11 mai 2014

Le liseur du 6h27

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4e de couverture : "Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au servie d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zestor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuilles sauvés la veille des dent de fer de la machine...
Dans des décors familiers transformés par la magie de personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement."

Quand Babelio m'a proposé ce livre, j'avoue que la quatrième de couverture m'a fait hésiter. L'histoire me paraissait loufoque et surtout je voyais le tableau : un enchaînement de récits dans le récit. Très peu de renseignements sur l'auteur, juste qu'il vit dans les Vosges (à quoi ça sert?), que c'est son premier roman et qu'il est un nouvelliste exceptionnel, lauréat par deux fois du Prix Hemingway. Et quand je lis une quatrième de couverture, les superlatifs me rendent toujours méfiantes, exactement comme quand je vois des bandeaux du style "vendus à 1 millions d'exemplaires" etc. Mais comme j'ai le goût du risque, du moins un peu, j'ai accepté de recevoir le livre. Et puis, en même temps, paradoxalement, cette histoire de liseur m'intriguait (forcément !).

Guylain aurait un prénom presque normal si associé à son nom de famille, il n'avait pas été victime de contrepètrie durant son enfance, se voyant appelé Vilain Guignol. Guylain a 36 ans et vit tout seul dans un studio de banlieue avec pour unique compagnon, Rouget de Lisle, son poisson rouge. Ses seuls amis humains sont deux collègues de l'usine de recyclage de papier où il travaille : un cul-de jattes et un type qui déclame des alexandrins sur commande. Ces employés ont pour chef un "bourrin" dont le seul rêve, à part pourrir la vie de ses subordonnés, est de détenir le permis de la Chose, le monstre d'acier qui pillone les livres invendus qui entrent dans l'usine. On peut dire que Guylain n'a pas beaucoup de chance dans la vie, d'autant que cet amoureux des mots, des livres et de la lecture passe ses journées à pilonner les bouquins dont il prélève en cachette ce qu'il appelle "les peaux vives", des feuilles dégoulinantes qu'il fait sécher dans un buvard pour les lire le lendemain matin aux passagers du RER de 6h27. Ce moment illumine sa vie morne et solitaire. Jusqu'au jour où... il croise deux petites mémés intrépides et trouve une mystérieuse clé USB...

Passé la surprise des premiers chapitres, on ne lâche plus ce roman bourré d'humour noir et peuplé de personnages qui cherchent à échapper à la destruction, à leur solitude et à s'élever au-dessus de leur existence morne. Et ils doivent leur salut à la lecture, à son pouvoir de socialisation et d'échappatoire à la violence du monde. On ne s'ennuie pas un seul instant.

Et autant vous dire tout de suite qu'après cette lecture, vous ne regarderez plus jamais la dame pipi des toilettes publiques de la même manière ! Il y a quelques moments particulièrement truculents dans ce roman, un zeste scatologique, mais pour mieux montrer que même ceux qui se croient invincibles, peuvent rapidement se retrouver eux aussi seuls au monde...

Un petit bijou de lecture à ne pas rater et une sacrée belle découverte pour moi cette semaine. De la littérature française qui donne le sourire et vous fera même éclater de rire. Ca fait plaisir !

Je remercie Babelio et les Editions Au Diable Vauvert de m'avoir offert ce roman.

 

 

 

 

 


24 avril 2014

J'ai mon propre monde à regarder

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(attention spoiler)

Paul est un ado de quinze ans qui vit une vie sans histoire jusqu'au jour où il se prend la baffe de sa vie : son père quitte le foyer familial sans explication ni adresse. "Ne rien savoir, ne rien comprendre m'a annéanti."
Sa mère, désespérée, décide de tracer la route. Les voilà tous les deux embarqués dans un road trip à travers les route françaises, accordant un choix particulier avant tout aux CD emportés plutôt qu'aux fringues. Puis ils rentrent au bercail. Et deuxième baffe pour Paul : sa mère décide de partir au Burkina Faso car elle pense que son mari est là-bas, sans se soucier de se que deviendra son fils, laissé aux bons soins de sa meilleure amie, Isa. Puis coup de théâtre : le père de Paul revient et explique à son fils pourquoi il est parti.

Le thème de l'éclatement du foyer familial et des conséquences sur un adolescent était prometteur. Pourtant je suis restée à l'extérieur de l'histoire sans parvenir à m'attacher à Paul et à ses déboires. J'ai trouvé sa mère à peine crédible dans son comportement adolescent. Paul, lui, est presque trop parfait dans son attitude. C'est un peu le monde à l'envers dans le sens où c'est lui qui donne des conseils à sa mère (ne pas s'emporter, ne pas insulter les flics qui leur demandent ce qu'ils font dans une voiture au bord de la route un 31 décembre. La seule crise de Paul, son seul pétage de câble surviendra au retour de son père. Et là, on est presque dans l'excès.
Le lecteur est accompagné tout au long de sa lecture par la musique des années 70 qu'écoute Paul. Le titre du roman fait référence à If 6 was 9 de Jimi Hendrix. Là encore, j'ai dû rater quelque chose parce que je n'ai pas compris ce que cela apporte au roman, si ce n'est d'annoncer la thématique de chaque chapître.
Seul le clin d'oeil au roman d'Olivier Adam, A l'abri de rien, que lit la mère de Paul m'a fait sourire.
Les coups de théâtre successifs ne sont pas parvenus à changer la donne concernant cette lecture, dont j'ai trouvé l'écriture "plate" et  froide : elle ne parvient pas à faire passer de l'émotion. Il manque donc à ce roman un petit supplément d'âme.

Bref, j'ai raté mon rendez-vous ! Dommage.

Je remercie néanmoins Babelio et les Editions Tertium de m'avoir permis de découvrir ce roman de littérature de jeunesse.

 

 

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03 novembre 2013

Enquêtes générales - Immersion au coeur de la brigade de répression du banditisme

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Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'un livre qui associe dessins et texte, sans que ce ne soit pour autant un roman graphique à proprement parler mais plutôt ce qu'on pourrait nommer un documentaire dessiné.

L'idée a germé dans l'esprit de Raynal Pellicier, réalisateur de documentaires pour les médias, d'un reportage écrit et visuel sur l'une des cellules les plus secrètes et les plus prestigieuses de la police nationale : la Brigade de répression du banditisme (BRB). L'auteur a dû vaincre les réticences en haut lieu. Son idée première était de réaliser un film documentaire, mais ce projet lui a été refusé. Raynal Pellicier a rencontré le dessinateur Tiwane et de cette rencontre est né ce livre, un "carnet de voyage" nous dit l'auteur. "Voyage" accordé, non sans mal, car les services de la "PJ (Police judiciaire dont la BRB est l'une des branches) sont assaillis de demandes de la part du cinéma, de la TV, de la presse écrite, d'écrivain jusqu'à n'en plus pouvoir...

Mais ce voyage est bien particulier, celui d'une immersion dans le quotidien des policiers de la BRB. Cela aurait pu avoir quelque chose de fastidieux. Mais le pari est réussi : après les présentations des divers "personnages", le lecteur est plongé dans un récit à suspens, comme dans un polar, mis à part que ce n'est pas de la fiction. Les enquêtes s'enchaînent, les liens se recoupent peu à peu... et l'on en oublie presque qu'il s'agit de faits réels tellement les braquages, (les "bracos", comme disent les policiers") ne manquent pas d'air parfois. Ce ne sont pas des petits voyous de bas étage que l'on traque là, mais bien de vrais bandits, parfois de surcroit criminels, d'envergure international souvent, notamment en provenance de l'ex-Yougoslavie. Parfois, lorsque les bandits se font prendre, ils n'hésitent pas à féliciter les policiers ! On est entre "pros"...  Mais sans rire, ces trafics, cette économie parallèle, l'argent qui appelle l'argent, le "braco" qui en appelle un autre encore plus gros, la perte de repères quant à la violence des faits donnent froid dans le dos.

Le texte est agréable à lire, à la fois aéré et dense, agrémenté d'illustrations où les détails ne manquent pas. N'ayant pas vraiment l'habitude de lire ce type d'ouvrage, j'appréhendais un peu. Mais j'ai été conquise ! A mes yeux, une belle réussite !

Merci à Babelio et aux Editions de La Martinière pour l'envoi du livre.

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19 octobre 2013

Desolation Road

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4e de couverture : "CALIFORNIE, 1930. Dans le quartier des femmes de la prison de San Quentin, une jeune fille de dix-sept ans attend le jour de son exécution. Elle s’appelle June, a une bouille d’ange, parle avec maladresse et timidité. Elle raconte ce qui l’a menée là, sur la desolation road, la route de la désolation qu'on emprunte un jour et qu'on ne peut plus jamais quitter : une passion absolue, déchirante pour un garçon nommé David, une histoire d’amour ponctuée par le vol, le kidnapping et le meurtre à travers la Californie de la Grande Dépression, en compagnie des parias, des criminels et des fantômes. Quand le journaliste venu l’interviewer demande à June ce qu’est l’amour à ses yeux, elle répond : « De la poussière et des étoiles, monsieur. » Le long de la desolation road, il n’y a rien d’autre à contempler."

 

Je lis(ais) très rarement de la littérature dite "de jeunesse" mais je dois avouer que j'ai découvert coup sur coup deux bouquins délicieusement addictifs et d'écrivains français. Voici donc le premier.

L'histoire nous plonge dans l'Amérique de la prohibition, pays où, qui plus est, la peine de mort existe (toujours). C'est June, une adolescente condamnée à mort par pendaison qui raconte son histoire à un journaliste qui voudrait changer les choses, David. June raconte comment, peu à peu, par amour et parce qu'elle n'a pas fait forcément une bonne rencontre, elle se laisse entraîner dans la spirale du meurtre. Son histoire personnelle est compliquée, sa mère l'a abandonnée : elle est partie pour refaire sa vie ailleurs, laissant la gamine livrée à elle-même. June tombe amoureuse de son jeune voisin, un pauvre môme, tout aussi livré à lui-même qu'elle, père alcoolique et violent. Le gamin dérape, la violence engendrant la violence : il tue son père. Les deux gosses décident de tailler la route et c'est l'engrenage de la violence dans l'Amérique en crise.
On croise toute une galerie de personnages, pas forcément sympathiques. On apprend qu'à Los Angeles, faut pas rêver, il n'y a pas de boulot, même avec la meilleure volonté du monde. Mais des escrocs profitant du malheur des autres, il y en a plein. J'ai beaucoup pensé à John Steinbeck, écrivain américain génialissime qui décrit tellement bien cette Amérique-là dans Les Raisins de la colère, entre autres.

Je me suis prise de sympathie pour ces gamins, malgré toutes les graves bêtises qu'ils ont semé sur leur route. Sans doute parce que les autres sont bien pire qu'eux. June, la seule survivante du couple à ce road movie, trouve qu'elle mérite la sanction qu'on lui inflige. Et c'est le jugement du lecteur qui se met en balance, évidemment.

Ce roman, très bien documenté sur l'Amérique des années trente, dispose également d'un excellent suspense. Un roman d'apprentissage hors normes rondement mené. Une bien belle lecture ! Et la litté de jeunesse, j'y reviendrai, c'est sûr, parce que c'est drôlement bien.

24 août 2013

Le confident

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4e de couverture : "Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspense psychologique. Le confident a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en dix-huit langues."

Intriguant. C'est le mot qui m'a poursuivie pendant toute la lecture de ce roman. A l'instar de Camille, éditrice enceinte et partie pour être mère célibataire, on se demande qui se cache derrière les lettres qu'elle reçoit et surtout qu'elle est le but de ce courier : un écrivain cherchant à attirer l'attention pour se faire éditer ? Quelqu'un de l'entourage de Camille ? Un ou une désaxé(e) ? Bon, j'avoue à mi-chemin j'ai deviné l'histoire un peu tordue qui se cachait derrière ces courriers.

Néanmoins, au-delà de ça, j'ai vraiment apprécié l'aspect documentaire sur la France de la Seconde Guerre mondiale et sur celle de juste avant. Par ailleurs, le roman retranscrit la pression sociale exercée sur les femmes n'ayant pas d'enfants : considérées comme suspectes (mais est-ce que cela a bien changé ?), notamment pendant l'entre-deux guerres où la démographie est en berne. Hélène Gremillon raconte les affres d'une femme stérile et ce qui la pousse, par désespoir à faire ce qu'elle a fait (et que je ne peux vous révéler sous peine de "spoiler", déjà que là je le fais à moitié !). C'est effrayant, c'est ce que je peux dire. Le poids de la culpabilité est également magnifiquement retranscrit. Et de la jalousie.

L'ambiance est assez glauque mais non moins prenante. Je n'ai eu aucune empathie pour les personnages. Mais le lecteur se laisse happer par ce roman à plusieurs narrateurs et ne peut le lâcher qu'à la toute dernière page. Pour un premier roman, c'est un coup de maître, assurément.

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16 août 2013

Les évaporés

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Richard B., Américain de San Franscisco, à la fois poète et détective, détestant voyager, accepte néanmoins d'accompagner Yukiko son ex petite-amie au Japon pour enquêter sur l'étrange disparition de son père.

Tout d'abord, il faut que vous sachiez deux choses en lisant ce roman :
- "au Japon, un adulte a légalement le droit de disparaître". On appelle ces personnes les évaporés, ou plus précisément, en japonais, johatsu ;
- " tout ce qui est raconté ici est vrai : c'est le fruit d'expériences vécues, de rencontres et de nombreuses lectures faites sur place". Même le personnage de Richard existe, aussi bien que les évaporés : il s'agit du romancier et poète américain Richard  Brautigan "qui a vécu lui aussi au Japon en 1976" et a servi de guide à Thomas B. Reverdy.

L'écrivain nous immerge dans le Japon de l'après-Fukushima, sur les pas de Kaze, le Japonais évaporé escorté par un gamin de quatorze ans. Kaze a été licencié. Le gamin a perdu sa famille suite au tsunami. L'enquête menée par Richard s'avère difficile dans ce Japon sous le dogme des yakuzas et autres "shogun de l'ombre" que sont "d'anciens Premiers ministres qui restent dans les coulisses, (...) ou bien des gens (...) qui ont un pied dans plusieurs mondes, la politique, les affaires". C'est un monde à la fois mystérieux et effrayant qui est décrit. Kaze a été licencié du jour au lendemain, sans explications, mais sans doute parce qu'il a découvert quelques magouilles financières dans l'entreprise de courtage où il travaille. Des cols noirs (yakuzas) lui demande de se tenir à carreau. Un double coup de sabre donc, car au Japon être licencié est la honte suprême, le déshonneur complet. C'est la raison qui pousse Kaze à s'évaporer. C'est une chose facile dans ce pays où les cartes d'identité n'existent pas et où l'on croit les gens sur parole ou plutôt sur ce qui est écrit sur leur carte de visite. Mais ce qui attend les évaporés, c'est une vie misérable. Et devinez qui on trouve en nombre dans la "zone interdite" créée suite à la catastrophe de Fukushima ?

Cette catastrophe hante les pages du roman, la description est au-delà de l'imaginable. On pense voir de la neige, mais c'est en fait de la cendre. Mais ce n'est presque rien à côté de "la côte qui s'est mise à ressembler à une succession de villes fantômes". La région où a eu lieu la catastrophe était économiquement sinistrée auparavant. Mais "depuis le tsunami et les problèmes nucléaires, ça bouge beaucoup par là-bas. La plupart des évaporés de Tokyo sont employés comme journaliers, sur des chantiers de démolition ou de reconstruction. C'est un des taux de chômage les plus bas du Japon" .

Ce que j'ai lu dans ce roman très bien documenté est au-delà de ce que je pouvais imaginer. Sans doute le premier roman francophone sur l'après-Fukushima. Edifiant, émouvant et effrayant à la fois. Un roman japonais également, comme aime à l'indiquer Thomas B. Reverdy, pour qui ce pays n'a pas encore levé tous ses mystères. L'écriture fluide, les chapitres courts et aérés l'ont rendu très agréable à lire, doublé du suspense de l'enquête de Richard, toujours épredument amoureux de son ex-petite amie japonaise, qui, à l'instar de son pays, gardera pour elle bien des mystères. On a beaucoup d'empathie pour Kaze et le gamin, sorte de famille monoparentale recomposée.

Une belle découverte de la rentrée littéraire 2013, pour moi qui ai une histoire particulière vis-à-vis du Japon. Un roman qui m'a touchée au coeur. Parution prévue le 21 août.

Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour le partenariat.

 

 

 

 

 

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27 juillet 2013

Les lisières

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4e de couverture : "Tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence : sa femme l'a quitté, ses enfants lui manquent, son frère l'envoie s'occuper de ses parents, son père ouvrier s'apprête à voter FN et le tsunami ravage le Japon, son pays de coeur. De retour dans la banlieue de son enfance, il n'aura d'autre choix que se tourner vers son passé pour comprendre le mal-être qui le ronge. Comment devient-on un inconnu aux yeux de ses proches ? Comment trouver sa place clans un monde devenu étranger ?"

Les vacances d'été est propice au rattrappage de billets en retard ! Je continue donc sur ma lancée, avec cette première rencontre avec Olivier Adam. C'est l'adaptation cinématographique de Des vents contraires qui m'a donné envie de découvrir son oeuvre. Je n'ai pas choisi un petit roman de 300 pages mais l'un des derniers parus (ou le dernier, d'ailleurs, je ne sais pas) qui en fait plus de 500 dans la présente édition.

Comme dans Des vents contraires, Olivier Adam met en scène un écrivain dépressif et divorcé. C'est une chose qui m'a frappée ! Paul a grandi en Région parisienne, dans un milieu ouvrier. Lui est devenu écrivain et son frère vétérinaire. Mais on dirait que c'est une chose qu'il assume mal et que son entourage lui renvoie à la figure. Il habite à présent en Bretagne, au "vert" mais revient en banlieue pour voir ses parents qui traversent une mauvaise passe : sa mère est hospitalisée et son père livré à lui-même dans le petit appartement qu'ils n'ont jamais voulu quitter. Paul est un peu schizophrène dans son regard sur l'endroit où il a passé son enfance avec, à la fois un dégoût et un attachement qu'il a du mal à admettre.

Je dois avouer que ce personnage m'a plutôt agacée pendant une bonne partie du roman tant par son pessimissme que par son regard condescendant parfois. Jusqu'au moment où... justement, ce même personnage-écrivain vous renvoie à la figure ce que vous êtes exactement en train de penser de lui ! Celui de l'écrivain, de l'intellectuel français dans toute sa caricature ! C'est plutôt ingénieux comme mise en abyme et comme manière de mettre à distance un certain roman social à la française. C'est du moins ainsi que je l'ai ressenti. Avec ce personnage sur la brèche, qui a franchi les "lisières" sociales et géographiques, l'un allant d'ailleurs avec l'autre selon certains (aux pauvres la banlieue asphixiante, aux riches l'oxygène de la province du bord de mer), Olivier Adam semble mettre à distance, mais sans vraiment les renier, ce genre littéraire hexagonal et cette conception géographique du pays qui pourtant n'est pas fausse, mais sans tomber dans la caricature. Issu d'un milieu ouvrier, Paul est devenu écrivain et son frère vétérinaire. C'est bien la preuve qu'on peut être issu d'un milieu modeste et s'en sortir. Néanmoins la vision d'ensemble est pessimiste (et ça j'ai pas trop aimé car l'espoir fait vivre !)

Ce roman est complexe. Je dois dire aussi que mieux vaut avoir le moral pour le découvrir car ce n'est pas franchement gai, et même un peu trop noir à mon goût. Pas vraiment une lecture de vacances douce, légère et insousciante. Mais néanmoins à découvrir car cela vous remue les neurones. Olivier Adam a parfois une écriture proustienne avec des phrases à n'en plus finir. Mais malgré tout sans fioritures.

 

 

 

 

 

 

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17 mars 2012

Charly 9

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4e de couverture : "Charles IX fut de tous nos rois de France l un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l Europe entière. Abasourdi par l énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond."

Je suis loin d'être une fana des romans historiques mais la prestation de Jean Teulé sur son livre dans l'émission La Grande Librairie l'an dernier m'avait convaincue de le lire. La sortie en poche de l'ouvrage a été la piqûre de rappel. Et en fin de compte, j'en sors déçue.

Si le roman respecte bien l'atmosphère sanglante de cette période qui a vu le massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) - mais ce n'est franchement pas le plus difficile parce qu'on ne peut pas y couper -, j'ai trouvé le style de Jean Teulé vraiment too much. Je peux comprendre qu'on veuille désacraliser l'Histoire, mais ça ne veut pas dire avoir une écriture massacrante... (si je puis m'exprimer ainsi !), qui fait limite négligée pour faire, paradoxalement, plus authentique ! Certes, on ne peut pas restituer le langage de l'époque parce que le lecteur d'aujourd'hui aurait besoin d'un dictionnaire, mais de là à mettre des "ah ben" et émailler les phrases des personnages d'expressions typiques de l'époque ou de "commeint ?" pour faire "plus vrai" ,cela  finit par donner un style ressenti comme maladroit, ou démago... En ce qui me concerne, les traits d'humour n'ont pas fonctionné.

Jean Teulé prend position dans ce roman pour un roi Charles IX sous l'emprise de sa mère, une jeune-homme faible, limite bipolaire, en tout cas "barge" mais avec un bon fond. Il aurait concédé le massacre de cent mille personnes pour faire plaisir à "mama", entendez par là, Catherine de Médicis. Il décrit un personnage fantasque, chassant le cerf dans les appartements du Louvre, (là, on reste sur le cul, quand on lit ça!), ayant besoin d'une traductrice pour communiquer avec Elisabeth d'Autriche, sa femme, même dans les moments les plus intimes (c'est tellement grotesque qu'on ne peut pas y croire 5 secondes)...
Bref, il en fait un pantin aux mains de la reine mère. C'est historiquement très discutable et personnellement je ne suis pas d'accord parce que je trouve cela un peu simpliste.

Enfin, "Charly" se met à souffrir d'une "hémorragie cutanée" : il pisse le sang par tous les pores de la peau. Là aussi, ce n'est qu'une légende, une rumeur que fit courir notamment Agrippa d'Aubigné, reprise par Alexandre Dumas dans La reine Margot, sous-tendant un empoisonnement qu'aurait perpétrée Catherine de Médicis, dite la "magicienne florentine". Je crois que les historiens s'interrogent encore sur les raisons de la mort de ce roi qui n'a même pas atteint 24 ans.

Jean Teulé veut ici conter une page de l'histoire de France sur un mode ludique. C'est certes une belle intention et une bonne piqûre de rappel sur cette période si terrible dont l'atmosphère est bien restituée. Mais reste le style, les inexactitudes et le parti pris...
Bref, je ne suis toujours pas fan des romans historiques !

 

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14 février 2012

Le glacis

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4e de couverture : "Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'un petite ville de l'Oranais. Cette guerre qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
"Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie.
Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une friolosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient. Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'étais pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ,"
Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur la guerre que personne ne voulait reconnaître. Ce roman n'a jamais été publié auparavant".

 La guerre d'Algérie est encore un sujet tabou que toute une génération n'a pas étudié à l'école ou si peu. C'est en grande partie ce qui m'a poussée vers ce roman où le lecteur est parachuté à l'intérieur de ce pays dans une guerre qui ne dit pas son nom dans le camp des colons. Laure est une jeune enseignante en lettres, dont l'attitude de ses concitoyens français, issus du même milieu bourgeois qu'elle, vis-à-vis de ce qu'ils appellent les "indigènes", (quand ils sont bien lunés), va de plus en plus la choquer. Ses collègues vont la bouder peu à peu. Elle va finir par se brouiller avec sa meilleure amie, Elena, parce qu'elle ne lui fait plus confiance, dans cette société à l'atmosphère paranoïaque. Jamais elle n'aura la preuve de la responsabilité de son amie dans ce qui va se passer ensuite (et je ne peux pas le révéler  !), mais Laure se trouve embringuée contre son gré dans cette guerre à laquelle elle ne voulait pas participer. Elle n'aura pas à choisir elle-même un camp, on va lui en assigner un.

Voici un roman fort, qui, s'il ne m'a pas vraiment appris grand chose de nouveau sur cette page de l'histoire de France, m'a tout de même surpris par la perversité, la sournoiserie de tout un système savamment orchestré. Un monde à deux vitesses et à deux justices, l'officielle et puis l'autre, beaucoup plus expéditive.
El Djong, la petite ville où vit Laure est un apartheid non officiel, avec d'un côté une ville européenne et de l'autre une ville indigène, appelée,  également "ville nègre"... "Le "glacis", au nord de la ville, c'était une grande avenue plantée d'acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l'instar d'une rivière ou d'une orée de forêt."
L'héroïne, dont la famille a été déportée pendant la Seconde Guerre mondiale, se rend compte que ses amis ne supportent rien de ce qui n'est pas comme eux : ni les juifs, ni les Espagnols et encore moins les Arabes... C'est un portrait féroce qui est fait ici de la bourgeoisie "pieds-noirs".

Un livre court (130 pages) mais percutant, écrit dans un style neutre, sans colère ni amertume mais néanmoins sans concession.
A lire !

Je remercie Babelio et les Editions Métailié de m'avoir permis de découvrir ce roman.

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22 décembre 2011

Les heures souterraines

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4e de couverture : "Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit"

C'est par le plus grand des hasards que ce roman m'est tombé entre les mains et le hasard a bien fait les choses ! Moi qui suis plutot sceptique à l'égard d'une certaine littérature française contemporaine parce que j'ai souvent été déçue par ceux que pourtant la critique encense (cf. Foenkinos, Houellebecq, entre autres), moi qui suis difficilement attirée quand je vois un livre ou un auteur partout, partout et trop partout que ça devient du gavage médiatique, eh bien là, je dois dire que ce roman m'a scotchée !

Tout mince, il contient pourtant des sujets aussi lourds et graves que le harcèlement au travail et la solitude dans une ville tentaculaire. Le lecteur plonge dans l'enfer de Mathilde, cadre dans une grosse entreprise, Pourtant brillante et dynamique, cette femme de quarante ans, veuve depuis dix ans, a survécu à la perte de son mari. Mais un connard de chef prétentieux qui ne supporte pas que l'élève dépasse le maître va s'acharner à lui pourrir la vie, tenter la destruction par la perfidie. Seulement Mathilde est une battante (du moins le croyait-elle). Jusqu'au bout, elle ne lâchera pas le morceau. Mais jusqu'au bout, elle n'osera pas non plus rompre son isolement, malgré les conseils d'une collègue bien avisée. Cet homme veut tout simplement la tuer : l'empêcher de rester mais l'empêcher aussi de trouver un autre poste ailleurs. Autant dire que c'est un malade, un cadre qui ne devrait pas exercer les fonctions qu'il exerce mais que l'entreprise tolère sans problème. Le paradoxe est d'autant plus accablant que c'est lui qui a embauché Mathilde et que c'est cette entreprise-là qui lui a permis de rebondir et de retrouver une vie sociale après la perte de son époux. Alors Mathilde cherche à comprendre... "Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d'y remédier."

Delphine de Vigan décrit ici une société malade du travail. L'enteprise de Mathilde est un cancer qui ronge jusqu'au bout l'être humain, le broie, le tue. "Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité. Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain."

Le fil de la narration suit parallèlement la vie tout aussi pavée de solitude et d'ennuis de Thibault, médecin de ville. Il vient de plaquer sa petite amie parce qu'elle ne l'aimait pas. Il croise des tas de gens tous les jours pendant ses visites, mais pourtant il est seul dans cette ville tentaculaire et prédatrice (eh oui, ainsi est décrite Paris !). Il ne parvient pas à rencontrer les être humains qui l'habitent ou la fréquentent. La fin du livre est à cet égard ironique et féroce !

Delphine de Vigan décrit sans pathos l'enfer de ces deux héros qui sont des gens les plus banals qui soient. Des gens sclérosés par une société devenue malade.

Un magnifique roman qui m'a donné envie de découvrir les autres titres de l'auteur et notamment Rien ne s'oppose à la nuit, ce qui n'était pas du tout gagné d'avance.