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Mille (et une) lectures
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Mille (et une) lectures
29 décembre 2011

Le septième fils

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4e de couverture : "Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l'Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements."

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fijords de l'Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n'a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C'est bien simple : j'ai du mal à partir de cette contrée d'Europe glacée quand l'histoire se termine. Je ne voudrais pas trop m'avancer mais je pense que 2012 sera in Iceland mood...

Ce roman fait suite au Dresseur d'insectes et c'est le dernier et troisième traduit en français jusqu'à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d'aller se perdre dans cette contrée où s'aventurent seulement "2% des étrangers" arrivant pour visiter l'Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie... Ambiance !
Mais maglré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu... Tout de suite, beaucoup d'habitants y voient l'oeuvre des gothiques, ces ados qu'ils jugent comme étant des adeptes du daible (évidemment!). Mais les événements et les suscpects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d'enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d'Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l'hôtel, c'est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d'une humeur d'ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnomée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d'Islande, pourtant,"depuis longtemps, des gens viennent d'un peu partout travailler ici dans l'industrie du poisson : des Polonais, des Australierns. Ils ont [ même] fini par s'intégrer". Et si certains parents s'inquiétent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s'en inquiéter, c'est qu'elle est devenue bilingue puisqu'elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c'est effectivement l'industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : "les revenus moyens de la population des Fjords de l'Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d'Islande alors qu'ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs". La mode est maintenant à l'industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c'est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J'ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c'est vraiment voulu par l'écrivain). J'ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n'est pas du tout celui qu'on imagine... Ce qui est sûr, c'est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d'humour : plus d'une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée... peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman...

Dernière chose ô combien surprernante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l'Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! ;-p !



 

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22 décembre 2011

Les heures souterraines

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4e de couverture : "Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Au cœur d'une ville sans cesse en mouvement, ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Les Heures souterraines est un roman vibrant et magnifique sur les violences invisibles d'un monde privé de douceur, où l'on risque de se perdre, sans aucun bruit"

C'est par le plus grand des hasards que ce roman m'est tombé entre les mains et le hasard a bien fait les choses ! Moi qui suis plutot sceptique à l'égard d'une certaine littérature française contemporaine parce que j'ai souvent été déçue par ceux que pourtant la critique encense (cf. Foenkinos, Houellebecq, entre autres), moi qui suis difficilement attirée quand je vois un livre ou un auteur partout, partout et trop partout que ça devient du gavage médiatique, eh bien là, je dois dire que ce roman m'a scotchée !

Tout mince, il contient pourtant des sujets aussi lourds et graves que le harcèlement au travail et la solitude dans une ville tentaculaire. Le lecteur plonge dans l'enfer de Mathilde, cadre dans une grosse entreprise, Pourtant brillante et dynamique, cette femme de quarante ans, veuve depuis dix ans, a survécu à la perte de son mari. Mais un connard de chef prétentieux qui ne supporte pas que l'élève dépasse le maître va s'acharner à lui pourrir la vie, tenter la destruction par la perfidie. Seulement Mathilde est une battante (du moins le croyait-elle). Jusqu'au bout, elle ne lâchera pas le morceau. Mais jusqu'au bout, elle n'osera pas non plus rompre son isolement, malgré les conseils d'une collègue bien avisée. Cet homme veut tout simplement la tuer : l'empêcher de rester mais l'empêcher aussi de trouver un autre poste ailleurs. Autant dire que c'est un malade, un cadre qui ne devrait pas exercer les fonctions qu'il exerce mais que l'entreprise tolère sans problème. Le paradoxe est d'autant plus accablant que c'est lui qui a embauché Mathilde et que c'est cette entreprise-là qui lui a permis de rebondir et de retrouver une vie sociale après la perte de son époux. Alors Mathilde cherche à comprendre... "Elle ne savait pas qu'une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d'y remédier."

Delphine de Vigan décrit ici une société malade du travail. L'enteprise de Mathilde est un cancer qui ronge jusqu'au bout l'être humain, le broie, le tue. "Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est un lieu qui broie. Un lieu totalitaire, un lieu de prédation, un lieu de mystification et d'abus de pouvoir, un lieu de trahison et de médiocrité. Aujourd'hui, il lui semble que l'entreprise est le symptôme pathétique du psittacisme le plus vain."

Le fil de la narration suit parallèlement la vie tout aussi pavée de solitude et d'ennuis de Thibault, médecin de ville. Il vient de plaquer sa petite amie parce qu'elle ne l'aimait pas. Il croise des tas de gens tous les jours pendant ses visites, mais pourtant il est seul dans cette ville tentaculaire et prédatrice (eh oui, ainsi est décrite Paris !). Il ne parvient pas à rencontrer les être humains qui l'habitent ou la fréquentent. La fin du livre est à cet égard ironique et féroce !

Delphine de Vigan décrit sans pathos l'enfer de ces deux héros qui sont des gens les plus banals qui soient. Des gens sclérosés par une société devenue malade.

Un magnifique roman qui m'a donné envie de découvrir les autres titres de l'auteur et notamment Rien ne s'oppose à la nuit, ce qui n'était pas du tout gagné d'avance.


20 décembre 2011

Sur un petit air de requiem - Nouvelles Caustiques et Grinçantes

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Nelly Bridenne, Edition Confession d'un polisson, 133 pages, 9€

4e de couverture : "23 nouvelles pour découvrir : les biographies d'Emmett Till et de Rosa Parks, les confessions d'un repenti coiffeur, le quotidien d'un flic désabusé, la vie trouble d'un conseiller Opel, les déboires d'une mule colombienne, l'obsession médiatique d'un religieux, l'appétit sans limite d'un croque-mort, le grain de folie de vieilles dames indignes, et beaucoup plus si affinités..."

Malgré un titre qui peut faire peur, ce recueil de nouvelles est absolument divin. Nelly Bridenne jette un regard sur la société, contemporaine ou passée, française ou étrangère, qui ne peut laisser indifférent. Les nouvelles sont regroupées par thématique (Négritude, Mafia, Braquage, Flic, Mutant, Embrouille, Rancunier, Senior). Le lecteur se prend de plein fouet la première histoire, J'irai pleurer sur vos tombes : celle des migrants africains, ceux qui n'ont pas d'autre choix que de s'exiler, au péril de leur vie, pour trouver une vie meilleure, même si chez eux, c'est bien joli, des plages blondes, des odeurs d'eucalyptus. Mais voilà, pas de travail, une société corrompue, la richesse dans les mains d'une poignée d'hommes. "Les migrants rêvent de l'Europe, cet Eldorado si proche, à quelques jours de bateau seulement, où ils accosteront en Italie ou en Espagne, et pourront envoyer de l'argent à leurs mères...". Même si l'Europe les vomit, la mer les rejette, même s'ils devront mentir, même si l'échec risque de les bannir de leur propre famille, ils tentent, jusqu'à la mort, où "Angelo, fossoyeur à Lampedusa, minuscule et lumineuse île italienne (...), creuse quelques tombes" et "les enterrera anonymement dans le carré du vieux cimetière, qui leur est réservé dorénavant". Cette histoire, troublante d'actualité, a obtenu le 2e prix du Concours des nouvelles de la Ville de Tours en 2007. On comprend pourquoi ! C'est sans doute celle qui m'a le plus marquée, avec Impardonnable négritude..., bel hommage à Rosa Parks, Emett Till, Martin Luther King et tant d'autres.

Malgré des sujets graves, Nelly Bridenne parvient à faire sourire le lecteur, voire à le faire rire (L'Evangile selon Mohamed - La vie du commissariat, Ratatouille, entre autres) parce qu'elle porte un regard tendre sur ces êtres humains qui se débattent dans un monde devenu bien compliqué. Il y a dans ce livre une vraie dimension humaniste, un style simple, corrosif, qui va à l'essentiel. C'est une vraie bouffée de chaleur ! Une fois fini, on en redemande ! Une belle découverte !

S'il fallait mettre une note : 4,5/5.

Je remercie Nelly Bridenne, l'Edition Confession d'un polisson et Les agents littéraires pour l'envoi du livre.

15 décembre 2011

Tant que brillera le jour

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Ah, ah ! A chaque fois que j'ouvre un Christie, je me demande si je vais ressentir la même émotion et la même admiration sans bornes pour cette grande dame anglaise du crime que lorsque j'étais adolescente... Eh bien, le suspense ne va pas être haletant pour la réponse : YES !

J'ai choisi de débuter le Mois anglais organisé par Cryssilda, Titine et Lou avec, non pas un roman policier mais un recueil de nouvelles écrites dans les années 20-30. Et si, déjà avec ses polars, je me suis toujours éclatée, la forme littéraire de la nouvelle n'a fait que redoubler ma jubilation : il s'agit là tout simplement de petits bijoux : un concentré de suspense et d'action.
Et, chose intéressante dans cette édition du Livre de poche, une postface explique et resitue ces neuf nouvelles dans l'oeuvre de l'écrivain.

J'ai eu la belle surprise de croiser Hercule Poirot dans deux d'entre-elles (Une aventure de Noël, qui préfigure la nouvelle Christmas Pudding publié dans les années 60 et Le mystère du bahut de Bagdad).Comme le remarque "le petit homme" dans Le mystère du bahut de Bagdad (le narrateur nomme parfois le grand déctive belge de cette manière), les "petites femmes aux airs de sainte nitouche... ce sont des dangers publics" !

C'est en effet ce que l'on constate à plusieurs reprises dans ce recueil : dans Le point de non retour, l'héroïne se venge d'une bien méchante et perfide manière de sa concurrente, mariée à son amour de toujours en ayant l'air de ne pas y toucher... Et dans Le dieu Solitaire, une nouvelle que Christie jugera plus tard un "sentimentalisme regrettable" (à tort!), la belle n'est pas si clair que ça, en fait !

Seulement, Agatha Christie reste à tout jamais la reine des retournement de situation au moment où l'on ne s'y attend plus, et sans que cela paraisse abracadabrant ! Comme dans ses romans, elle se joue ici du lecteur avec une aisance qui force l'admiration et parfois une bonne dose d'humour "so english" !

Parmi ces neufs nouvelles, j'ai particulièrement apprécié La maison des rêves (qui frôle avec le fantastique), La comédienne, Le point de non-retour, Le dieu solitaire, Le mystère du bahut de Bagdad et Tant que brillera le jour.
Celle que j'ai le moins appréciée est En dedans d'une muraille.

En conclusion : encore une belle lecture d'hiver, parce que, avec Agatha Christie, on est vite pris d'une frénésie de tournage de pages compulsif !

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Cette lecture est aussi la deuxième dans le cadre du challenge Agatha Christie organisé par George

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6 décembre 2011

Le dresseur d'insectes

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4e de couverture : "Einar, correspondant à Akureyri, publie un article sur une bâtisse hantée qui va servir de décor à un film américain. Au lendemain de la grande fête des commerçants d’Akureyri, où tout le monde a beaucoup bu, il apprend par Victoria, une étrange femme qui se prétend médium, le meurtre d'une jeune fille dans cette maison. Peu après, Victoria elle-même est tuée dans un centre de désintoxication alcoolique. Einar mène l'enquête."

Je continue à fond sur ma lancée de découverte de littérature islandaise. Après Arnaldur Indridason qui m'a enchantée avec Hypothermie et tant d'autres romans policiers à la sauce très zen malgré des sujets noirs, je m'aventure à la découverte de son confrère, Arni Thorarinsson, dont le héros récurrent est non pas un policier mais un journaliste.

Parce que ce titre m'intriguait fort, j'ai donc commencé par celui qui est le deuxième mettant en scène Einar, correspondant du Journal du soir, quotidien de la petite ville d'Akureyri. Celui-ci, apparemment ancien alcoolique, observe d'un oeil cynique la société qui l'entoure.
Pendant le week-end des Commerçants, la boîte de Pandore s'ouvre en grand, jusqu'au meurtre plutôt étrange d'une mystérieuse jeune fille retrouvée dans une maison non moins étrange, sinon hantée... du moins, c'est ce qu'on dit. "Dans le temps, les histoires de revenants étaient tout bêtement une sorte d'exutoire spirituel pour un peuple isolé et muselé qui avait besoin d'un peu de rêves". Mais les temps changent, enfin, pas tant que ça...
Après avoir récupéré sa rejetonne de fille, qui expérimente l'alcool et les sorties nocturnes avec son petit copain, sans vraiment penser à mal, Einar, ne pouvant pas compter sur la police locale pour retrouver les agresseurs de ses enfants et le meurtrier de celle surnommée "Pandora" par une certaine Victoria, décide de mener l'enquête lui-même pour le compte de son journal.

L'intrigue se déroule lentement, sans se presser. On pourrait presque dire que pendant 400 pages il ne se passe presque rien. Pourtant, chaque personnage rencontré est, sinon décortiqué au scalpel, du moins étudié minutieusement, dans le monde qui l'entoure. De la violence sociétale à la violence familiale, il n'y a qu'un pas et elle touche tous les milieux, les plus propres sur eux n'étant pas forcément les plus clairs. On trouve ici des personnages écorchés vifs ou pourris jusqu'à l'os par l'argent et/ou la drogue. Ce roman est un coup de griffe à l'avidité capitaliste outrancière (décidément les Nordiques sont les rois pour ça), avec ici une image bien peu glorieuse d'une certaine industrie cinématographique américaine, qui n'hésitent pas piocher dans la Centrale cinématographique islandaise...

Je me suis attachée au personnage d'Einar (cynique mais tellement lucide) et à ses enfants  et je dois dire que j'ai hâte de le retrouver pour de nouvelles aventures, dans cet univers islandais où "docteur Jekyll ne brime plus Mister Hyde, [mais où] c'est Mister Hyde qui brime Doctor Jeckyll. Et encore, pour peu que ça lui chante".

On retrouve ici une victime qui se prétend médium, comme dans Hypothermie, que j'ai lu il y a peu. Ca m'a frappée et je me demande si c'est récurrent dans la littérature islandaise, dont je suis bien décidée à approfondir la découverte car elle m'enchante !

En conclusion : une belle lecture d'hiver - où la signification du titre français est révélée dans les dernières pages...

 

 

 

 

 

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