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Quand j'ai reçu le livre et que j'ai vu ses 690 pages, je me suis dit que cette lecture n'était pas gagné d'avance, d'autant que je connaissais l'issue de "l'histoire" et que relire le malheur de cette ex-otage ne m'attirait pas spécialement. Pourtant, dès les premières phrases, j'ai été happée par le récit et je n'ai pas lâché le livre. J'ai eu l'impression de lire un roman d'aventures. J'ai découvert les FARC, dont certains sont de vrais personnages, au sens littéraire du terme. Je les imaginais tous comme étant de sauvages sanguinaires. Pourtant certains sont loin de cette caricature. Ainsi Ferney m'a émue par son humanité et son dévouement paradoxal à l'égard des prisonniers qu'il traite comme des amis (il le dit d'ailleurs). Tout à fait étonnante également la scène de la fête pour l'anniversaire de Mélanie, la fille d'Ingrid, où, à cette occasion, les barrières entre ravisseurs et otages tombent : les jeunes FARC sont comme tous les jeunes du monde, ils s'amusent. Grâce à Ferney et son ami Beto, Ingrid apprend à tisser des ceintures et elle parvient à lancer une espèce de mode avec des ceintures à petits coeur pour les filles qui font fureur auprès des guerrilleras. Il arrive parfois que certains FARC improvisent des jeux de société avec les otages : ainsi la scène hilarante de Lucho (otage) jouant avec avec Giovanni grâce à des pois et des lentilles, "chacun se lançant des commentaires mordants, récupérant tous les préjugés politiques et sociaux pour attaquer l'autre". Les otages arrivent également à instaurer un système de bibliothèque. Ces scènes surréalistes m'ont vraiment étonnée.

Cependant c'est évidemment le plus souvent la violence de la guerre qui prend le dessus et donc l'Enfer. Les conditions de détention des otages sont le plus souvent abominables. Tour à tour enchaînés, emprisonnés, humiliés, entassés dans baraquements, affamés, vivant dans des conditions d'hygiène déplorables, la tension entre eux devient vite inévitable. Et de ce point de vue, ce livre est aussi une réflexion sur la conditon humaine. On a par moments l'impression que la tension entre les otages est presque aussi forte qu'entre eux et les FARC, ces derniers entretenant pernicieusement celle-ci. C'est un aspect des choses auquel je ne m'attendais pas. C'est aussi ce qui m'a choquée, même si la littérature des camps de concerntration m'est revenue à l'esprit à la lecture de certains passages. Je ne m'attendais pas à ce que les otages soient aussi mesquins et en proie aux coups bas entre eux. Je m'étais imaginé, naïvement, une réelle solidarité. Heureusement c'est aussi parfois le cas : on sent une amitié et une solidarité sans faille entre Ingrid et Lucho.

Dans ce livre le lecteur passe par toute une palette de sentiments, qui va du rire à la consternation, en passant par la compassion et l'effroi. L'écriture fluide et acérée d'Ingrid Betancourt, la description de l'univers de la jungle colombienne a le don de faire voyager le lecteur très loin, dans un univers carcéral qu'il n'imaginait même pas, sans larmes ni pathos mais avec pourtant beaucoup d'émotion. On ne ressort pas tout à fait indemne de cet enfer vert.

Lu dans le cadre du
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