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Tout d'abord ce livre est proche d'une oeuvre d'art : un excellente surprise attend le lecteur lorsqu'il l'ouvre, à savoir la multitude de documents historiques reprographiés mais plus vrais que nature, glissés dans des enveloppes et collés sur les pages (lettres, photographies, dessins, cartes géographiques, coupures de journaux). Ce procédé n'est pas nouveau mais il fait toujours son petit effet et permet d'aborder le sujet de manière originale.

La guerre d'Algérie est toujours assez méconnue de la plupart des Français n'ayant pas vécu cette époque puisque juste survolée par quelques dates clés dans les programmes scolaires de classe de terminale (c'est le cas pour ma génération). Pourtant, on a souvent dans la famille quelqu'un qui a fait la guerre d'Algérie (c'est aussi mon cas). C'est donc avec une certaine curiosité que je me suis plongée dans le livre en me repérant d'abord par la fresque historique avec les événements vus des deux camps : celle des "dates françaises de la "guerre d'Algérie" (appellée pudiquement à l'époque "les événements d'Algérie") et celle des "dates algériennes de la "guerre d'indépendance". Un graphique qui permet tout de suite de comprendre la complexité de cette guerre de 2 800 jours et la manière dont elle est vécue de part et d'autre.

Tout au long du livre, l'historien s'efface pour laisser la place aux lettres et récits de ceux qui ont vécu cette guerre (c'est d'ailleurs ce qu'indique le sous-titre "Lettres, carnets et récits des Français et des Algériens dans la guerre"). Il se contente juste de poser un regard sur chacune des doubles pages thématiques et chronologiques dans un petit encadré pour expliquer ce dont parlent les gens (civils, enfants, soldats, déserteurs,instituteurs-militaires...) ou les journaux, avant d'approfondir l'explication en toute fin de livre.

On apprend qu'à l'époque, les Algériens sont niés par les Européens qui vivent sur la même terre qu'eux. Ils font comme s'ils n'existaient pas, ou quand ils parlent d'eux, c'est toujours comme s'ils étaient une menace. L'instruction des petits Européens d'Algérie (qui ne sont pas seulement des Français, mais aussi des Espagnols ayant fuit la guerre civile, des Italiens ou des Maltais) est obligatoire mais pas pour les petits Algériens. Jusqu'en 1964 il y avait des écoles séparées pour Européens et Algériens. A la veille de la guerre plus de neuf Algériens sur dix ne savent ni lire ni écrire. L'Algérie était alors le territoire d'une immense injustice et donc une bombe à retardement.

On découvre que la plupart des appelés du contingent n'avaient jamais voyagé hors de France ni même hors de leur département et que le choc fut d'autant plus rude lorsqu'ils débarquèrent sur une terre si différente de la leur, alors qu'en plus, ils n'étaient pas préparés à la guerre.

Le déchirement des Français dans la guerre est bien restitué avec les témoignages de personnalités pieds-noirs comme Camus ou Jules Roy, mais aussi ceux de l'opinon publique, de la classe politique et des déserteurs. Les pieds-noirs, rejetés de part et d'autre de la Méditerranée, se sentent incompris et méprisés. Les appels de Jules Roy ou de Camus sont touchants mais, paraissent, avec le recul, un peu naîfs : demander aux Français de rester en Algérie, de ne pas s'exiler, de reconstruire le pays sur une base nouvelle d'égalité entre les peuples après une guerre si cruelle où l'usage de la torture était légion, où, pendant plus d'un siècle il y a eu tellement d'inégalités sociales, paraît un peu utopique. Mais on comprend tout à fait leur sentiment.

Un livre qui a su me captiver et m'étonner. J'ai apprécié le principe du témoignage qui prime sur le discours de l'historien, la dimension pédagogique originale de l'ouvrage. Une belle découverte et une belle réussite ! Une oeuvre à faire partager pour panser les plaies d'une histoire commune et que j'ai pour ma part offert à des amis algériens.

Lu dans le cadre du
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 Voilà, depuis quelques semaines, ma mission de jurée du Grand Prix des Lectrices de ELLE s'est achevée. Une expérience que j'ai énormément appréciée en raison des belles découvertes littéraires que j''y ai faites. Une excellente sélection où très peu de livres m'ont réellement déçue (je crois qu'il y en a 3 sur 28 seulement).

Ma seule crainte, en m'engageant dans cette aventure, était de ne pas tenir les délais de remise des copies. Pourtant, malgré des journées de travail bien chargées, j'y suis arrivée sans problème.
 
En fait, la vraie difficultée fut plutôt d'attribuer une note à un livre décevant : on sait que chaque écrivain y met beaucoup de lui-même. Donc inévitablement on se demande comment la modeste lectrice-jurée que l'on est peut se permettre une ignomie pareille... (je me suis sentie coupable pour les quelques rares mauvaises notes que j'ai attribuées en me disant que forcément j'avais raté quelque chose et que c'est pour ça que je n'avais pas aimé - mais en même temps il y a un livre qui m'a vraiment exaspérée!). En tout cas, quelque soit le résultat, j'ai fait mon travail en toute franchise !

 Roger Chartier disait que dans un livre il y a en fait deux auteurs : l'écrivain mais aussi le lecteur, qui par son expérience, son vécu, son attente, ré-écrit le texte.

Donc voilà, maintenant la machine est en marche et les résultats seront proclamés le jeudi 26 mai. Autant dire que j'ai hâte de les connaître, même si malheureusement je ne pourrai pas être présente à la cérémonie. Une chose est sûre : mes yeux et mes oreilles ne seront très attentifs.

Enfin je vous rappelle que vous avec jusqu'au 15 mai pour poser votre candidature pour être jurée 2012 et c'est ici.

Je remercie très chaleureusement l'équipe du Grand Prix des Lectrices de ELLE de m'avoir permis de vivre cette aventure.