07 décembre 2013

Le livre du roi

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4e de couverture : "En 1955, un jeune étudiant islandais arrive à Copenhague pour faire ses études. Là il va se lier d'amitié avec un étrange professeur, bourru, érudit et buvant sec, spécialiste des Sagas islandaises, ce patrimoine culturel inestimable qu'ont protégé les Islandais au long des siècles comme symbole de leur nation. Il découvre le secret du professeur : l'Edda poétique, le précieux Livre du roi, dont les récits sont à l'origine des mythes fondateurs germaniques, lui a été volée pendant la guerre par des nazis avides de légitimité symbolique.
Ensemble, le professeur et son disciple réticent, qui ne rêve que de tranquillité, vont traverser l'Europe à la recherche du manuscrit. Un trésor pour lequel certains sont prêts à voler et à tuer. Un trésor aussi sur lequel on peut veiller et qu'on peut aimer sans en connaître la valeur.
Une histoire inhabituelle et une aventure passionnante sur ce qu'on peut sacrifier et ce qu'on doit sacrifier pour un objet aussi emblématique qu'un livre.
Arnaldur Indridason met son talent et son savoir-faire de conteur au service de son amour des livres. Et de ce livre mythique en particulier."

 

Troisième lecture de ma rentrée littéraire, avec mon chouchou islandais cette fois-ci.

On laisse tomber l'inspecteur Erlendur et ses aventures. Ce roman écrit en 2005 ou 2006 entre Hiver Arctique et Hypothermie rend hommage au patrimoine culturel islandais et nous apprend ce qu'il est advenu du Livre du Roi, un fascicule faisant partie de l'Edda Poétique (XIIIe s.), aussi connu en Islande qu'au Danemark. Et pour cause : l'Islande était, jusqu'en 1944, une colonie du Danemark. Néanmoins, même après l'indépendance, une partie du patrimoine littéraire islandais dont le Livre du roi fait partie. L'Edda poétique est la principale source écrite, avec l'Edda en prose, sur la mythologie nordique. Les Danois rendirent le Livre du roi aux Islandais en 1971.

Si ce n'est pas tout à fait un polar, Arnaldur Indridason nous embarque quand même dans un road movie littéraire hâletant, grâce à un vieux professeur un zeste hisurte et porté sur la bouteille, spécialiste des manuscrits islandais à l'Université de Copenhague et un étudiant érudit mais empoté, Valdemar. A la poursuite du diamant vert ? Non, évidemment ! A la poursuite du Livre du roi.

L'Histoire occupe une grande place ici. Nous sommes en 1955, soit à peine dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Indridason évoque, à travers sa fiction, comment les nazis ont tenté de s'approprier la culture nordique pour la détourner à leur compte et spolié des bijoux littéraires patrimoniaux.

Et, comme toujours chez Indridason, le passé des personnages ressurgit et éclaire d'un jour nouveau leur présent. Peu à peu, on comprend mieux pourquoi le viel universitaire picole sec, déteste le vouvoiement et est prêt à toutes les imprudences pour récupérer le Livre du roi. En tout cas, il nous promène bien, du Danemark à l'Islande, en passant par l'Allemagne, sur les traces du manuscrit, car "importants ou non, les livres voyagent partout. Bons ou mauvais, ils ne choisissent pas leurs propriétaires, pas plus que le genre de maison dans laquelle ils vont se retrouver ou l'étagère sur laquelle on les rangera". Mais on espère vraiment, aux regards des dires de la fiction, que le livre retrouvera une bonne maison et une bonne étagère ! Valdemar en a grandement conscience : "Je savais que si nous n'avions pas le Livre du roi, nous serions absents de la scène internationale. S'il n'existait pas, une grande partie de notre culture ancienne serait perdue, et tout ce que nous savons de la religion nordique ancienne serait réduit d'autant."

Un bel hommage de l'écrivain à la fois aux livres et à la culture ancestrale de son pays. J'ai apprécié la page d'Histoire et l'on peut dire que ce roman est très érudit en ce qui concerne les mansucrits islandais. Cela dit, j'ai fini par m'y perdre et même trouver souvent des longueurs et des redites. Cela m'empêche d'adorer totalement ce roman. J'ai juste passé un bon moment parce que malgré tout, il y a quand même un sacré suspense pendant une bonne partie du roman, du genre qui vous empêche de le lâcher jusqu'au chapître suivant.

A un moment, je me suis tout de même demandé si Arnaldur ne pétait pas un câble dans sa description de l'ennemi ancestral du vieux professeur ou plutôt s'il ne mettait pas dans son roman un zeste de parodie  : "C'était un vieillard (...) avec quelques mèches de cheveux sur une calvitie parsemée de taches brunes, un nez aquilin proéminent et des joues creuses et exsangues. Il regarda le miroir et, pendant un instant, je vis ses yeux, des yeux noirs et féroces. Il m'aperçut. Il me montrat dans le miroir et poussa une sorte de glapissement." Effet comique garanti en ce qui me concerne !
Et avec le recul, je pense qu'une grande partie du roman est parodique, avec des personnages très stéréotypés (le vieil universitaire, le jeune étudiant, les méchants-pas-beaux...). Enfin, au passage on croise aussi le Prix Nobel de littérature Halldor Laxness !

Un roman touffu donc, dont ce billet ne parviendra pas à évoquer les multiples facettes. Une "note sur les sagas", à la fin de l'ouvrage, nous donne quelques repères.

 

 

 

 

 

 

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25 juillet 2013

La muraille de lave

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4e de couverture : "Abasourdi, Sigurdur lève les yeux vers l'imposante Banque centrale, surnommée "la muraille de lave" en référence à l'impénétrable barrière de corail de la mer d'Islande. Ici règnent le crime et la corruption : une employée, adepte de libertinage, a été poignardée. Sigurdur en est persuadé, l'assassin est entre ces murs. Plus que jamais, les conseils d'Erlendur seraient précieux, mais il a disparu..."

 

Autant vous le dire de suite, j'ai lu ce livre il y a deux mois et jeté de piètres notes dans mon carnet : donc ne vous attendez pas à une critique hyper-détaillée !

Cela dit, encore un très bon Indridason ! Ce volume fait suite à La Rivière noire qui mettait en scène l'une des acolytes d'Erlendur : Elinborg. Je pensais retrouver ce personnage puisque Erlendur n'est toujours pas de retour. Eh bien, première surprise, c'est le deuxième acolyte de l'inspecteur au grand coeur qui nous donne rendez-vous ici : Sigurdur Oli.

Cette stragégie d'Arnaldur Indridason de mettre en avant les autres personnages secondaires de la série lui permet de dévoiler un peu plus l'environnement professionnel de son personnage principal. Sigurdur Oli a un caractère très différent d'Erlendur : la brutalité verbale ne lui fait pas peur pour faire avouer les suspects. Il s'énerve facilement. Bref, pas facile à vivre le gars (d'ailleurs c'est aussi un divorcé) et surtout pas forcément efficace pour avancer sur la bonne voie....

Côté thématiques, Indridason reprend ses thèmes favoris de l'enfance maltraitée, du trafic d'argent sale qui corrompt les individus jusque dans leurs moeurs. Et ça débute fort ! Si l'on vous invite un jour à une soirée entrecôtes, moi je vous le dis : méfiez-vous !! Une bonne dose d'humour noir également de la part de mon écrivain islandais préféré !!

Enfin, on retouve un personnage rencontré dans Hiver arctique : Andres (d'où la nécessité de lire les volumes à peu près dans l'ordre).

La fin est vraiment poignante et les assassins (et un en particulier), s'ils sont coupables, sont avant tout des victimes. Une fois de plus, un roman noir très subtile !

J'ai maintenant lu toute la série parue en France. Je ne dis qu'une chose : vivement la suite !!

En attendant, pour ceux qui l'ignore, il y en a un roman d'Arnaldur qui sort le 12 septembre ! (l'histoire d'un étudiant islandais qui part faire ses études au Danemark : j'en rêve déjà !!

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09 mars 2013

Le cheval soleil

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4e de couverture : "Elle porte le nom d'une fleur, mais Lilla n'a jamais eu le temps d'éclore. Elle a grandi dans l'indifférence de ses parents, trop occupés à soigner les enfants des autres. Lorsque son grand amour réapparaît des années plus tard à Reykjavik, Li décide de commencer à vivre. De remuer la terre souillée de ses souvenirs, depuis les nuits passées avec son frère dans le grenier, ses conversations avec une amie imaginaire, à son mariage raté, pour faire enfin pousser le bonheur. Mais les fjords glacés ne murmurent-t-ils pas que les chagrins d'amour se transmettent de génération en génération?"

Un roman islandais tout mince en volume et pourtant tellement touffu qu'il est difficile d'en parler et de le résumer ! Une écriture d'une beauté à couper le souffle, dans la lignée de celle d'Entre ciel et terre de Jon Kallman Stefansson. Un concentré de poésie, qui fait voyager dans une atmosphère à la fois intimiste et irréelle. Un mélange de prose et de vers, de mots savamment recherchés, quitte à y glisser quelques touches d'argot au passage pour mieux attirer l'attention du lecteur (effet garanti).

Je me suis régalée avec ces 187 pages d'une histoire d'amour peu banale, caustique à souhait par endroits, un zeste masochiste. "On dit que les femmes se chargent de se choisir un mari, mais ce ne fut pas mon cas. Le père de mes filles s'était mis dans la tête de m'avoir et j'étais tellement à côté de mes pompes que je me laissais faire."

Chaque femme, ancienne petite fille à tresses apprendra que "les tresses ne coul[en]t jamais et bourlingu[en]t comme des bouteilles à message par toutes les mers du monde jusqu'à ce qu'elles échou[en]t en Australie"....

La fin de l'histoire vous attaque au coeur, écraser des ombres peut vous envoyer dans l'au-delà...

Un très beau roman d'une qualité littéraire indéniable.

28 mai 2012

La rivière noire

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4e de couverture : "Le sang a séché sur le parquet, le tapis est maculé. Egorgé, Runolfur porte le t-shirt de la femme qu'il a probablement droquée et violée avant de mourir. Sa dernière victime serait-elle son assassin ? Pas de lutte, pas d'arme. Seul un châle parfumé aux épices gît sur le lit. L'inspecteur Elinborg enquête sur cet employé modèle qui fréquentait salles de sport et bars... pour leur clientèle féminine."

Dans cet "épisode", l'inspecteur Erlendur Sveinsson brille par son... absence. En effet, suite à ce qu'il a découvert dans Hypothermie, il a décidé de faire un break dans la région de fjords de l'Est, région de son enfance où s'est déroulé le précédent drame. C'est ici son adjointe, Elinborg qui mène donc l'enquête. L'occasion pour le lecteur d'entre-apercevoir Erlendur sur une autre facette - bien que ce ne soit pas le sujet du livre - celui d'un homme qu'Elinborg considère comme d'un autre âge. Elle ne partage pas tous ses points de vue. Contrairement à Erlendur, elle pense qu'il faut faire avec son temps et ne pas toujours se retourner sur le passé de manière nostalgique. Mais cela ne l'empêche pas de s'inquièter pour son collègue dont elle trouve l'absence inquiétante par sa durée.
Nous découvrons ici aussi la vie de ce personnage féminin jusque là secondaire : mère de quatre enfants (dont un adoptif), divorcée et remariée avec un mécanicien, elle trime avec l'un de ses garçons en période d'adolescence..., un de ces gamins pour qui considère comme normal d'exposer sa vie privée sur le net à travers un blog.

Cependant, l'enquête dans laquelle l'inspectrice est plongée ne lui laissera guère le temps de s'occuper de sa petite famille et de se consacrer à son hobby favori : la cuisine indienne ! C'est pourtant par la piste culinaire qu'elle va avancer, du moins au début, aussi étrange que celui-là puisse paraître. Une manière originale d'entrer en matière ! Un homme est retrouvé chez lui égorgé, après avoir, semble-t-il violé sa victime qui elle-même a disparu.

A la manière d'Agatha Christie, Arnaldur Indridason entraîne le lecteur sur l'histoire d'un cadavre, son héroïne est la reine de l'interrogatoire et elle n'exclut aucune piste. L'enquête n'avance guère pendant toute une partie du roman, on la suit dans ses pérégrinations qui la mène de Rekjavik à un village perdu d'Islande, à la rencontre de ses habitants, ceux ayant connu la victime dès son plus jeune âge; elle interroge aussi ses voisins du quartier de Thingholt à Rekjavik qui le connaissaient adulte, son employeur, etc. Une méthode policière tout à fait classique, mais qui révèle un des faiblesses et l'un des tabous de la société islandaise contemporaine.

En effet, Arnaldur Indridason fait ici la part belle à la thématique du viol des femmes, à leur sentiment de culpabilité qui les enferme dans le silence et les conséquences de ce silence, à l'omerta du reste de la société pour qui ce sujet reste tabou et aux failles d'un système qui fait que les coupables ne seront pas punis à la hauteur de leur crime : "Que peut-on faire quand le système est de mèche avec les salauds", s'interroge un personnage. Justice soi-même ? Mais ce n'est pas la solution non plus. Reste qu'ici, Elinborg ne pourra jamais dresser le vrai portrait du coupable, lui-même victime, puisqu'il est mort. Reste les suppositions tout à fait fondées, celui d'un psychopathe "ordinaire" (si l'on peut dire) : "Elle pensait à Runolfur, à cette méchanceté qui l'habitait et qui coulait au fond de sa conscience telle une rivière noire, profonde, froide et tourmentée".

Arnaldur Indridason pose ici de bonnes questions dans un roman policier prenant que j'ai dévoré ! Cela dit, ce n'est peut-être pas mon préféré dans la série : je préfère les enquêtes avec Erlendur qui pose un regard plus approfondi sur l'histoire de son pays. Même si j'ai passé un très très bon moment ! J'ai hâte de découvrir La muraille de lave - qui vient de paraître aux éditions Métailié.

 

 

12 mai 2012

Nuage de cendre

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4e de couverture : "En 1783 des éruptions volcaniques apocalyptiques recouvrent l'Islande de cendre, détruisent les récoltes et provoquent une famine. C'est dans ce pays dévasté que deux représentants de l'autorité coloniale danoise vont s'affronter dans un conflit qui sera jugé par l'assemblée populaire traditionnelle.
La rivalité des deux hommes se cristalise autour de deux orphelins, Sunnefa, considérée, à dix-huit ans, comme la plus belle femme de l'île, et son frère cadet Jon, coupables d'inceste et victimes de la société traditionnelle luthérienne. Les paysans qui observent les faits forment le choeur pluriel qui commente la tragédie et permet une grande diversité de points de vue, voix, lettres et journaux des protagonistes qui font lentement progresser le mystère autour du crime central.
La nature est un personnage à part entière, les glaciers, les déserts et les torrents intensifient les sentiments et les haines qui se développent. La présence du mal devient palpable dans cet impitoyable duel à mort."

Autant le dire tout de suite : ici noir c'est noir ! Le roman ne comportent que 236 pages mais je ne suis parvenue à le lire qu'à petite dose tant l'atmosphère est pesante et étouffante. Dominic Cooper, qui est écossais, parvient à se saisir de ce fait divers islandais réel pour en restituer toute la tragédie supposée. L'écrivain a lu toutes les versions de l'histoire qui existait, certaines étant totalement différentes. Il constate cependant qu'"il manque, dans l'ensemble, les motifs éventuels ainsi que les conclusions définitives". Ce qui est certain, cependant, c'est le contexte historique : "L'Islande était au XVIIIe siècle une colonie danoise - ce qu'elle fut d'ailleurs de 1380 à 1918. Et comme ce fut le cas dans toutes les colonies, il y régnait une certaine animosité entre colons et indigènes. Mais, dans ce cas particulier, je pense que les griefs des indigènes envers leurs maîtres étaient encore plus justifiés qu'en temps habituel.
La principale raison de ces griefs était un monopole commercial, qui perdura jusqu'en 1770, instituant que les Islandais pouvaient faire commerce uniquement avec des marchands danois. Se sachant sans concurrents, ces derniers étaient souvent coupables non seulement de proposer des cours de change ridiculement bas mais aussi de vendre à la population islandaise des produits avariés."
Famine et épidémies se développent, amplifiées par des conditions météorologiques désastreuses et des éruptions volcaniques exceptionnelles. L'Islande, à cette époque, c'est le chaos. Si vous ne connaissez pas les symptômes de la variole (appelée aussi "petite vérole"), soyez bien accroché et ayez le coeur solide ! Avec Dominic Cooper, c'est un peu comme si c'était vous qui étiez contaminé !
On pourrait presque dire qu'à côté de cela, l'intrigue du fait divers, celui d'un inceste entre Jon et Sunnefa, frère et soeur orphelins, n'est rien, d'autant que ce n'était pas si exceptionnel que cela à l'époque. Il en naîtra un enfant. Puis un deuxième, dont le père n'est pourtant pas celui que l'on croit. Ce n'est d'ailleurs pas sur l'affaire d'inceste que focaliste l'écrivain, mais plutôt sur la haine qu'entretiennent deux shérifs : Hans Wium (un Danois) et Pétur Thorsteinsson, le flou, l'incertitude des faits, mais où la folie de l'un (Pétur), parviendra à ternir la réputation de l'autre, durablement, l'affaire Sunnefa Jonsdottir étant une aubaine.

Reste que, le récit est édifié sur plusieurs strates temporelles. Le narrateur principal, le médecin Gunnar Thordarson, 74 ans, raconte en  juin 1804 ce qu'il sait sur l'affaire Sunnefa à Kjartan Hardarson, dix-sept ans, parce que ce dernier juge le shérif Hans Wium comme un parfait salaud. Gunnar commence son récit à l'époque des feux de la Skafta de l'été 1783, où une épruption volcanique exceptionnellement longue et intense plongea la région dans le chaos, ce dont elle n'avait déjà pas besoin... Puis nous passons à 1788, puis à l'histoire de Jens et Thorsteinn entre 1718 et 1740 ; à l'affaire Sunnefa entre 1739-1743 etc.

Les narrateurs se multiplient sans que le lecteur en soit averti, ce qui, dans mon cas, a un peu perturbé ma lecture, d'autant que les personnages de ce roman sont très nombreux, avec des noms qui semblent compliqués pour un francophone (pourtant, j'ai l'habitude mais là, je dois avouer que parfois, j'étais perdue !) : Sunnefa Jonsdottir, Jon (son frère), Hans Wium, Einar Eyjolfsson, Solrun Halfidadottir, Pétur Thorsteinsson, Jens, Gudny, Gudrun, Sigudur, Gunnar Thordarson etc...

Reste l'écriture magistrale de Dominic Cooper qui fait que ce livre vaut quand même le détour, même si sa lecture n'est pas toujours de tout repos. Et écrire un billet sur ce roman non plus, parce qu'il est foisonnant !

Avis aux amateurs de nature rude et sauvage, de coins perdus : ils ne seront pas déçus.

Voir aussi le billet de Cyrissilda.

 

 


20 avril 2012

Brouillages

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4e de couverture (de la version poche): " Il y a longtemps que Björn et Eva ne forment plus un couple épanoui, et que leurs deux enfants, adolescents méfiants et rebelles, assistent à leurs disputes. Aussi, quand Björn est retrouvé inanimé, le crâne fracassé, derrière la maison d'été familiale, son fils Marteinn suppose qu'il allait là-bas rejoindre sa maîtresse, Sunneva, une splendide rousse deux fois plus jeune que lui, employée dans son cabinet d'architecture. Mais Sunneva a disparu, et son père, ami de longue date et ancien associé de Björn, reçoit d'étranges coups de téléphone. Un flic brisé par une rupture est chargé de mener l'enquête, cependant qu'un tueur à gages japonais parcourt l'Islande en quête d'un lieu propice à l'organisation d'un "accident". Si l'argent fait tourner le monde, ce sont les passions qui le dérèglent... dans ce polar oppressant, rien de plus menaçant, en effet, que les relations humaines, qu'elles soient amoureuses, amicales ou familiales."

Brouillages embrouillés, telle est l'impression qu'il me reste de ce roman policier ! Certes, on se laisse prendre à cette histoire en huis-clos où le suspense fonctionne et scotche le lecteur mais... on a l'impression que l'auteur s'est pris à son propre piège. Tout d'abord, un personnage certes secondaire, mais ayant tout de même son importance dans l'histoire, disparaît sans explication aucune : le Garçon de Porcelaine, tueur à gages japonais, chargé de récupérer des informations sur l'appel d'offres passée pour la construction du Grand Stade d'Islande et sur lequel travaillait Björn, architecte retrouvé le crâne fracassé dans son châlet d'été. Ce tueur à gages a été engagé par Gunnar, ami d'enfance de la victime, mais presque à l'insu de son plein gré... Or, la fille de Gunnar se trouve être la jeune maîtresse de Björn (mais le père ne le sait pas, évidemment!). Le fils de Björn, Marteinn, soupçonne son père d'adultère, le suit et découvre le pot aux roses.... du moins le croit-il !

Jon Hallur Stefansson tricote et multiplie les fils de son intrigue mais si la suprise est au rendez-vous, je l'ai trouvée un peu trop surprenante pour être crédible ! Un sentiment de "too much" qui gâche l'impression générale sur ce roman à la lecture agréable malgré tout. L'écrivain montre un petit monde islandais bourgeois bien-pensant mais non moins corrompu dans bien des domaines. Les personnages ne sont pas franchement sympathiques au regard de leur hypocrisie. Un univers où alcool, drogue et sexe et... meurtres coulent à flots.

Un polar bien différent de ceux qu'écrivent Arnaldur Indridason et Arni Thorarinsson.
 

 

16 avril 2012

Entre ciel et terre

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4e de couverture : "Parfois, à cause de mots, on meurt de froid. Comme Bardur, pêcheur à la morue islandais, il y a un siècle. Trop occupé à retenir des vers du Paradis perdu de Milton, il oublie sa vareuse en partant en mer. De retour sur la terre ferme, son meilleur ami entame un périlleux voyage pour rendre à son propriétaire, un vieux capitaine devenu aveugle, le livre funeste. Pour savoir aussi s'il veut continuer à vivre."

Un roman magistralement écrit comme on en voit peu. Une poésie à couper le souffle, une originalité stylistique incontestable (on passe du style direct libre au style indirect, de l'interpellation à la narration, de l'humour à la gravité sans que cela ne gêne en rien la lecture). Un régal !

Une histoire toute simple et ô combien romantique : un pêcheur expérimenté, Bardur, le seul et unique ami du gamin (qui n'a d'autre nom que celui-ci) meurt en mer lors d'une sortie un jour de tempête de neige, sur la terrible Mer Glaciale, parce qu'il a oublié de prendre sa vareuse... Cet homme était absorbé par la lecture du Paradis perdu de Milton, dans une édition de 1928, dont une traduction est arrivée jusqu'en Islande.Son propriétaire n'est pas Bardur, mais un vieux capitaine : "Milton était aveugle, tout comme le capitaine, c'était un poète anglais qui a perdu la vue à l'âge adulte. Il composait plongé dans les ténèbres et c'était sa fille qui transcrivait ses poèmes. (...) Des vers composés au creux des ténèbres qui jamais ne désertaient ces yeux, tracés par la main d'une femme, traduits en islandais par un pasteur doté d'une bonne vue, mais qui vivait  parfois dans un tel dénuement qu'il n'avait pas de papier pour écrire et qu'il devait se contenter du ciel au-dessus de la vallée de la Hörga en guise de feuille".

Ne se remettant pas de cette terrible perte, le gamin n'aura qu'une obsession : rendre le livre à son propriétaire et se tuer... Enfin, du moins c'est ce qu'il croit. Mais la vie n'est pas aussi triste... Il croise furtivement une jeune femme qui l'impressionne : "elle n'est qu'un iceberg, pense-t-il, un iceberg couvert d'ours polaires qui vont me dévorer". Mais elle est aussi et surtout "la pluie qui arrose le désert, le soleil radieux qui illumine les coeurs et elle est la nuit qui console"...

D'une histoire toute simple, Jon Kalman Stefansson en fait un enchantement et aborde avec brio le questionnement sur la vie et la mort, la quête d'un sens à l'existence.

Un roman qui hante le lecteur une fois terminé...

Ca va sans dire que je vais lire la suite des aventures du gamin, dans La tristesse des anges. Il a déjà écrit six livres. Entre ciel et terre est le premier traduit en français. 

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09 avril 2012

Ultimes rituels

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4e de couverture : "Quelles forces obscures Harald a-t-il troublées pour connaître un sort aussi horrible ? Ce jeune Allemand, venu en Islande pour étudier la chasse aux sorcières dans l'Europe médiévale, est retrouvé mort, les yeux arrachés, une rune étrange gravée sur le torse. La police suspecte un dealer, mais la famille d'Harald n'y croit pas. L'horreur du crime suggère un assassin moins évident, plus terrifiant..."

Tout d'abord un détail : ce livre arrive traduit en France d'après l'anglais et non l'islandais, la langue d'origine. Détail qui a son importance... d'autant que la structure de ce polar est assez calquée sur celle ses cousins anglo-saxons : ici l'Isande n'est pas un "personnage" (comme dans les romans policiers d'Arnaldur Indridason ou ceux d'Arni Thorarinsson) mais sert juste de décor. L'intrigue reste fortement ancrée dans le roman, l'économie et la société islandaises ne sont pas évoquées. Ici, pas question d'aller se balader dans les coins reculés de l'île glacée : hormis une ou deux brèves escapades pour les besoins de l'enquête, on reste dans la capitale, Rekjavik. Yrsa Sigurdardottir utilise à merveille la technique du page turner (une révélation à la fin d'un chapitre oblige le lecteur à tourner la page, avide de connaître la suite).

Cependant, l'originalité de ce polar est que l'enquête n'est pas menée par un inspecteur de police mais par une avocate, Thora, engagée par la riche famille allemande de la victime. En effet, leur fils Harald, ne peut pas, selon eux, avoir été assassiné par ce petit dealer d'Hugi, ce serait presque trop trivial, au regard de la personnalité à part de ce brillant étudiant en Histoire. "D'après ce qu'il disait, il comptait dans son mémoire comparer l'exécution au bûcher des sorcières en Islande et en Allemagne, sachant que la majorité des sorciers condamnés en Islande étaient des hommes, contrairement à ce qui s'étaient produit en Allemagne." Seulement voilà, il semble qu'Harald ait fait une découverte de taille, à la valeur inestimable...

 D'un point de vue historique, on apprend un certain nombre de choses sur l'Islande du XVIe et XVIIe siècles. "L'un des principaux aspects du luthéranisme qui le [Harlad] fascinait était la chute généralisée du niveau de vie en Islande autour de 1550, particulièrement dans les couches les plus pauvres de la population. L'Eglise catholique avait conservé toute sa richesse et son patrimoine en Islande, mais avec la Réforme, tout était passé entre les mains du roi du Danemark, ce qui avait appauvri le pays."  Si vous avez oublié ce qu'était le très sérieux Marteau des Sorcières, le livre le plus lu autrefois, avec la Bible, ici vous aurez une piqûre de rappel tout en apprenant que la chasse aux sorcières a été plus tardive en Islande que sur le continent... Thora et son homologue allemand, Mathew, vont devoir s'y plonger pour faire avancer l'enquête. Ils vous entraîneront jusqu'à Holmavik, au musée de la sorcellerie, qui détaille les pratiques et les croyances islandaises sur le sujet au XVIIe siècle. De même vous irez visiter les grottes occupées par des moines irlandais avant la colonisation danoise, d'après la légende... 

Hormis ces enquêtes historiques passionnantes, les deux héros devront interroger la bande de copains "destroy" d'Harald, à qui on a envie de filer des claques à longueurs de pages car aussi menteurs que shootés... Les pistes se multiplient, le suspense monte mais la fin est... inattendue !
Une claque finale pour terminer un roman policier qui a su copier avec intelligence le modèle de ses aînés anglo-saxons pour mieux imprimer sa marque. On se laisse prendre au jeu. Un bon moment de lecture avec un Da Vinci Code à la sauce islandaise (sélection 2012 du prix du meilleur polar des lecteurs de Points, d'ailleurs).

Quelques personnages historiques ou légendaires croisés dans ce roman : Jon Arason, Brynjolfur Sveinsson et le lieu quasi-mythique de Skalholt, les moines islandais.

10 mars 2012

Karitas, l'esquisse d'un rêve

 

51OBrwOzeUL__SL500_AA300_4e de couverture : "Karitas rêve d'être peintre. Dans la ferme familiale, perdue au fon d'un fjord d'Islande, elle dessine, comme son père disparu en mer le lui a appris. Vouée à saler les harengs, son destin bascule quand une mystérieuse artiste révèle son talent et l'envoie à l'Académie des Beaux-Arts de Copenhague. A son retour, Karitas n'a qu'un souhait : monter son exposition et consacrer sa vie à l'art abstrait."

ENVOUTANT ! Et c'est presque un faible mot pour ce roman qui vous emporte vrairement, non pas dans le monde de l'art comme semble le sous-entendre la quatrième de couverture, mais dans les coins les plus reculés d'Islande. Karitas, comme sa mère, partie avec ses six enfants pour qu'ils aillent à l'école, est une nomade. Revenue en Islande pour monter gagner l'argent qui lui permettra de monter son exposition, Karitas part saler le hareng dès que la saison est venue. C'est là qu'elle y rencontre celui qui deviendra son mari, Sigmar, un marin possédant "une magie diabolique". Il l'emmène dans son village reculé des fijords de l'Est, au pied de la citadelle des elfes, perturbant ses projets d'artiste.

Ne vous y trompez pas, ce roman n'est pas une "fantasy". Mais tout simplement en Islande, il n'est pas rare de croiser, dans certaines régions, comme le fera Karitas, le petit peuple, ou des femmes mi-elfe, et pas toujours bien intentionés. Jamais, dans le roman on ne trouvera cela étrange ou loufoque.
Au contraire, cela fait partie intégrante de l'ambiance de cette île aux étés courts et aux hivers sans fin. "Le pays était blanc et glacé. Dans le silence immobile, on entendait distinctement le craquement des icebergs lorsqu'ils se détachaient lourdement à la sortie du fjord."
Pour se tenir le coup, les Islandais de ce début du XXe siècle (le roman se déroule de 1915 à 1939) mangent du lard de phoque, de la tête de mouton flambée, se font des infusions de mousse des montagnes, partent à la chasse aux grands labbes, phoques ou guillemots... Un hiver particulièrement difficile "on disait que le silence sur la banquise était uniquement troublé par le grognement des ours blancs"...

Un roman riche sur la vie de cette époque et la condition féminine. On apprend notamment que même au Danemark, là où a étudié Karitas, les femmes n'avaient pas le droit de dessiner le corps d'un homme nu d'après un modèle masculin en chair et en os (alors que c'était autorisé pour représenter une femme) : elles devaient dessiner d'après des oeuvres déjà existantes.

Kristin Marja Baldursdottir, en commençant cette fresque romanesque, a décidé de conter la vie d'une femme sur cent ans. Autant dire, qu'avec les moments magiques de cette lecture qui m'a emportée très loin et vraiment fait voyager comme le font toujours les très bons romans, je vais lire la suite, Chaos sur la toile.

Une très belle découverte, un roman palpitant où l'on ne s'ennuie pas une seule fois tout au long  des 543 pages, des coups de théâtre, une vraie documentation et une héroïne très attachante par son caractère bien trempé, le regard qu'elle porte sur sa condition et sur le pouvoir des hommes. Une femme en lutte.  Un de mes coups de coeur 2012 !

29 décembre 2011

Le septième fils

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4e de couverture : "Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l'Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements."

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fijords de l'Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n'a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C'est bien simple : j'ai du mal à partir de cette contrée d'Europe glacée quand l'histoire se termine. Je ne voudrais pas trop m'avancer mais je pense que 2012 sera in Iceland mood...

Ce roman fait suite au Dresseur d'insectes et c'est le dernier et troisième traduit en français jusqu'à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d'aller se perdre dans cette contrée où s'aventurent seulement "2% des étrangers" arrivant pour visiter l'Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie... Ambiance !
Mais maglré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu... Tout de suite, beaucoup d'habitants y voient l'oeuvre des gothiques, ces ados qu'ils jugent comme étant des adeptes du daible (évidemment!). Mais les événements et les suscpects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d'enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d'Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l'hôtel, c'est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d'une humeur d'ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnomée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d'Islande, pourtant,"depuis longtemps, des gens viennent d'un peu partout travailler ici dans l'industrie du poisson : des Polonais, des Australierns. Ils ont [ même] fini par s'intégrer". Et si certains parents s'inquiétent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s'en inquiéter, c'est qu'elle est devenue bilingue puisqu'elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c'est effectivement l'industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : "les revenus moyens de la population des Fjords de l'Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d'Islande alors qu'ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs". La mode est maintenant à l'industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c'est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J'ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c'est vraiment voulu par l'écrivain). J'ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n'est pas du tout celui qu'on imagine... Ce qui est sûr, c'est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d'humour : plus d'une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée... peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman...

Dernière chose ô combien surprernante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l'Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! ;-p !