloria vivent avec leurs parents à Dublin. Ils ont un oncle qu'ils adorent, oncle Ben.  Un jour leurs parents annoncent qu'Oncle Ben va venir vivre avec eux, "le temps que les choses s'arrangent pour lui". Oncle Ben a des soucis à cause de la récession qui ravage le pays. Les chiens de la ville ont senti le vent venir avant tout le monde, ou plutôt le Grand Chien Noir. Une drôle de chose arrivée dans la nuit, "dans un nuage - en fait c'était lui, le nuage". Une drôle de chose qui "prit peu à peu la forme d'un chien et la forme de chien devint un chien". Rien à voir donc avec les sarcastiques chiens de Dublin (oui, "les chiens, surtout à Dublin, sont facilement sarcastiques. Vous n'avez qu'à bien écouter leurs aboiements, en particulier le matin, vous verrez") !
La vie familiale de Simon et Gloria va être chamboulée : Gloria doit partager sa chambre avec son grand frère et dormir sur un matelas à même le sol. Même si elle adore Oncle Ben, son lit et sa chambre lui manquent ; Simon n'apprécie pas trop de devoir dormir dans la même pièce que sa petite soeur, même si c'est quand même bien rassurant pour un gamin qui a peur du noir. Oncle Ben est triste, leurs parents semblent inquiets. Les soirées se remplissent de chuchotements et de murmures. Les deux gamins tentent de percer le mystère de tout cela et un jour, ils entendent leur grand-mère déclarer que "le Grand Chien Noir de la Dépression s'est installé sur les épaules" de Ben. La grand-mère n'en est pas à sa première rencontre avec ce chien là, mais elle ne l'a pourtant jamais vu aussi féroce et virulent. Toute la ville est atteinte : le Grand Chien Noir a tout simplement volé le coeur à rire de Dublin.
Les enfants se sauvent dans la nuit pour attraper le Grand Chien Noir et récupérer le coeur à rire de la ville. C'est le début d'une trépidante aventure, fantastique à souhait mais dans un contexte très réel et contemporain. L'occasion d'un road trip dublinois nocturne peuplé de mots aux pouvoirs magiques, de rires, de frissons et d'animaux qui parlent.

Les vrais animaux de Dublin, qu'ils soient sauvages ou domestiques sont tous adorables.

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Lui, c'est Fang, un gentil bâtard énorme mais inoffensif. Fang est un chien "trop content" pour être le Grand Chien Noir. Il a une manière bien particulière de manifester son enthousiasme  (allez, je le dis : il pète) ! Un chien anglais ne ferait jamais ça, mais n'oubliez pas, vous êtes à Dublin !

Et quand on est à Dublin, on ne peut pas faire l'impasse sur les mouettes, à moins d'être sourd et aveugle. De vrais petits soldats qui aideront Simon et Gloria, et tous les gamins de la ville qu'ils entrainent dans leur aventure, à combattre le Grand Chien Noir de la Dépression.

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Au Zoo de Phoenix Park, on croise Kevin le suricate sautillant qui encourage tout ce qu'il peut les gamins.

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On rencontre même un troll, sous le pont de bois de Bull Island,  dont le Grand Chien Noir a déprimé sa maman !

Les animaux et les enfants sont les héros de Roddy Doyle. Grâce à eux, le lecteur se paie de bonnes tranches de rire dans une cavalcade nocturne un peu loufoque, qui semble sans fin, à travers les rues de la ville, puis les docks, la plage, Clontarf... (il y a même un gentil faux vampire dans l'équipe!).

Et puis il y les batailles de mots magiques, presque dignes d'un bataille de Clontarf !
Le mot magique le plus célèbre en Irlande  est traduisible par Génial (en VO, brillant), que les Irlandais vous servent à toutes les sauces et toutes les occasions. Un mot chargé d'optimisme et d'humour, un mot qui fait rire, qui illumine la vie les visages. C'est LE mot des enfants de Dublin pour combattre le Grand Chien Noir. Le mot qu'ils vont hurler et brailler dans les rues noires. Un mot chargé d'énergie positive et de joie de vivre que le Grand Chien Noir de la Dépression déteste. Un mot qui les entraînera à faire des concours d'expressions loufoques pour garder le moral.

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Le Grand Chien Noir, son expression à lui, est tout le contraire de "génial" : c'est "Bons à rien", "nuls" . L'insulte pour tenter d'atteindre psychologiquement les gens qui finissent par croire, effectivement qu'ils le sont. L'expression consacrée pour tuer. Une expression noire, méchante, toute moche. A l'image du Grand Chien Noir

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Un roman bourré d'humour, joliment illustré qui fait la part belle à l'avenir de l'Irlande : les enfants.

 

Un roman original dans sa conception, un peu foufou - mais ça c'est totalement irlandais ! Une belle manière d'expliquer la crise économque aux enfants, avec humour et une touche d'optimisme non négligeable.  Un roman dublinois d'ailleurs dédié aux mouettes de Dublin.

Maintenant, il ne me reste plus qu'à retourner visiter Dublin pour la énième fois, et à écouter attentivement tous les chiens, les mouettes, les flamants roses et les suricates...

Il se trouve que j'avais acheté ce roman avant même de savoir qu'il serait publié en France. Je l'ai donc lu deux fois et je me suis éclatée deux fois, comme une gamine !
Roddy Doyle vous donne le coeur à rire, le coeur à rire de Dublin !

Un joli livre jeunesse pour la rentrée littéraire.
Le 2 septembre dans toutes les bonnes librairies
A lire de 10 à 110 ans.

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Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour l'envoi du livre.

 

 





02 août 2015

La face cachée de Margo

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A travers les mots de Catherine Gibert

Margo et Quentin habitent à Orlando, en Floride. Ils sont voisins depuis qu'ils sont enfants, fréquentent le même lycée, et c'est leur dernière année avant l'université. Leur premier temps fort a été la découverte d'un cadavre quand ils avaient neuf ans. Un moment qui est a marqué Quentin à vie parce qu'il a eu la trouille de sa vie. Margo a abordé ce tragique événement d'une manière beaucoup plus étrange. Margo et Quentin ont maintenant seize ans. Quentin en pince pour Margot qui est devenue un mythe à ses yeux : le mythe "Mar-go-Roth-Spie-gel-man". Mais si Margo aime bien Quentin, ça a l'air de s'arrêter là. Elle avait pour petit ami quelqu'un d'autre, mais pas de chance, il vient de la larguer. Furieuse, Margo décide de représailles et elle demande à Quentin de l'aider. Bonne pomme et fascinée par cette fille, il accepte. Une nuit d'aventure mémorable à travers la ville. D'autant plus mémorable que le lendemain, Margo disparaît. Quentin et ses meilleurs potes vont se lancer à sa recherche.

Voilà ma lecture blockbuster de l'été. Parce que je suis curieuse de savoir pourquoi John Green a tant de succès, qu'est-ce qui attire tant les ados dans ses romans? J'avais bien aimé Nos étoiles contraires (à un bémol près). Mais autant vous le dire tout de suite : je me suis plutôt ennuyée avec celui-ci. La vengeance de Margo est drôle et très imaginative (je me demande où l'auteur a été péché des idées pareilles!). Mais ensuite, le mystère "Margo" a fini par me peser. Ca tourne en rond pendant pas mal de pages avant que Quentin trouve un indice. J'ai trouvé l'héroïne assez détestable par son égoïsme et son estime de soi surdimensionée. Quentin est trop benêt à mes yeux. Ses amis finissent par lui dire, d'ailleurs, que Margo ne mérite peut-etre pas toute l'énergie qu'il investit pour la retrouver, ni les risques qu'il prend.
Seulement, Quentin idéalise Margo, il finit par s'en rendre compte et, au-delà de l'envie de la retrouver, il cherchera à savoir qui elle est vraiment.

Le roman aborde le thème de l'identité et du sentiment amoureux. De la face cachée que chacun a à l'intérieur de soi. Mais aussi de l'image qu'ont les autres de nous. De la part de fiction et de la réalité. Du fait qu'on tombe amoureux d'une image, d'un personnage qu'on se construit mais pas tout à fait de la personne réelle. Une quête initiatique qui fera grandir Quentin.
Tout cela aurait été certainement plus intéressant si le roman ne s'étirait pas en longueur, au milieu de considérations subalternes (comme les cuites des copains de Quentin, les "p'tits lots" qu'ils convoitent - comprendre : de jolies filles, expression assez étrange ! ).

Comme Margo est une reine de la fugue et du mystère égocentré , elle a laissé des indices, entre autres dans... un poème de Walt Whitman, dont elle a surligné des passages de différentes couleurs. Quentin lit et relit ce poème, se prend littéralement la tête et... le lecteur aussi, à force de répétition des lectures de Quentin, qui ne font pas avancer l'intrigue.

La seule chose qui m'a vraiment intéressée, ce sont les escapades des personnages dans des pseudotissements : des lotissements abandonnés. Les maisons hantées du XXIe siècle. Mais mieux que ça : il existe aux Etats-Unis des Villes de papiers (Paper Towns est d'ailleurs le titre original du roman). Les villes qui n'existent que sur la carte, comme Agloe, dans l'Etat de New York (sur la carte) : une ville "créée pour se protéger des plagiaires" ! Une manière de poser sa griffe. Sauf que tous les possesseurs d'une carte Esso se sont acharnés à vouloir trouver Agloe. Si bien qu'un jour quelqu'un a construit un magasin et qu'Agloe est devenue réalité - qui depuis est redevenue fiction...
Le personnage de Margo est à l'image de ces villes : une fille de papier.
Le roman aurait pu être beaucoup plus prenant si le lien entre les villes de papier et le personnage de Margo avait été plus recentré. Heureusement, il y a de l'humour parfois doublé d'un regard caustique sur la société de consommation : "L'avenue était bordée de milliers de boutiques qui vendent toutes la même chose : de la merde."
Autre point positif : les ados qui liront ce roman sauront à coup sûr qui est Walt Whitman, Emily Dickinson et Sylvia Plath.

Si vous ne le savez pas - mais à moins d'être un Martien comment ne pas le savoir ? - ce roman a été adapté au cinéma et sort prochainement.

 

20 juin 2015

La gueule du loup

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Mathilde et Lou viennent de décrocher le bac et décident de partir en vacances à Madagascar, toutes seules. Le séjour débute dans un lieu paradisiaque, avec rhum arrangé et musique. Puis elles poursuivent leur road trip  dans l'île en direction de la capitale où elles découvrent l'envers du décor du Paradis : la misère dans toute son horreur. De la mère qui veut vous vendre son enfant à l'exploitation sexuelle que pratiquent sans vergogne des Blancs plein aux as et libidineux. Lou et Mathilde vont sympathiser avec une jeune Malgache de leur âge. En voulant l'aider, les gamines vont être entraînées dans une course folle : un type louche est à leurs trousses.

Je vais y aller "cash" : je suis très déçue par ce roman et c'est d'autant plus dommage que les pistes initiées (l'exploitation humaine par le biais de la  prostitution, la découverte d'une culture très différente de la nôtre)  auraient pu être intéressantes si tout cela n'avait pas été gâché par pas mal de choses.
Ce livre a toutes les allures d'un thriller sur fond documentaire. L'environnement malgache est très envoûtant, on en apprend beaucoup sur le malheur de cette île continent, sur sa culture et les rites qui y perdurent. On se perd avec Mathilde et Lou dans la jungle, sous un arbre censé protéger des mauvais esprits. De ce point de vue-là, le roman vous emporte loin.
Par contre, j'ai trouvé très étrange que la copine malgache de Mathilde et Lou s'expriment exactement comme elles, avec ce langage un peu trop "djeunse" pour être totalement crédible.
Quant au "méchant", il échappe de manière tout à fait miraculeuse d'une chute qui aurait dû lui être fatale (on le devine très tôt d'ailleurs). Et en fin de compte, à la fin, on se dit qu'il n'était pas si malin...
L'intrigue en elle-même tombe donc à plat assez vite. Je me suis peu attaché aux personnages, pas assez fouillés. Mathilde est la copine intrépide et Lou la copine timide. A un moment, on pense que Lou a plus d'un tour dans son sac et va nous montrer une autre facette de sa personnalité. Mais là encore, ça ne va pas jusqu'au bout et ce n'est pas à elle qu'il va arriver ce que je vais appeler "quelques bricoles"...

Cependant, le pire est ailleurs : par dessus tout, j'ai vraiment détesté jusqu'à en être horripilée le registre choisi pour ce roman. Je sais que Marion Brunet écrit sans fioritures. Mais pour un roman destiné aux ados, ça dépasse les bornes, à mon goût. Registre trop vulgaire, trop trash pour le public visé à qui ça n'apportera rien.


Extraits  :

"Quand elles te sucent, t'as peur qu'elles y laissent les dents." (p.53)
"Qu'il me baise, c'est un détail. Ouvrir mon corps je sais faire, pour que ça fasse pas mal" (p.75)
"Terreur et vide, dans mes prunelles et jusqu'à mes orteils peints en rouge, en passant par ma chatte, ma peau et mes viscères" (p.75)
"Si à chaque fois que tu promènes ta queue hors de la maison, tu ramènes une nouvelle bouche à nourrir, il va falloir que tu travailles un peu plus, mon ami !"
"Et il s'est pointé à la maison, la queue entre les jambes (...)" (p.114)

Il semble qu'on peut faire passer le souffrance humaine et le comportement ordurier autrement, sans finalement passer par cette sorte de facilité qu'est le vocabulaire obscène (les scènes obscènes)  à répétition qui finit par agacer, vraiment. Parce que tout le monde est peu ou prou capable d'écrire ainsi. La pudeur peut aussi faire passer des choses, avec davantage de subtilité...
Bref, en défaut par rapport au public visé. Sans doute ce qui fera rater des sélections à ce roman qui aurait pu tenir la route par son fonds documentaire sur Madagascar riche et intéressant.

J'avais beaucoup aimé Frangine. Je suis d'autant plus déçue - deux fois de suite que ça m'arrive, c'est dur !

 


14 avril 2015

Refuges

 

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Mila, jeune romaine de 17 ans, retourne, le temps d'un été, à Lampedusa, l'île où elle passait ses vacances enfant. Elle n'y avait pas remis les pieds depuis six ans. La maison familiale, la Pointe des Orangers, est toujours là. La famille est toujours là. Seul n'est plus là, le petit frère de Mila, mort d'une méningite alors qu'il était bébé.
La seule chose qu'elle redoute : passer quatre semaines avec ses parents, parce que juillet est depuis un mois funeste. "Depuis que Manuele était mort, c'était toujours la même chose : où qu'ils soient, Mila avait toujours l'impressionque son père cherchait à remplir le temps, de manière tellement désespérée que c'en était presque comique." La seule solution pour Mila d'échapper à l'ambiance morbide est de trouver un vélo est de partir explorer l'île. Gina, sa tante, va réaliser son voeu et lui prêter une vieille bicyclette  Bianchi, d'un vert un brin kitch.
Sa mystérieuse cousine Paola, étudiante au visage de Madone, lui révèlera les secrets de Lampedusa, île paradisiaque, surnommée l'île du Salut.

Les aventures de Mila et de Paola sont entrecoupées, au fil de la lecture, par huit voix, venant de l'autre côté de la Méditerranée, d'Erythrée plus précisément. Les voix  de jeunes de leur âge, qui décrivent le calvaire de leur vie dans leur pays natal et leur espoir de trouver une existence plus humaine en Europe. Prendre tous les risques, quitte à le payer de sa vie, ce sera toujours mieux que vivre en Erythrée. Ces huit voix, nous les retrouveront embarquées dans un Zodiaque pour une traversée de l'Enfer.

La narration joue sur le contraste entre la douceur de vivre qui émane de Lampedusa, avec son soleil, ses plages de rêve, le bleu du ciel, les fleurs partout, la langueur des habitants et l'horreur décrite par les Erythréens. Mila a une histoire familiale compliquée depuis la mort de son petit frère, une famille brisée et figée dans la douleur. Elle cherche en Lampedusa un refuge et un espoir d'un futur plus serein. Les migrants Erythréens portent cet espoir en eux également. Le lien entre les deux histoires est de cet ordre : Lampedusa, l'île du Salut, l'île des refuges.

C'est l'énigmatique Paola à la beauté quasi mystique, qui révèlera à Mila la face cachée de cette île italienne aux confins de l'Europe : l'île des migrants clandestins, fuyant un véritable camp de travail forcé dans leur pays. Une véritable gifle pour Mila, la gifle qui l'aidera à grandir, surtout quand elle apprendra par la bouche de sa cousine qu'une loi votée en 2006 (la loi Bossi-Fini) a opéré "un durcissement des conditions d'accueil des migrants en Italie". Une loi qui a "conduit à la mise en place de poursuites judiciaires pour toute personne, notamment les pêcheurs qui, recueillant un migrant, se retrouve de fait complice d'immigration illégale".

Un roman magnifiquement écrit, qu'on ne lâche plus, sur un sujet d'actualité, comme souvent avec Annelise Heurtier. On se laisse porter facilement par la poésie de Lampedusa, on est tenu en haleine par les voix des migrants et horrifié par leur condition. Une lecture où l'on ne s'ennuie pas une minute et où l'on finit outré par la loi votée par le gouvernement Berlusconi de l'époque. Heureusement, un livre qui porte l'espoir dans les dernières pages.

Une lecture que j'ai apprécié même si mon horizon d'attente était un peu différent : je m'attendais à un récit davantage centré sur les conditions de vie des migrants survivants à Lampedusa, sur l'accueil réservé, le récit d'une rencontre, ce genre de choses-là.

En tout cas, un roman qui a le mérite de rappeler l'horrible réalité des migrants fuyant leur pays : s'ils fuient, c'est pour tenter de sauver leur vie, pas pour ""profiter" des aides sociales des pays européens", comme le dit  très bien l'auteur à la fin du livre. Annelise Heurtier rappelle également que la loi Bossi-Fini "entre en contradiction avec plusieurs textes internationaux tels que la Convention des Nations unies sur les réfugiés", entre autres.

Merci aux Editions Casterman !

 

 

 

 

06 avril 2015

Le bonheur de A à Z

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Traduit par Marie Hermet

Candice Phee vit à Albright, petite ville près de Brisbane en Australie. Elle a douze ans et n'a pas d'amis dans sa classe ni en dehors. Les autres élèves la surnomme "gogolita". Pourtant Candice n'est pas du genre à se plaindre et se trouve très bien toute seule. Elle n'aime pas beaucoup parler. Elle préfère écrire des mots sur un bout de papier quand elle estime que c'est trop compliqué pour elle de s'exprimer oralement.  Un jour, un nouvel élève arrive dans la classe. Son nom : Douglas Benson. Celui qui brisera la routine de sa vie et la sortira de son isolement. C'est aussi le moment que choisit Miss Bamford, la prof de français, pour donner un devoir à la maison : "écrire un paragraphe de [sa] vie pour chaque lettre de l'alphabet. Vingt-six paragraphes au total, commençant chacun par une lettre de A à Z". Son devoir, le lecteur l'a entre les mains. Et quel devoir !

Parce que Candice est tout sauf bête. Elle a même une intelligence qui semble largement supérieure à la moyenne. Elle est juste différente et a conscience de sa différence. Elle scrute le monde qui l'entoure avec précision mais avec une perspective particulière qui n'appartient qu'à elle. Son oncle, elle ne l'appelle pas "tonton" mais systématiquement "Riche Oncle Brian" alias "ROB". Douglas est "Douglas Benson d'une Autre Dimension". Parce que Douglas est persuadé de venir d'un autre monde, un monde alternatif d'une autre dimension. Ses vrais parents seraient ailleurs. Ici, ce ne sont que des fac-similés de parents qu'il a à la maison...
Candice est d'une franchise à toute épreuve. Douglas Benson d'une Autre Dimension va pouvoir s'en rendre compte dès les premiers mots échangés :
" - Tu peux garder un secret ? a chuchoté Douglas Benson.
- Non, j'ai dit en chuchotant moi aussi.
- Oh.
J'ai repris mon travail. Un minute plus tard, nouvelles tapes sur le bras.
- Même pas un peu ?
- Non.
- Oh.
Il y a eu un troisième essai.
- Tu veux que je te dise mon secret quand même?
- Non.
- Oh."
Douglas Benson d'une Autre Dimension la trouve bizarre et pour lui ça tombe bien parce que lui aussi se considère comme bizarre. "On pourrait être amis. Des amis bizarres." Et les voilà les meilleurs amis du monde de cette histoire bourrée d'humour.

On découvre peu à peu que la famille de Candice s'est fracassée en plein vol suite à un drame dont ses parents ne parviennent pas à se remettre. On découvre que c'est aussi ce drame qui a fait de Candice ce qu'elle est actuellement. On découvre une famille où il y a de la jalousie et des rancoeurs. Une famille où le bonheur semble avoir fui pour toujours.
Douglas Benson s'est aussi fracassé la tête et depuis il n'est plus le même. Candice adore d'ailleurs son crâne pleine de bosses, qu'elle décrit très souvent.
Mais plutôt que de continuer à vivre une vie fracassée, pleine de douleur et de chagrin, la gamine se donnera comme mission de ramener le bonheur autour d'elle : "Je veux partir à la poursuite du bonheur, je veux l'attraper, le retenir par le col de sa chemise et le tirer de force jusque chez moi."

Sa vision optimiste du monde et son inconscience du danger parfois, vont l'aider et nous faire vivre des aventures pour le moins cocasses.

Deux adolescents étranges mais les plus attachants du monde ! Un livre qui vous fracassera fera mourir (de rire). C'est vraiment ce qui a failli m'arriver ! Le chapitre le plus dangereux pour moi a été celui intitulé "K comme Kacha". Méfiez-vous de Candice quand elle décide de ressouder sa famille en faisant du jambalaya (d'après une recette que lui a imprimé Douglas) :  les émissions de télé-réalité culinaire en perdraient leur audience ! C'est assez économique comme plat, version Candice : "Je ne sais pas comment c'est arrivé, mais il restait plus de choses dans leur assiette à la fin du repas qu'au début." ...
Mais de toute façon, ça la change des hamburgers où "on vous promet la lune (dans ce cas un hamburger ultrasexy) et on vous donner une crotte".
Ce n'est pas Ersatz-Poisson (son poisson rouge) en pleine crise mystique qui dira le contraire...

Une écriture qui fait mouche dans une ambiance loufoque. Ce roman est un concentré de bonne humeur. Barry Jonsberg se garde bien de nommer ce qu'a Candice et même Douglas et d'appeler ça une maladie. Au lecteur de se faire son idée.

En tout cas, le roman Young Adult le plus drôle que j'aie lu cette année ! J'en redemande...
Ce livre a d'ailleurs été récompensé en Australie pour divers prix littéraires. Pour en savoir plus, c'est Ici.

 

12 mars 2015

Sans prévenir

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 Traduit par Marie Hermet

4e de couverture : "A quinze ans, Francis Wootton est passionné de vieux films, de musique rock et de lectures romantiques. Mais avant tout, il ne se prend pas au sérieux. Sans prévenir, un jour, la vie bascule. On lui diagnostique une leucémie. A l'hôpital où il entre pour son traitement, il rencontre Ambre, son caractère de chien, son humour, sa vulnérabilité."

Après Un voyage à Berlin de Hugo Hamilton qui parle du dernier voyage de Nuala O'Faolain malade d'un cancer, j'ai lu un autre roman sur la maladie pendant mes vacances d'hiver, sans pourtant avoir choisi ce thème expres...
On a beaucoup comparé Sans prévenir à Nos étoiles contraires de John Green. La quatrième de couverture le stipule aussi.  Pour avoir lu John Green, je dirai qu'à part le thème de la maladie pendant l'adolescence, ces deux livres sont assez différents, tant par le ton du livre que par le caractère des deux adolescents malades. Je ne vais pas me livrer à une comparaison parce que ça ne rime à rien, mais j'ai trouvé celui-ci beaucoup plus gai.

Beaucoup de personnages peuplent ce roman. Francis nous décrit sa famille : un frère aîné qui ne s'est pas vraiment remis de la mort de Curt Cobain ; un père qui a quitté le foyer ; une soeur jumelle morte à l'âge de sept ans écrasée par un camion sous les yeux de sa mère... Et pour parfaire le tout, une leucémie qui lui tombe dessus, sans prévenir.
L'hospitalisation. Une chambre avec deux autres ados qui sont très différents de lui, moins matures. L'arrivée d'Ambre qui va bouleverser sa vie d'ado malade et le faire tomber amoureux pour la première fois alors qu'il se bat contre la maladie. Un amour réciproque, perturbé par leur cancer. Mais heureusement, le texte s'attarde pas sur la souffrance, les détails scabreux de la maladie, et si l'auteur décrit par moment les symptômes dus au traitement et les moments de grande fatigue deux adolescents, il s'attache surtout à décrire la vie et c'est ce que j'ai vraiment apprécié. Ca tourbillonne de vie, même. Beaucoup d'humour avec le franc parler de ces gamins qui continuent malgré tout de vivre leur adolescence comme (presque) tous les adolescents. Entre coups de gueule, moqueries et même une grosse bêtise qui les mènera visiter le poste de police. Le personnage d'Ambre est une vraie tête brûlée qui, en plus d'un caractère ombrageux, n'a pas peur de grand chose mais elle a le coeur sur la main. Francis, beaucoup plus discret, se réfugie dans la littérature, les vieux films, le rock. Leur film fétiche sera  Certains l'aiment chaud...

Des gamins attachants issus de milieu social différent. Deux mères hors normes toutes les deux, un peu déjantée chacune à leur manière, qui vont se regarder en chien de faience avant de devenir amies. Deux familles qui finalement seront liées à vie, au-delà de la mort.

Je dois dire que la fin m'a vraiment surprise, interloquée même. Je suis revenue en arrière pour voir si j'avais bien lu. Mais oui...

Un roman qui ne s'achève pas sur la mort - même si on doit en passer par là pendant le récit - mais sur la vie qui continue.
Un livre avec beaucoup d'humour et quelques scènes savoureuses, loin de toute mièvrerie.






 

10 février 2015

Mentine tome 1 : Privée de réseau !

 

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Illustration : Margaux Motin

Mentine Green, douze ans et sept mois, le QI d'Einstein, passe en classe de troisième avec une moyenne de... 9,5. Depuis ses cinq ans, âge auquel un psy s'est aperçu qu'elle savait lire, elle se trimbale l'étiquette :  IEP-  enfant intellectuellement précoce (et hypersensible). "Une grosse tête au coeur d'artichaut". Elle adore faire enrager ses parents en s'obstinant à avoir de mauvaises notes. Pour elle, une manière de s'intégrer dans le monde impitoyable du collège où être trop bon, c'est pas cool.
Seulement, pour ses parents, cette fois-ci la coupe est pleine : 9,5 de moyenne pour une surdouée, c'est juste inadmissible ! Avec une tête de serial killer, son père lui annonce qu'il l'expédie pour l'été dans le Larzac, histoire de lui remettre les idées  en place.
Finie l'hyperconnexion avec les copines et les vacances branchouilles à Biarritz ! Dans le Larzac, pas de réseau, ou si peu. Et voilà Mentine en pension chez Raoul, ex-chef de file pacifiste de la révolte paysanne des années 70-80. Un caractère aussi bien trempé que celui de la gamine. Une alliance qui n'est pas gagnée d'avance et c'est le début des frasques de Mentine qui ne manque pas d'air...

Chacun va camper dans son rôle : Raoul dans celui du dur à cuire - qui avouera plus tard qu'il aurait bien renvoyé sa "livraison" en Colissimo à ses géniteurs ; Mentine dans celui de la gamine chiante à souhait. Un duo explosif au premier abord.

Un recadrage en règle se met en place, qui rabaisse le caquet de la surdouée, qui traîne son étiquette depuis son plus jeune âge, mais qui, finalement, ne cherche qu'à être considérée comme quelqu'un d'ordinaire.  Chose que les adultes ont du mal à comprendre : "Qui à douze ans et demi peut rêver de devenir économiste ?" se demande Mentine avec justesse.
Sa précocité intellectuelle est autant un avantage qu'un handicap, dans la société normée qui est la nôtre. Elle en fait la douloureuse expérience dans son coup de foudre pour Eric, le stagiaire de dix-sept ans qui aide Raoul : "J'avais envie de l'embrasser, ce garçon de dix-sept ans. De me jeter sur lui. Etais-je trop en avance ? Intellectuellement et sentimentalement ? Je n'en sais rien. Et puis, de toute façon, j'en avais marre de ces normes, de ces baromètres qui me classaient sans cesse dans des catégories. Trop. Pas assez. Merde !"

La gamine, toute surdouée qu'elle est, va se passionner pour la vie rurale et se faire de nouveaux amis. Elle revoit ses préjugés, le travail à la ferme lui donne le sentiment d'être utile et ordinaire. La campagne va la faire grandir, parce qu'elle n'a que douze ans. Des vacances aux allures de sauvetage.

Un roman d'apprentissage très récréatif, bourré d'humour, qui questionne la normalité, les préjugés, la manie de vouloir mettre les gens dans des cases. Le comportement de Mentine peut paraître farfelu, peu crédible : un surdoué, dans l'imaginaire collectif,  c'est censé être hyper sérieux, hyper mûr etc. Eh bien non, pas forcément ! Quand on est surdoué, on réussit dans la vie. Eh bien non, pas forcément !
Un portrait de "surdouée" très vraisemblable.

Une lecture sympathique, avec un seul bémol : on devine un peu trop facilement l'issue de cet été dans le Larzac. Mais je me demande ce que réserve le tome suivant.


Merci à Flammarion de m'avoir permis de découvrir cette série.

 

 

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25 janvier 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville tome 1 : Hubert très très méchant

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 Traduction : Anaïs Goacolou


4e de couverture : "Hubert naquit un mardi, dans une famille respectable qui résidait dans un recoin obscur de Sinistreville. Ses parents, qui rêvaient d'élever un génie, accueillirent avec une allégresse non dissimulée la tête aux dimensions impressionnantes et le front haut du petit Hubert.
- Je ne serais pas surpris que votre garçon devienne l'habitant le plus intelligent de notre grande ville, annonça le docteur.
Ainsi commença son histoire...
Hubert ne tarda en effet pas à le montrer d'une manière tout à fait singulière..."

Les parents d'Hubert ne peuvent pas se douter que la naissance de leur enfant va bouleverser durablement la vie de Sinistreville, où la devise est apparemment : "Fais aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse". Tout un programme !

Hubert est un génie, très très doué, tellement doué qu'il intègre l'institut très sélect où son père a lui-même échoué quand il avait son âge. Seulement, dans cet institut, il ne fait pas bon être trop intelligent et encore moins être gentil. Ca fait de l'ombre aux méchants !
Pourtant, M. Lomm, le seul professeur - secrètement- humain de cette école, pense que "seuls Hubert et Isabella ser[o]nt sélectionnés pour passer l'examen du violon de Constantin (...) persuadé qu'eux seuls [o]nt une chance de se sortir du piège de l'examen", qui consiste en une série de questions d'une difficulté tellement machiavélique que la plupart des candidats ne parviennent pas à répondre à une seule question !
Et le professeur Lom a raison : Hubert décroche le score maxium. Ce qui déclenche non l'enthousiasme du directeur mais sa fureur et le début des malheurs d'Hubert et de sa famille. Des malheurs qui déclencheront une avalanche de meurtres par trop plein d'injustices : le Saigneur de Sinistreville se met à sévir !

Accrochez-vous à votre oreiller si vous lisez ce roman pour ados qui n'ont plus peur du noir parce que, je vous préviens : ça décoiffe !
L'univers dans lequel évolue Hubert est d'une injustice crasse. Les méchants sont vraiment de sales individus, des terroristes, qui écrasent tout ce qu'ils peuvent sans le moindre remord. Mais ce sont des faibles qui ne savent pas résister. Et qui, ça va sans dire, ne sont pas du tout intelligent.

Pourtant, ce roman réunit l'exploit d'être affreusement sinsitre et follement drôle ! Inquiétant aussi. On se demande si Hubert n'a finalement pas perdu la boule à son tour pour être devenu aussi cruel que ses tortionnaires.
Néanmoins, on ne peut pas lui donner tort non plus dans cet univers où le mot "justice" semble être banni. Il va tenter de l'établir, la justice, à sa façon bien particulière et pour le moins expéditive !
Si par hasard vous croisez une usine à strudels abandonnée, méfiez-vous (moment particulièrement savoureux ce cette lecture !), faites aussi attention aux cordes de violon qui trainent...

Hubert devient vraiment très très méchant, semant la psychose à Sinistreville.  Hubert, la terreur géniale qui n'a pourtant que douze ans,  apprendra à ses dépends que la vengeance ne fait pas tout. Que l'amour rend aveugle et la jalousie aussi...

La fin du roman donne immédiatement envie de savoir ce qui va se passer dans le tome 2 (parution en juin) et ça promet son pesant de cacahuètes !

Un humour grinçant et décapant, à prendre au 150e degré, qui fait vraiment sourire.
Un petit pavé de 300 pages cruellement drôles. Un univers gothique allemand d'un écrivain britannique que je découvre.
Si ça vous dit de  visiter un jour Sinistreville, il y a un plan en début d'ouvrage. Attention de ne pas vous perdre !

Merci aux Editions Flammarion pour cet envoi décoiffant !