06 juin 2015

Adama ou la vie en 3D

 

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e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
"1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui..."

Quant j'ai découvert cette série sur le thème "Français d'ailleurs", ça a fait "tilt" ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J'ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d'origine malienne, d'autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu'un petit livre pareil, d'une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d'un CDI, qu'il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s'approcher d'un bouquin, sauf s'il s'agit d'un manga.... Un roman documentaire qui met en avant la vie et l'histoire de Français dont on parle peu et qu'en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un "rayon" sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l'ouvrage sur "L'immigration malienne en France". Adama, l'adolescent de ce roman porte d'ailleurs le même prénom qu'Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l'Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l'histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu'à l'indépendance (1960), l'immigration en vers l'Hexagone, les lois "Pasqua" (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l'ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu'il repart là-bas le temps d'inaugurer une école, Adama lui demande de l'emmener. Son père fait mine d'établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu'Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l'épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
"J'ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c'est Kayes, et puis j'ai poussé dans la cité, la tour 7, c'est mon ventre à moi, et à l'instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : "Cet été, j'ai fait des milliers de kilomètres, j'ai suivi les menottes d'Ibrahima, j'ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j'ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j'ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d'ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu.""

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c'est un chouia de manque de suspense dans l'histoire d'Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c'est l'aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Disponible au format poche à partir du 10 juin

Merci aux Editions Casterman !



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03 novembre 2013

Enquêtes générales - Immersion au coeur de la brigade de répression du banditisme

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Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'un livre qui associe dessins et texte, sans que ce ne soit pour autant un roman graphique à proprement parler mais plutôt ce qu'on pourrait nommer un documentaire dessiné.

L'idée a germé dans l'esprit de Raynal Pellicier, réalisateur de documentaires pour les médias, d'un reportage écrit et visuel sur l'une des cellules les plus secrètes et les plus prestigieuses de la police nationale : la Brigade de répression du banditisme (BRB). L'auteur a dû vaincre les réticences en haut lieu. Son idée première était de réaliser un film documentaire, mais ce projet lui a été refusé. Raynal Pellicier a rencontré le dessinateur Tiwane et de cette rencontre est né ce livre, un "carnet de voyage" nous dit l'auteur. "Voyage" accordé, non sans mal, car les services de la "PJ (Police judiciaire dont la BRB est l'une des branches) sont assaillis de demandes de la part du cinéma, de la TV, de la presse écrite, d'écrivain jusqu'à n'en plus pouvoir...

Mais ce voyage est bien particulier, celui d'une immersion dans le quotidien des policiers de la BRB. Cela aurait pu avoir quelque chose de fastidieux. Mais le pari est réussi : après les présentations des divers "personnages", le lecteur est plongé dans un récit à suspens, comme dans un polar, mis à part que ce n'est pas de la fiction. Les enquêtes s'enchaînent, les liens se recoupent peu à peu... et l'on en oublie presque qu'il s'agit de faits réels tellement les braquages, (les "bracos", comme disent les policiers") ne manquent pas d'air parfois. Ce ne sont pas des petits voyous de bas étage que l'on traque là, mais bien de vrais bandits, parfois de surcroit criminels, d'envergure international souvent, notamment en provenance de l'ex-Yougoslavie. Parfois, lorsque les bandits se font prendre, ils n'hésitent pas à féliciter les policiers ! On est entre "pros"...  Mais sans rire, ces trafics, cette économie parallèle, l'argent qui appelle l'argent, le "braco" qui en appelle un autre encore plus gros, la perte de repères quant à la violence des faits donnent froid dans le dos.

Le texte est agréable à lire, à la fois aéré et dense, agrémenté d'illustrations où les détails ne manquent pas. N'ayant pas vraiment l'habitude de lire ce type d'ouvrage, j'appréhendais un peu. Mais j'ai été conquise ! A mes yeux, une belle réussite !

Merci à Babelio et aux Editions de La Martinière pour l'envoi du livre.

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10 mai 2011

Algérie 1954-1962

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Tout d'abord ce livre est proche d'une oeuvre d'art : un excellente surprise attend le lecteur lorsqu'il l'ouvre, à savoir la multitude de documents historiques reprographiés mais plus vrais que nature, glissés dans des enveloppes et collés sur les pages (lettres, photographies, dessins, cartes géographiques, coupures de journaux). Ce procédé n'est pas nouveau mais il fait toujours son petit effet et permet d'aborder le sujet de manière originale.

La guerre d'Algérie est toujours assez méconnue de la plupart des Français n'ayant pas vécu cette époque puisque juste survolée par quelques dates clés dans les programmes scolaires de classe de terminale (c'est le cas pour ma génération). Pourtant, on a souvent dans la famille quelqu'un qui a fait la guerre d'Algérie (c'est aussi mon cas). C'est donc avec une certaine curiosité que je me suis plongée dans le livre en me repérant d'abord par la fresque historique avec les événements vus des deux camps : celle des "dates françaises de la "guerre d'Algérie" (appellée pudiquement à l'époque "les événements d'Algérie") et celle des "dates algériennes de la "guerre d'indépendance". Un graphique qui permet tout de suite de comprendre la complexité de cette guerre de 2 800 jours et la manière dont elle est vécue de part et d'autre.

Tout au long du livre, l'historien s'efface pour laisser la place aux lettres et récits de ceux qui ont vécu cette guerre (c'est d'ailleurs ce qu'indique le sous-titre "Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre"). Il se contente juste de poser un regard sur chacune des doubles pages thématiques et chronologiques dans un petit encadré pour expliquer ce dont parlent les gens (civils, enfants, soldats, déserteurs,instituteurs-militaires...) ou les journaux, avant d'approfondir l'explication en toute fin de livre.

On apprend qu'à l'époque, les Algériens sont niés par les Européens qui vivent sur la même terre qu'eux. Ils font comme s'ils n'existaient pas, ou quand ils parlent d'eux, c'est toujours comme s'ils étaient une menace. L'instruction des petits Européens d'Algérie (qui ne sont pas seulement des Français, mais aussi des Espagnols ayant fuit la guerre civile, des Italiens ou des Maltais) est obligatoire mais pas pour les petits Algériens. Jusqu'en 1964 il y avait des écoles séparées pour Européens et Algériens. A la veille de la guerre plus de neuf Algériens sur dix ne savent ni lire ni écrire. L'Algérie était alors le territoire d'une immense injustice et donc une bombe à retardement.

On découvre que la plupart des appelés du contingent n'avaient jamais voyagé hors de France ni même hors de leur département et que le choc fut d'autant plus rude lorsqu'ils débarquèrent sur une terre si différente de la leur, alors qu'en plus, ils n'étaient pas préparés à la guerre.

Le déchirement des Français dans la guerre est bien restitué avec les témoignages de personnalités pieds-noirs comme Camus ou Jules Roy, mais aussi ceux de l'opinon publique, de la classe politique et des déserteurs. Les pieds-noirs, rejetés de part et d'autre de la Méditerranée, se sentent incompris et méprisés. Les appels de Jules Roy ou de Camus sont touchants mais, paraissent, avec le recul, un peu naîfs : demander aux Français de rester en Algérie, de ne pas s'exiler, de reconstruire le pays sur une base nouvelle d'égalité entre les peuples après une guerre si cruelle où l'usage de la torture était légion, où, pendant plus d'un siècle il y a eu tellement d'inégalités sociales, paraît un peu utopique. Mais on comprend tout à fait leur sentiment.

Un livre qui a su me captiver et m'étonner. J'ai apprécié le principe du témoignage qui prime sur le discours de l'historien, la dimension pédagogique originale de l'ouvrage. Une belle découverte et une belle réussite ! Une oeuvre à faire partager pour panser les plaies d'une histoire commune et que j'ai pour ma part offert à des amis algériens.

Lu dans le cadre du
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 Voilà, depuis quelques semaines, ma mission de jurée du Grand Prix des Lectrices de ELLE s'est achevée. Une expérience que j'ai énormément appréciée en raison des belles découvertes littéraires que j''y ai faites. Une excellente sélection où très peu de livres m'ont réellement déçue (je crois qu'il y en a 3 sur 28 seulement).

Ma seule crainte, en m'engageant dans cette aventure, était de ne pas tenir les délais de remise des copies. Pourtant, malgré des journées de travail bien chargées, j'y suis arrivée sans problème.
 
En fait, la vraie difficultée fut plutôt d'attribuer une note à un livre décevant : on sait que chaque écrivain y met beaucoup de lui-même. Donc inévitablement on se demande comment la modeste lectrice-jurée que l'on est peut se permettre une ignomie pareille... (je me suis sentie coupable pour les quelques rares mauvaises notes que j'ai attribuées en me disant que forcément j'avais raté quelque chose et que c'est pour ça que je n'avais pas aimé - mais en même temps il y a un livre qui m'a vraiment exaspérée!). En tout cas, quelque soit le résultat, j'ai fait mon travail en toute franchise !

 Roger Chartier disait que dans un livre il y a en fait deux auteurs : l'écrivain mais aussi le lecteur, qui par son expérience, son vécu, son attente, ré-écrit le texte.

Donc voilà, maintenant la machine est en marche et les résultats seront proclamés le jeudi 26 mai. Autant dire que j'ai hâte de les connaître, même si malheureusement je ne pourrai pas être présente à la cérémonie. Une chose est sûre : mes yeux et mes oreilles ne seront très attentifs.

Enfin je vous rappelle que vous avec jusqu'au 15 mai pour poser votre candidature pour être jurée 2012 et c'est ici.

Je remercie très chaleureusement l'équipe du Grand Prix des Lectrices de ELLE de m'avoir permis de vivre cette aventure.

 

 

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17 mars 2011

Même le silence a une fin

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Quand j'ai reçu le livre et que j'ai vu ses 690 pages, je me suis dit que cette lecture n'était pas gagné d'avance, d'autant que je connaissais l'issue de "l'histoire" et que relire le malheur de cette ex-otage ne m'attirait pas spécialement. Pourtant, dès les premières phrases, j'ai été happée par le récit et je n'ai pas lâché le livre. J'ai eu l'impression de lire un roman d'aventures. J'ai découvert les FARC, dont certains sont de vrais personnages, au sens littéraire du terme. Je les imaginais tous comme étant de sauvages sanguinaires. Pourtant certains sont loin de cette caricature. Ainsi Ferney m'a émue par son humanité et son dévouement paradoxal à l'égard des prisonniers qu'il traite comme des amis (il le dit d'ailleurs). Tout à fait étonnante également la scène de la fête pour l'anniversaire de Mélanie, la fille d'Ingrid, où, à cette occasion, les barrières entre ravisseurs et otages tombent : les jeunes FARC sont comme tous les jeunes du monde, ils s'amusent. Grâce à Ferney et son ami Beto, Ingrid apprend à tisser des ceintures et elle parvient à lancer une espèce de mode avec des ceintures à petits coeur pour les filles qui font fureur auprès des guerrilleras. Il arrive parfois que certains FARC improvisent des jeux de société avec les otages : ainsi la scène hilarante de Lucho (otage) jouant avec avec Giovanni grâce à des pois et des lentilles, "chacun se lançant des commentaires mordants, récupérant tous les préjugés politiques et sociaux pour attaquer l'autre". Les otages arrivent également à instaurer un système de bibliothèque. Ces scènes surréalistes m'ont vraiment étonnée.

Cependant c'est évidemment le plus souvent la violence de la guerre qui prend le dessus et donc l'Enfer. Les conditions de détention des otages sont le plus souvent abominables. Tour à tour enchaînés, emprisonnés, humiliés, entassés dans baraquements, affamés, vivant dans des conditions d'hygiène déplorables, la tension entre eux devient vite inévitable. Et de ce point de vue, ce livre est aussi une réflexion sur la conditon humaine. On a par moments l'impression que la tension entre les otages est presque aussi forte qu'entre eux et les FARC, ces derniers entretenant pernicieusement celle-ci. C'est un aspect des choses auquel je ne m'attendais pas. C'est aussi ce qui m'a choquée, même si la littérature des camps de concerntration m'est revenue à l'esprit à la lecture de certains passages. Je ne m'attendais pas à ce que les otages soient aussi mesquins et en proie aux coups bas entre eux. Je m'étais imaginé, naïvement, une réelle solidarité. Heureusement c'est aussi parfois le cas : on sent une amitié et une solidarité sans faille entre Ingrid et Lucho.

Dans ce livre le lecteur passe par toute une palette de sentiments, qui va du rire à la consternation, en passant par la compassion et l'effroi. L'écriture fluide et acérée d'Ingrid Betancourt, la description de l'univers de la jungle colombienne a le don de faire voyager le lecteur très loin, dans un univers carcéral qu'il n'imaginait même pas, sans larmes ni pathos mais avec pourtant beaucoup d'émotion. On ne ressort pas tout à fait indemne de cet enfer vert.

Lu dans le cadre du
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12 février 2011

Nos étoiles ont filé

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Journaliste à France 2, Anne-Marie Revol a perdu ses deux petites filles, Pénélope, deux ans et demi et Paloma, à peine plus d'un an, dans l'incendie qui a ravagé la chambre qu'elles occupaient chez ses parents, alors qu'elle et son mari, étaient juste de retour de vacances en Grèce. Tous les jours, elle s'aperçoit qu'elle leur parle. Alors, "dans l'espoir que là où [elles sont] réfugiées [elles] trouve[nt] une bonne âme pour lire ce courrier, [elle] décid[e] de coucher, au propre, sur du papier, tout ce qu'[elle a] consigné dans [son] petit carnet depuis qu'[elles] sont décédées".

Ce livre est une puissante claque et je dois avouer que je me suis vraiment fait violence pour le terminer, ne le lisant qu'à petite dose, me disant à chaque fois que je ne parviendrai pas à le reprendre et à en continuer la lecture. Par moments, j'en ai voulu à l'auteur de m'infliger ça ! Et j'ai souri en lisant les remerciements de la dernière page : "Sans Capucine Ruat, j'aurais pondu un livre dix fois plus épais que ça ! Pauvre de vous".

Un livre dont j'ai du mal à parler au regard du drame vécu. Pourtant, Pénélope et Paloma sont bien vivantes entre ces lignes, elles occupent le devant de la scène, au-delà de la douleur et de la mort. Anne-Marie Revol s'exprime sans tabou dans un style vif, parfois piquant : pas d'envolée lyrique mais de la rage, de la colère mais aussi de la tendresse. Elle révèle ses états d'âme, son attitude, celle des autres, celle des gens qui la renvoie sans cesse au décès de ses filles avec une maladresse involontaire ou une bêtise à l'état brut. Ce livre est également un bel hommage à son mari et à leur rencontre miraculeuse mais aussi à la vie,notamment avec la naissance attendue du troisième enfant, Lancelot. On ne termine pas le livre en pleurant mais avec le sourire !

Un témoignage dont on ne ressort pas tout à fait indemne et dont les petites héroïnes habitent le lecteur longtemps une fois le livre refermé.

Lu dans le cadre du

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14 janvier 2011

Failles

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Le 12 janvier 2010, à 16h53 minutes, la terre s'ouvre en Haïti, "Port au Prince [est] chevauchée moins de quarante secondes par un de ces dieux dont on dit qu'ils se repaissent de chair et de sang". Yanick Lahens qui entamait l'écriture d'une fiction, le roman d'amour de Nathalie et Guillaume, voit son projet contrecarré par l'horreur des événements. Pour l'écrivain, il devient alors urgent de témoigner, de raconter, de dire, d'alerter, mais sans exotiser davantage, sans en "rajouter" par rapport à ce que montre les medias, sans tomber dans le voyeurisme macabre et comptable, tout en disant la vérité : "Comment ne pas laisser au malheur une double victoire, celle qui nous broie corps et âme (...) Comment éviter l'enfermement du dedans en ne nous en tenant pas à une simple comptabilité macabre ?(...) Comment éviter l'enfermement de ceux qui nous verrouillent du dehors en attendant de nous que cette comptabilité macabre ? Comment ramener les mots à cet espace paradoxal du jeu, où ils disent et ne disent pas ? Comment donner à la littérature sa part et sa belle part ? (...) Pas un seul jour sans que je n'aie été hantée par ces questions".

Yanick Lahens s'efforce, dans ce récit, de témoigner de ce qu'elle voit, et ce qu'elle voit l'amène à raconter la situation et l'histoire complexe d'Haïti, à montrer ses failles historiques, sociologiques et politiques : "Le 12 janvier 2010 a mis en évidence une catastrophe lancinante tout aussi dévastatrice que le tremblement de terre, notre bilan d'Etat-nation. Mais ce bilan est aussi celui des relations entre les pays du Nord et ceux du Sud." Elle prend appui sur les études d'anthropologues, de sociologues et d'historien pour démontrer que les failles profondes de la société haïtienne remontent à une scission de la nation dans les premières années de l'indépendance, "en deux parties, avec comme point de clivage, la position par rapport au type de développement à adopter" et de l'appropriation de l'outil de production, "qui avait fait de ce territoire la plus riche colonie du monde". En Haïti, Yanick Lahens explique qu'il y a ceux qui ont, les Créoles (mulâtres ou Noirs descendant d'esclaves affranchis ou de Noirs ayant acquis fortune et/ou éducation à l'occidentale au cours des ans) , et ceux qui n'ont pas, les Bossales ("Africains" exclus du partage d'une partie de l'outil de production et désirant le rester). Pour l'écrivain, cette faille est la plus grande ("Je ne connais pas de faille historique et sociale plus grande que celle-là en Haïti. C'est elle qui fabrique l'exclusion depuis plus de deux siècles. Elle nous traverse tous, Bossales comme Créoles. Elle structure notre manière d'être au monde. Elle façonne notre imaginaire, ordonne nos fantasmes de couleur de peau, de classe. Bloque notre société en deux modèles indépassables : maîtres et exclaves").

Yanick Lahens parle de son pays avec un amour immense mais sans concession. Elle reconnaît le travail d'une partie des ONG tout en gardant ses distances car les malheurs des uns peut vite devenir le business des autres (depuis le tremblement de terre, Haïti est devenu "le pays à plus forte concentration d'ONG par habitant", ce qui a fait flamber les prix). Et pourtant, ce n'est pas ce qui sauvera Haïti, d'autant plus que l'aide ne va pas forcément aux nécessiteux, au regard du haut degré de corruption du pays. Haïti a besoin d'aide, elle ne le nie pas pas, mais il faut que Haïti fasse son sevrage de l'aide internationale pour retrouver sa dignité : "Nous somme devenus à la longue des camés, dépendants d'une cocaïne, d'un crack qui s'appelle l'aide internationale. La reconstruction, la vraie, supposerait un accompagnement de qualité venu d'ailleurs (car nous avons besoin d'aide) mais précisément par une cure de désintoxication qui passerait par les affres du sevrage avant le long chemin vers la dignité."

C'est sans doute jusqu'à présent l'un des documentaires lus dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE qui m'a le plus touchée (et lu de surcroît pour mon jury !). Je l'ai trouvé à la fois instructif et extrêmement bien écrit. J'ai appris beaucoup sur l'histoire de l'île. Un livre qui permet de voir largement au-delà du "vernis" médiatique, sans pour autant tomber dans le voyeurisme, grâce à la grande pudeur de l'auteur. Un tour de force qui n'est pas donné à tout le monde. J'espère que mes "collègues" des autres jury auront le plaisir de le lire aussi :).

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11 décembre 2010

Just kids

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4e de couverture : "Immergés dans ce milieu, deux gamins font le pacte de toujours prendre soin l'un de l'autre. Romantiques, engagés dans leur pratique artistique, nourris de rêves et d'ambitions, ils se soutiennent et se donnent confiance pendant les années de vache maigre. Just Kids commence comme une histoire d'amour et finit comme une élégie, brossant un inoubliable instantané du New York des années 60-70, de ses riches et de ses pauvres, de ses paumés et de ses provocateurs. Véritable conte, il retrace l'ascension de deux jeunes artistes, tel un prélude à leur réussite. "

J'ai découvert une autre Patti Smith, celle d'avant la scène rock internationale. Une autobiographie qui se veut surtout un hommage à Robert Mapplethorpe (qui deviendra un grand écrivain américain), l'homme de sa vie, à qui elle avait promis d'écrire leur histoire. C'est un bien bel hommage que j'ai lu là, de la part. Elle a vécu pour l'amour et pour l'art dit-elle, en reprenant une citation, et ça se sent. Ces deux-là ont tout partagé, même dans les coups durs. Un couple fusionnel malgré la séparation. Un couple très romantique.

Un récit dans un style étonnamment simple mais poétique, qui immerge le lecteur dans le New-York de l'underground des années 60-70. On y croise une foule de personnages hauts en couleurs, connus ou non. Je connaissais - un peu - Patti chanteuse. Ce livre donne enviede la connaître écrivain, et artiste visuelle.

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Lu dans le cadre du

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01 novembre 2010

Le dico féérique T2 "Le règne animal"

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Si vous voulez tout savoir sur la légende du Petit Chaperon Rouge ou encore des Black Dog qui ont notamment inspiré Sir Conan Doyle pour ses Chiens de Baskerville, ce livre est pour vous ! Mais peut-être préférerez-vous vous renseigner sur le Neko  du Japon, la Levrette du Berry ou les Ursik écossais ? Alors ce livre est pour vous aussi.

Richement illustré et d'une érudition étonnante mais très facile à lire, ce Dictionnaire de André-François Ruaud nous guide dans l'univers de l'Autre monde. Un indispensable pour toutes les amateurs de fantasy et de féérie.

Jai apprécié de me promener gré des pages parmi toutes ces créatures dont certaines peuplaient mon enfance (le Chat Botté, la Grenouille Bienfaisante de Mme d'Aulnoy ou Ysengrin le Renart, les Enfants du Roi Lir) mais aussi d'en découvrir une quantité phénoménale qui m'étaient parfaitement inconnues.

Une chose est sûre, après la lecture de ce livre, vous ne regarderez plus tous les animaux toute à fait de la même manière !

Je n'ai pas lu le premier volume de cette série de dico qui en compte trois et dont le prochain  a paraître sera  Le Règne végétal - le Dico des créatures oubliées. Je pense que je vais guetter ça de plus près !

Voici le 1er volume déjà paru :

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Un grand merci à Babelio et à Les Moutons Electriques Editeur pour l'envoi.

19 octobre 2010

Mémoires à contre-vent

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Peter Adam nous livre ici ses mémoires dans un ouvrage dense qui couvre la période de 1932 à 1989. S'il parle un peu de lui-même, il évoque surtout la vie autour de lui, comme témoin de l'Histoire, notamment celle de la Seconde Guerre Mondiale et de l'après-guerre, en tant que jeune juif allemand à Berlin (né d'un père juif et d'une mère protestante et baptisé catholique) et issu d'un milieu bourgeois, d'une famille de "nantis", ce dont il ne se cache pas . C'est cette période de sa vie que j'ai trouvé la plus intéressante pour un lecteur français, habitué à avoir une autre vision de l'Allemagne et qui oublie souvent ce qu'a pu être la souffrance des citoyens allemands, obligés de subir le nazisme. Ainsi, nous découvrons le Berlin nazifié et sa pauvreté intellectuelle, la germanisation des autres cultures car les "nazis étaient très doués pour germaniser la culture des autres" . Peter Adam nous livre aussi les modestes actes de résistance des Allemands contre le régime du
IIIe Reich : " Il y avait peu de résistance organisée, mais il existait des nuances de comportement. (...) Nous connaissions des personnes courageuses qui au moins faisaient un petit geste, ce qui, dans ces circonstances, était héroïque. Ne pas donner de l'argent à la collecte des Jeunesse hitlériennes sous prétexte de ne pas avoir de monnaie ; ne jamais saluer par un Heil Hitler (...). Il y avait des gens qui refusaient de s'asseoir dans les transports publics quand ils voyaient un homme ou une femme avec l'étoile de David qui, eux, n'avaient pas le droit à un siège." L'auteur rappelle également quelque chose dont un lecteur français a parfois peu conscience ou oublie facilement puisque se situant naturellement dans le camp des Alliés : le fait que Berlin fut la ville d'Europe la plus bombardée, que "le spectacle de la guerre, dans sa totale barbarie, était omniprésent", que "les attaques sans pitié avaient un effet profondément démoralisant", que "partout en Allemagne, des musées, des cathédrales et des monuments étaient réduits en cendres", que "la moitié de la population avait perdu sa maison et plus d'un million de civils avaient péri dans les bombardements", d'autant plus que les bombes explosives furent remplacées par des bombes incendiaires. Et, paradoxalement, ce ne fut pas la guerre qui fut la plus difficile pour la famille Adam, mais l'après-guerre avec l'anéantissement de l'Allemagne : c'est à ce moment-là que l'auteur a le plus souffert de la faim (rationnement de 1500 calories par personne), du froid (l'hiver 1946 fut le plus rigoureux depuis 30 ans, avec des -20 degrés) et de l'explosion du marché noir (les cigarettes américaines devenant une monnaie d'échange!). Ces évocations m'ont particulièrement touchée, moi, petite-fille de Résistant français. En outre, le tour de force des mémoires de cette période est de ne pas faire dans le "pathos". Les faits sont relatés de manière journalistique, comme un constat. Il n'y a rien de trop. Emouvant également la rencontre des gamins allemands avec les soldats noirs-américains : eux à qui les nazis avaient inculqués qu'ils étaient d'une "race supérieure", s'aperçoivent que ces soldats ont bon coeur et leur donnent facilement des friandises (bonbons, chewing-gums ou oranges).

La deuxième chose qui m'a frappée dans ces mémoires, c'est le nombre de personnalités que Peter Adam a côtoyé, avant même de devenir journaliste ! Pendant un moment, je me suis demandée si cela était véridique tellement cela paraît incroyable : Jean Cocteau, Bertholt Brecht, Françoise Sagan, Luchino Visconti et tant d'autres. Le lecteur (re)revit les différentes époques de la vie culturelle et artistique du siècle, notamment l'innovation théâtrale de Brecht (qui a voulu créé un théâtre pour tous), la Nouvelle Vague et tant de choses.

A plus d'un titre donc, ce livre est un excellent témoignage sur le XXe siècle, écrit dans un style limpide, sur un ton juste et agrémenté de nombreuses photographies d'époque.

Lu dans le cadre du

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22 septembre 2010

La moitié du ciel

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4e de couverture : "Ce livre est un choc. Il nous raconte ce que vivent des millions de femmes au-delà de nos frontières : l'esclavage sexuel, les crimes d'honneur, les mutilations, les viols. Selon Amatyra Sen, prix Nobel d'économie, il manque aujourd'hui cent millions de femmes dans le monde, parce que des centaines de milliers de petites filles meurent avant un an faute de soins. Pendant cinq ans, deux grans reporters américains ont sillonné les campagnes et les taudis d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient. Ils ont rencontré des centaines de femmes qui refusent l'oppression. (...) Chaque fois c'est une leçon de courage et de dignité qui nous galvanise. Un livre époustouflant qui nous montre que l'oppression des femmes n'es"t pas une fatalité. Best seller international."

Nicholas D. Kristof et Shreyl WuDunn, journalistes américains souhaitent par ce documentaire attirer l'attention sur la situation des femmes : "Nous tentons dans ce livre d'établir un ordre du jour pour les femmes du monde en nous concentrons sur trois abus précis : la traite sexuelle et la prostitution forcée; la violence à l'égard des femmes, dont les crimes d'honneur et les viols de masse; et la mortalité maternelle qui continue de tuer inutilement une femme toutes les minutes. Nous proposerons des solutions qui fonctionnent déjà, telles l'éducation des filles et la microfinance". Dans ce livre il n'est pourtant pas question des femmes du monde mais bien évidemment seulement de celles des pays sous-développés ou en voie de développement, c'est-à-dire des pays où elles sont le plus martyrisées notamment parce que les sytèmes politiques y sont en général peu fiables, la pauvreté endémique et la culture machiste.

Afin de sensibiliser le public, le documentaire relate tour à tour les histoires terribles de femmes cambodgiennes, indiennes, africaines ou afghanes. La prositution forcée et la traite sexuelle font des femmes les esclaves du XXIe siècle : Rath, adolescente cambodgienne, envoyée en Thailande où on lui avait promis du travail se retrouve dans un bordel, forcée à se prostituer, battue, et violée maintes fois. En Inde, on laisse les Népalaises passer la frontière indienne sans problème car elles sont appréciées pour la blancheur de leur peau et leur beauté. Les garde-frontières, pourtant au courant de ce qui attend ces femmes (enlevement par des bandes organisées qui les venderont à des bordels d'où elles seront prisonnières) ne sont pas touchés par leur sort car, selon eux, "la prostitution est inévitable (...)Ces filles sont sacrifiées pour que l'harmonie règne dans la société. Pour que les Indiennes respectables soient en sécurité", rétorque un garde-frontière au journaliste qui l'interroge. Des propos qui choquent, bien évidemment, tout comme en Afrique les crimes d'honneur (où les femmes sont utilisées comme arme de guerre par les pays en conflit), les cas de fistule, les sidéennes, ou encore l'excision...

Et le livre répéte à l'envie des témoignages, plus horribles les uns que les autres sur près de 322 pages, en alternant avec les exemples de solutions proposées. La "sponsorisation" par l'école : l' American Assistance for Cambodia qui s'attache à éduquer les enfants des campagnes cambodgiennes, en particulier les filles, ou comment une école privée américaine a récolté de l'argent par les actions des élèves pour construire une école au Cambodge et a organisé un échange pour mieux sensibiliser les jeunes à la réalité de ce pays. Il y a aussi l'entreprise louable de l'Américaine Harper McConnell, partie au Congo pour se rendre réellement compte de la réalité sur place, "voie à laquelle beaucoup de jeunes amériains devraiens songer - partir pour les pays en voie de développement afin de "donner" auxc gens quiont désespérément besoin d'aide", selon les auteurs du livre. L'exemple suédois qui, en 1999, a purement et simplement criminialisé "l'achat plutôt que la vente de services sexuels" et a vu le nombre de passes diminuer et donc la prostitution aussi.

Nicholas D. Kristof et Sheryl WuDunn veulent vraiment convaincre leurs lecteurs de s'engager pour la cause des femmes martyrisées (et donnent d'ailleurs en annexe la liste des organisations et associations américaines qui s'en occupent). Les témoignages de celles-ci sont vraiment touchants et leur situation révoltante. Mais j'ai trouvé ce livre maladroit et très "américain". Le lecteur croûle sous le poids de ces témoignages plus poignants les uns que les autres, mais souvent redondants, et finit par avoir le sentiment de lire un catalogue de la misère féminine. Toutes ces femmes disent plus ou moins la même chose : elles ont été battues, violées, brûlées, ou excisées, en somme MALTRAITEES de manière particulièrement atroce. Peut-être que ces deux journalistes auraient également dû s'intéresser aux initiatives des pays européens. En tout cas, même si "George Clooney et Angelina Jolie se sont enflamés pour ce livre", comme l'annonce la préface, je dois dire que je suis beaucoup plus modérée dans mon élan et je ne suis pas vraiment convaincue que ce livre contribuera réellement à "l'émergence d'un mouvement d'émancipation des femmes dans le monde" même si ces journalistes nous invite à nous connecter sur des sites d'organisations et d'associations diverses (anglophones) pour notamment être "directement en contact avec une personne nécessiteuse à l'étranger".

Un livre pavé de bonnes intentions mais maladroit et redondant dans sa construction. Bref, j'ai été déçue.

Lu dans le cadre du

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Posté par maevedefrance à 19:10 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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