20 décembre 2011

Sur un petit air de requiem - Nouvelles Caustiques et Grinçantes

 couvrequiem

Nelly Bridenne, Edition Confession d'un polisson, 133 pages, 9€

4e de couverture : "23 nouvelles pour découvrir : les biographies d'Emmett Till et de Rosa Parks, les confessions d'un repenti coiffeur, le quotidien d'un flic désabusé, la vie trouble d'un conseiller Opel, les déboires d'une mule colombienne, l'obsession médiatique d'un religieux, l'appétit sans limite d'un croque-mort, le grain de folie de vieilles dames indignes, et beaucoup plus si affinités..."

Malgré un titre qui peut faire peur, ce recueil de nouvelles est absolument divin. Nelly Bridenne jette un regard sur la société, contemporaine ou passée, française ou étrangère, qui ne peut laisser indifférent. Les nouvelles sont regroupées par thématique (Négritude, Mafia, Braquage, Flic, Mutant, Embrouille, Rancunier, Senior). Le lecteur se prend de plein fouet la première histoire, J'irai pleurer sur vos tombes : celle des migrants africains, ceux qui n'ont pas d'autre choix que de s'exiler, au péril de leur vie, pour trouver une vie meilleure, même si chez eux, c'est bien joli, des plages blondes, des odeurs d'eucalyptus. Mais voilà, pas de travail, une société corrompue, la richesse dans les mains d'une poignée d'hommes. "Les migrants rêvent de l'Europe, cet Eldorado si proche, à quelques jours de bateau seulement, où ils accosteront en Italie ou en Espagne, et pourront envoyer de l'argent à leurs mères...". Même si l'Europe les vomit, la mer les rejette, même s'ils devront mentir, même si l'échec risque de les bannir de leur propre famille, ils tentent, jusqu'à la mort, où "Angelo, fossoyeur à Lampedusa, minuscule et lumineuse île italienne (...), creuse quelques tombes" et "les enterrera anonymement dans le carré du vieux cimetière, qui leur est réservé dorénavant". Cette histoire, troublante d'actualité, a obtenu le 2e prix du Concours des nouvelles de la Ville de Tours en 2007. On comprend pourquoi ! C'est sans doute celle qui m'a le plus marquée, avec Impardonnable négritude..., bel hommage à Rosa Parks, Emett Till, Martin Luther King et tant d'autres.

Malgré des sujets graves, Nelly Bridenne parvient à faire sourire le lecteur, voire à le faire rire (L'Evangile selon Mohamed - La vie du commissariat, Ratatouille, entre autres) parce qu'elle porte un regard tendre sur ces êtres humains qui se débattent dans un monde devenu bien compliqué. Il y a dans ce livre une vraie dimension humaniste, un style simple, corrosif, qui va à l'essentiel. C'est une vraie bouffée de chaleur ! Une fois fini, on en redemande ! Une belle découverte !

S'il fallait mettre une note : 4,5/5.

Je remercie Nelly Bridenne, l'Edition Confession d'un polisson et Les agents littéraires pour l'envoi du livre.


31 octobre 2011

Retour à Killybegs

41aJJ3BqoXL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j'enrage. N'écoutez rien de ce qu'ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m'avoir connu. Personne n'a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd'hui, c'est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu'après moi, j'espère le silence.

Killybegs, le 24 décembre 2006
Tyrone Meehan"

Chose - presque - promise, du moins annoncée, voici mon billet sur Retour à Killybegs. Autant dire que je n'en suis pas sortie tout à fait indemne de ce roman. La fin de la fin (c'est-à-dire l'épilogue) m'a fait l'effet d'un coup de poing, parce que même si on pouvait se douter (un tout petit peu) de l'identité des assassins, le voir écrit et révélé, ça m'a effrayée.  

Ce roman est l'histoire d'une désespérance, d'un secret, d'une solitude. Si Mon traitre adoptait le point de vue du Français trahi par son ami irlandais, ici Sorj Chalandon s'est glissé dans la peau du traitre irlandais, Tyrone Meehan.

Cet homme est né au début du siècle. Il a vu son père, un homme du Donegal,  perdre ce qui était sa guerre, celle contre les Britanniques : en 1921, l'Irlande est partagée en deux, suite à un compromis signé par Michaël Collins, membre de l'IRA. L'Irlande sombre alors dans la guerre civile, entre partisans de la partition de l'Irlande et ceux qui la refusent. L'Irlande unie, c'est fini, au grand désespoir de Patraig Mehan dont le cri de guerre restera "Eirinn go Brach !" ("Irlande pour toujours!").
A sa mort, chassée par la misère, la famille passe la frontière et va s'installer à Belfast, en Irlande du Nord chez un oncle. L'Irlande du Nord, territoire britannique est en guerre contre l'Allemagne nazie. L'Irlande "libre" est neutre. En Irlande du Nord, parce que l'Irlande n'est pas en guerre contre l'Allemagne, on caillasse alors les Irlandais, on peint sur leurs portes "dehors, les traitres papistes", et on brûle leurs maisons. "Chassé" de [son] village par la misère, banni de [son] quartier par l''ennemi", Tyrone, 16 ans, en vient rapidement à la conclusion "L'IRA, moi". Son engagement est une évidence. Parce que "c'était un espoir, une promesse. C'était la chair de [son] père, sa vie entière, sa mémoire, sa légende. C'était sa douleur, sa défaite, l'armée vaincue de [son]pays".

Alors, comment Tyrone en viendra-t-il à trahir les siens pendant plus de vingt ans? Telle est la question qu'on se pose pendant toute une partie de ce roman aux émotions fortes.  Pourquoi est-il passé à l'ennemi, à ceux qu'il détestait tant ? C'était un pari risqué de répondre à cette question quand le romancier lui-même fait partie des personnes trahies, même en passant par un personnage de fiction.
C'est pourtant un pari réussi et un tour de force. Sorj Chalandon donne à voir le cheminement de cet homme, sans le juger. Tyrone est un désespéré, celui qui porte en lui un lourd secret qu'aucun des deux camps ne connaît. Du moins le croit-il. C'est un homme seul. Un homme pris dans la spirale infernale de cette guerre civile qui ne disait pas son nom (on parlait et on parle toujours en Irlande et en Grande-Bretagne, très pudiquement des "troubles"!!). C'est aussi un homme qui doute de lui-même et de ses actes, celui qui se juge en permanence, un homme qui souffre et qui culpabilise : "Avant même d'être un traitre, je devenais encombrant." 

La narration se fait sur un aller-retour entre le présent du narrateur, celui de Tyrone retourné à Killybegs en décembre 2006, après s'être dénoncé à l'IRA et son passé. Le lecteur est aspiré dans le tourbillon de l'histoire irlandaise et en particulier le bourbier nord-irlandais. Il passera quelques mois en prison avec le narrateur. Parce que ce livre est aussi une page de l'histoire de l'Irlande tout à fait instructive pour le lecteur francophone qui l'ignorerait. Non, les grèves de l'hygiène ce n'est pas de la fiction !!! Oui, Thatcher a laissé mourir les grèvistes de la faim (voir d'ailleurs l'excellent film Hungry).

On ne saura jamais la vérité sur la raison de cette traitrise. La fiction émet une hypothèse sans en faire pour autant une obsession. Parce qu'en fin de compte, l'essentiel n'est pas tout à fait là. La narration est celle d'une souffrance.

Un livre que l'on peut lire sans avoir lu Mon traitre, même si avoir lu les deux, c'est mieux ! J'avais été émue par le premier roman autobiographique, j'ai été bouleversée par Retour à Killybegs. Un excellent livre où l'écrivain a banni colère et rancune vis-à-vis de son traître. Il lui laisse la parole. Une plume qui va à l'essentiel, à la fois acérée et pudique mais douloureuse.

 Difficile d'écrire un billet sur un tel roman !

 

Posté par maevedefrance à 10:31 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 octobre 2011

Grand prix du roman de l'Académie française : Retour à Killybegs

 

Une nouvelle qui m'a fait particulièrement plaisir : Sorj Chalandon vient d'obtenir le Grand prix du roman de l'Académie française pour :

41dU0bht9mL__SL500_AA300_

Après avoir été émue par Mon traitre, je suis en train de terminer Retour à Killybegs. Je vous en reparle bientôt mais je peux d'ores et déjà vous dire que c'est  amplement mérité !

Ce roman est par ailleurs encore en lice pour le Prix Goncourt et le Prix Interallié.

Posté par maevedefrance à 09:38 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 avril 2011

La délicatesse

51ltbUPcZ2L__SL500_AA300_

4e de couverture : "« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins
conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi
à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye
ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
- Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité ». La délicatesse a obtenu neuf prix littéraires et été traduit dans plus de quinze langues. "

 
L'histoire est fort simple :  Nathalie rencontre François. Ils se plaisent et quelques temps après se marient. Mais voilà qu'un "imprévu" (je ne peux pas vous dire ce que c'est sous peine de gâcher une partie du plaisir) fait que les choses ne se déroulent pas comme elles le devraient... Quelques temps après entre en scène Markus, un collègue suédois de la boîte suédoise où travaille Nathalie. Markus c'est le mec qui vous offre des PEZ et qui aime rentrez chez lui à 7h15 précises. Vous visualisez tout de suite le genre, n'est-ce pas ? Nathalie est une belle femme. Voila.

Un livre qui n'est pas désagréable à lire, des répliques qui font mouche mais un narrateur qui adore "chambrer" les personnages et qui devient agaçant à force de s'écouter parler... Enfin, c'est du moins l'impression qu'il m'a donnée. Ce qui fait qu'à la fin, je m'en suis franchement lassé.

Bref, je suis un peu déçue par cette lecture qui date d'il y a un peu plus d'une semaine. Je m'aperçois qu'il ne m'en reste pas grand chose d'ailleurs. Une gentille bluette qui ne fatigue pas la tête et dont les codes sont finalement sans grande surprise.
Sitôt lu sitôt oublié donc.

 

 

 

Posté par maevedefrance à 18:10 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , ,

05 février 2011

Six mois, six jours

416wm90iAoL__SL500_AA300_

4e de couverture : « Dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel, l’une des femmes les plus puissantes d’Allemagne se donna à un homme dont elle ne savait rien, qu’elle n’avait vu que deux fois dans sa vie… » Mais au bout de quelques mois, l’homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. Juliana Kant la milliardaire dénonce le gigolo. On l’emprisonne, la morale est presque sauve.Une affaire de mœurs chez les riches ? Une liaison amoureuse qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus troublant, dévoile l’arrière-monde de cette aventure risquée : qui est à l’origine d’une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goeb­bels, et militant nazi, n’a-t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d’adoption de Magda était un juif qu’elle a renié puis laissé mourir ? Pourquoi les Kant ont-ils gardé le silence sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Et si humilier sexuellement la jolie bête blonde était une forme de vengeance ? Les fils ont-ils d’ailleurs reconnu la faute des pères, les vivants ont-ils pardonné aux morts ?"

Alors là, chapeau ! C'est vraiment le mot qui m'est venu à l'esprit quand j'ai refermé le livre. Et pendant toute la lecture j'ai pensé à l'excellentissime Liseur de Bernhard Schlink.

Une fiction qui mêle réalité historique (les enrichissements personnels d'industriels avides qui ont collaboré avec le nazisme) et la petite histoire d'une destinée familiale pas très reluisante. Très franchement, aucune idée si le personnage de Magda a réellement été l'épouse de l'affreux ministre nazi Joseph Goebbels, mais quelle monstre elle était! On en reste pantois. Et Juliana a beau être la femme du plus riche industriel allemand, la femme la plus puissante d'Allemagne, n'empêche, elle est d'une bêtise affligeante, ce que lui fera bien sentir Herb Braun. J'ai bien aimé l'humour noir du narrateur, Karl Fritz, ex-conseiller de Philipp Kant, jeté comme un chien à la rue parce qu'il n'a pas su "protéger" Juliana. Parce qu'en plus elle avait besoin d'un conseiller jusque dans ses affaires de coeur extra-conjuguales, voyez-vous !

Un roman qui interroge les responsabilités individuelles et le poids du passé sur le présent. Un roman comme je les aime et dont je ne peux que vous conseiller la lecture. J'avais déjà lu Douce France du même auteur que j'avais aussi beaucoup apprécié.

Lu dans le cadre du

54020855_p

Posté par maevedefrance à 14:35 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,


28 novembre 2010

Les vies extraordinaires d'Eugène

41JTGNo58WL__SL500_AA300_

Ce roman est l'histoire d'un deuil. Celui de la perte d'un enfant. Le narrateur a perdu Eugène, son fils, grand prématuré né à six mois. Il est décédé quelques jours après sa naissance. Mais, comble de l'horreur, pas à cause de sa grande prématurité ! A cause d'un fichu staphilocoque doré qui s'est sans doute introduit dans le tube qui l'aidait à respirer dans sa couveuse. Sa femme en a perdu la parole, de douleur sans doute, mais surtout parce qu'il n'y a "plus rien à dire" après la perte d'un enfant. Pour rendre justice à son fils, pour lui (re)donner la vie et le rendre en quelque sorte immortel, le narrateur décide d'écrire sa vie. D'abord sa vie réelle, après un interrogatoire des personnels hospitaliers l'ayant côtoyé. Mais, comme cela ne suffit pas il décide d'inventer ce qu'aurait été la vie d'Eugène et pour cela mène une enquête à partir de la liste des enfants inscrits à la crèche du quartier. Il découvre les futurs copains et copines d'Eugène. Mais cela ne suffit toujours pas à combler le vide. Donc il va raconter son ascendance. D'autant plus que "papy Marcel", grand-père du narrateur, est au plus mal mais dans une lente agonie !

Cependant, un an après avoir commencé son journal et l'écriture de la vie de son fils, le narrateur en convient : il a échoué. Il ne peut pas faire revivre son fils et il doit l'abandonner pour faire son deuil. Pas vraiment d'autres solutions : "Je viens te demander pardon mon enfant (...) J'ai relu tout ce que j'ai écrit depuis un an. Rien. Rien qui ne te donne vie. J'ai échoué. (...) Je m'épuise à vouloir te raconter, il n'y a rien à raconter. Je t'ai cherché partout, je te jure, je ne te trouve pas mais je me perds. (...) Je te tue mon fils, pour vivre un peu".

Le lecteur découvre avec surprise que, malgré les apparences, c'est la mère de l'enfant qui est le plus lucide sur la situation et que c'est elle qui écrit son fils dans la lettre qu'elle lui adresse : "Ce n'est pas parce que tu es mort, petite tête, que tu vas devenir un objet de niaiserie. Nous allons rester dignes. Chacun chez soi, mon grand. Toi au cimetière, moi ici." (...) "Ce n'est pas un abandon, c'est une émancipation . (...) Inoubliable et légendraire, tu es le héros de toutes mes aventures (...). Tu as toutes les vies, tiens, je te les offre. Tes vies extraordinaires".

Isabelle Monin écrit ici un roman très sensible sur un thème qui l'est tout autant dans un style magistral. Un roman qui ne peut laisser indifférent. Elle aborde le thème contemporain des maladies nausocomiales, mais celui-ci reste en surface. C'est donc avant tout un texte sur la mort et le deuil. On accroche ou l'on n'accroche pas. Et je dois dire que j'ai un avis mitigé sans pour autant nier le talent d'écriture. La mort d'un bébé prématuré, c'est déjà difficile. On y ajoute une mort par maladie contractée à l'hôpital et un grand-père qui, par une lente agonie, lui ne parvient pas à quitter ce monde... Ca fait beaucoup. On ne sort pas vraiment en forme d'une telle oeuvre !

Lu dans le cadre du
54020855_p

18 novembre 2010

Blues pour Elise

413xzZWetHL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Qu'est-ce qui fait courir les personnages de Blues pour Elise ? C'est l'amour ! Celui qu'on désespère de trouver, comme Akasha qui ne se remet pas d'une peine de coeur. Celui qu'on croit avoir perdu, comme Amahoro, dont le compagnon a pris ses distances. Celui qu'on n'attendait pas, comme Shale, follement éprise d'un homme peu avenant. Celui dont on doute soudain, comme Malaïka, paniquée à la veille de son mariage. A travers le parcours de ces quatre femmes et de leurs proches, Blues pour Elise dresse le portrait coloré, urbain et charnel de la France noire. Celle qui, loin des clichés misérabilistes, adopte le mode de vie bobo, se nourrit de graines germées, se déplace en Vélib', recourt au speed dating pour rompre la solitude. Roman de société, Blues pour Elise parle avant tout d'amour. Celui de soi, celui de l'autre. "

C'est une belle découverte que j'ai fait là. Un écrivain que je ne connaissais pas pour un roman qui est passé inaperçu dans la rentrée littéraire.

Pourtant, Léonora Miano propose ici un roman pétillant sur la vie d'une bande de jeune femmes "afropéennes", françaises, parisiennes. Un ensemble de portraits loin de tous clichés "prémâchés". Des jeunes femmes qui courent après l'amour mais qui ont aussi pour code d'honneur de se faire respecter par les hommes et peu de tabous entre elles. Une bonne dose d'humour, même quand l'heure est grave. C'est également un très beau roman sur l'intégration. J'ai été émue par l'histoire familiale de Shale. Et j'ai vraiment souri de l'interrogation existentielle de Michel à cause de la chose mystérieuse chose que lui a fait Amahoro et qui sème le doute dans sa pauvre tête d'homme...Un bon coup de grille aussi aux inventeurs du "mariage gris". Un livre tout en subtilités, où il n'y a pas d'un côté les "bons" et de l'autre les méchants pas beaux".

L'ambiance de chaque chapître est traduite par une série de sélections musicales en fin de châpitre (original !) et une rédaction épicée d'africanisme.

Bref, un très beau roman qui gagne à être découvert. Une belle parution pour la littérature française et l'un des meilleurs que j'ai lus pour l'instant dans le cadre du Grand Prix (mais ce n'est que mon humble avis !) avec . Une suite est à venir et je serai sans doute au rendez-vous des "Bigger than Life".

Lu dans le cadre du

54020855_p

Posté par maevedefrance à 19:34 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 septembre 2010

Les femmes du braconnier

Les_femmes_du_braconnier_Claude_Pujade_Renaud

4e de couverture : "C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia. Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins - parents et amis, médecins, proches ou simples voisins -, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu'elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète. L'ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale - deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates -, donnent aux destins en miroir des "femmes du braconnier" un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.

Avec ce roman polyphonique, Claude Pujade-Renaud invite le lecteur à (re)découvrir la vie du trio amoureux et artistique anglo-américain Ted Hughes/ Sylvia Plath/ Assia Wevill.

Dès le début, leur vie est placée sous le signe de la tragédie, que Sylvia est venue étudier à Cambridge grâce à une bourse d'études . Celle-ci est passionnée par Racine et par le rouge. En effet c'est sous le signe du sang, de l'amour, de la mort et de la passion que s'ancre le roman.
Sylvia est maniaco-dépressive, a fait un "grave épisode psychiatrique" et a déjà tenté de mettre fin à ses jours trois années auparavant. Elle traîne derrière elle un héritage familial lourd à porter, celui de l'Holocauste et de la mort du père. C'est une femme mordue et qui mord au propre comme au figuré : Elle est écorchée vive et elle aime passionnément son "mordu" qui se trouve être le poète "braconnier" Ted Hughes rencontré lors d'une soirée. De plus, l'ombre de Phèdre planant sur ce début de roman, avec comme écho La Tempête de Shakespare et comme toile de fond La mort de Procris, le lecteur se dit d'emblée qu'il ne va pas vraiment rire et se demande s'il va assister à un remake de racinien, puis un peu plus tard au "désastre vaudevillesque tragi-comique d'un couple usé" puisque Ted et Sylvia se marient le jour du Bloomsday un 16 juin 1956, en référence à l'Ulysse de James Joyce. D'autant que Ted se révèle rapidement être un chasseur de femmes. C'est le braconnier qui croise un jour la belle Assia, sa panthère, sa loutre.

Chaque personnage du roman (parents, amis, amants, frère ou soeur) intervient à plusieurs reprises pour évoquer le trio d'artistes. Une naration distancée très souvent. Chaque personnage s'exprime de la même manière en dévoilant au fur et à mesure les facettes de la personnalité de Sylvia , Ted et Assia.

Ce roman est très touffu, bourré de références littéraires et psychanalytiques. Trop. Cela en devient lassant et brouille la lecture. C'est ce qui m'a gênée pour apprécier pleinement cette oeuvre et aboutir à une conclusion claire et simple sur ce qui m'était donné à voir. Si ce n'est que ces artistes ont dûrement payé le prix de leur folie passionnelle, dépressive et de leur héritage familial (suicide au monoxyde de carbone pour Sylvia et Assia, meurtre de la fille par la mère, suicide par pendaison pour Ted). Autrement dit, impossible d'échapper à son destin. Et je ne suis pas d'accord avec l'idée d'une destinée toute tracée dont l'issue serait incontournable.

Je n'ai jamais lu les oeuvres de Ted Hughes et de Sylvia Plath et je me suis demandée si ce livre me donnait envie de les découvrir. La réponse est non, pas vraiment.

Lu dans le cadre du
54020855_p

23 août 2010

Mon traitre

2016623714

4e de couverture : "Il trahissait depuis près de vingt ans. L'Irlande qu'il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir..." Sorj Chalandon

C'est la 4e de couverture qui m'a intriguée et le fait que ce roman sur l'Irlande du Nord, soit écrit par un Français  (déduction faite grâce à la photo de l'édition de poche). Ca ne pouvait qu'être intéressant à mes yeux.

J'ignorais totalement qui est Sorj Chalandon (pardon!): un journaliste ayant couvert nombre de reportages sur l'Irlande du Nord (prix Albert-Londre 1988).

J'ignorais également que ce roman est autobiogaphique : l'auteur a changé le nom des protagonistes mais a réellement vécu cette histoire d'amitié avec un membre de l'IRA et cette découverte de l'Irlande.

Dans ce récit, Sorj se prénome Antoine, luthier à Paris : "J'ai rencontré la République Irlandaise à Paris un matin de novembre 1974" grâce à un Breton. L'Irlande d'Antoine à cette époque est celle du Taxi mauve, de l'Homme tranquille, les "pulls blancs torsadés", l'Eire où il s'est déjà rendu 3 fois. Le Breton lui dit que s'il n'a jamais mis les pieds en Irlande du Nord, alors il ne connait pas l'Irlande! Et tout part de là, parce que cette phrase le vexe  (je le comprends, même si ce que dit le Breton est parfaitement vrai !).

Antoine part donc à la découverte du Nord et c'est la révélation, le coup de foudre pour les Irlandais et leur combat, la découverte de leur histoire et de leur calvaire sous ces années thatcheriennes. Il met sa vie française entre parenthèses, perd ses amis de l'Hexagone qui ne comprennent pas son comportement envers un pays qui n'est pas le sien.

Il s'y fait rapidement des amis, jusqu'au jour où il rencontre Tyron Meehan, celui qui deviendra son "traitre".Tyron Meehan est dans la réalité Denis Donaldson, membre de l'IRA...

Je n'en dis pas plus sur ce magnifique roman sur l'amitié, la solidarité, l'engagement, la confiance aveugle. Mais aussi sur la trahison, et la perpétuelle interrogation qu'elle engendre : pourquoi? Un roman qui vous prend aux tripes.

Partageant ma vie avec l'Irlande, j'ai reconnu beaucoup de sentiments éprouvés par Antoine, beaucoup de petites choses so irish quand on est français : les prononciations à l'irlandaise si difficile pour une oreille francophone, être désigné(e) comme "le/la Française", la froggie, la frenchy, la fascination pour l'Histoire si tragique de l'île, sa découverte par la littérature et la musique entre autres. Le choc culturel aussi (qui est plus important qu'il n'y paraît). Et le fait que donc, malgré tout ça, on reste une étrangère, malgré l'assimilation - du moins en partie- de cette culture qui fascine.

Un livre qui reste dans mon esprit, presqu'un an après sa lecture. Un vrai coup de coeur.

Sorj Chalandon va écrire une suite du Traitre, du point de vue du traitre cette fois-ci. Exercice périlleux.

EDIT DU 29/08 :

Et pour en savoir plus sur le roman, lire l'interview ici (et le commentaire de Sorj a laissé sur ce blog)

Posté par maevedefrance à 17:21 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags : , ,

04 août 2010

Les derniers jours de Stefan Zweig

41s6ZKMBRbL__SL500_AA300_

4e de couverture : "Le 22 février 1942, exilé à Pétropolis, Stefan Zweig met fin à ses jours avec sa femme, Lotte. Le geste désespéré du grand humaniste n'a cessé, depuis, de fasciner et d'émouvoir. Mêlant le réel et la fiction, ce roman restitue les six derniers mois d'une vie, de la nostalgie des fastes de Vienne à l'appel des ténèbres. Après la fuite d'Autriche, après l'Angleterre et les Etats-Unis, le couple croit fouler au Brésil une terre d'avenir. Mais l'épouvante de la guerre emportera les deux êtres dans la tourmente - Lotte, éprise jusqu'au sacrifice ultime, et Zweig, inconsolable témoin, vagabond de l'absolu."

Ce roman, du moins écrit comme tel et tiré d'un fait réel, revêt un aspect documentaire important, tant sur l'atomosphère de l'époque que sur l'état d'esprit de l'écrivain autrichien. Le rappel des événements, les crimes que commettaient les nazis à l'égard des juifs, quels qu'ils soient, célèbres ou non, l'état de psychose dans laquelle vivaient les gens, plonge immédiatement le lecteur dans une atmosphère glauque qui contribue à faire comprendre l'état d'esprit de l'écrivain autrichien en exil. Stefan Zweig fait partie des survivants. Beaucoup de ses amis se sont suicidés, d'autres ont été torturés, certains, comme lui, se sont exilés. Ses amis disparus, ceux d'un monde qu'il pense anéanti à tout jamais, le hântent : "La nuit il avait rendez-vous avec ses chers disparus. Tous ses proches passés dans l'autre monde semblaient descendre de l'au-delà pour lui rendre visite. Un cortège d'invités faisait la queue devant sa porte." Les grands écrivains, de Rilke à Thomas Mann, sont évoqués, d'un bout à l'autre du récit. Car Zweig s'interroge sur son devenir d'écrivain : "Est-on encore écrivain quand on n'est plus lu dans sa langue ? Est-ce qu'on est encore en vie lorsqu'on n'écrit plus de son vivant?".

Si les morts et disparus le hantent comme des vivants la nuit , les vivants semblent rappeler sans cesse à Stefan Zweig qu'il est en sursis. La bêtise des propos d'un chauffeur de taxi brésilien, les lettres anonymes le menaçant de mort, Rio de Janeiro truffé d'espions de la Gestapo et un régime politique brésilien fort peu démocratique, sans parler de la rencontre avec un rabbin et de Bernanos ne sont pas pour lui faire croire en un avenir meilleur. L'écrivain autrichien se sent incompris. On veut qu'il soit juif alors qu'il est athée. On attend qu'il soit un super-héros ayant le pouvoir de distribuer des visas à tous les exilés, alors qu'il se considère comme un fuyard.

La mort hante le roman tout comme elle hante Sweig depuis longtemps. Le lecteur le découvre en même temps que Lotte à la lecture de son Kleist de 1925 où il faisait l'éloge du geste funeste du poète. Dès lors, la fin tragique semble inéluctable...

Le texte est porté par un style narratif très poétique et littéraire qui contribue a accenter la dimension romanesque de l'histoire.

Ce roman restitue de manière habile l'état d'esprit de l'écrivain tout en se gardant d'expliquer vraiment son geste fatal et encore moins de le juger. Cependant, j'ai eu du mal avec le style, qui, à la longue, m'a lassée. Ce n'en est pas moins un bon roman.

Voir aussi l'avis de Mlle Curieuse et d'Ankya

Lu dans le cadre du

54020855_p