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Mille (et une) lectures

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Mille (et une) lectures
5 juin 2011

La maîtresse de mon amant

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4e de couverture : "Quand Marcus, jeune architecte au charme mystérieux, lui propose de partager son loft londonien, Lily accepte sans hésiter. Mais, dès son arrivée, elle éprouve un sentiment de malaise. L'appartement garde les traces de l'ex-petite amie de Marcus, brutalement disparue. Intriguée, Lily cherche à percer ce mystère. L'image de cette rivale la hante, la poursuit."

Ce roman est divisé en quatre parties. Dont la première se situe avant la "révélation". Et c'est la plus réussie. Maggie O'Farrell arrive à distiller un suspense infernale qui fait avaler les cent quatre-vingt-deux pages en un rien de temps. On se dit que l'on tient là un "page-turner" fascinant. Maggie O'Farrell adopte là le point de vue de Lily la nouvelle colocataire et aussi petite-amie de Markus, un bellâtre que l'on sent tout de suite trop propre sur lui pour être tout à fait honnête, surtout quand il affirme que Sinead, son ex, n'est "plus de ce monde". Troublée Lily mène l'enquête, jusqu'à friser la folie. Le récit est à ce stade proche du fantastique et le lecteur ne sait plus trop à quel saint se vouer. Lily a-t-elle perdu la tête, est-ce la jalousie qui lui fait voir Sinead partout dans l'appartement et dans une librairie...

Soudain, au bout de ces 182 pages, THE révélation (que je ne peux évidemment pas dévoiler). Et THE catastrophe pour la suite du roman  (que je ne peux pas non plus dévoiler) qui tombe dans une platitude décevante. Plus de suspense. Et surtout une évidence tellement énorme qu'on se demande à quoi servent les trois autres parties du livre : Marcus est un coureur de jupons et un goujat de première. Bref, tout ça pour ça. Sans surprise finale, même dans le bush australien, qui frôle l'invraisemblance.

Une déception donc, pour ma première lecture de Maggie O'Farrell. Je retenterai néanmoins l'expérience avec un autre titre en me disant que celui-ci était juste une mauvaise pioche. Dommage. Parce que c'est pourtant sublimement écrit et j'ai vraiment apprécié la manière dont elle décortique chaque geste, chaque micro-événement.

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29 mai 2011

Automne

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4e de couverture : "Jerry Petersson est un riche avocat parvenu. Tout le monde le déteste. Aussi, quand on retrouve son cadavre dans les douves du château qu'il vient d'acheter, personne n'est étonné. Malin mène l'enquête, qui l'amène sur l'île de Ténérife. Un dépaysement dont elle a bien besoin. Rien ne va plus chez elle. C'est l'automne à Linköping. Il pleut, le temps est maussade et froid. Malin, maintenant bien connue du public français, est toujours aussi fragile. Elle devra affronter ses vieux démons et sa solitude pour se lancer aux trousses du tueur. "

Tout d'abord je ne peux que déplorer la quatrième de couverture qui donne une idée fausse du livre. Malins à Ténérife ? Oui mais tellement rapidement que ça ne compte pas. Tout le monde déteste Jerry Petersson ? Non seulement quelques individus qui ont leurs raisons, notamment le patriarche d'une vieille famille de la noblesse suédoise dont le fils a vendu le château à ce nouveau riche parvenu. Bref...

Voici donc le troisième volume des aventures de l'inspectrice Malins Fors et de son équipe que j'ai retrouvées avec plaisir. Et toujours la construction du polar sur la base du déréglement saisonnier : la petite ville de Linköping subit un déluge. Et ça ne s'arrange pas dans la vie de Malin, qui a tendance aimer beaucoup trop la téquila et à lever la main un peu vite (et c'est la raison pour laquelle il faut lire les histoires dans l'ordre car la cause de sa dépression est à trouver dans Eté).

Ici Mons Kallentoft explore le thème de la maltraitance, démontre avec brio l'enchaînement de la violence  et les raisons qui poussent les coupables (et victimes) à agir comme ils le font. Et c'est là un des tours de force de l'écrivain. Dans ses romans, pas de scènes sanguinolentes, mais des explications qui se font jour au fur et à mesure. Tout cela dans un style qui lui est propre et que j'ai encore jamais vu ailleurs : les morts sont omniscients, commentent les scènes et parfois expliquent les faits. Par ailleurs, les narrateurs changent sans que l'on en soit prévenu, mais pourtant cela ne perturbe pas la lecture. Enfin, les coupables qui sont aussi des victimes, sont des gens comme les autres, ou presque...

Seul bémol du livre : j'ai trouvé que la vie privée de Malin prenait trop le dessus pendant une bonne partie du roman, ce qui fait que l'on a tendance à oublier l'intrigue : une énigme policière, avec deux cadavres. Heureusement, dans le dernier tiers du livre, celle-ci reprend le dessus.
Par contre, j'ai adoré l'ambiance vieux château suédois perdu dans la forêt ! Et aussi la fin !

Un opus sans doute moins captivant que les deux précédents (Hiver et Eté) mais à découvrir tout de même !

Et pour finir, une petite vidéo du libraire Gérard Collard, sur la série :

http://youtu.be/c4Ku_tKvUc4

28 mai 2011

Les vainqueurs du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2011

Les résultats ont été proclamés jeudi soir et les vainqueurs sont :

Catégorie roman : La couleur des sentiments de Kathryn Stockett (une évidence avec un roman pareil !)

Catégorie roman policier : La maison d'à côté de Lisa Gardner (il fait partie des rares livres que je n'ai pas aimés du tout ;-)) .

Catégorie documentaire : il y a 2 vainqueurs, ex-aequo : Algérie 1954-1962 de Benjamin Stora et Nos étoiles ont filé d'Anne-Marie Revol.

Pour avoir un aperçu de la soirée, rendez-vous chez Ankya qui a fait un joli reportage.

Et voici aussi une vidéo de  ELLE avec le témoignage de 3 jurées et l'interview de 2 des finalistes.

 http://www.elle.fr/Loisirs/Videos-Loisirs/Livres/VIDEO-Grand-Prix-des-lectrices-2011-le-verdict-des-jurees-et-la-rencontre-avec-les-auteurs

Enfin, d'après le magazine, dans la catégorie roman, arrive en 2e position : Rosa Candida  suivi de Ru de Kim Thuy ;
dans la catégorie roman policier c'est 13 heures de Deon Meyer (super polar sud-africain), suivi de Silence radio du Canadien Robert Rotenberg (je confirme, à découvrir!). Enfin, dans la catégorie documentaire, 2e position pour Just Kids de Patti Smith.

 

 

 

24 mai 2011

Mon classement Grand Prix des Lectrices de ELLE 2011

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Les résultats officiels du Grand Prix des Lectrices de ELLE 2011 seront proclamés jeudi prochain. En attendant, je vous propose mon classement personnel, établi d'après les notes que j'ai attribuées à chacun des livres :

Catégorie ROMAN :
1. La couleur des sentiments
2. Rosa Candida
3. Six mois six jours
4. Blues pour Elise
5.
6. L'Indésirable ex aequo avec Les Derniers jours de Stefan Sweig ex aequo avec Les vies extraordinaires d'Eugène
7. En un monde parfait
8. Les femmes du braconnier

Catégorie ROMAN POLICIER :
1. Le cri de l'engoulevent
2. Rupture ex aequo avec Verdict
3. Silence Radio ex aequo avec 13 heures
4. Les enfants de la nuit
5. Haine
6. La maison d'à côté

Catégorie DOCUMENTAIRE :
1. Algérie 1954-1962 ex aequo avec Les Disparues de Vancouver ex aequo avec Mémoires à contre-vent
2. Nos étoiles ont filé ex aequo avec Même le silence a une fin, ex aequo avec Failles
3. Just Kids
4. La moitié du ciel
5. Le philosophe nu.

Chacun de ces livres a été chroniqué sur ce blog.

 




 


 

 

 

15 mai 2011

Sans laisser de traces

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4e de couverture : "L'affaire paraissait insoluble à l'époque : une riche héritière et son fils kidnappés en Ecosse, une remise de rançon catastrophique aboutissant à la mort de la femme et à la disparition de l'enfant. Malgré l'indice découvert vingt-cinq ans plus tard, Karen Pirie, l'experte en cold cases en charge du dossier, a donc peu d'espoirs de résoudre la célèbre énigme. Une autre affaire classée occupe déjà l'esprit de la détective : en 1984, au plus fort de la grève des mineurs qui divisait le Royaume-Uni, un gréviste avait disparu sans laisser de traces, abandonnant les siens. Mais de nouveaux éléments suggèrent qu'il ne s'agissait pas d'une simple désertion. A mesure que les enquêtes avancent, Karen va de révélation en révélation et s'enfonce toujours plus loin dans les labyrinthes du mystère... La reine incontestée du thriller psychologique joue avec nos nerfs dans un suspense démoniaque. "

Deux intrigues, deux héroînes (l'inspecteur Karen Pirie et Anabelle Richmond, journaliste), deux lieux d'action (le Fife écossais et la Toscane italienne), deux époque (1984-85 et 2007). On pourrait se dire que c'est risqué. Et pourtant, à la fin, tout se tient d'un bloc, d'une logique implacable, d'une cohérence parfaite. Un roman complexe et fouillé.

Il faut dire que Val McDermid, Ecossaise petite-fille de mineur, connaît son sujet. Et comme elle le dit elle-même, c'est sans doute son roman noir le plus intime, même si les personnages sont fictifs. Elle dédit d'ailleurs son livre à ses grands-parents :
"Ce livre est dédié à la mémoire de Meg et Tom McCall, mes grands parents maternels. Ils m'ont montré ce qu'est l'amour, ils m'ont enseigné l'esprit de communauté, et ils n'ont jamais oublié l'humiliation que l'on ressent à faire la queue à la soupe populaire pour nourrir ses enfants. Grâce à ceux, j'ai appris à aimer la mer, la forêt, et les livres d'Agatha Christie. Une dette non négligeable", écrit-elle.

En 1984-1985, les mineurs britanniques sont en grève, Thatcher les méprisera. C'est à cette époque que l'un d'entre-eux, Mick Prentice, disparaît, abandonnant sa femme et sa fille. A l'époque, tout le monde pense qu'il a trahi la communauté et qu'il est parti avec les "jaunes" (ceux qui ont abandonné la grève et ont quitté les lieux) à Glasgow. Pourtant, alors que tout semble accâbler un syndicaliste, au fur et à mesure, les pistes se multiplient puis se resserrent comme un étau autour du disparu lui-même...
Parallèlement, Bel Richmond, journaliste en vacances en Toscane, fait une découverte dont elle comprend rapidement qu'elle peut bouleverser sa carrière car elle renvoie à une affaire non élucidée : celle des circonstances du meurtre de Catriona  Maclennan Grant, jeune et très belle héritière de la plus grosse fortune d'Ecosse et de l'enlèvement de son fils. Le père de la belle n'est autre que  l'entrepreneur et promoteur immobilier Sir Broderick Maclennan Grant. Un nom aussi connu que Berlusconi en Italie.

L'ensemble peut paraître sombre comme la tourbe, mais ce n'est pas le cas. L'amour est très présent dans ce roman et les meurtriers ne sont pas des psychopathes sanguinaires. Juste des gens pris dans une spirale infernale. Val McDermid réinvente ici les codes du roman noir  à la Agatha Christie en ancrant sa fiction dans un contexte social fort, comme souvent dans ses romans. Elle démonte et analyse chaque rouage de la machine infernale.

J'ai aimé le personnage de l'inspectrice Karen, une femme qui lutte comme une tigresse dans un univers de macho, malgré les bâtons dans les roues que lui tend un chef qui la déteste. Une héroïne qui a une faible pour les bons petits plats que l'écrivain décrit à merveille  :
"Devant elle reposait un pithiviers de filet de pigeon parfaitement présenté, entouré de toutes petites pommes grenailles et d'une tour de minicarottes et de minicourgettes rissolées. Le Laird'o Wemyss était plus qu'à la hauteur de sa réputation." On en mangerait !!
L'héritière tuée des années auparavant est une femme libre, malgré sa condition privilégiée. Elle sait ce qu'elle veut : vivre une vie d'artiste et vivre avec qui elle souhaite, quand elle le souhaite, quitte à contrer les siens. La journaliste Bel est par contre trop ambitieuse (le style à avoir les dents qui rayent le parquet) pour être totalement sympathique.
Val Mcdermid creuse ses personnages au-delà des apparences et bouleverse les idées reçues et les préjugés. C'est aussi le côté intéressant du livre.

Enfin, c'est un roman noir qui a l'accent du Fife écossais (Newton of Wemyss,  East Wemyss, Kirkcaldy - où Val McDermid a passé son enfance), et où le lecteur se promène sur ses plages et dans ses grottes, entre quelques escapades en Toscane.

C'est sans doute le roman le plus accompli de Val McDermid que j'ai lu jusqu'ici.

Seul bémo du livre : sa couverture du livre en édition française.  C'est en fait celle d'un autre roman de Val McDermid :

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Voici quelques-unes des couvertures "VO" pour Sans laisser de traces (titre VO : "A darker domain) :

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 qui correspondent tout à fait au livre... Dommage.

Enfin, une photo emblématique  du roman

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que vous pouvez retrouver ici, avec une interview de Val McDermid et le site des grottes de Wemyss.

 Voilà, un petit prélude au mois écossais programmé par Cryssilda, mais je ne pouvais pas attendre un mois avant de parler de ce roman ;-)

 

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10 mai 2011

Algérie 1954-1962

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Tout d'abord ce livre est proche d'une oeuvre d'art : un excellente surprise attend le lecteur lorsqu'il l'ouvre, à savoir la multitude de documents historiques reprographiés mais plus vrais que nature, glissés dans des enveloppes et collés sur les pages (lettres, photographies, dessins, cartes géographiques, coupures de journaux). Ce procédé n'est pas nouveau mais il fait toujours son petit effet et permet d'aborder le sujet de manière originale.

La guerre d'Algérie est toujours assez méconnue de la plupart des Français n'ayant pas vécu cette époque puisque juste survolée par quelques dates clés dans les programmes scolaires de classe de terminale (c'est le cas pour ma génération). Pourtant, on a souvent dans la famille quelqu'un qui a fait la guerre d'Algérie (c'est aussi mon cas). C'est donc avec une certaine curiosité que je me suis plongée dans le livre en me repérant d'abord par la fresque historique avec les événements vus des deux camps : celle des "dates françaises de la "guerre d'Algérie" (appellée pudiquement à l'époque "les événements d'Algérie") et celle des "dates algériennes de la "guerre d'indépendance". Un graphique qui permet tout de suite de comprendre la complexité de cette guerre de 2 800 jours et la manière dont elle est vécue de part et d'autre.

Tout au long du livre, l'historien s'efface pour laisser la place aux lettres et récits de ceux qui ont vécu cette guerre (c'est d'ailleurs ce qu'indique le sous-titre "Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre"). Il se contente juste de poser un regard sur chacune des doubles pages thématiques et chronologiques dans un petit encadré pour expliquer ce dont parlent les gens (civils, enfants, soldats, déserteurs,instituteurs-militaires...) ou les journaux, avant d'approfondir l'explication en toute fin de livre.

On apprend qu'à l'époque, les Algériens sont niés par les Européens qui vivent sur la même terre qu'eux. Ils font comme s'ils n'existaient pas, ou quand ils parlent d'eux, c'est toujours comme s'ils étaient une menace. L'instruction des petits Européens d'Algérie (qui ne sont pas seulement des Français, mais aussi des Espagnols ayant fuit la guerre civile, des Italiens ou des Maltais) est obligatoire mais pas pour les petits Algériens. Jusqu'en 1964 il y avait des écoles séparées pour Européens et Algériens. A la veille de la guerre plus de neuf Algériens sur dix ne savent ni lire ni écrire. L'Algérie était alors le territoire d'une immense injustice et donc une bombe à retardement.

On découvre que la plupart des appelés du contingent n'avaient jamais voyagé hors de France ni même hors de leur département et que le choc fut d'autant plus rude lorsqu'ils débarquèrent sur une terre si différente de la leur, alors qu'en plus, ils n'étaient pas préparés à la guerre.

Le déchirement des Français dans la guerre est bien restitué avec les témoignages de personnalités pieds-noirs comme Camus ou Jules Roy, mais aussi ceux de l'opinon publique, de la classe politique et des déserteurs. Les pieds-noirs, rejetés de part et d'autre de la Méditerranée, se sentent incompris et méprisés. Les appels de Jules Roy ou de Camus sont touchants mais, paraissent, avec le recul, un peu naîfs : demander aux Français de rester en Algérie, de ne pas s'exiler, de reconstruire le pays sur une base nouvelle d'égalité entre les peuples après une guerre si cruelle où l'usage de la torture était légion, où, pendant plus d'un siècle il y a eu tellement d'inégalités sociales, paraît un peu utopique. Mais on comprend tout à fait leur sentiment.

Un livre qui a su me captiver et m'étonner. J'ai apprécié le principe du témoignage qui prime sur le discours de l'historien, la dimension pédagogique originale de l'ouvrage. Une belle découverte et une belle réussite ! Une oeuvre à faire partager pour panser les plaies d'une histoire commune et que j'ai pour ma part offert à des amis algériens.

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 Voilà, depuis quelques semaines, ma mission de jurée du Grand Prix des Lectrices de ELLE s'est achevée. Une expérience que j'ai énormément appréciée en raison des belles découvertes littéraires que j''y ai faites. Une excellente sélection où très peu de livres m'ont réellement déçue (je crois qu'il y en a 3 sur 28 seulement).

Ma seule crainte, en m'engageant dans cette aventure, était de ne pas tenir les délais de remise des copies. Pourtant, malgré des journées de travail bien chargées, j'y suis arrivée sans problème.
 
En fait, la vraie difficultée fut plutôt d'attribuer une note à un livre décevant : on sait que chaque écrivain y met beaucoup de lui-même. Donc inévitablement on se demande comment la modeste lectrice-jurée que l'on est peut se permettre une ignomie pareille... (je me suis sentie coupable pour les quelques rares mauvaises notes que j'ai attribuées en me disant que forcément j'avais raté quelque chose et que c'est pour ça que je n'avais pas aimé - mais en même temps il y a un livre qui m'a vraiment exaspérée!). En tout cas, quelque soit le résultat, j'ai fait mon travail en toute franchise !

 Roger Chartier disait que dans un livre il y a en fait deux auteurs : l'écrivain mais aussi le lecteur, qui par son expérience, son vécu, son attente, ré-écrit le texte.

Donc voilà, maintenant la machine est en marche et les résultats seront proclamés le jeudi 26 mai. Autant dire que j'ai hâte de les connaître, même si malheureusement je ne pourrai pas être présente à la cérémonie. Une chose est sûre : mes yeux et mes oreilles ne seront très attentifs.

Enfin je vous rappelle que vous avec jusqu'au 15 mai pour poser votre candidature pour être jurée 2012 et c'est ici.

Je remercie très chaleureusement l'équipe du Grand Prix des Lectrices de ELLE de m'avoir permis de vivre cette aventure.

 

 

30 avril 2011

Les chaussures italiennes

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4e de couverture : "Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. A soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. L'intrusion d'Harriet, l'amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Mourante, elle exige qu'il tienne une promesse : lui montrer un lac forestier. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient de recommencer. "

Voici un roman pour le moins étrange : une atmosphère tout ce qu'il y a de dépressif mais pourtant Henning Mankell parvient à la rendre agréable et poétique. On peut être inquiet au début, lorsqu'on s'embarque en lecture pour rencontrer Fredrik Welin qui vit reclus depuis 12 ans sur une île suédoise, avec pour seules compagnes sa chatte, sa chienne et une fourmillère géante qui a pris possession de son salon... Même le facteur, hypocondriaque passe pour passer mais sans jamais apporter de courrier. Mais très rapidement un autre personnage fait son apparition : Harriett, l'amour abandonnée 40 ans auparavant, traînant avec elle un cancer incurable.

A vrai dire, peut-être vaut-il mieux ne pas être dans le même état dépressif que Fredrik pour lire ce roman... Pourtant notre héros va peu à peu revenir au pays des vivants, grâce à des personnages tous plus déjantés les uns que les autres, tous atteints d'une folie douce ! Je ne peux pas en dévoiler davantage.

Ce roman est une réflexion sur la vie et sur sa pendante, la mort. Mais aussi sur la conséquence de nos actes dans nos destinées individuelles. Une écriture sublime et pourtant tout à fait simple. Un héros (ou plutôt anti-héros) particulièrement attachant. Et j'ai adoré le grand air iodé de cette île suédoise, avec ses tempêtes, ses saisons et ses oiseaux marins magistralement restitués.

Ce livre m'a réconciliée avec Henning Mankell que j'ai découvert il y a une dizaine d'années avec La cinquième femme et Le guerrier solitaire mais que j'ai ensuite abandonné rapidement car je reprochais à ses polars beaucoup de "bla-bla" et peu d'action (je n'aurais peut-être plus le même jugement aujourd'hui, faudrait que je les relise!). Une invitation à découvrir les livres qu'il a écrit depuis.

 

26 avril 2011

La délicatesse

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4e de couverture : "« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins
conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi
à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye
ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…
- Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie. Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité ». La délicatesse a obtenu neuf prix littéraires et été traduit dans plus de quinze langues. "

 
L'histoire est fort simple :  Nathalie rencontre François. Ils se plaisent et quelques temps après se marient. Mais voilà qu'un "imprévu" (je ne peux pas vous dire ce que c'est sous peine de gâcher une partie du plaisir) fait que les choses ne se déroulent pas comme elles le devraient... Quelques temps après entre en scène Markus, un collègue suédois de la boîte suédoise où travaille Nathalie. Markus c'est le mec qui vous offre des PEZ et qui aime rentrez chez lui à 7h15 précises. Vous visualisez tout de suite le genre, n'est-ce pas ? Nathalie est une belle femme. Voila.

Un livre qui n'est pas désagréable à lire, des répliques qui font mouche mais un narrateur qui adore "chambrer" les personnages et qui devient agaçant à force de s'écouter parler... Enfin, c'est du moins l'impression qu'il m'a donnée. Ce qui fait qu'à la fin, je m'en suis franchement lassé.

Bref, je suis un peu déçue par cette lecture qui date d'il y a un peu plus d'une semaine. Je m'aperçois qu'il ne m'en reste pas grand chose d'ailleurs. Une gentille bluette qui ne fatigue pas la tête et dont les codes sont finalement sans grande surprise.
Sitôt lu sitôt oublié donc.

 

 

 

21 avril 2011

Brooklyn

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4e de couverture : "Enniscorthy, Irlande, années 1950. Comme de nombreuses jeunes femmes de son âge, Elis Lacey ne parvient pas à trouver du travail. Par l'entremise d'un prêtre, on lui propose un emploi à Brooklyn, aux Etats-Unis. Pousse par sa famille, Eilis s'exile à contrecoeur. Au début, le mal du pays la submerge. Mais comment résister aux plaisirs de l'anonymat, à l'excitation de la nouveauté ? Loin du regard de ceux qui la connaissent depuis toujours, Eilis goûte une sensation de liberté proche du bonheur. Puis un drame familial l'oblige à retraverser l'Atlantique. Au pays, Brooklyn se voile de l'irréalité des rêves. Eilis ne sait plus à quel monde elle appartient..."

Un immense coup de coeur pour ce roman. Je découvre la prose enchanteresse de Colm Toibin, écrivain irlandais vivant entre Irlande et Etats-Unis. Autant dire que le déracinement est sans doute un sentiment qui l'a touché à un moment ou à un autre. J'ai été sidérée par la finesse psychologique dont il fait preuve, jusqu'à me demander comment c'était possible. Le lecteur vit vraiment ce que vit l'héroïne, la douce Eilis. Une héroïne au premier abord fragile, mais en fait dotée d'une force de caractère hors norme qui lui permet de survivre et surtout de faire des choix, et avant tout les siens.

Colm Toibin peint à merveille le tableau de l'Irlande des années 1950, celle d'une période pauvre où beaucoup sont obligés de s'exiler pour survivre - encore faut-il avoir l'argent pour partir. Il décrit un pays où l'on ne peut rien faire sans se sentir surveillé, jugé en permanence et surtout où la famille prend souvent des décisions à votre place. C'est le cas pour Eilis qui s'exile à contrecoeur par l'entremise d'un prêtre irlandais vivant aux Etats-Unis et qui s'est entetenu avec sa mère (ah ! la supprématie de l'Eglise à cette époque et son insupportable mainmise sur les destinées individuelles !). Le prétexte de cet exil c'est qu'elle n'a qu'un petit boulot chez l'épicière d'Enniscorthy, l'horrible Mademoiselle Kelly, qu'on a envie de claquer à longueur de pages. Donc quand Eilis accepte de partir, on la comprend fort bien, même si c'est davantage pour faire plaisir à sa mère que pour elle-même. Mais partir est aussi une chance, comme le fait comprendre Rose, 30 ans, la soeur aînée, qui, en laissant partir sa cadette, se "sacrifie" donc pour rester auprès de leur mère, veuve.

On subit avec l'héroïne la difficulté de la traversée de l'Atlantique en bateau :si vous n'avez jamais eu le mal de mer, là vous saurez !! Et l'on découvre l'invention de la "colocation" avant l'heure (si l'on peut dire) entre Irlandais de Brooklyn. Pas toujours facile de s'y faire une place. Heureusement que de beaux Italiens traînent dans le coin, en particulier un certain Tony, qui, malgré sa nationalité, a un physique qui peut le faire passer pour Irish... C'est bien pratique aussi pour faire taire les commérages !

J'ai repoussé longtemps les dernières pages qu'il me restait à lire. Car j'ai eu très peur de la décision que prendrait Eilis après son retour au pays pour une raison que l'on ne peut pas dévoiler.... Je dois avouer qu'elle m'a fait très peur cette petite devenue femme  - et surtout elle-même.

Un très beau roman d'apprentissage, qui raconte à merveille le déracinement, le tiraillement entre deux vies, deux pays. Une prose enchanteresse et un beau roman d'amour aussi que je ne peux que chaudement vous recommander. On passe un excellent moment et on dit "encore" une fois le livre refermé. Monsieur Colm Toibin vous êtes un magicien !

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21 avril 2011

Mon blog devrait être traduit en plusieurs langues !

Lisabuzz.com parle de Mille et une lectures : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Mille et une lectures, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Maeve mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Mille et une lectures et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

Merci à George pour le réveil joyeux  ;-) !

 

 

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