26 août 2015

Un hiver en enfer

51WL0rJbGyL

Edward habite à Ville d'Avray, dans la banlieue chic de Paris. Il fréquente en guise de lycée, un institut privé catholique de Rueil Malmaison. Il est issu d'un milieu aisé : son père est riche et connu, sa mère est une ancienne pianiste à succès qui a arrêté sa carrière à la naissance de son fils.
Tout pourrait aller pour le mieux pour cet ado qui semblent à l'abri des soucis matériels. Pourtant la vie d'Edward n'est pas un un long fleuve tranquille : sa mère est maniaco-dépressive et le néglige ; le gamin est atteint de la maladie des Troubles Obsessionnels Compulsifs : ses stylos doivent être alignés dans un certain ordre sur sa table pour qu'il puisse se concentrer sur un travail ; pour son handicap, Edward est surnommé "Ed le Taré" par une bande de racaille qui lui pourrit sa scolarité depuis qu'il va à l'école.

Evidemment, Edward est tout sauf quelqu'un d'idiot mais c'est un adolescent très fragile et peu sûr de lui. Son univers déjà fragile s'écroule du jour au lendemain le jour où ses parents ont un accident de voiture : son père qu'il adulait à défaut de pouvoir aduler sa mère qu'il déteste, décède. C'est le début d'une descente en enfer et d'un thriller palpitant : sa mère sort soudain de sa dépression et devient une mère aimante, trop aimante : possessive. Les adultes en qui Edward avaient confiance disparaissent les uns après les autres mystérieusement. Edward voit rouge : pour lui sa mère est une tueuse ! Pourtant les psychiatres mettent les croyances d'Edward sur le trauma du décès de son père. Où est la vérité ? Edward est-il fou ? Sa mère est-t-elle vraiment cinglée ? Il faut dire qu'Edward, depuis la mort de son père, est devenu quelqu'un de violent,  ce qui ne l'aide pas à être pris au sérieux dans ses propos.

Jo Witek joue avec les nerfs du lecteur pendant longtemps avant que la vérité ne se fasse jour. J'ai longtemps douté sur ce que fait la mère d'Edward, selon les dires de ce dernier, on a du mal à y croire parce que c'est dingue (mais en même temps, on sait qu'il existe des mères qui tuent leurs enfants aussi et que la dépression peut engendrer des comportements déviants).
Et puis, au bout d'un moment, effectivement on se dit que la mère du gamin est complètement barrée (je ne dirai pas pourquoi, évidemment !). Pourtant, une grosse surprise attend le lecteur, une très grosse surprise (là non plus je ne peux pas dire laquelle !), révélée grâce à l'enquête de Garideau, une inspectrice de police qui fera tout pour réouvrir le dossier de l'accident des parents d'Edward. Et heureusement, celui-ci a aussi un ami, un vrai, un génie, qui fera jaillir la vérité.

J'ai vraiment adheré au suspense et dévoré ce bouquin. La chute de l'intrigue m'a vraiment surprise. Néanmoins j'oscille entre deux sentiments : c'est possible, mais tout de même, n'est-ce pas un peu invraisemblable ?

Mais à part cela, un roman réussi qui aborde la maltraitance enfantine, le choc post-traumatisme chez l'adolescent, la folie (où commence-t-elle, d'ailleurs ?), le harcèlement scolaire, la jalousie, l'injustice, la dépression. Le tout dans un milieu social favorisé et une banlieue  dite "chic".


 

 


20 juin 2015

La gueule du loup

index

 

Mathilde et Lou viennent de décrocher le bac et décident de partir en vacances à Madagascar, toutes seules. Le séjour débute dans un lieu paradisiaque, avec rhum arrangé et musique. Puis elles poursuivent leur road trip  dans l'île en direction de la capitale où elles découvrent l'envers du décor du Paradis : la misère dans toute son horreur. De la mère qui veut vous vendre son enfant à l'exploitation sexuelle que pratiquent sans vergogne des Blancs plein aux as et libidineux. Lou et Mathilde vont sympathiser avec une jeune Malgache de leur âge. En voulant l'aider, les gamines vont être entraînées dans une course folle : un type louche est à leurs trousses.

Je vais y aller "cash" : je suis très déçue par ce roman et c'est d'autant plus dommage que les pistes initiées (l'exploitation humaine par le biais de la  prostitution, la découverte d'une culture très différente de la nôtre)  auraient pu être intéressantes si tout cela n'avait pas été gâché par pas mal de choses.
Ce livre a toutes les allures d'un thriller sur fond documentaire. L'environnement malgache est très envoûtant, on en apprend beaucoup sur le malheur de cette île continent, sur sa culture et les rites qui y perdurent. On se perd avec Mathilde et Lou dans la jungle, sous un arbre censé protéger des mauvais esprits. De ce point de vue-là, le roman vous emporte loin.
Par contre, j'ai trouvé très étrange que la copine malgache de Mathilde et Lou s'expriment exactement comme elles, avec ce langage un peu trop "djeunse" pour être totalement crédible.
Quant au "méchant", il échappe de manière tout à fait miraculeuse d'une chute qui aurait dû lui être fatale (on le devine très tôt d'ailleurs). Et en fin de compte, à la fin, on se dit qu'il n'était pas si malin...
L'intrigue en elle-même tombe donc à plat assez vite. Je me suis peu attaché aux personnages, pas assez fouillés. Mathilde est la copine intrépide et Lou la copine timide. A un moment, on pense que Lou a plus d'un tour dans son sac et va nous montrer une autre facette de sa personnalité. Mais là encore, ça ne va pas jusqu'au bout et ce n'est pas à elle qu'il va arriver ce que je vais appeler "quelques bricoles"...

Cependant, le pire est ailleurs : par dessus tout, j'ai vraiment détesté jusqu'à en être horripilée le registre choisi pour ce roman. Je sais que Marion Brunet écrit sans fioritures. Mais pour un roman destiné aux ados, ça dépasse les bornes, à mon goût. Registre trop vulgaire, trop trash pour le public visé à qui ça n'apportera rien.


Extraits  :

"Quand elles te sucent, t'as peur qu'elles y laissent les dents." (p.53)
"Qu'il me baise, c'est un détail. Ouvrir mon corps je sais faire, pour que ça fasse pas mal" (p.75)
"Terreur et vide, dans mes prunelles et jusqu'à mes orteils peints en rouge, en passant par ma chatte, ma peau et mes viscères" (p.75)
"Si à chaque fois que tu promènes ta queue hors de la maison, tu ramènes une nouvelle bouche à nourrir, il va falloir que tu travailles un peu plus, mon ami !"
"Et il s'est pointé à la maison, la queue entre les jambes (...)" (p.114)

Il semble qu'on peut faire passer le souffrance humaine et le comportement ordurier autrement, sans finalement passer par cette sorte de facilité qu'est le vocabulaire obscène (les scènes obscènes)  à répétition qui finit par agacer, vraiment. Parce que tout le monde est peu ou prou capable d'écrire ainsi. La pudeur peut aussi faire passer des choses, avec davantage de subtilité...
Bref, en défaut par rapport au public visé. Sans doute ce qui fera rater des sélections à ce roman qui aurait pu tenir la route par son fonds documentaire sur Madagascar riche et intéressant.

J'avais beaucoup aimé Frangine. Je suis d'autant plus déçue - deux fois de suite que ça m'arrive, c'est dur !

 

10 juin 2015

Les affreusement sombres histoires de Sinistreville - tome 2 : Les jumeaux Traîne-Malheur

sinistret2

Traduction : Anaïs Goacolou



Rappelez-vous : en janvier vous m'avez suivie dans Sinistreville, à la rencontre d'Hubert très très méchant. Voici le deuxième volume de la vie de cette étrange cité sortie de l'imagination débordante de Christopher William Hill.

Je m'attendais à retrouver Hubert mais en fait il s'agit d'une histoire toute autre, indépendante de celle du premier tome.
Greta et Feliks Mortenberg sont jumeaux. Affligés depuis leur plus jeune âge du surnom de "Jumeaux Traîne-Malheur", abandonnés par leurs parents, ils vivent avec leur tante, Gisela et son perroquet Karloff, dans un quartier mal-famé de Sinistreville. Grâce à elle, ils ont échappé à la Maison de redressement pour enfants inadaptés. Gisela est une personne généreuse qui gâte ses neveux par mille gourmandises. Mais le jour de leur onzième anniversaire, l'argent se mit à manquer et tante Gisela décide de louer la chambre d'amis de son logement. Débarque un sinistre locataire, avec "une tête étonnamment ronde et [un] visage d'une pâleur de cire peu commune chez les créatures vivantes".  Une tête de tueur, en déduisent les jumeaux. Il s'appelle d'ailleurs Morbide...

Le roman commence de manière trépidante. Dès les premières pages, on assiste à un coup de théâtre après avoir eu une peur innommable ! Christopher William Hill nous embarque dans le monde du cinéma, façon Sinistreville : le film d'horreur. Ou plutôt une forme de parodie de celui-ci. On rencontre personnages aux allures glauques : les acteurs qui tournent pour les films diffusés au Cinéma du Sang. Ca sent les canines vampiriques ! Le lecteur comme les jumeaux en ont pour leur grade de frayeur ! Des films qui aiguisent la curiosité. Et du cinéma à la littérature, il n'y a qu'un pas pour s'évader, surtout quand on a compris le plaisir de se faire peur...
Les jumeaux se rendent à la Librairie impériale de Sinistreville et rencontrent Olga Van Veenen, un écrivain en mal d'inspiration, après son dernier roman, La tête de mort qui riait. Une femme très avenante qui saura séduire Greta par ses romans, prendra les jumeaux sous son aile, leur offrant tout ce qu'ils n'ont jamais eu, grâce à sa fortune.

J'ai beaucoup aimé le début du roman, dont les coups de théâtre successifs surprenent vraiment. On finit (presque) par être convaincu de la bonté réelle d'Olga, même si Feliks ne cesse de douter de sa sincérité, même si, au détour d'une conversation, elle sème elle-même le doute : "L'apparence est presque toujours trompeuse. (...) Tenez, lisez n'importe lequel de mes livres. Les méchants commencent toujours par se montrer charmants." On tourne les pages et Olga est toujours aussi prévenante, sauvant les jumeaux de mille dangers. Elle les gave de gourmandises. Je me suis même demandé à un moment si elle n'avait pas décidé de les manger une fois engraissés !! Et puis, ce qui devait arriver arrive....

Et le texte continue de courir, de rebondissement en rebondissement.  Mais trop ! On finit par quitter la trame narrative, lassé parce que ça part dans tous les sens. J'ai failli abandonner ma lecture.
C'est vraiment dommage ! J'ai été d'autant plus déçue que j'avais vraiment beaucoup aimé le premier volume qui m'avait fait sourire par son humour caustique. L'horreur devient réelle pour les personnages. La fausse gentille est une vraie méchante. Un peu trop de vrai-faux et de faux-vrai. De beaux méchants et de laids gentils, de faux et de vrais morts, de disparus et de revenants. La canine vampirique s'émousse et l'humour noir avec.

Je fais néanmoins confiance à Christopher William Hill pour un troisième tome aussi réussi que le premier !

Merci à Flammarion Jeunesse !

 

 

 

06 juin 2015

Adama ou la vie en 3D

 

url

Petit

e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
"1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui..."

Quant j'ai découvert cette série sur le thème "Français d'ailleurs", ça a fait "tilt" ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J'ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d'origine malienne, d'autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu'un petit livre pareil, d'une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d'un CDI, qu'il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s'approcher d'un bouquin, sauf s'il s'agit d'un manga.... Un roman documentaire qui met en avant la vie et l'histoire de Français dont on parle peu et qu'en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un "rayon" sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l'ouvrage sur "L'immigration malienne en France". Adama, l'adolescent de ce roman porte d'ailleurs le même prénom qu'Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l'Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l'histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu'à l'indépendance (1960), l'immigration en vers l'Hexagone, les lois "Pasqua" (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l'ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu'il repart là-bas le temps d'inaugurer une école, Adama lui demande de l'emmener. Son père fait mine d'établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu'Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l'épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
"J'ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c'est Kayes, et puis j'ai poussé dans la cité, la tour 7, c'est mon ventre à moi, et à l'instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : "Cet été, j'ai fait des milliers de kilomètres, j'ai suivi les menottes d'Ibrahima, j'ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j'ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j'ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d'ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu.""

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c'est un chouia de manque de suspense dans l'histoire d'Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c'est l'aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Disponible au format poche à partir du 10 juin

Merci aux Editions Casterman !



url

 

 

 

14 mai 2015

Les Grinche à la dérive

grinchet2

Traduit par Marie Hermet

Rappelez-vous, il y a quelques mois, je vous ai présenté de drôles de gens qui vivent dans une drôle de maison tirée par deux ânes, et qui ont vécu une drôle d'aventure : oui, je parle des Grinche !
Voici le deuxième tome de leurs aventures : M. Grinche se voit investi d'une mission ultra-secrète : livrer un PDGI (attention, pas un PDG, un PDGI : une Personne de Grande Importance) à une mystérieuse Mme Bayliss. La mission lui a été délivrée d'une manière tout à fait étrange : un message épinglé sur sa veste de pyjama pendant qu'il dormait ! M. Grinche sait que Mme Grinche est capable de beaucoup de choses, mais pas de faire ça ! Mais peu importe, M. Grinche veut du neuf, de l'aventure. "Pour le changement. Pour avoir la possibilité de faire enrager  [Mme Grinche] dans un cadre nouveau." Et voilà, c'est parti pour de nouvelles folles aventures loufoques.

La famille au grand complet est présente tout au long du récit. Elle s'est agrandie : Mimi (l'ex petit commis de Bigg Manor), vit maintenant avec les Grinche, plus rose que jamais, toujours accompagnée par Frizzle et Twist, ses deux colibiris qui volètent autour de sa tête en permanence. Sunny est toujours vêtu d'une robe bleue, a toujours les cheveux en pétard et de grandes oreilles. Fingers, l'ancien éléphant de cirque,  tracte maintenant la maison des Grinche. Tout ce petit monde se trouve embarqué dans une drôle d'histoire où la solidarité sera primordiale, surtout sur une barque en pleine mer...

Madame et Monsieur Grinche sont toujours un couple roi de l'insulte. Mais on se rend compte qu'ils se donnent du mal pour en trouver de nouvelles ! Des insultes hors du commun, inventives : "lampadaire", "coloquinte""crâne de piaf", "bouche d'égout", "oeuf à la crème", "guitoune","mirliflore"... (prenez votre dictionnaire pour suivre ou prenez note pour un scrabble, ça peut servir !). Une forme d'amour vache qu'ils sont seuls à pouvoir comprendre. Leur raison de vivre en couple. D'ailleurs M. Grinche instaure une nouvelle règle en matière d'insulte : "On n'a pas le droit de se donner des noms qu'on est incapable d'épeler." Même si elle ne court qu'un temps parce que leur langue est plus rapide que leur intellect !

Le couple Grinche est toujours aussi "lourd" mais il m'est devenu plus sympathique que dans le premier volume.  Même si Mme et M. Grinche sont (très) mal sapés, qu'ils mangent des écureuils écrasés aux scarabées mitonnés avec des pneus en lanière, même si Mme Grinche a les dents jaunes et vertes, même s'ils se parlent comme des chartiers, vivent dans ce qui ressemble à un taudis sur roues, et sont turbulents, l'histoire montrera qu'ils ont un coeur. Ils sont drôles de laideur, de maladresse et de loufoquerie. C'est finalement ce qui les rend attachants. Sur leur chemin, ils vont croiser un type en costume chic, avec une belle voiture rutilante, un couple de (faux) amoureux : des gens très "classe" et normaux en apparence mais  tout à fait malhonnêtes. Des gens qui vont leur poser de gros problèmes...

Heureusement, une certaine Speedy McGinty, championne du fauteuil roulant fait son apparition dans le récit. Toute handicapée qu'elle est, c'est une vraie héroïne, qui viendra à bout du Mal, avec l'aide de Mme Grinche, dans un second temps. Même si, M. Grinche insiste pour dire que c'est "son aventure", les femmes ont ici le beau rôle !
Quant à savoir qui est le fameux PDGI, à l'origine de tout, eh bien ce n'est pas moi qui vous le dirait car c'est une vraie surprise et un vrai clin d'oeil de l'auteur à M. Grinche, à qui il décidera de cacher la vérité... D'ailleurs il lui cache pas mal de chose à son personnage, même qui est Speedy McGinty, dans cette aventure familiale !

Philip Ardagh rend son texte vivant de bien des points de vue. L'auteur-narrateur joue beaucoup avec le lecteur, il ne cesse d'attirer son attention, (et de rendre hommage à l'illustrateur, Axel Scheffler, par la même occasion)

 

10931052_908183632557165_3162988237362526339_n

 

 Il explique ce qu'il pourrait écrire ou pas : "Les histoires se terminent là où leur auteur a envie qu'elles se terminent, et je pourrais facilement conclure la mienne ici. Mais pour moi, l'histoire n'est pas finie tant que M. et Mme Grinche ne sont pas de retour au point de départ : le parc de Bigg Manor, en compagnie du Vieux Grinche."

11136775_909219625786899_2662539241619056459_n

Je lui ai trouvé un petit air d'auteur à ce grand-père-là

pa


ou alors c'est mon imagination, c'est tout à fait possible, mais quand même...

j'ai trouvé pas mal de clins d'oeil dans ce texte. Avec, entre autres, des traces d'irlanditude... Alors que Philip Ardagh est un Anglais du Kent, et qu'il plante son histoire dans un lieu totalement imaginaire, on trouve : un hôtel "O'Neill", une Speedy-Kitty "McGinty", un lieu nommé "Gillian's Field" et même une allusion à  "Dublin" (qui m'a fait l'effet d'avoir tiré le jackpot !)  Il y a un mystère textuel.  :)

Une deuxième histoire des Grinche encore plus hilarante que la première, sur fond d'une belle solidarité familiale et d'un subterfuge.
Un écrivain qui impressionne par son imagination débordante, son sens de l'humour et sa capacité à rendre son récit vivant. Vivement la suite...

Merci à Flammarion.

 

 

Posté par maevedefrance à 16:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


09 mai 2015

L'été des pas perdus

51cpaRDBhNL

4e de couverture : "Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelques temps, il change, il oublie les choses : pour lui, passé et présent se confondent.
Le temps d'un été Madeleine et lui vont cheminer ensemble."

Madeleine comprend vite que Gramps a un souci qui n'est pas dû à son grand âge, mais quelque chose de bien plus grave. Des pertes de mémoire, des absences comme s'il était ailleurs.
Seule avec lui la plupart du temps, elle l'emmène chez le médecin gérontologue dont il a déjà oublié le rendez-vous. Dans la salle de ce spécialiste (qui n'est pas celui des champignons !), elle observe et s'interroge : "il n'y a que des vieux, certains bien, d'autres miteux, piteux, malheureux. Qu'est-ce qu'il fait, mon grand-père pimpant, brillant, au milieu de ces croûlants ?"
Gramps prend la mouche, furieux et malheureux de croire que le médecin le prend pour un vieux fou, refusant de regarder en face la maladie qui lui grignote la mémoire : Alzheimer. Du moins on le devine, même si son nom n'est jamais cité.
Alors, parce qu'"il raconte, toujours il raconte, les mêmes histoires de lui quand il était petit, comme si c'était hier",  (...) son village, les vaches, la mer, le bocage et la mer. Et sa mère, son père, sa chère grande soeur, ses deux petits frères (...). Les Allemands, méchants. Le mystère, la peur, les alertes (...), les bateaux, (...) les avions fous, les bombes, les grands soldats. La joie.", et qu'il rêve de retourner là-bas, en Normandie,  de l'y emmener pour lui faire découvrir les lieux de son enfance, Madeleine décide de réaliser ce rêve et de l'accompagner.  Nous voilà partis avec les deux personnages pour un road-trip normand jusqu'à Utah Beach.

La maladie se manifeste par intermittence, tout au long du récit où le passé et le présent finissent par se confondre. Mais peu importe "parce qu'on reste toute sa vie le petit qu'on a été.
Et qu'on a une maison où on a envie de rentrer : celle où on a grandi. Même si elle a disparu. Même si on n'en a pas eu."

L'occasion aussi pour la petite Madeleine d'une belle leçon d'Histoire à travers celle de son grand-père, qui lui fait vivre le Débarquement comme si elle y était. La révélation aussi d'un mystère familial : la raison la plus probable de la disparition de l'autre Madeleine, la soeur de son grand-père...

Un roman sensible et magnifiquement écrit. Rachel Hausfater possède une vraie plume littéraire, très poétique, parsemée de rimes, mais pourtant simple, accrocheuse et accessible aux jeunes lecteurs. 
Un récit où le personnage du grand-père n'est pas diminué par sa maladie, mais au contraire magnifié par son voyage pour retrouver le petit garçon qu'il a toujours été.

Au-delà du sujet de la maladie d'Alzheimer, ce fut pour moi une belle lecture pour 8 mai !
Disponible à partir du 13 mai dans toutes les bonnes librairies.

Merci à Flammarion de m'avoir permis de choisir ce livre !




 

08 mai 2015

Mission collège - Une aventure d'Antoine Lebic

missioncollege

4e de couverture : "C'est décidé, Antoine Lebic passe à l'action. Dès la rentrée, il enquêtera sur les dangers qui guettent les élèves de 6e ! Pour remplir sa mission, il est prêt à tout : ne pas faire ses devoirs, pénétrer de nuit dans le collège, infiltrer la salle des profs...
Bientôt, grâce à lui, plus personne n'aura peur du collège."

Ca commence comme dans un film, avec "une mini-scène avant le générique pour expliquer tout de suite de quoi on va parler" . Dans cette séquence d'ouverture, Antoine Lebic "vient de vivre son dernier jour en CM2", "on voit (...) qu'il a peur d'entrer en sixième. Vraiment peur." Il faut qu'il trouve une solution pour surmonter sa "gigantesque trouille". Et puis, au premier chapitre, le gamin, en regardant Mission impossible, décide de devenir "agent secret infiltré en territoire ennemi". Il s'invente une mission: enquêter sur les dangers qui guettent les sixièmes." Sur le modèle de James Bond, Antoine monte une équipe de choc avec ses camarades et c'est parti...

Pour avoir dans mon entourage des enfants qui s'apprêtent à franchir le cap de la sixième, je me disais que ça pouvait être pile poil la lecture qui les intéresserait, d'autant plus que ça s'annonce sur le ton de la dérision et du comique. A la fin du livre, on trouve le dossier "top secret" rédigé par Antoine après sa mission.

J'avoue d'emblée que j'ai, dès le départ, tiqué. Antoine passe du statut de mort de trouille à celui de James Bond d'un coup, comme par magie, juste en regardant un fim : un peu too much, même dans le registre comique. Personnage de gamin peu crédible.
Puis ensuite, le récit de ses aventures part vraiment dans le registre du rocambolesque. Encore une fois, pourquoi pas. Mais la lecture est brouillée par la reproduction des "notes" prises par Antoine ou les autres gamins, les SMS qu'ils s'envoient, les dessins divers, jusqu'à en surcharger le récit principal. (C'est d'autant inutile pour la plupart qu'on retrouve les notes à la fin du roman, dans le dossier "Mission collège").  Parfois, on perd le fil.

Ensuite le contenu m'a parfois agacée, même si c'est supposé être une fiction sur le registre du comique.
Les gamins se cachent dans le collège après la dernière heure de cours, attendent que tout le monde s'en aillent, découvrent que la principale et son adjoint dorment sur place. Ils descendent dans les locaux de l'administration sans avoir à désamorcer aucune alarme, juste à crocheter une serrure de porte de bureau. Ils font tomber une lampe torche dont le verre, en se brisant sur le sol, alertent le gardien et la principale. Mais ces derniers pensent que la cause du bruit est la chute d'un cadre suspendu. Les élèves s'infiltrent dans le bureau de la secrétaire pour voler les codes d'accès des profs au logiciel Viescolaire.com où les parents peuvent consulter en ligne ce qu'ont mis les enseignants (dans la vraie vie, c'est Viescolaire.net). Ils arrivent à accéder au contenu de l'ordinateur du secrétariat juste en appuyant sur le bouton "on".  Dans les tiroirs du bureau ils trouvent un "bulletin vide" (un bulletin vierge j'imagine!)....
C'est bien connu,  les collèges ne sont pas dotés d'alarme se déclenchant à la moindre intrusion, on rentre dans les ordinateurs comme dans du beurre et il n'y a qu'à ouvrir les tiroirs pour trouver des documents vierges déjà signés... Un peu facile !

Enfin, dans le document "Mission collège", il y a pas mal de choses inexactes ou plutôt mal définies :
Le Conseiller Principal d'Education (dont il est beaucoup question dans ce roman) "c'est le boss des surveillants". En voilà une définition galvaudée ! Un CPE est certes le supérieur hiérarchique des surveillants, mais certainement pas un surveillant général, comme ça le laisse sous-entendre. Ca n'existe plus depuis plus de trente ans ! Depuis, les missions ont beaucoup changé. Sa mission est dans son titre de fonction.
"Si tu fais vraiment l'andouille en classe, on t'envoie chez le CPE. Si tu as plein d'absences ou de retards, on t'envoie chez le CPE. S'il y a une embrouille dans la cour, on t'envoie chez le CPE. Si tu te fais choper dans la réserve de la cantine, on t'envoie chez le CPE." Il manque quelque chose d'essentiel : "Si tu as des problèmes, tu peux aller voir le CPE pour en parler". Un CPE n'est pas là que pour réprimander mais surtout pour écouter, conseiller, détecter les problèmes et aider à les résoudre. Pour un roman jeunesse, c'est quand même important de le signaler. Dommage d'ailleurs qu'ici ce ne soit pas franchement un personnage sympathique !

Autre exemple :
"C.D.I (Centre de Documentation et d'Information)
C'est la bibliothèque du collège. Encore une preuve qu'ils compliquent tout exprès.
Quand il est ouvert (mais chez nous, c'est rare), tu y trouves des livres, des dictionnaires, des ordinateurs et des imprimantes." 
J'en connais qui seront ravi(e)s de lire ceci !! Et il y a une subtilité entre CDI et bibliothèque, entre bibliothécaire et professeur documentaliste...

Bref, un ensemble de choses qui ont fait que je n'ai pas adhéré à ce roman. J'aime bien les romans déjantés mais quand ça se tient. Je suis plutôt bon public avec les situations comiques, mais là j'avoue que je suis restée de marbre.

J'ai eu du mal à terminer ma lecture, pas franchement convaincue que ce soit le meilleur guide de survie pour aider les élèves de CM2 à franchir le pas sans crainte.
Un rendez-vous manqué donc.

Merci aux Editions Casterman !

 

 

 

 

 

 

 

07 mars 2015

Frangine

 

frangine

 

C'est la rentrée. Joachim rentre en terminale et Pauline en classe de seconde. Ils sont frère et soeur. C'est Joachim nous raconte au quotidien ce qui s'est passé en ce début d'année scolaire dans un lycée tout ce qu'il y a de banal, ni pire ni meilleur qu'un autre. Un lycée de la France d'aujourd'hui. Lui, il est plutôt à l'aise dans ses baskets, bon élève et observateur. Surtout quand il s'agit de sa petite soeur qu'il voit se renfermer, pleurer...  Très secrète, Pauline n'ira pas d'emblée vers lui pour expliquer ce qui lui arrive.

Et quand il le découvrira, Joachim décidera de toute façon de ne pas en parler à ses parents, pour les protéger. Ses parents ce sont Julie et Maline...
Julie travaille dans une jardinerie et Maline est éducatrice dans un centre de rétention fermé pour ados en déroute. Deux femmes ce qu'il y a de plus normal. Et aux yeux de Joachim et Pauline, une famille comme les autres, avec les mêmes problèmes que n'importe quelle famille : des engueulades, des problèmes de boulot, de la fatigue, des rires, des pleurs, des grand-parents, des souvenirs, des albums photos.  Enfin deux ados avec des problèmes d'ados. Joachim en pince pour une fille de son lycée. Mais Pauline se morfond.

Parce que Pauline est harcelée par ses camarades qui ont appris qu'elle avait deux mamans. On la traite de "gouine" (ben oui, si vous avez des parents homos, forcément, vous l'êtes, dans leur tête), on insulte ses parents, on la menace sexuellement, etc. C'est le fait des élèves, mais les adultes qui apprennent la violence psychologique subie par cette gamine ne volent pas non plus forcément à son secours. Heureusement, il y a un prof de sport, à qui Joachim va se confier. Heureusement aussi Pauline est quelqu'un de courageux, qui, malgré son accablement, trouvera le moyen d'affronter ses adversaires à sa façon (bonne partie de rigolade au rendez-vous pour le lecteur !)

Un livre que je n'aurais pas ouvert si je m'en étais tenue à la couverture que je trouve très moche. Mais pour en avoir entendu largement du bien, je l'ai ouvert et je ne l'ai plus lâché, absorbée par le ton percutant de Marion Brunet qui aborde un sujet d'actualité : l'homophobie.

Un roman sur l'intolérance, les préjugés et la bêtise. Cependant, Marion Brunet n'élude pas non plus les problèmes : les deux adolescents se posent inévitablement des questions sur leur père génétique; Julie et Malin ont dû se rendre à l'étranger pour mener à bien leur projet de fonder une famille ; c'est Julie qui a porté les enfant, mais est-ce que Malin se sent moins mère pour autant ? Bref, qu'est-ce qu'un père et qu'es-ce qu'une mère ? C'est quoi une famille ?

L'auteur démontrer aussi, à travers la figure des grands parents dans ce roman, que les familles hétéroparentales ne sont pas forcément parfaites : les grands-parents sont divorcés ou alors ont rejeté leur fille quand elle leur a annoncé qu'elle était "gay" et qu'elle allait quand même fonder une famille.
Elle met en balance avec beaucoup de justesse la question de la "normalité". En fin de compte ce qui fait le plus de mal à ces ados et leurs parents, c'est l'intolérance des autres.

Un roman primé dont j'ai apprécié le ton juste (pas du tout moralisateur), le franc parler , l'écriture dynamique et l'humour qui pointe par moments.

Un autre roman est paru récemment, La gueule du loup : je sais déjà que je vais le lire.

Posté par maevedefrance à 16:39 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

02 février 2015

Si jétais un rêve...

 

DSC00129

Lina et Nour sont toutes les deux élèves de seconde. Lina vit Sofia, en Bulgarie et Nour à Saint-Denis, dans le "9-3". C'est parce que leur prof de français respectif ont décidé d'établir une correspondance postale entre les élèves de ces deux pays qu'elles vont se découvrir. A l'heure d'Internet c'est une chose totalement incongrue pour ces deux jeunes filles.
Au fil de la correspondance, les identités se révèlent, entre autres par le jeu des portraits chinois initié par Nour. Répondre à trois questions et en inventer trois autres.
Lina est fille de diplomate et va à l'école française de Sofia. La France ne lui est pas un pays inconnu car elle y a de la famille. Nour possède aussi une double culture : marocaine et française. Evidement leur correspondance les amène à évoquer leur quotidien dans leur pays respectif. Les jeunes filles se lient d'amitié au point de briser la règle de la correspondance postale quand l'une a besoin d'un soutien moral urgent ou que l'inquiétude ronge l'autre. C'est donc par moment le mail qui prend le relais, dans cette narration épistolaire.
Pourtant, quand il s'agit de se rencontrer, Nour devient soudain distante et blessante envers Lina... Une attitude qui désarçonne le lecteur autant que Lina. Un revers de situation qui intrigue. Une piste en particulier vient à l'esprit. Pourtant bien loin de la réalité ! A vous de lire si vous voulez savoir mais j'avoue que ça m'a vraiment surprise !

Lina est une jeune fille engagée et préoccupée par la situation politico-économique de la Bulgarie, par le racisme, la corruption, la montée de l'extrême droite. Elle prendra part une manifestation géante. Grâce à elle, on apprend pas mal de choses sur son pays, notamment sur le racisme envers les Tziganes et les Roms. Néanmoins, si le personnage est attachant, je l'ai trouvé trop sérieuse pour être totalement crédible pour ses quinze ans, à vrai dire. Même les propos blessants de Nour à son égard n'arrive pas à avoir le dessus. Elle est vraiment invicible et super costaud cette ado !

Nour, quant à elle, paraît plus fragile. La situation de la France, elle s'en fiche, davantage fascinée pour le Body Art et comment persuader ses parents de l'autoriser à se tatouer, se scarifier, se percer. Une obsession qui alerte Lina : elle y voit un mal-être chez son amie. L'autre passion de Nour c'est de faire des rimes et d'écouter Grand Corps Malade. Oui, encore une histoire de corps...

Les histoires d'amour et de garçons ne sont pas absentes de leur correspondance. Du moins chez Lina qui en pince pour Ilya.

Aux manifs en Bulgarie font échos les manifs homophobes en France. Mais Lina explique à Nour que "même si en France il y a des hystériques extrêmistes qui font du buzz en manifestant contre le mariage pour tous, c'est loin d'être aussi fermé qu'ici".
Nour est surprise de la situation de la Bulgarie : "Tu sais, Lina, tu ne m'ennuies pas du tout avec la politique, même si ce n'est pas vraiment ma came. J'ignorais que la situation était si difficile dans ton pays : en France, les media ne s'intéressent qu'à ce qui fait du buzz : les guerres, le sexe, les scandales people (gros titres sur Internet hier), la sécurité et les jeunes des "quartiers". Habitant à Saint-Denis, d'une certaine façon j'en fais partie. L'avantage d'être de l'autre côté du périph, c'est que tu fais éclater tous les préjugés."

L'identité, l'intolérance, la corruption, les préjugés, le droit à la différence et le mensonge sont au coeur ce roman. Une écriture qui mêle le parler ado et la poésie des rimes de Nour. Un roman épistolaire, qui vire parfois à l'échange épistolaire version 2.0 où le texte s'émaille de smileys, il fallait y penser !

J'ai bien aimé ce livre qui révèle son originalité à la fin. MAIS en même temps un peu trop à la fin justement ! Et avec le portrait de Lina, jeune fille un peu trop sérieuse pour être totalement crédible à mon goût, c'est peut-être le reproche que je ferai à ce roman pour ados : j'ai bien peur que les gamins n'arrivent pas à accrocher jusqu'au bout à cette histoire d'amitié.
Passé l'effet de surprise, on a un peu aussi l'impression d'être passé à côté de l'essentiel pendant la lecture. C'est un roman savamment construit, où les indices disséminés dans la narration force le lecteur à repenser les propos de Nour à la fin. C'est à la fois la force et la faiblesse de ce livre.


Un grand merci aux Editions Flammarion pour cet envoi.


 

 

16 janvier 2015

Le sort en est jeté

Electre_978-2-08-133002-3_9782081330023

Traduction : Marie Hermet

Septembre 2009, Joey, 16 ans et 8 jours,  fait sa rentrée à Stradbrook College, son nouveau lycée, après avoir été victime de harcèlement dans le précédent. C'est un adolescent fragilisé et pas très à l'aise dans ses baskets qui pénètre dans la classe, bien décidé à se fondre dans la masse, à devenir le plus invisible possible. Pourtant, il ne pourra éviter la rencontre avec le magnétique Shane O'Driscoll, nouvel élève qui arrive le même jour que lui. Et c'est aussi sans compter pour son attirance vers Aisling, la belle fille aux cheveux noirs presque bleus.

Joey a perdu son père quand il était encore bébé. Musicien perfectionniste, il cherchait le son qui le rendrait immortel. Mais il se tue dans un accident de voiture devant les ruines du Hellfire Club, où autrefois des joueurs débauchés se saoûlaient de whisky de contrebande adouci au beurre fondu, en portant un toast à la santé du diable... Ce lieu traîne également une légende sulfureuse (que je ne vous raconterai pas mais qui vous fiche des frissons).
1932 : Thomas découvre le jazz . Pour le père O'Connor c'est la musique du diable parce que c'est une musique qui vole les âmes. A cette évocation, le médecin de Thomas éclate de rire et lui explique ce qu'est un changeling : une créature maléfique ni morte ni vivante que les mauvais esprits déposent dans un berceau, à la place d'un bébé...

Et puis il y a cette maison en ruine, que tout le monde pense inhabitée...

Nous sommes en Irlande, à Blackrock et ses environs, à quelques encablures de Dublin. Dans un contexte très contemporain et réaliste. Pourtant Dermot Bolger tricote un récit qui vous fera plonger, de manière vertigineuse dans un autre univers. Celui du fantastique mais néanmoins tout en semant le doute dans votre conscience de lecteur. En tout cas, tout au long de ce récit qui se partage entre les années 30 et 2009, de manière non chronologique, je me suis vraiment posé des questions et demandé comment l'écrivain allait arriver à retomber sur ses pieds.

Joey, Shane et Aisling ont comme point commun d'être fragilisé par la vie à un moment clé de leur existence. Ce sont également des êtres solitaires, timides et sauvages qui ont du mal à nouer des contacts avec les autres. Même chose pour Thomas. Leur histoire respective est dévoilée au fur et à mesure, de manière fragmentée. Elles résonnent comme des échos vertigineux, comme un sortilège dont on ne peut se défaire. C'est du moins ce qu'on essaie de leur faire croire.  Mais justement, qui est vraiment Thomas ? Qui est vraiment Shane ? Qui ment ? Qui tire les ficelles de la manipulation ? Qui sera assez fort pour s'en sortir et devenir libre ? "Parfois, il faut partir loin de chez soi pour découvrir qui l'on est vraiment. Il y a très longtemps, quelqu'un m'a dit qu'en chacun de nous se cachent plusieurs personnalités, des bonnes et des mauvaises, qui attendent l'occasion de se manifester."

Un suspense intenable va vous mettre la tête à l'envers avant de vous la retourner à l'endroit. La solution se trouve dans les toutes dernières pages du roman, tout en laissant votre part d'imaginaire faire un choix.

Un beau roman sur l'identité, les âmes errantes qui se cherchent. Un roman qui sonde les psychés adolescentes de manière incroyable mais aussi un sacré thriller à la fois fantastique et psychologique qui révèle l'étendue du talent de Dermot Bolger.
Un livre différent de ceux que j'ai lus de lui jusqu'à présent (mais on retrouve son goût pour le fantastique et le gothique, comme dans  Toute la famille sur la jetée du Paradis). Son premier roman "ado/jeune adulte" mais qui pour moi dépasse largement cette catégorie.

Avis aux amateurs de frissons et de littérature irlandaise : quel que soit votre âge, vous allez adorer ! Je le classe "1er coup de coeur 2015".
Je vous reparle de Dermot Bolger bientôt car j'ai aussi Le ruisseau de cristal dans ma Pile. Et tout un autre tas de nouveautés irlandaises dont je n'ai pas encore eu le temps de parler !

Merci à Flammarion Jeunesse.