18 octobre 2015

Juste avant l'Oubli

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4e de couverture : "Il règne à Mirhalay une atmosphère étrange. C'est sur cette île perdue des Hébrides que Galwin Donnell, maître incontesté du polar, a vécu ses dernières années avant de disparaître brutalement - il se serait jeté du haut des falaises. Depuis, l'île n'a d'autre habitant qu'un gardien taciturne ni d'autres visiteurs que la poignée de spécialistes qui viennent tous les trois ans commenter sur les "lieux du crime", l'oeuvre de l'écrivain mythique. Cet été-là, Emilie, qui commence une thèse sur Donnell, est chargée d'organiser les Journées d'études consacrées à l'auteur. Elle attend que Franck, son compagnon, la rejoigne. Et Franck, de son côté, espère que ce voyage lui donnera l'occasion de convaincre Emilie de passer le restant de ses jours avec lui.
Mais sur l'île coupée du monde, rien ne se passe comme prévu. Galwin Donnell, tout mort qu'il est, conserve son pouvoir de séduction et vient dangereusement s'immiscer dans l'intimité du couple."

Je reproduis tel quel la quatrième de couverture, qui raconte entièrement l'histoire, parce qu'il n'y a rien à ajouter. A peine le livre ouvert, j'ai eu comme un mauvais pressentiment  en lisant la note de l'auteur :
"Idéalement, dans ce livre, les personnages parleraient un certain mélange de langues, incluant notamment de nombreux dialogues en anglais. Pour des raisons pratiques que le lecteur peut imaginer, l'intégralité de ce roman est malgré tout écrite en français - ceci à l'encontre de tout réalisme mais évitant les notes en bas de page avec traduction."

En fait, lire "île perdue des Hébrides" et quelque chose qui a à voir avec un écrivain écossais (imaginaire) m'a fait jeter mon dévolu sur ce roman tombé sous mes yeux par hasard. Mais pas la peine d'écrire un million de pages ni un million de signes pour dire que ce roman est mortellement ennuyeux ! Sans doute, à force de vouloir forcer sur le réalisme, Alice Zeniter perd son lecteur en route. Que diriez-vous si on vous envoyait à un colloque sur un écrivain que vous ne connaissez pas, dont vous n'avez rien lu et où des chercheurs débattent de points de détail, d'interprétation de l'influence de sa vie personnelle sur son oeuvre ?
Ensuite, en guise de réalisme, chaque chapitre est introduit par une citation de l'écrivain imaginaire Galwin Donnell, que j'ai fini par ne plus lire, de même que les notes en bas de page, sur des articles ou revues qui n'existent pas.

Quant à l'intrigue, Franck l'amoureux éconduit un peu brutalement par Emilie avec qui il veut fonder une famille, laquelle lui rétorque qu'elle veut entamer une thèse et que ce n'est pas le moment.... ça fait un peu caricature. Alors, quand on apprend qu'Emilie a été attirée par Franck parce qu'il ressemble à s'y méprendre à l'écrivain objet de sa thèse quand il était jeune, ça détruit toute la tentative de réalisme élaborée par l'auteur ! Un peu too much, non ?

Donc voilà, si vous voulez vous évader en direction des Hébrides, avec un roman palpitant, ce n'est pas celui-ci qu'il vous faut ! Je me suis royalement ennuyée. Sans doute que l'idée était bonne, mais il manque un élément majeur : la distraction !
La mise en abyme de la figure de l'écrivain finit à la flotte !
S'inspirer d'une tentative de thèse pour en faire un roman n'est peut-être pas une bonne idée.

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27 septembre 2015

Magique aujourd'hui

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Nous sommes dans les années 2050. Tim est chercheur. Il travaille "sur les facultés d'adaptation en situations extrêmes", en particulier sur "le cas d'un Japonais qui vit depuis 2011 dans la zone interdite autour de Fukushima".
Tim est un hyperconnecté. Le puissant Mouvement de Deconne-x-ion surveille les addictions et dès qu'il estime que vous dépassez les limites, hop, il vous envoie direct en cure de désintoxication déconnexion. Ces gens-là sont des obsessionnels : ils passent leur temps à "réduire eux-mêmes leur temps de connexion" et à "prôner un usage très limité des machines intelligentes". L'ironie de l'histoire, c'est que ces mêmes personnes ont été les premières à faire la queue des décennies auparavant le jour de la sortie d'une tablette, d'un ordinateur, d'un smartphone dernier cri...
Tim vit avec Today, un androïde qui l'aide aussi bien dans son travail que dans sa vie quotidienne. Il y est très attaché et entretient avec lui une relation fusionnelle. Hors de question pour le le Mouvement de Deconne-x-ion ! Voilà Tim mis en cure d'office. Today se retrouve livré à lui-même, pour la première fois de son existence.

Le lecteur suit alternativement les aventures de Tim Bix, mis au "vert" chez Mme Hauvelle (qui ressemble à une tatie Danielle)  et celles de Today, enlevé par ex-cantatrice désabusée.

Les humains de ce récit sont bien peu sympathiques - mis à part Tim pour qui on se prend vite d'empathie et un couple de Néerlandais philantrope. Les deux femmes auxquelles sont confrontés Tim et Today sont pour le moins acariâtres, frustrées et elles ne font pas dans la dentelle.  Le jeune homme se débat comme un beau diable avec les travaux ingrats que lui assigne Mme Hauvelle. En particulier celui d'arracher du bambou.  Le bambou, la plante qui, par excellence cache bien son jeu : vous croyez en avoir fini avec elle, mais c'est une illusion. Le bambou c'est traître et sans fin. Tim s'en aperçoit rapidement. S'il réapprend aussi à profiter de la nature, à réfléchir sur lui-même, il ne peut cependant oublier son Today d'amour pour qui il se fait un sang d'encre, parce qu'il pense que lui-même se fait un sang d'encre ! Tous les moyens seront bons pour tenter de se connecter avec lui...

De son côté Today, désorienté par l'absence prolongée de Tim, sort de la maison. Pas de bol, il tombe sur Mirène, l'ex-cantatrice, dépressive et calculatrice, qui voudrait bien le faire travailler à sa place : il faut dire que le boulot actuel de cette femme est quelque peu frigorifiant et déprimant. Seulement, cette femme est tellement insupportable que la cohabitation avec Today tourne court. Un petit extrait de la manière dont elle lui parle :

"- Ben dis-donc ! Quelle sorte d'artiste es-tu, qui ne sait ni ranger ni jeter ?
- Que voulez-vous jeter ?
- Mais tout, petit abruti, tout ! Toute ma vie n'est qu'un déchet, une fumisterie monstrueuse."

"Tu as déjà été amoureux peut-être ? D'une friteuse programmée ?"

J'ai adoré les scènes entre Mirène et Today, qui sont "tordantes". Surtout quand le narrateur explique une chose (que n'a pas compris Mirène) qui a pour effet de déclencher une action de Today qui la rend dingue.

Vous l'aurez compris, on adore Today ! Il est gentil, serviable, perdu et a une patience d'ange. Mais... (hé!  hé! ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin, sachez juste que j'ai failli en louper mon arrêt de bus - l'addiction n'est pas forcément là où l'on s'imagine qu'elle est!...).

Un roman malicieux, bourré d'humour, qui amène la réflexion sur le monde connecté, de manière ludique, avec finesse, justesse et philosophie.
Un Mouvement de Deconne-x-ion, s'il devait exister, aurait du souci à se faire...
Entre le bambou et le grille-pain, allez savoir lequel cache le mieux son jeu !



Un livre en lice pour le Prix Jean-Giono 2015.


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19 septembre 2015

D'après une histoire vraie

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Delphine, qui a publié Rien ne s'oppose à la nuit, est victime de son succès, dépassée par les événements au point d'en être fatiguée et déprimée. Au Salon du livre, elle s'entend refuser une signature à une lectrice. Quelques jours plus tard, elle rencontre une étrange femme chez une amie. Elle ne sait pas encore qu'à cause d'elle, sa vie va changer. Cette femme c'est L. Un écrivain nègre pour des célébrités. Delphine est fascinée par le personnage qui est son presque exact opposé, du moins au début. L. est une femme sophistiquée, toujours tirée à quatre épingles et au grand pouvoir de séduction. Dès le début, on est mal à l'aise avec cette personne très intrusive, qui veut tout savoir de la vie de Delphine, jusqu'aux choses les plus personnelles. On sent bien qu'il y a un truc qui cloche. Comme par hasard, L. se trouve souvent où est Delphine : en bas de chez elle, à Monoprix etc. Drôles de coïncidences. Puis Delphine s'aperçoit que physiquement L. se met à lui ressembler de plus en plus.
Un jour, L. demande à Delphine de l'héberger temporairement, le temps qu'elle retrouve un autre logement. Complètement sous l'emprise de cette femme, fascinée parce qu'elle est celle à qui elle aimerait ressembler, qu'elle a besoin qu'on la prenne en main sa dépression et sa solitude (ses enfants sont partis faire des études un peu loin, elle n'habite pas avec François, son compagnon), elle accepte.
Peu à peu L. vampirise l'auteur de Rien ne s'oppose à la nuit, au point de lui dicter la manière et les sujets sur lesquels elle doit écrire. Au point que justement, Delphine ne parvient plus à écrire une ligne, à ouvrir un fichier Word ou à répondre à ses mails. Et voilà que L. se fait passer pour elle, lui fait mentir à son éditrice, se rend à sa place à une rencontre lycéens, répond à son courrier.... "L. était une méduse légère et translucide, qui s'était déposée sur une partie de mon âme", raconte Delphine.  Et j'en ai largement assez dit.

J'avoue que je ne fais pas dans l'originalité avec cette lecture : on voit ce livre partout en cette rentrée littéraire. Mais j'avais adoré Les heures souterraines et No et Moi. Je n'ai pas lu Rien ne s'oppose à la nuit.  Donc voilà un De Vigan que je lis après des années après ses premiers romans. Et qui m'a laissé une impression ambivalente pendant toute ma lecture.

C'est très à la mode de brouiller les pistes en mettant un narrateur-écrivain qui porte le même nom que l'auteur du livre, de mêler fiction et réalité, et de jouer sur l'effet de réel. Amélie Nothomb le fait souvent (cf le truculent Pétronille), ou encore Eric Reinhardt (L'amour et les forêts) pour ne citer qu'eux. Donc de mon point de vue, Delphine de Vigan n'a rien inventé. On note qu'elle met en exergue Misery et La part des ténèbres de Stephen King. Evidemment, on ne peut que penser à Misery au fur et à mesure qu'on avance dans le roman qui vire au fur et à mesure au thriller.
Mais le suspense est arrivé trop tard à mon goût, même si la fin est très réussie et c'est ce qui fait la force de ce livre. Je me suis souvent un peu ennuyée parce qu'il ne se passait rien, que ça tournait en rond avec l'emprise de L. sur Delphine, avant que l'action ne reprenne le dessus, façon boomrang.

Le personnage de L. est vraiment flippant, vraiment glauque. Et quand L. se met à ressembler  tellement physiquement à Delphine qu'elle peut prendre sa place lors d'une rencontre écrivain-lecteurs, et que personne n'y voit goutte, là j'ai vraiment commencé à douter de la crédibilité de la chose. Je ne peux pas vous dire pourquoi mais il y a une raison à cela qui a sa solution dans la fin du roman.

Saurez-vous un jour qui est L. ? C'est une bonne question ! Et de ce point de vue, le livre m'a plu par sa fin, qui est une pirouette très habile. En tout cas, faites attention à vous...

Quant à la dissertation sur "seule la littérature permet d'accéder à la vérité" mais "toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion", ça n'a rien de très nouveau comme réflexion. Les (ex) étudiants en littérature connaissent Le récit est un piège de Louis Marin (1978), pour ne citer que lui.


Delphine de Vigan joue avec une réalité multiple qui attache l'attention émotionnelle du lecteur. Un roman habile mais dont certaines longueurs ont gâché mon plaisir.


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09 septembre 2015

Mentine tome 2 : Cette fois c'est l'internat

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Illustré par Margaux Motin

4e de couverture : "Exclue. Cette sentence est tombée en novembre, à quelques jours de mon anniversaire. J'allais avoir treize ans, j'étais déscolarisée, et sur le champ de bataille de ma vie, une survivante : Johanna Estamplade, ma seule amie !"

Rappelez-vous, il y a quelques mois, nous faisions connaissance avec Mentine, douze ans et quelques mois, envoyée dans le Larzac par ses parents, histoire de lui remettre les idées en place ou plutôt de tenter d'essayer de la remettre dans le droit chemin. Mentine est une surdouée mais n'en reste pas moins une gamine. Son obsession est de se fondre dans le moule de la "normalité", quitte à bouziller ses notes scolaires. Dans le Larzac, elle a dû confronter son intellect de surdouée et son caractère bien trempée à un paysan au caractère encore plus fort que le sien. Le résultat était positif, Mentine en est sortie grandie.

Pourtant dans ce tome 2, c'est repartie pour les bêtises en cascade. Mais pas des petites bêtises, des grosses, qui valent à Mentine l'exclusion de son établissement scolaire. Il faut dire que Mentine a les hormones en ébullition et ça ne l'aide pas. Elle se brouille et se bat comme une chiffonnière avec sa meilleure amie à cause d'un garçon. Le problème c'est que la copine est quelqu'un d'"influent" dans le bahut et elle parvient à liguer tous les "moutons" de son réseau contre notre surdouée déjà très mal : la sanction est tombée comme un couperet : Mentine est exclue du collège. Et même si elle s'excuse auprès de son ex-amie, rien n'y fait, celle-ci refuse de lui adresser la parole et la pourrit sur les réseaux sociaux. Mentine déprime vraiment. Ses parents décident de l'inscrire dans un institut suisse spécialisé pour les ados comme elle. Evidemment, elle voit rouge...

J'avais beaucoup aimé le tome 1 de cette histoire, le personnage de Mentine qui me rappelle tellement une vraie gamine en perdition exactement comme elle (à quelques détails près).

Dans ce second volume, je me suis laissée emporter par l'histoire et le regard de cette adolescente pas comme les autres sur le monde qui l'entoure. Mais, j'avoue d'emblée que si c'est une histoire sympathique, elle est peut-être un peu trop parfaite (oui, oui) dans le sens où Mentine intègre un établissement pour surdoués complètement idyllique, à la pédagogie fantaisiste et en ressort comme par miracle transformée et épanouie. Dans la réalité, ce genre d'établissement n'existe pas. Je suis très sceptique sur les écoles spécialisées pour "EIP" (Enfant Intellectuellement Précoce) qui sont pour beaucoup des écoles qui peuvent les ravager encore plus que dans le système traditionnel dit inadaptés à ces élèves-là. Mais même ceci est très discutable. Tout dépend des cas. Tout dépend de tellement de choses...
Bref, tout ça pour dire que j'ai bien aimé cette histoire entraînante qu'on a du mal à lâcher une fois le livre en mains mais que néanmoins elle n'est pas vraiment réaliste. Mais il est quand même bon de rêver !

Beaucoup plus de larmes que dans le premier, car Mentine est "la balafrée du cerveau", une dure à cuire devenue une hystérique et une pleurnicharde (merci les hormones !) Elle ne se reconnaît pas elle-même et elle repart à zéro : fini le faire-semblant d'être comme tout le monde : sa nouvelle école lui permet d'être elle-même et de rencontrer d'autres ados blessés par la vie à cause de leur différence, le regard des autres, leur jalousie, leur méchanceté etc.

Un bouquin sympa même si j'ai largement préféré le premier volume et joliment illustré par Margaux Motin : un beau vert menthe rafraichissant en couverture, à l'image du livre.

Je remercie beaucoup Flammarion Jeunesse pour l'envoi du roman.

 

 

 

 

 

 

26 août 2015

Un hiver en enfer

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Edward habite à Ville d'Avray, dans la banlieue chic de Paris. Il fréquente en guise de lycée, un institut privé catholique de Rueil Malmaison. Il est issu d'un milieu aisé : son père est riche et connu, sa mère est une ancienne pianiste à succès qui a arrêté sa carrière à la naissance de son fils.
Tout pourrait aller pour le mieux pour cet ado qui semblent à l'abri des soucis matériels. Pourtant la vie d'Edward n'est pas un un long fleuve tranquille : sa mère est maniaco-dépressive et le néglige ; le gamin est atteint de la maladie des Troubles Obsessionnels Compulsifs : ses stylos doivent être alignés dans un certain ordre sur sa table pour qu'il puisse se concentrer sur un travail ; pour son handicap, Edward est surnommé "Ed le Taré" par une bande de racaille qui lui pourrit sa scolarité depuis qu'il va à l'école.

Evidemment, Edward est tout sauf quelqu'un d'idiot mais c'est un adolescent très fragile et peu sûr de lui. Son univers déjà fragile s'écroule du jour au lendemain le jour où ses parents ont un accident de voiture : son père qu'il adulait à défaut de pouvoir aduler sa mère qu'il déteste, décède. C'est le début d'une descente en enfer et d'un thriller palpitant : sa mère sort soudain de sa dépression et devient une mère aimante, trop aimante : possessive. Les adultes en qui Edward avaient confiance disparaissent les uns après les autres mystérieusement. Edward voit rouge : pour lui sa mère est une tueuse ! Pourtant les psychiatres mettent les croyances d'Edward sur le trauma du décès de son père. Où est la vérité ? Edward est-il fou ? Sa mère est-t-elle vraiment cinglée ? Il faut dire qu'Edward, depuis la mort de son père, est devenu quelqu'un de violent,  ce qui ne l'aide pas à être pris au sérieux dans ses propos.

Jo Witek joue avec les nerfs du lecteur pendant longtemps avant que la vérité ne se fasse jour. J'ai longtemps douté sur ce que fait la mère d'Edward, selon les dires de ce dernier, on a du mal à y croire parce que c'est dingue (mais en même temps, on sait qu'il existe des mères qui tuent leurs enfants aussi et que la dépression peut engendrer des comportements déviants).
Et puis, au bout d'un moment, effectivement on se dit que la mère du gamin est complètement barrée (je ne dirai pas pourquoi, évidemment !). Pourtant, une grosse surprise attend le lecteur, une très grosse surprise (là non plus je ne peux pas dire laquelle !), révélée grâce à l'enquête de Garideau, une inspectrice de police qui fera tout pour réouvrir le dossier de l'accident des parents d'Edward. Et heureusement, celui-ci a aussi un ami, un vrai, un génie, qui fera jaillir la vérité.

J'ai vraiment adheré au suspense et dévoré ce bouquin. La chute de l'intrigue m'a vraiment surprise. Néanmoins j'oscille entre deux sentiments : c'est possible, mais tout de même, n'est-ce pas un peu invraisemblable ?

Mais à part cela, un roman réussi qui aborde la maltraitance enfantine, le choc post-traumatisme chez l'adolescent, la folie (où commence-t-elle, d'ailleurs ?), le harcèlement scolaire, la jalousie, l'injustice, la dépression. Le tout dans un milieu social favorisé et une banlieue  dite "chic".


 

 


16 août 2015

Les tribulations d'une caissière

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4e de couverture : "Elle s’appelle Anna, elle a vingt-huit ans, un diplôme universitaire de littérature et huit ans d’expérience derrière une caisse de supermarché. Un métier peu propice aux échanges, ponctué de gestes automatiques…
Anna aurait pu se sentir devenir un robot si elle n’avait eu l’idée de raconter son travail, jour après jour.
Elle vous a vu passer à la caisse. Vous avez été des clients faciles ou des emmerdeurs, riches ou pauvres, complexés de la consommation ou frimeurs. Vous l’avez confondue avec une plante verte ou vous lui avez dit bonjour, vous avez trépigné à l’ouverture du magasin ou avez été l’habitué nonchalant des fermetures. Anna, vous l’avez draguée, méprisée, insultée.
Il ne se passe rien dans la vie d’une caissière ? Maintenant, prenez votre chariot et suivez Anna jusqu’à sa caisse."

En septembre dernier, je m'étais délectée avec Debout-Payé d'Armand Gauz, qui raconte les tribulations d'un vigile ivoirien à Paris. J'avais depuis un moment ce bouquin, issu d'un troc entre lectrice, qui en semble le pendant. A la recherche d'une lecture légère et rapide avant de partir en vacances, je me lance donc dans les tribulations d'une caissière.

Anna Sam est une blogueuse à qui il arrive quelque chose de peu banal alors qu'elle raconte par le biais de petites histoires la vie du supermarché : "(...) un jour, sans vraiment savoir pourquoi, un journaliste lui fait les honneurs de la presse régionale, un article qui va tout déclencher... Du blog perdu parmi des centaines de milliers d'autres, celui-ci va accrocher, intriguer, surprendre. Les médias vont s'en emparer et il va faire le tour de France puis du monde quelques semaines plus tard.
Le hasard de la vie a voulu que cette médiatisation coïncide avec la démission de la caissière qui, à ce moment-là, voulait tenter sa chance ailleurs.
Le hasard de la vie lui a ouvert une route dont la caissière avait seulement rêvé.
Le hasard de la vie lui a permis de rencontrer des éditeurs et de pouvoir transposer ses tickets de caisses virtuels en ticket de caisse sur papier."

Le but d'Anna Sam à travers son blog et son livre est de réhabiliter le métier de caissière (pour faire "chic", de nos jours, on dit "hôtesse de caisse"), de sensibiliser les clients des supermarchés à la femme-tronc à qui ils balancent leurs achats sur le tapis roulant en la prenant souvent pour une bonne à rien, ou tout simplement en oubliant qu'elle est là.
De plus, sa position à la caisse lui permet d'observer les clients. Son oeil de lynx ne rate rien, sa langue bien pendue non plus et sa plume fait le reste.

Anna Sam considère le lecteur comme quelq'un qui veut devenir caissière et lui prodigue ses conseils. Elle s'adresse à lui à la deuxième personne du pluriel.

Mon avis va être rapide : ce livre se lit bien, mais il est inégal. Par moment, j'ai ri mais par moments je suis restée de marbre devant des scènes qui se voulaient drôles. Rien à voir avec la plume de Gauz ! C'est peut-être ma lecture précédente qui a fait de l'ombre à Anna Sam. L'impression globale est finalement celle d'un livre un peu répétitif.
Le point positif est sans doute, qu'en raison de son succès, le livre a sensibilisé le grand public à l'être humain que personne ne voit et dont personne ne reconnaît le travail, mais qui pourrait être n'importe qui, de nos jours, dans une France en état de crise. 
Un livre qui a fait du bien aux caissiers et caissières, comme en témoigne les extraits de courrier de lecteurs à la fin de l'ouvrage.

Une belle intention, même si la qualité littéraire n'a pas été à la hauteur de mes attentes.

Anna Sam a écrit une suite à ce livre paru en 2008 : Conseil d'amie à la clientèle.

 

20 juin 2015

La gueule du loup

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Mathilde et Lou viennent de décrocher le bac et décident de partir en vacances à Madagascar, toutes seules. Le séjour débute dans un lieu paradisiaque, avec rhum arrangé et musique. Puis elles poursuivent leur road trip  dans l'île en direction de la capitale où elles découvrent l'envers du décor du Paradis : la misère dans toute son horreur. De la mère qui veut vous vendre son enfant à l'exploitation sexuelle que pratiquent sans vergogne des Blancs plein aux as et libidineux. Lou et Mathilde vont sympathiser avec une jeune Malgache de leur âge. En voulant l'aider, les gamines vont être entraînées dans une course folle : un type louche est à leurs trousses.

Je vais y aller "cash" : je suis très déçue par ce roman et c'est d'autant plus dommage que les pistes initiées (l'exploitation humaine par le biais de la  prostitution, la découverte d'une culture très différente de la nôtre)  auraient pu être intéressantes si tout cela n'avait pas été gâché par pas mal de choses.
Ce livre a toutes les allures d'un thriller sur fond documentaire. L'environnement malgache est très envoûtant, on en apprend beaucoup sur le malheur de cette île continent, sur sa culture et les rites qui y perdurent. On se perd avec Mathilde et Lou dans la jungle, sous un arbre censé protéger des mauvais esprits. De ce point de vue-là, le roman vous emporte loin.
Par contre, j'ai trouvé très étrange que la copine malgache de Mathilde et Lou s'expriment exactement comme elles, avec ce langage un peu trop "djeunse" pour être totalement crédible.
Quant au "méchant", il échappe de manière tout à fait miraculeuse d'une chute qui aurait dû lui être fatale (on le devine très tôt d'ailleurs). Et en fin de compte, à la fin, on se dit qu'il n'était pas si malin...
L'intrigue en elle-même tombe donc à plat assez vite. Je me suis peu attaché aux personnages, pas assez fouillés. Mathilde est la copine intrépide et Lou la copine timide. A un moment, on pense que Lou a plus d'un tour dans son sac et va nous montrer une autre facette de sa personnalité. Mais là encore, ça ne va pas jusqu'au bout et ce n'est pas à elle qu'il va arriver ce que je vais appeler "quelques bricoles"...

Cependant, le pire est ailleurs : par dessus tout, j'ai vraiment détesté jusqu'à en être horripilée le registre choisi pour ce roman. Je sais que Marion Brunet écrit sans fioritures. Mais pour un roman destiné aux ados, ça dépasse les bornes, à mon goût. Registre trop vulgaire, trop trash pour le public visé à qui ça n'apportera rien.


Extraits  :

"Quand elles te sucent, t'as peur qu'elles y laissent les dents." (p.53)
"Qu'il me baise, c'est un détail. Ouvrir mon corps je sais faire, pour que ça fasse pas mal" (p.75)
"Terreur et vide, dans mes prunelles et jusqu'à mes orteils peints en rouge, en passant par ma chatte, ma peau et mes viscères" (p.75)
"Si à chaque fois que tu promènes ta queue hors de la maison, tu ramènes une nouvelle bouche à nourrir, il va falloir que tu travailles un peu plus, mon ami !"
"Et il s'est pointé à la maison, la queue entre les jambes (...)" (p.114)

Il semble qu'on peut faire passer le souffrance humaine et le comportement ordurier autrement, sans finalement passer par cette sorte de facilité qu'est le vocabulaire obscène (les scènes obscènes)  à répétition qui finit par agacer, vraiment. Parce que tout le monde est peu ou prou capable d'écrire ainsi. La pudeur peut aussi faire passer des choses, avec davantage de subtilité...
Bref, en défaut par rapport au public visé. Sans doute ce qui fera rater des sélections à ce roman qui aurait pu tenir la route par son fonds documentaire sur Madagascar riche et intéressant.

J'avais beaucoup aimé Frangine. Je suis d'autant plus déçue - deux fois de suite que ça m'arrive, c'est dur !

 

06 juin 2015

Adama ou la vie en 3D

 

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e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
"1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui..."

Quant j'ai découvert cette série sur le thème "Français d'ailleurs", ça a fait "tilt" ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J'ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d'origine malienne, d'autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu'un petit livre pareil, d'une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d'un CDI, qu'il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s'approcher d'un bouquin, sauf s'il s'agit d'un manga.... Un roman documentaire qui met en avant la vie et l'histoire de Français dont on parle peu et qu'en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un "rayon" sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l'ouvrage sur "L'immigration malienne en France". Adama, l'adolescent de ce roman porte d'ailleurs le même prénom qu'Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l'Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l'histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu'à l'indépendance (1960), l'immigration en vers l'Hexagone, les lois "Pasqua" (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l'ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu'il repart là-bas le temps d'inaugurer une école, Adama lui demande de l'emmener. Son père fait mine d'établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu'Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l'épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
"J'ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c'est Kayes, et puis j'ai poussé dans la cité, la tour 7, c'est mon ventre à moi, et à l'instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : "Cet été, j'ai fait des milliers de kilomètres, j'ai suivi les menottes d'Ibrahima, j'ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j'ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j'ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d'ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu.""

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c'est un chouia de manque de suspense dans l'histoire d'Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c'est l'aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Disponible au format poche à partir du 10 juin

Merci aux Editions Casterman !



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09 mai 2015

L'été des pas perdus

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4e de couverture : "Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelques temps, il change, il oublie les choses : pour lui, passé et présent se confondent.
Le temps d'un été Madeleine et lui vont cheminer ensemble."

Madeleine comprend vite que Gramps a un souci qui n'est pas dû à son grand âge, mais quelque chose de bien plus grave. Des pertes de mémoire, des absences comme s'il était ailleurs.
Seule avec lui la plupart du temps, elle l'emmène chez le médecin gérontologue dont il a déjà oublié le rendez-vous. Dans la salle de ce spécialiste (qui n'est pas celui des champignons !), elle observe et s'interroge : "il n'y a que des vieux, certains bien, d'autres miteux, piteux, malheureux. Qu'est-ce qu'il fait, mon grand-père pimpant, brillant, au milieu de ces croûlants ?"
Gramps prend la mouche, furieux et malheureux de croire que le médecin le prend pour un vieux fou, refusant de regarder en face la maladie qui lui grignote la mémoire : Alzheimer. Du moins on le devine, même si son nom n'est jamais cité.
Alors, parce qu'"il raconte, toujours il raconte, les mêmes histoires de lui quand il était petit, comme si c'était hier",  (...) son village, les vaches, la mer, le bocage et la mer. Et sa mère, son père, sa chère grande soeur, ses deux petits frères (...). Les Allemands, méchants. Le mystère, la peur, les alertes (...), les bateaux, (...) les avions fous, les bombes, les grands soldats. La joie.", et qu'il rêve de retourner là-bas, en Normandie,  de l'y emmener pour lui faire découvrir les lieux de son enfance, Madeleine décide de réaliser ce rêve et de l'accompagner.  Nous voilà partis avec les deux personnages pour un road-trip normand jusqu'à Utah Beach.

La maladie se manifeste par intermittence, tout au long du récit où le passé et le présent finissent par se confondre. Mais peu importe "parce qu'on reste toute sa vie le petit qu'on a été.
Et qu'on a une maison où on a envie de rentrer : celle où on a grandi. Même si elle a disparu. Même si on n'en a pas eu."

L'occasion aussi pour la petite Madeleine d'une belle leçon d'Histoire à travers celle de son grand-père, qui lui fait vivre le Débarquement comme si elle y était. La révélation aussi d'un mystère familial : la raison la plus probable de la disparition de l'autre Madeleine, la soeur de son grand-père...

Un roman sensible et magnifiquement écrit. Rachel Hausfater possède une vraie plume littéraire, très poétique, parsemée de rimes, mais pourtant simple, accrocheuse et accessible aux jeunes lecteurs. 
Un récit où le personnage du grand-père n'est pas diminué par sa maladie, mais au contraire magnifié par son voyage pour retrouver le petit garçon qu'il a toujours été.

Au-delà du sujet de la maladie d'Alzheimer, ce fut pour moi une belle lecture pour 8 mai !
Disponible à partir du 13 mai dans toutes les bonnes librairies.

Merci à Flammarion de m'avoir permis de choisir ce livre !




 

08 mai 2015

Mission collège - Une aventure d'Antoine Lebic

missioncollege

4e de couverture : "C'est décidé, Antoine Lebic passe à l'action. Dès la rentrée, il enquêtera sur les dangers qui guettent les élèves de 6e ! Pour remplir sa mission, il est prêt à tout : ne pas faire ses devoirs, pénétrer de nuit dans le collège, infiltrer la salle des profs...
Bientôt, grâce à lui, plus personne n'aura peur du collège."

Ca commence comme dans un film, avec "une mini-scène avant le générique pour expliquer tout de suite de quoi on va parler" . Dans cette séquence d'ouverture, Antoine Lebic "vient de vivre son dernier jour en CM2", "on voit (...) qu'il a peur d'entrer en sixième. Vraiment peur." Il faut qu'il trouve une solution pour surmonter sa "gigantesque trouille". Et puis, au premier chapitre, le gamin, en regardant Mission impossible, décide de devenir "agent secret infiltré en territoire ennemi". Il s'invente une mission: enquêter sur les dangers qui guettent les sixièmes." Sur le modèle de James Bond, Antoine monte une équipe de choc avec ses camarades et c'est parti...

Pour avoir dans mon entourage des enfants qui s'apprêtent à franchir le cap de la sixième, je me disais que ça pouvait être pile poil la lecture qui les intéresserait, d'autant plus que ça s'annonce sur le ton de la dérision et du comique. A la fin du livre, on trouve le dossier "top secret" rédigé par Antoine après sa mission.

J'avoue d'emblée que j'ai, dès le départ, tiqué. Antoine passe du statut de mort de trouille à celui de James Bond d'un coup, comme par magie, juste en regardant un fim : un peu too much, même dans le registre comique. Personnage de gamin peu crédible.
Puis ensuite, le récit de ses aventures part vraiment dans le registre du rocambolesque. Encore une fois, pourquoi pas. Mais la lecture est brouillée par la reproduction des "notes" prises par Antoine ou les autres gamins, les SMS qu'ils s'envoient, les dessins divers, jusqu'à en surcharger le récit principal. (C'est d'autant inutile pour la plupart qu'on retrouve les notes à la fin du roman, dans le dossier "Mission collège").  Parfois, on perd le fil.

Ensuite le contenu m'a parfois agacée, même si c'est supposé être une fiction sur le registre du comique.
Les gamins se cachent dans le collège après la dernière heure de cours, attendent que tout le monde s'en aillent, découvrent que la principale et son adjoint dorment sur place. Ils descendent dans les locaux de l'administration sans avoir à désamorcer aucune alarme, juste à crocheter une serrure de porte de bureau. Ils font tomber une lampe torche dont le verre, en se brisant sur le sol, alertent le gardien et la principale. Mais ces derniers pensent que la cause du bruit est la chute d'un cadre suspendu. Les élèves s'infiltrent dans le bureau de la secrétaire pour voler les codes d'accès des profs au logiciel Viescolaire.com où les parents peuvent consulter en ligne ce qu'ont mis les enseignants (dans la vraie vie, c'est Viescolaire.net). Ils arrivent à accéder au contenu de l'ordinateur du secrétariat juste en appuyant sur le bouton "on".  Dans les tiroirs du bureau ils trouvent un "bulletin vide" (un bulletin vierge j'imagine!)....
C'est bien connu,  les collèges ne sont pas dotés d'alarme se déclenchant à la moindre intrusion, on rentre dans les ordinateurs comme dans du beurre et il n'y a qu'à ouvrir les tiroirs pour trouver des documents vierges déjà signés... Un peu facile !

Enfin, dans le document "Mission collège", il y a pas mal de choses inexactes ou plutôt mal définies :
Le Conseiller Principal d'Education (dont il est beaucoup question dans ce roman) "c'est le boss des surveillants". En voilà une définition galvaudée ! Un CPE est certes le supérieur hiérarchique des surveillants, mais certainement pas un surveillant général, comme ça le laisse sous-entendre. Ca n'existe plus depuis plus de trente ans ! Depuis, les missions ont beaucoup changé. Sa mission est dans son titre de fonction.
"Si tu fais vraiment l'andouille en classe, on t'envoie chez le CPE. Si tu as plein d'absences ou de retards, on t'envoie chez le CPE. S'il y a une embrouille dans la cour, on t'envoie chez le CPE. Si tu te fais choper dans la réserve de la cantine, on t'envoie chez le CPE." Il manque quelque chose d'essentiel : "Si tu as des problèmes, tu peux aller voir le CPE pour en parler". Un CPE n'est pas là que pour réprimander mais surtout pour écouter, conseiller, détecter les problèmes et aider à les résoudre. Pour un roman jeunesse, c'est quand même important de le signaler. Dommage d'ailleurs qu'ici ce ne soit pas franchement un personnage sympathique !

Autre exemple :
"C.D.I (Centre de Documentation et d'Information)
C'est la bibliothèque du collège. Encore une preuve qu'ils compliquent tout exprès.
Quand il est ouvert (mais chez nous, c'est rare), tu y trouves des livres, des dictionnaires, des ordinateurs et des imprimantes." 
J'en connais qui seront ravi(e)s de lire ceci !! Et il y a une subtilité entre CDI et bibliothèque, entre bibliothécaire et professeur documentaliste...

Bref, un ensemble de choses qui ont fait que je n'ai pas adhéré à ce roman. J'aime bien les romans déjantés mais quand ça se tient. Je suis plutôt bon public avec les situations comiques, mais là j'avoue que je suis restée de marbre.

J'ai eu du mal à terminer ma lecture, pas franchement convaincue que ce soit le meilleur guide de survie pour aider les élèves de CM2 à franchir le pas sans crainte.
Un rendez-vous manqué donc.

Merci aux Editions Casterman !