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8 septembre 2010

Les femmes du braconnier

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4e de couverture : "C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia. Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins - parents et amis, médecins, proches ou simples voisins -, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu'elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète. L'ombre portée des oeuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale - deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates -, donnent aux destins en miroir des "femmes du braconnier" un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.

Avec ce roman polyphonique, Claude Pujade-Renaud invite le lecteur à (re)découvrir la vie du trio amoureux et artistique anglo-américain Ted Hughes/ Sylvia Plath/ Assia Wevill.

Dès le début, leur vie est placée sous le signe de la tragédie, que Sylvia est venue étudier à Cambridge grâce à une bourse d'études . Celle-ci est passionnée par Racine et par le rouge. En effet c'est sous le signe du sang, de l'amour, de la mort et de la passion que s'ancre le roman.
Sylvia est maniaco-dépressive, a fait un "grave épisode psychiatrique" et a déjà tenté de mettre fin à ses jours trois années auparavant. Elle traîne derrière elle un héritage familial lourd à porter, celui de l'Holocauste et de la mort du père. C'est une femme mordue et qui mord au propre comme au figuré : Elle est écorchée vive et elle aime passionnément son "mordu" qui se trouve être le poète "braconnier" Ted Hughes rencontré lors d'une soirée. De plus, l'ombre de Phèdre planant sur ce début de roman, avec comme écho La Tempête de Shakespare et comme toile de fond La mort de Procris, le lecteur se dit d'emblée qu'il ne va pas vraiment rire et se demande s'il va assister à un remake de racinien, puis un peu plus tard au "désastre vaudevillesque tragi-comique d'un couple usé" puisque Ted et Sylvia se marient le jour du Bloomsday un 16 juin 1956, en référence à l'Ulysse de James Joyce. D'autant que Ted se révèle rapidement être un chasseur de femmes. C'est le braconnier qui croise un jour la belle Assia, sa panthère, sa loutre.

Chaque personnage du roman (parents, amis, amants, frère ou soeur) intervient à plusieurs reprises pour évoquer le trio d'artistes. Une naration distancée très souvent. Chaque personnage s'exprime de la même manière en dévoilant au fur et à mesure les facettes de la personnalité de Sylvia , Ted et Assia.

Ce roman est très touffu, bourré de références littéraires et psychanalytiques. Trop. Cela en devient lassant et brouille la lecture. C'est ce qui m'a gênée pour apprécier pleinement cette oeuvre et aboutir à une conclusion claire et simple sur ce qui m'était donné à voir. Si ce n'est que ces artistes ont dûrement payé le prix de leur folie passionnelle, dépressive et de leur héritage familial (suicide au monoxyde de carbone pour Sylvia et Assia, meurtre de la fille par la mère, suicide par pendaison pour Ted). Autrement dit, impossible d'échapper à son destin. Et je ne suis pas d'accord avec l'idée d'une destinée toute tracée dont l'issue serait incontournable.

Je n'ai jamais lu les oeuvres de Ted Hughes et de Sylvia Plath et je me suis demandée si ce livre me donnait envie de les découvrir. La réponse est non, pas vraiment.

Lu dans le cadre du
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14 mai 2010

Les visages

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4e de couverture : "Lorsque Ethan Muller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers. Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach"

Je pense que je n'aurais pas acheté ce roman de moi-même. Déjà parce que je ne connaissais pas du tout l'auteur, dont c'est le premier livre publié en France. Ensuite parce que, si sur la couverture il y a écrit "Elu meilleur thriller de l'année par le New York Times", franchement, ça me laisse de marbre. D'autant plus que je ne lis pas ce journal américain n'est-ce pas ? Ici c'est la France, pas les Etats-Unis ! C'est parce que j'ai lu des bonnes critiques sur vos blogs en septembre (chez Canel notamment me semble-t-il de mémoire) que j'avais noté ce roman dans mes tablettes. Et il a fallu qu'un tas d'exemplaires d'occasion me fasse de l'oeil dans une célèbre librairie pour que je me jette dessus illico !

Déjà, pour le genre littéraire, je dirai qu'il ne s'agit pas d'un thriller : rien à voir avec la peur, une action trépidante. Il y a certes eu des meurtres, mais ils datent de dizaines d'années en arrière. L'enquêteur est Ethan, propriétaire d'une galerie d'art qui découvre les dessins d'un inconnu un peu par hasard. Leur auteur, un mystérieux Victor a disparu, s'est volatilisé du jour au lendemain. Ehtan, ébloui par l'oeuvre de cet homme qui a tout du génie, selon lui,  remue ciel et terre pour le retrouver, d'autant plus qu'il est suspecté de meurtres.

Pour moi, ce livre est davantage une parodie de thriller, une mise à distance du genre tel qu'on le connaît pour mettre en valeur l'histoire. Le narrateur déclare dès la première page : "Nous n'avons chacun qu'une histoire à raconter et nous devons le faire comme ça nous vient naturellement. Je ne porte pas de flingue, je ne suis pas coutumier des bagarres ou des courses poursuites en voiture", "Il faut que je fasse plus roman noir, en tout cas j'aimerais bien". Jesse Kellerman pose ici un roman sur la création artistique, l'émotion et le bonheur qu'elle procure, ainsi que sa dimension salvatrice. C'est aussi l'histoire d'une famille qui peu à peu prend forme. Deux récits parallèles finissent par se rejoindre pour donner la solution de l'énigme. Pas de coup de théâtre spéctaculaire pour le lecteur qui au fur et à mesure se doute de ce qui l'attend. Une suprise pour le héros, certes !

Il est à noter que le titre original du roman est The Genius et non pas Les visages. Je trouve que l'éditeur et le traducteur auraient dû tenir compte de ce "détail". Notamment par rapport à la fin du roman (que je ne peux dévoiler) et parce que c'est bien l'histoire d'un génie qui nous est raconté, ou du moins la différence qu'il peut y avoir entre un génie tel que le commun des Mortels se l'imagine et la réalité (du génie qu'est Victor).

En tout cas, Jesse Kellerman donne un coup de griffe au milieu prétentieux des marchands d'arts.

J'ai passé un agréable moment avec ce livre et je ne peux que vous recommander de tester une expérience littéraire d'un nouveau genre !

20 septembre 2010

Ikebukuro West Gate Park

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4e de couveture : "Bienvenue à Ikebukuro West Gate Park. Un square ouvert aux aventuriers urbains, à la sortie ouest de la gare d'lkebukuro C'est là que Makoto et ses amis ont établi leur QG. Makoto a dix-neuf ans, et c'est un trouble shooter, un " solutionneur d'embrouilles ". Des embrouilles. il n'en manque pas dans ce quartier où se rencontrent gamins à la dérive, yakuzas, filles perdues et clandestins dans le Japon de l'envers. Avec pour seules armes son énergie et sa débrouillardise, Makoto résout les énigmes, vient en aide à ceux qui sont dans la détresse, et tente de ramener la paix dans les rues menacées par une sanglante guerre des gangs. Si Ikebukuro West Gate Park a obtenu le Grand Prix de littérature policière au Japon. il dépasse de loin le cadre du roman policier. Quand on referme le livre, on a l'impression de connaître par cœur ce quartier de Tôkyô, chacune de ses ruelles où se côtoient bars à karaoké et love-hôtels, on s'est attaché à chacun de ses habitants. Par petites touches incisives d'un pinceau très rapide, Ishida Ira a produit une œuvre extrêmement originale, dont la toile de fond plutôt noire s'éclaire de soudaines bourrasques de soleil."

Avec ce livre, j'ai eu l'impression de lire du manga et non un roman. On y trouve en quelque sort des "épisodes" des aventures du jeune Makoto, "solutionneur d'embrouilles". Ce héros résoud les problèmes de son quartier et donne à voir au lecteur quelques problèmes de la société japonaise urbaine contemporaine ; les jeunes-filles qui se prostituent pour s'acheter des produits de luxe, la guerre des gangs, la drogue, les yakuzas...

Un livre qui se lit très facilement mais aussi qui s'oublie très vite... Lu il y a un mois, je dois dire que je n'en garde pas un souvenir mémorable. Les personnages sont attachants mais bon, ça s'arrête là. Celui-ci est le premier volume d'une série. Je sais que la télévision japonaise en a fait une série TV. Avis aux amateurs qui veulent se détendre.

30 août 2010

Broderies

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A l'heure où le gouvernement iranien veut lapider une femme, je me suis replongée dans cette BD  de Marjane Satrapi qui date de 2003.

Je ne peux que vous la conseiller à toutes et à tous. J'aime son langage sans fioriture, le franc-parler de ces femmes, qui, après le déjeuner, alors que les hommes vont faire la sieste, autour d'un thé cuit au samovar - et non infusé -, se lancent dans ce qu'elles appellent une "longue ventilation du coeur".

J'aime leur optimisme devant leur condition et la manière dont elles rient de l'absurdité et de l'hypocrisie des coutumes de leur pays tout à l'honneur de hommes au détriment des femmes : le mariage arrangé, la virginité vraie ou refaite, la chirurgie esthétique. Mais aussi les tours de magie pour tenter de conjurer le sort, l'homosexualité, l'attrait pour la culture occidentale, etc. Beaucoup de fraîcheur, d'humour et aucun tabous chez elles.

Petits extraits en texte et en images :

"Et pourquoi c'est les femmes qui doivent être vierges? Pourquoi souffrir le martyr pour satisfaire un connard? Car l'homme qui demande "la virginié" à une femme n'est autre qu'un connard!"

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25 août 2010

Compartiment pour dames

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4e de couverture : "Un jour, Akhila décide de partir vers l'extrémité sud de l'Inde, là où se rencontrent l'océan Indien, la baie du Bengale et la mer d'Arabie, pour faire le point sur une vie qu'elle a l'impression de n'avoir pas vécue. Dans le train qui la conduit à destination, elle fait la connaissance de ses compagnes de voyage, avec lesquelles elle va partager toute une nuit l'intimité d'un compartiment pour dames. A travers leurs confidences Akhila cherche la réponse aux questions qu'elle se pose : une femme a-t-elle vraiment besoin d'un homme pour être heureuse, pour se sentir épanouie ? Comment trouver en soi la force de vivre la vie qu'on a choisie, de redevenir maîtresse de son destin ?
Nul doute que, pour l'auteur, les cloisonnements de la société indienne ressemblent à s'y méprendre à ceux d'un train: "un compartiment y est en permanence réservé aux femmes; il peut se révéler confortable, à condition qu'elles n'en sortent pas".(Michel Grisolia, l'Express)".

Je referme ce livre mais je suis toujours en Inde, avec toutes les femmes croisées dans ce roman, avec leurs luttes pour se faire respecter des hommes et de la société indienne si conservatrice envers elles. Soit belle ma fille/ma femme mais tais-toi.Les divers personnages qui racontent leur vie à Akhila dans le wagon d'un train sont d'âge différents et parfois de milieu social différent, mais toutes ont vécu la même chose : l'humiliation (consciente ou non) de la part des hommes et de la société indienne.
Toutes racontent leur parcours, leurs stratagèmes pour exister en tant qu'être humain à part entière. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, elles ne sont pas forcément cloîtrées à la maison. Certaines ont un travail et ont fait des études supérieures, comme Margaret, la reine de la chimie devenue enseignante; Akhila,45 ans,  est fonctionnaire et c'est elle qui subvient aux besoins de sa famille, même après le décès de ses parents. Alors qu'elle rêve d'avoir son appartement pour elle toute seule, sa soeur et le mari de celle-ci joue "l'incruste" sous des prétextes discutables. Jusqu'au jour où Akhila se révolte et décide de vivre pour elle-même et non comme les autres voudraient qu'elle soit.
On a aussi un petit aperçu des préjugés des Indiens sur les Européens. C'est assez drôle.

Anita Nair raconte, avec beaucoup de délicatesse, ce qui se trame derrière les saris colorés et les odeurs épicées de l'Inde contemporaine, dans un roman dense où s'emboîtent plusieurs récits. J'ai aimé son analyse fine des différentes personnalités féminines du roman et la note d'espoir qu'elle insuffle. En effet, tout le roman est porté par un vent de liberté qui lui donne beaucoup de charme.

Une première expérience avec la littérature indienne il y a quelques années m'avait laissée perplexe et pas franchement convaincue. Ici, Anita Nair m'a réconciliée avec la littérature de son pays et m'invite à aller plus loin dans la découverte d'un pays qui m'effraie encore.

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20 août 2010

Prodigieuses créatures

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4e de couverture : "La foudre m'a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai" Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces "prodigieuses créatures" dont l'existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d'un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique, exclusivement composée d'hommes, qui la cantonne dans un rôle de figuration. Mary Anning trouve heureusement en Elizabeth Philpot une alliée inattendue. Celte vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l'accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d'une rivalité, elle reste, face à l'hostilité générale, leur meilleure arme. Avec une finesse qui rappelle fane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l'histoire d'une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l'une des plus grandes découvertes du XIXe siècle."

A vrai dire, je ne m'attendais pas du tout à un tel récit. Je n'imaginais pas que les deux héroïnes étaient ce qu'elles étaient, à savoir une vieille fille bourgeoise (Elizabeth Philpot) et une paysanne (Mary Anning). En fait, je m'attendais à être directement en contact avec des femmes scientifiques, à être plongée dans le monde de la science. Que Nenni !

L'immense mérite de ce roman est de faire connaître la condition - scientifique - des femmes au début du XIXe siècle. Dans un monde d'hommes, elles voient leurs découvertes réappropriées par ces derniers. Mary et Elizabeth devront, plus d'une fois monter au créneau pour qu'une certaine vérité soit rétablie. C'est d'autant plus difficile pour Mary qu'elle est issue d'un milieu très modeste et habite dans un village perdu bien différent de l'univers londonien. Cependant, au fil du temps, elle arrivera à se faire connaître et à être reconnue.

Ce roman est aussi une histoire d'amitié entre deux femmes que vingt ans d'âge séparent et un milieu social. Une amitié plus forte que tout, même si ce n'est pas un long fleuve tranquille...

J'ai vraiment été happée par le récit dès les premières pages. Le lecteur se retrouve aux côtés de Mary et Elizabeth sur la plage par tous les temps, à fouiller le sable, la glaise et les rochers. C'est incroyable. Un récit prenant donc.
Cependant, j'ai fini par m'ennuyer un petit peu au bout d'un moment. Et j'ai trouvé quelques faits invraisemblables (surtout au début), comme le fait que l'un des éboulements de la falaise, qui a anéanti l'espoir de Mary de dégager son premier "croco", se trouve miraculeusement balayé par une tempête...

Ce livre n'est donc pas un coup de coeur mais un roman que j'ai bien aimé malgré tout, bien écrit et bien documenté.

Voir aussi l'avis de Lou et de Lilly

13 août 2010

Emmeline

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4e de couverture : "Nous sommes à Londres, dans les années trente. Emmeline, vingt-cinq ans, est responsable d'une agence de voyages et partage son toit avec la veuve de son frère, Cecilia. Si tontes deux sont. jeunes, jolies et célibataires, leurs caractères sont aux antipodes : l'indépendante et romanesque Cecilia fascine la timide Emmeline. Leur recherche de l'amour va naturellement les conduire sur des chemins opposés. Tandis que Cecilia se lance avec habileté à la conquête d'un héritier, Emmeline, sous l'influence de sa belle-sœur et de sa vipère de tante, tombe dans les filets d'un égoïste quadragénaire... Face au Mal, l'Innocence dispose-t-elle d'un autre recours que la Vengeance ? "

Elizabeth Bowen offre avec Emmeline (titre VO : To the North) écrit en 1932, un roman so british. Un univers feutré mais où tous les coups bas sont permis pour obliger les réfractaires à rester dans les rails. J'ai détesté la tante Lady Waters ("Georgina, pour les intimes), la commère qui ferait bien de s'occuper de ses oignons. Je n'ai pas davantage apprécié Markie,  qui n'a pas vraiment le courage de ses opinions. J'ai trouvé que Cecilia était plus perfide et plus influençable qu'elle n'en avait l'air. Et qu'en fin de compte, la vraie femme forte dans cette histoire c'est bien Emmeline. Une vraie femme en avance sur son temps, à la tête d'une agence de voyage, qui se frotte au monde des affaires et du travail. A côté d'elles, Cecilia et Lady Waters paraissent d'un autre temps, la seule chose qui leur importe, c'est le mariage et surtout le "qu'en dira-t-on" ...

Le récit s'échappe parfois hors du salon pour donner à voir au lecteur un tout petit peu du monde extérieur. J'ai bien aimé l'épisode de la révolte de la secrétaire à l'agence,  qui, débordée de travail et en mal de reconnaissance, n'hésite pas à critiquer ses employeurs et à balancer à Emmeline : "Ce qu'il y a, c'est simplement que je suis humaine (...) si on mourait sur sa chaise ou si on s'évanouissait, simplement il se pourrait bien que vous le remarquiez! " Et les taxis parisiens, à cette époque déjà, avait la réputation de mal conduire, c'est ce que témoigne le voyage d'Emmeline et de Markie dans la capitale... Un cliché qui m'a fait sourire, un petit coup de dent britannique envers les froggies...

Elizabeth Bowen joue à merveille avec ses personnages et les apparences au fil du roman, ce qui invite le lecteur à s'interroger sur leur nature réelle. Le tout dans style fluide et poétique. J'ai regretté la fin tragique de l'histoire mais elle démontre à quel point les femmes étaient encore prisonnières des carcans d'une certaine société, en ce début de XXe siècle...

C'est le premier roman que je lis de cette Irlandaise, après avoir découvert sa mini-autobiographie il y a peu, avec Sept hivers à Dublin. J'ai déjà programmé d'en lire un autre d'elle, Dernier Automne, antérieur à Emmeline, qui évoque la vie des Anglo-irlandais au début des troubles en Irlande dans les années 20. Affaire à suivre donc et écrivaine à redécouvrir, c'est sûr !

2 août 2010

Les disparues de Vancouver

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4e de couverture : " Pourquoi sortir l'affaire des disparues de Vancouver au moment des Jeux olympiques ? Parce qu'elle en est le négatif absolu... D'un côté, les cimes, la blancheur, la glace, l'exploit, la vitesse, les corps vainqueurs, venus du monde entier, ce que Vancouver veut montrer au monde, une image rêvée... De l'autre, la noirceur, un gouffre au coeur de la ville, les corps vaincus, détruits, drogués, les Indiennes, l'échec, la mort, tout ce que l'on voudrait cacher. " E.F. A Vancouver, les prostituées du downtown eastside disparaissent. Soixante-neuf déjà. Parmi elles, Sarah, jolie, rieuse, pleine de vie. Mais qui se soucie du sort de ces filles qui vendent leur corps pour un peu d'héroïne ? Dans ce roman vrai, émouvant, lucide, Elise Fontenaille offre à Sarah un espoir de survie : tombeau et résurrection."

Tout commence autour d'une plaque commémorative dédiée à la mémoire de onze femmes où sont rassemblées "une centaine de femmes, la plupart indiennes" et "quelques hommes". Le lecteur apprend que ces onze femmes ne sont pas mortes, du moins pas officiellement. "Elles ont juste disparu". Chacune leur tour, en se passant le talking stick, les personnes rassemblées là évoquent ces disparues : toutes ont en commun d'être des filles du Downtown Eastside, "le pire quartier de Vancouver", "le paradis des pédophiles" où s'entassent et survivent les junkies, très majoritairement indiennes, qui se livrent à la prositution pour se payer leur dose. Leur mystérieuse disparition a été signalée à la police. Mais celle-ci rechigne à mener une enquête. Alors, pour tenter de faire bouger les choses, Wayne Leng, l'amour de Sarah, une de ces disparues, a monté un site Internet qui leur est dédié : MISSING. "C'est devenu sa vie, il y travaille jour et nuit". Il est aidé par d'autres comme le georaphic profiler Kim Rossmo qui déclare ouvertement avant de quitter le pays que "si les Disparues avaient vécu dans les bons quartiers de Vancouver, si elles avaient été des femmes blanches convenables, la police ne serait pas restée aussi longtemps sans réagir, on aurait déjà arrêté le meurtrier".

Wayne se transforme donc en enquêteur pour savoir ce qu'est devenue Sarah, sa "métisse de Black et d'Indienne", adoptée par une famille blanche libérale, qui aurait eu tout pour être heureuse si elle n'avait pas été victime du racisme et du rejet dès l'école. Le récit prend une allure de thriller effroyable qui n'est pas sans rappeler les meurtres de Jack l'Eventreur (qui s'attaquait à des prostituées). Les coups de fils anonymes à Wayne annonçant la mort de Sarah se multiplient. Le nombre de disparues ne fait qu'augmenter, la peur gagne aussi les quartiers "blancs", la mairie de Vancouver jette quelques dollars pour tenter de calmer le jeu. Jusqu'au soir où Wayne reçoit l'appel téléphonique d'un homme l'informant d'une drôle de découverte dans un mobile home : des sacs tâchés de sang avec des cartes d'identité. Mais il faudra encore 2 ans et 69 victimes avant que la police ne mette son nez dans les affaires d'un fermier de Coquitlam et découvre son congélateur avec "six têtes de femmes et deux pieds aux ongles laqués sous chaque tête". Le lecteur pense alors être arrivé au bout de l'horreur une fois le meurtrier arrêté. Mais non! Les Indiennes continuent de disparaître dans l'indifférence générale alors qu'il suffira d'un seul meurtre de femme blanche, la soeur d'un adjoint au maire de Vancouver, pour qu'on trouve la mise en garde suivante: "Ne courez pas seule dans les parcs de la ville de Vancouver, faites-vous accompagner." Alors que 69 femmes indiennes, et sans doute davantage, ont été assassinées de manière barbare, transformées en viande hâchée et mangées. "Une scène du crime comparable à un charnier du Kosovo après purification ethnique, à Ground Zero...". Ou encore qu'une seule femme blanche soit assassinée sur l'Autoroute des Larmes pour que les medias se déchaînent, alors que 29 Indiennes y avaient péri ou disparu.

Dans ce récit tiré d'un fait divers réel, Elise Fontenaille dénonce sans détour les conséquences du laxisme des autorités canadiennes vis-à-vis des filles du Downtown Eastside et l'indifférence générale des "autres" citoyens canadiens : le génocide des Indiens par le meurtre de femmes. Pour elle, l'affaire Pickton n'est que la partie émergée d'un iceberg sanglant. Une affaire qui a ébranlé tout le Canada mais ne le rend pas moins coupable, une souillure honteuse . On ne tue pas 69 Indiennes parce que le climat est humide...
Un récit-choc, au style fluide et simple, très documenté, sur les conditions sociales des Indiennes. Un livre dérangeant, qui donne la parole aux victimes, aux rescapées, aux amis et à leurs parents et qui sensibilise le lecteur à une réalité méconnue, à travers une affaire dont on a peu entendu parler en Europe, sauf erreur de notre part. Un livre dédié à la mémoire de Claude Levi-Strauss - et à toutes les Indiennes disparues - qui n'est évidemment pas un hasard. Un bel hommage à ces femmes que l'on n'entend pas.

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3 mars 2010

De pierre et de cendre

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4e de couverture : "Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l'art aux deux filles de Mr Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d'un passé scandaleux... "

Je pensais que ce roman me raconterait le travail du peintre (un peu comme La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier). Que nenni ! Il s'agit là du poids des secrets à la sauce "so british" - ce qui m'a un peu changé du poids des secrets à la sauce japonaise! L'action se déroule dans le Sussex (Angleterre), dans le somptueux mais mystérieux et isolé domaine de Fourwinds - là, le nom m'a fait pensé aux Hauts de Hurlevents et j'ai eu un tout petit peu peur d'un pâle remake !

Les personnages sont complexes et aux premiers abords assez étranges. On se demande ce que c'est que cette histoire de vent d'Ouest qu'il faut à tout prix retrouver. Pourquoi Marianne a pareilles sautes d'humeur, un comportement si changeant. Pourquoi sa soeur est souffrante.  De sucroît le récit alterne deux voix narratives : celle du peintre Samuel Godwin et celle de la gouvernante Charlotte Agnew, l'ensemble étant au fil du récit entrecoupé de lettres adressées aux différents personnages. Un habile moyen de brouiller les pistes et tenir le lecteur en haleine.

Le personnage de Charlotte Agnew m'a profondément agacé pendant une bonne partie du récit : la parfaite vieille fille, coincée, savant tout mieux que les autres etc, jalouse en plus. Juliana semble être effacée, maniuplable par les autres. Et le pauvre Samuel, le benêt de service. Quant au "patriarche", Mr Farrow, il vit retranché dans son bureau à faire on ne sait quoi, très peu présent auprès des autres personnages. Mais quand il parle, on lui donnerait le bon Dieu sans confession (un peu trop, d'ailleurs). C'est Marianne qui semble mener la danse, avec sa beauté du diable, fascinant Samuel,  qui ne sait plus quel comportement adopter, refoulant ses instincts. Tout semble tracé d'avance. Ce qui m'a fait craindre le pire pendant un petit moment...

Cependant, au fur et à mesure, la belle apparence des choses s'efface pour laisser place à bien des suprises! Le lecteur va de stupéfaction en stupéfaction. Il est contraint de revoir son jugement sur les personnages. Le pire n'était pas là où je m'y attendais (à savoir des personnages surfaits, bien au contraire).

J'ai passé un très agréable moment avec ce premier roman que je lis de Linda Newbery. J'ai aimé l'idée originale de s'inspirer de l'histoire d'un peintre "mineur",celle du peintre Samuel James Godwin (1878-1941) pour en faire un roman gothico-baroque digne de ceux du XIXe siècle britannique. C'est un bel hommage. L'irruption de l'Histoire, avec la Première Guerre mondiale dans les dernières pages du roman entérine l'idée que tout n'est jamais écrit d'avance. Les personnages prennent une voie différente de celle à laquelle on les prédestinait.

Linda Newbery évoque avec brio la condition féminine de la fin du XIXe-début du XXe siècle. En sus, un brin d'humour avec la vengeance - surprenante - du scuplteur Gideon Waring (seuls ceux qui ont déjà lu le livre savent de quoi je parle...).

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Je vais maintenant pouvoir entamer la découverte des auteurs victoriens de l'époque victorienne, notamment celle de ce "cher Wilkie", qui commence à s'impatienter sur ma PAL...

Voir aussi les avis de Cryssilda, Karine , Lou et Lilly , qui m'ont mis l'eau à la bouche !

25 février 2010

Les bons chrétiens

Les éditions Phébus ont eu la bonne idée d'éditer en poche le livre qui a fait connaître Joseph O'Connor aux Français en 1996 :

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4e de couverture de l'édition grand format : "Treize nouvelles pour dire - entre les lignes, entre les mots (et par-delà l'aimable mensonge des façades)- ce qu'il en est des tourments de l'âme irlandaise aujourd'hui: en cette fin de siècle où d'autres formes de violences (intimes celles-ci) sont déjà à l'oeuvre. Histoire de nous préparer à des lendemains qui ne chanteront sûrement pas aussi bien qu'il aurait fallu"

(J'applaudis ici la lucidité du rédacteur de la 4e de couv au regard de l'Irlande de 2009 et bien sûr Joseph o'Connor !!!)

Treize récits travaillés au bistouri pour nous raconter, entre cruauté et compassion (et on forcément sans humour), cette Irlande d'après la bataille, qui s'arrange toujours pour montrer au monde un visage d'une exemplaire universalité (Nous sommes tous des Irlandais) lors même qu'elle se délecte mieux que jamais de ses particularismes têtus. Et pour donner la parole à quelques personnages inoubliables: prêtres au coeur brisé, homosexuels traqués par le conformisme ambiant, hommes et femmes infidèles, fanatiquqes de tous bords, joyeux plaisantins - la plupart fortement alcoolisés, tous atteints dans leurs rêves, et qui font de pathétiques efforts pour échapper à la noyade".

Je dois dire que le rire est au rendez-vous de ces histoires pourtant pour le moins tragiques... Mais il s'agit d'un humour qui oscille entre cynisme et pathétisme amenant le lecteur à la réflexion... On n'en sort pas tout à fait indemne.

Mes préférées :

Les Collines aux aguets, qui laisse pour le moins perplexe de l'absurdité des événements;

Faux Départ, un road movie à travers la campagne irlandaise et... ses vaches : après cela on ne regardera plus jamais une vache irlandaise de la même façon !;

L'Evier, qui commence ainsi : "En rentrant du travail, il vit la vaisselle sale dans l'évier. Il comprit qu'elle l'avait quitté".

Pour les fans de Joseph O'Connor, il s'agit d'un "incontournable" !

J'ai eu du mal l'an dernier à me procurer ce livre car quasiment épuisé ou inconnu au bataillon chez les libraires les plus célèbres :(. J'avais fini par le trouver d'occasion via Internet.

La chose est maintenant réparée et mon instinct me dit que si un livre est publié en édition de poche, c'est qu'un nouveau ne va pas tarder à arriver. Chouette ! Même si je suis en retard d'un livre avec Joe : toujours Redemption Falls qui dort sur ma PAL.

2 juillet 2010

La fille tatouée

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4e de couverture : "Joshua Seigl, la quarantaine, écrivain estimé, riche et séduisant, se voit contraint, à cause d'une mystérieuse maladie, d'engager une assistante. Lorsqu'il rencontre par hasard Alma Busch, une jeune femme pauvre et illettrée, recouverte d'intrigants tatouages, Seigl ne peut résister à l'envie de jouer les Pygmalion. Convaincu de lui offrir la chance de sa vie, il lui propose le poste. Malheureusement pour lui, Alma Busch n'est pas la créature vulnérable qu'il croit... La Fille tatouée est un huis clos érotique qui réunit deux visages de l'Amérique : l'élite cultivée, européenne, urbaine, et les exclus du système, analphabètes, sans ressources ni perspectives. Variation magistrale sur le thème du maître et du serviteur, ce roman est sans doute le plus controversé de Joyce Carol Oates."

Tout d'abord un petit bémol concernant la 4e de couverture : je n'ai pas du tout vu dans ce livre de huis clos érotique et le personnage d'Alma (la fille tatouée) est bel et bien vulnérable. Bref, encore une 4e de couv où l'on se demande si celui qui l'a écrite a lu le livre.

Alma est une pauvre fille, défigurée par un tatouage raté (ou une tâche lie de vin sur la joue, on ne sait pas vraiment) et dont le corps est marqué de la même manière de tatouages foirés. Car Alma est une fille marquée au sens propre comme au sens figuré, par son milieu social : Alma vient de l'Enfer, autrement dit du comté d'Akron en Pennsylvannie, ("Achéron", pourrait-on entendre) ravagé. A peine arrive-t-elle a aligner 2 mots (elle ne parle pas, elle marmonne), en cavale pour de mystérieuses affaires. Alma, c'est l'Amérique des mines sinistrées et du chômage, l'Amérique des ratés.

Cette vagabonde a le malheur de croiser sur sa route un autre raté, qu'elle appelle son "amant, car elle se considère uniquement comme un objet sexuel et non une femme à part entière, et qui se prénomme Dmitri. Il la manipule comme une marionnette, lui demandant de profiter du 'sale juif" qu'est Joshua Seigl, l'écrivain et traducteur de Virgile qui emploie Alma comme assistante. Car Alma, comme Dmitri vouent une haine sans bornes aux juifs et à leurs banques qu'ils accusent de vol. Ils ont des préjugés sans bornes à ce sujet-là et le révisionnisme concernant l'Holocauste ne leur fait pas peur.

Seulement voilà, est-on forcément juif parce qu'on s'appelle Josuha Seigl ? Est-on forcément un riche, un voleur, un menteur etc parce qu'on est juif ? Questions stupides certes, mais pas pour Alma et Dmitri, qui n'en reviendront pas!

Ce roman m'a rappelé La Tache de Philipp Roth. Et ce n'est sans doute pas un hasard puisque Joyce Carol Oates dédie le livre à cet écrivain. Elle renverse de façon magistrale un état de fait et une situation qui pourtant paraissaient solides sur l'identité des personnages.

Les deux Amériques finissent par à se rencontrer, se parler. Seulement voilà... (je n'en dit pas plus!).

Joyce Carol Oates dresse là un portrait très noir de l'Amérique contemporaine. Une atmosphère étouffante enserre le lecteur du début à la fin. Jusqu'à l'épuisement, pourrais-je dire. Aucune sympathie ne se dégage des personnages. Ils sont tous aussi agaçants les uns que les autres. C'est du moins ainsi que je les ai perçus.

C'est le premier roman que je lis de cet auteur. J'en retiens une impression mitigée. J'ai eu un peu de mal avec son style d'écriture et, sans doute avec cette atmosphère étouffante et donc pas très reposante. J'ai cependant été bluffée par la façon dont elle se joue du lecteur et des personnages. Un roman riche, complexe et un zeste sulfureux, c'est clair.

30 mai 2010

Tête de chien

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4e de couverture :" Nous, on aimerait vraiment savoir comment il a survécu, pour être franc, on aimerait vachement le savoir. On voudrait savoir comment il s'en est sorti, ce qui explique que moi, le plus jeune, et ma soeur Stinne, l'aînée, nous sommes venus au monde. Mais Grand-Père se referme comme une huître et descend du schnaps. Il refuse de raconter ce que les Allemands lui ont fait. "La peste ou le choléra", dit-il à la place. " Entre Norvège et Danemark, des années trente à nos jours, ce récit cocasse célèbre la famille, pour le meilleur comme pour le pire. De la rencontre d'Askild et de Bjerk naît une ribambelle de personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Morten Ramsland réussit à conjuguer bonheurs et malheurs avec une impertinence et une légèreté tout enfantine, sans oublier l'amour."

Tête de chien, c'est le surnom du narrateur (Asger, de son vrai nom) qui raconte l'histoire de sa famille, transbahutée entre la Norvège et le Danemark.

Tout commence par le grand-père Askild, échappé d'un camp de concentration en Allemagne, en échange de la vie d'un autre. Un passé dont ce grand-père, alcoolique notoire et peintre cubiste à ses heures, ne se remettra jamais et engendrera une descendance haute en couleurs. De sa rencontre avec (Grand-mère) Bjork, qui, à l'époque avait pour marque de fabrique d'avoir les gencives qui saignent, naîtra Niels Junior, autrement nommé Feuille de chou (à cause d'une paire d'oreilles digne de Jumbo l'Elphant), tête de turcs des autres gamins jusqu'au jour où son cousin Tête de Pomme lui montre comment décocher des coups de pieds à l'endroit sensible masculin pour se faire respecter et dont la voix - imaginaire - de la Dent Dure lui révèle comment faire fortune au port de Bergen grâce à la chasse aux crabes géants. Feuille de Chou est le frère aîné d'Anne Katrine l'attardée mentale, dite La Merdeuse (qui deviendra une grosse tata au quintal gélatineux, moquée par Tête de chien, son neveu, et sa nièce, Stinne, qui passe leur temps à la traiter de "grosse tomate". Anne Katrine est la grande soeur de Knut, le petit frère qui a mis les voiles pour la mer le jour de ses 14 ans en lui promettant de revenir la chercher pour l'emmener avec lui en voyage en bateau où elle pourra boire des jus de fruits à longeur de journée.

Car fiche le camp est une spécialité des enfants de cette famille : Feuille de chou disparaît dans la forêt ensorcelée du Nordland, habitée par des personnages et animaux fantastiques. Il y entre adolescent boutonneux pour en ressortir une semaine plus tard, homme, ayant rencontré 2 jeunes filles féériques, une blonde et une brune ! Seulement voilà, il aurait mangé des champignons hallucinogènes...

Le cousin Tête de Pomme a pris le large à bord d'un bateau pour fuir ses responsabilités vis-à-vis d'une jeune fille. Mais c'est pour mieux revenir, transformé en héros des temps modernes, en mec, en vrai, tatoué et tout (je ne vous dirai pas où!) aux yeux de Knut qui suivra son exemple.

Tête de chien à son tour, fuit à Amsterdam pour ses études de peinture.

Des personnages qui passent leur temps à fuir une réalité économique et familiale un peu difficile : Askild se fait virer chez tous les employeurs à cause de son alcoolisme, les affaires de Tête de chou adulte péréclitent, les grand-parents sont trop envahissants. Etre ailleurs pour être "comme des coqs en pâte", selon l'expression d'Askild. Voici donc un petit aperçu de cette famille pas tout à fait comme les autres.

Un roman dense, très drôle et bourré de tendresse, parfois triste aussi. Un saga familiale danoise que je lâche difficilement. J'espère qu'un jour Morten Ramsland écrira la suite car franchement, c'est génial. Une narration vive et franche où un chat s'appelle un chat, sans fioriture, mais d'où la poésie n'est cependant pas absente.

Une belle découverte avec cet écrivain danois dont j'ignorais jusqu'à l'existence il y a peu.

Je remercie les Editions Gallimard et Babelio pour l'envoi du livre, dans le cadre de la 8e édition de la Masse Critique.

13 janvier 2010

Samedi

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4e de couverture : "Pour Henry Perowne - neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d'un musicien de blues et d'une poétesse - ce devrait être un samedi comme les autres. Pas question d'aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant... Un banal accrochage et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée. Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant. Tout en faisant diaboliquement monter le suspense, McEwan entrelace évènements planétaires et privés avec une telle virtuosité que cet étrange samedi devient la métaphore de toutes nos vies fragiles d'Occidentaux pris dans la tourmente de ce début de siècle. Et cette réflexion profonde sur le hasard et le destin, les pouvoirs respectifs de la science et de l'art, la quête d'un sens qui résisterait à la mort nous montre une fois de plus, après Expiation, un romancier parvenu à la plénitude de son art. "

Le récit des 24h d'un homme ordinaire, heureux, mais se croyant un peu trop à l'abri des vicissitudes du monde, à cause de sa situation sociale aisée. Jusqu'au jour où, pour une broutille, la violence gratuite se déchaîne et retourne sa vie et sa vision des choses.

Le rythme de ce  récit 375 pages suit le rythme de la vie, d'abord très tranquille (trop tranquille!) d'Henry Perowne pendant la première moitié du roman. Une petite alerte toutefois, au réveil. Puis, à partir de l'"incident", tout s'accélère. Le suspens monte en flèche, jusqu'au dénouement final, les événements extérieurs téléscopent la vie d'Henry. Du grand art narratif.

J'ai beaucoup aimé, comme tous ceux que j'ai lu précédemment de McEwan. Un livre qui se lit en prenant son temps. L'inverse d'un thriller. Ou plutôt un thriller à la McEwan dont lui seul a le secret.

Le prochain au programme de ma PAL : L'innocent, qui au regard du résumé, me fait déjà saliver !

17 mars 2010

La mécanique du coeur

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4e de couverture : "Edimbourg, 1874 : le jour le plus froid du monde. Lorsque Jack naît, son cœur gelé se brise immédiatement. La sage-femme le remplace par une horloge et le sauve. Depuis lors, il doit prendre soin d'en remonter chaque matin le mécanisme. Mais gare aux passions ! Le regard de braise d'une petite chanteuse andalouse va mettre le cœur de Jack à rude épreuve... "

Tout est dit, dans cette histoire d'amour sous forme de conte fantastique au charme désuet. J'ai beaucoup aimé cet univers à la Tim Burton, par le chanteur du groupe Dionysos. Un style très simple à l'allure enfantine. Je crois même que ce livre a fait l'objet d'une comédie musicale.

Une jolie lecture de printemps que je vous conseille, c'est très divertissant !

13 mars 2010

Le martyre des Magdalènes

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4e de couverture : "Lessivé, rincé par sa dernière enquête, l'ancien flic de Galway Jack Taylor tente d'en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness. Alors qu'il répète à qui veut bien l'entendre qu'on ne l'y reprendra plus, il est contraint par un caïd psychotique à retrouver "l'ange des Magdalènes". Cette bonne sœur aurait, dans les années soixante, sauvé des jeunes filles mises au ban de la société dans le sinistre couvent des Magdalènes. Filles-mères reniées de tous, ces femmes y travaillaient comme blanchisseuses dans d'effroyables conditions pour s'y laver de leurs péchés, et cela même si elles avaient été violées par un frère, un père ou un voisin. Ce qui s'annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de jack Taylor ne fait que commencer... "


Noir c'est noir ! C'est le moins que l'on puisse dire en lisant ce roman policier, qui relève plutôt du roman noir. Mais noir à la façon irlandaise... donc l'auto-dérision n'est jamais loin. Même si ce roman est très sarcastique, c'est le moins que l'on puisse dire.
L'intrigue passe largement au second plan et c'est là le tour de force de Ken Bruen. Arriver à tout de même à maintenir un suspens en parlant plus du héros que de l'intrigue proprement dite. Nous suivons en effet plutôt la dérive de Jack Taylor, ancien garda ayant viré "privé", alcoolique notoire en voie de rédemption grâce à quelques "cachetons" de drogue !
On s'attache à ce personnage tout aussi psychotique que les "méchants pas beaux" qu'il poursuit. Ce héros pas comme les autres porte sur la société irlandaise un regard féroce. L'Eglise en prend un coup dans les dents avec l'évocation des Magdalènes. La "mafia" irlandaise n'est pas en reste non plus.

J'ai adoré écumer les pubs de Galway avec ce héros et revisiter une ville que je ne connais pas si bien que ça !
J'ai hâte de découvrir les autres aventures de Jack Taylor car c'est le premier roman que je lis de cet auteur so irish.


Ce que l'on dit du romancier :
"Ken Bruen est né en 1951 à Galway. Après une carrière qui lui fait parcourir le monde, il crée les inspecteurs Roberts et Brant puis le privé Jack Taylor dont Le martyre des Magdalènes est la troisième enquête. Son style incisif et la férocité désarmante de ses personnages l'ont d'emblée placé parmi les meilleurs de sa génération."

6 mars 2010

Le mec de la tombe d'à côté

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4e de couverture : "Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante. C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures."

Autrement dit, c'est l'histoire d'une intello, veuve précoce, qui rencontre un paysan de son âge, vieux garçon, n'ayant jamais vécu qu'entre les jupons de sa mère.  Et de surcroît elle s'appelle Désirée et lui Benny. Ca fait un peu cliché, non ?

Le récit alterne entre le point de vue de Désirée et celui de Benny. Le lecteur s'aperçoit ainsi rapidement du fossé qui sépare les deux personnages, malgré leur histoire d'amour. Cela dit, on sent que ça ne va pas vraiment virer à la tragédie ni au pugilat.

En fait, je ne sais pas trop pourquoi j'ai acheté ce roman, dont ni le titre (un peu glauque au premier abord) et encore moins la couverture ne me plaisaient. Sans doute à force de le voir partout et en tête des ventes. Bref, j'ai cédé à la curiosité. Et je dois dire que j'ai passé un bon moment. Mais sans plus. C'est divertissant, bien traduit, plein de fraîcheur et d'humour. Un vrai roman de vacances. Cependant, il m'a manqué un je-ne-sais-quoi qui aurait fait la différence. Notamment la fin qui n'a pas été, pour moi en tout cas, une grosse surprise. Même si j'ai trouvé le stratagème un peu tiré par les cheveux... C'est "gentil", quoi.

Donc un avis mitigé en ce qui me concerne.  Dommage car c'est le premier roman suédois que je lis.

16 janvier 2010

Hiver arctique

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4e de couverture : "Le corps d'un petit garçon était couché dans la neige lorsque la voiture d'Erlendur est arrivée au pied de l'immeuble de banlieue, en cette fin d'après-midi glaciale de Reykjavik. II avait douze ans, rêvait de forêts, ses parents avaient divorcé et sa mère venait de Thaïlande, son grand frère avait du mal à accepter un pays aussi froid. Le commissaire Erlendur et son équipe n'ont aucun indice et vont explorer tous les préjugés qu'éveille la présence croissante d'émigrés dans une société fermée. Erlendur est pressé de voir cette enquête aboutir, il néglige ses autres affaires, bouscule cette femme qui pleure au téléphone et manque de philosophie lorsque ses enfants s'obstinent à exiger de lui des explications sur sa vie qu'il n'a aucune envie de donner. La résolution surprenante de ce crime ne sortira pas Erlendur de son pessimisme sur ses contemporains. Dans cet impressionnant dernier roman, Indridason surprend en nous plongeant dans un monde à la Simenon. Il a reçu pour ce livre et pour la troisième fois le prix Clé de Verre du roman noir scandinave. "

Autant le dire tout de suite : j'ai été déçue !

Des fausses pistes qui s'accumulent jusqu'à quasiment la fin du roman et qui ont fini par me lasser. Certes la fin est un coup de théâtre et elle est terrible mais elle laisse un sentiment final de "décousu".

Indridason n'épargne pas son pays mais en même temps ne va pas au bout de ses idées, c'est du moins le sentiment que j'ai eu, à cause de cette fin absurde qui fait suite à une analyse sociologique assez fine. Dommage. Cela dit, la nature humaine en prend pour son grade.

J'attends tout de même avec impatience la sortie du prochain roman, en février 2010, car j'aime beaucoup les personnages. J'espère juste que ce sera au niveau des autres romans qui oscillent entre "très bon" et "excellent".

Voir aussi l'avis d'Aifelle.

2 janvier 2010

Le bonhomme de neige

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4e de couverture : "Oslo, novembre 2004, la première neige tombe sur la ville. Dans le jardin familial des Becker, un bonhomme de neige fait irruption, comme sorti de nulle part. Le jeune fils remarque qu'il est tourné vers la maison et que ses grands yeux noirs regardent fixement leurs fenêtres. Dans la nuit, Birte, la mère, disparaît, laissant pour seule trace son écharpe rose, retrouvée autour du cou du bonhomme de neige. Dans le même temps, l'inspecteur Harry Hole reçoit une lettre signée "le bonhomme de neige" qui lui annonce d'autres victimes. Plongeant son nez dans les dossiers de la police, Harry met en lumière une vague de disparitions parmi les femmes mariées et mères de famille de Norvège. Toutes n'ont plus donné signe de vie le jour de la première neige. D'une sobriété étonnante, Harry Hole va se retrouver confronté, pour la première fois de sa carrière, à un tueur en série agissant sur le territoire norvégien et qui le conduira jusqu'au gouffre de sa folie"

C'est le seul livre que j'ai lu de ce romancier norvégien. C'est avec ravissement que j'ai suivi l'inspecteur Hole à travers les rues d'Oslo et de Bergen, villes que je connais un peu.

Mais à vrai dire, j'ai un peu eu du mal à accrocher pendant les premières pages. Puis je me suis prise au jeu et j'ai suivi l'Inspecteur sur les fausses pistes ! Une fin à laquelle je ne m'attendais pas. Et l'idée du "bonhome de neige" comme criminel est originale.

Bref, je garde un bon souvenir de cette découverte faite il y a maintenant plus d'un an et j'ai d'ailleurs un autre livre de Jo Nesbo dans ma PAL. Donc j'en reparlerai sûrement.

30 décembre 2009

Les mystères de la Lune

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4e de couverture : En 667, sœur Fidelma, princesse, religieuse et juriste dont la renommée s'étend sur les cinq royaumes d'Eireann, se morfond au château de Cashel depuis la naissance de son fils, quelques mois auparavant. Lorsqu'un chef de clan vient solliciter son aide pour résoudre une série de crimes sauvages, perpétrés lors des nuits de pleine lune sur des jeunes filles de son village, elle accepte aussitôt, prête à renouer avec l'aventure et le mystère. Dans une atmosphère lourde où la peur, la soif de vengeance et les mythes païens contribuent à la confusion générale, l'intrépide religieuse devra garder la tête froide pour débusquer le coupable, avec ou sans l'aide des astres !

(Publié en France en janvier 2009).

Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que Fidelma et Eadulf ont maintenant un enfant ensemble !! Mais il faut dire que je n'ai pas lu la Dame des ténèbres, qui fait directement suite au Pélerinage de soeur Fidelma, parce que tout simplement je ne savais pas que c'était la suite et que d'autres volumes ont été publiés en "vrac" en France, parasitant un peu la suite logique de la série. Donc pas évident de s'y retrouver.

Au-delà de l'intrigue policière, Peter Tremayne aborde, dans ce volume riche, de nombreux sujets, dont les préjugés, le racisme et la condition féminine en Irlande au 7e siècle. Tout un programme...

On retrouve dans cette aventure une Fidelma qui doute... d'elle-même, non en tant que juriste (et religieuse) mais comme mère, femme et compagne d'Eadulf...

Jusqu'à présent, c'est pour moi un des meilleurs que j'ai lus, avec le Pélerinage. J'espère avoir encore de bonnes suprises en 2010 !

10 janvier 2011

Silence radio

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Kevin Brace, animateur radio vedette déclare un matin à M. Singh, livreur de journaux de 74 ans et ancien mécaniciens en chef des chemins de fer indiens : "Jel'ai tuée, monsieur Singh, je l'ai tuée", en parlant de sa femme, Katherine Torn, qui gît morte dans la baignoire de l'appartement. Brace n'oppose aucune résistance quand l'agent de police Kennicott vient l'interpeler suite à l'appel téléphonique de M. Singh. Et il n'ouvrira plus jamais la bouche tout au long de l'affaire, se réfugiant dans un mutisme qui affligera autant son avocate, Nancy Parish que l'inspecteur Ari Greene et le procureur adjoint Albert Fernandez, ne communiquant plus que par messages griffonnés sur une feuille et ne révélant aucun indice supplémentaire.

L'originalité du récit repose sur le fait qu'a priori le meurtrier est déjà connu du lecteur et des enquêteurs. L'intrigue repose sur le motif du meurtre et le fait qu'il y ait eu ou non préméditation. C'est du moins ce que l'on croit pendant une bonne partie du livre. Cependant, au fur et à mesure de l'enquête, on découvre que l'affaire est plus complexe qu'elle n'y paraît et surtout que dire "Je l'ai tuée" ne veut pas forcément dire être coupable de meurtre. Robert Rotenberg montre ici un monde judiciaire un peu trop pressé de classer les affaires et de désigner les coupables. Il montre du doigt des procureurs qui n'hésitent pas à commettre "des actes contraires non seulement à la légalité de la procédure mais aussi à leurs obligations devant la cour" pour mieux barrer la route à un jeune procureur débutant et prometteur, Albert Fernandez, fils d'ouvriers et immigré chilien.

Tout au long du roman on découvre la part d'ombre des personnages. Robert Rotenberg cherche là aussi à aller au-delà des apparences. L'agent Kennicott est en fait un ancien avocat reconverti, suite au meutre de son frère et à l'assassinat de ses parents par un chauffard ; Ari Greene, inspecteur de police est fils de rescapé de la Shoah et amant de Jennifer Raglan, chef des services du procureur; la victime, Katherine Torn, était alcoolique et très violente (elle a brisé les cordes vocales de sa mère en tentant de l'étrangler) et elle était la seconde épouse de Brace, lui-même père d'un enfant autiste, qui a été retiré à la garde de sa première femme, Sarah McGill; Sarah McGill est resté en très bon terme avec son ex-mari qui l'aimait toujours, ce que ne supportait pas Katherine. Au fil du récit, les évidences deviennent des incertitudes. Et c'est bien sur une incertitude que se conclut l'intrigue, mais aussi sur une victoire (qu'un innocent ne soit pas condamné à 25 ans de prison) grâce à une équipe volontaire de policiers, juges et avocat, soucieux des procédures, et attentifs aux détails.

Ce roman policier a également l'originalité de mettre en scène à la fois le monde de la justice et celui de la police, celui du petit monde grouillant et sans pitié du Old City Hall de Toronto (titre V.O. du livre, d'ailleurs). Le suspens devient de plus en plus haletant au fil des pages. Le style simple, reposant sur de nombreux dialogues et une description des problèmes contemporains de Toronto (les embouteillages!) en font un livre agréable à lire dans lequel on s'immerge facilement.

C'est le premier roman de l'auteur, avocat de son état. Et je pense qu'on risque d'en entendre reparler. Une belle découverte.

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28 décembre 2010

Avec vue sur l'Arno

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4e de couverture : "Lucy Honeychurch n'aurait jamais pu partir à la découverte de l'Italie comme toute jeune Anglaise de bonn famille sans la surveillance d'un chaperon zélé, sa cousine Charlotte. A leur arrivée à Florence, les deux voyageuses constatent avec dépit que la chambre qui leur a été réservée n'a pas de vue sur l'Arno. En violation de toutes les convenances, deux inconnus, M. Emerson et son fils George, leur proposent de leur échanger la leur qui, elle, donne sur le fleuve. L'attitude cavalière de George envers Lucy et le peu de résistance qu'elle lui oppose poussent Charlotte à décider d'abréger leur séjour. Mais le hasard va de nouveau réunir les Emerson et les Honeychurch, en Angleterre cette fois... Un roman délicieux sur l'éveil des sentiments et le poids des conventions sociales par un des maîtres de la littérature anglaise."

S'il y a des personnages que l'on a vraiment envie de "claquer" du début à la fin, c'est bien cette vieille fille de Charlotte qui a un avis sur toutes choses et, de préférence, à la place des autres, en particulier, évidemment, de sa cousine Lucy. On ne peut lui trouver aucune qualité, mais bien que de l'hypocrisie (la fin du roman est d'ailleurs édifiant à son égard). L'autre personnage très agaçant et Cecil, le fiancé de Lucy. Il n'a pas encore compris que penser à la place des gens, et surtout des femmes, ne va pas beaucoup l'aider.
Quant aux Emerson, ils sont "excentriques" au regard de leur époque. Ils ne réflèchissent pas aux conventions, ils font ce qui leur semble bien. En particulier George, franchement impulsif ! Toute l'intrigue reposant sur ce fameux baiser volé à Lucy au milieu d'un pré de violettes.

Si j'ai eu quelque peu de mal à entrer dans l'histoire pendant les deux premiers chapîtres, je me suis totalement laissée emporter pas les pages suivantes. J'ai beaucoup apprécié l'ironie très sarcastique de E. M. Forster, son  humour (et je pense qu'il faut relire le livre une fois terminé car la narration est riche, dense et laisse sans doute échapper des choses). De l'originalité dans la narration elle-même où le narrateur commente l'attitude des personnages.

Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir cet auteur, et en particulier ce roman,  dont je n'ai lu quasiment que de bonnes critiques. C'est chose faite et j'ai eu de la chance car l'ouvrage n'est plus édité en France, ce qui est assez incompréhensible. On le trouve cependant d'occasion (mais à un prix déraisonnable) ou dans les bonnes bibliothèques. Je ne sais pas si c'est également le cas pour ses autres roman, mais j'espère que non, car j'ai l'intention des les découvrir, en particulier Sur la route des Indes.

5 octobre 2013

Cent ans

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4e de couverture : "Cent ans séparent Herbjørg de son arrière-grand-mère. Cent ans d'histoire, d'amours, de déchirements, durant lesquels quatre générations de femmes se passent en flambeau la honte familiale. À travers les passions et luttes silencieuses de ses ancêtres, dans le coeur aride des îles Lofoten, Wassmo reconquiert la douleur des origines. Pour naître à soi-même, enfin."

Herbjorg Wassmo est une écrivaine majeure de la littérature norvégienne contemporaine. Malgré toute ma passion pour la littérature nordique, je ne l'avais encore jamais lue. C'est maintenant chose faite, avec Cent ans, sa dernière oeuvre traduite en français !

Herbjorg Wassmo a écrit beaucoup de romans, en particulier des triologies mais celui-ci est, j'imagine, le plus intimiste puisqu'il est autobiographique. En effet, l'écrivaine évoque sa famille, en particulier les vies de son arrière-grand-mère, Sara Suzanne, celle de sa grand-mère, Helida et enfin celle de sa mère, Hjordis. Celle de son arrière-arrière-grand-mère, "Madame Lind", est juste évoquée rapidement. Cependant Herbjorg Wassmo signale, comme un avertissement au lecteur :"Le point de départ de mon histoire, la rencontre de Sara Suzanne avec la pasteur-peintre Jensen, je ne l'ai trouvée décrite nulle part. Et même si cela était, je ne l'aurais pas prise à la lettre. Celui qui raconte une histoire choisit ce qui lui convient de raconter." Voilà pour qui voudrait prendre tout au pied de la lettre !

Ce qui ressort de ce gros roman (plus de 500 pages au format poche), c'est tout d'abord une atomsphère merveilleusement retranscrite, celle ce la vie aux îles Lofoten au nord de la Norvège mais aussi celle de la vie dans la capitale, Christiania (ancien nom d'Oslo) qui est pour Helida et les siens comme un pays étranger.

Cette fresque familiale présente aussi trois femmes au caractère bien trempé, que leur maternité à répétition, leur famille nombreuse ne pourra effacer, même si la vie dont elles avaient rêvé (parcourir le vaste monde) ne sera pas vraiment celle qu'elles avaient imaginé. Helida voyagera, certes, mais pas vraiment pour le plaisir, mais pour emmener son mari cardiaque chez un spécialiste à Christiania. Sara Suzanne échappera à son quotidien grace au pasteur Jensen, bien qu'elle n'ait rien prémédité... Hjordis se privera de tout pour s'acheter une bicyclette mais c'est l'invasion nazie qui la fera partir et la séparera de Hans, son cher et tendre.

Il est aussi beaucoup question d'amour dans ce roman, et de mort. Les hommes sont attachants. Johannes, le mari de Sara Suzanne est bègue et communique par écrit quand l'émotion est trop forte. Ce n'en est pas moins un pêcheur et commerçant de génie qui fera la fortune de sa famille. Le pasteur Jensen est un artiste qui n'a d'yeux que pour Sara Suzanne et dont le magnifique retable représentant l'ange qui tend la calice au Christ n'est autre qu'elle, si reconnaissable... Trouvée sur une brochure sur la cathédrale des îles Lofoten par la fille de Herbjorg Wassmo, elle lui donnera l'idée d'écrire ce roman, remarquant que cent ans exactement sépare la naissance de son propre fils de celle de Sara Suzanne.

Ce roman est une fresque familiale sur cent ans, certes, mais qui possède la particularité de ne pas suivre l'ordre chronologique. C'est un peu déroutant au début, d'autant que les personnages sont nombreux mais on s'y habitue. Cela l'avantage de rendre le passé vivant, de ne pas reléguer ces femmes à un monde disparu, au contraire.

Une lecture captivante donc. Herbjorg Wassmo rend ici un vibrant hommage à sa famille et parvient à vous embarquer. Une fois le livre en main, j'ai toujours eu du mal à le lâcher tant ses personnages sont attachants. On reste longtemps imprégné de la vie dans le Nordland.

Un de mes coups de coeur 2013 !

 

 

3 janvier 2014

Philomena

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4e de couverture : " Philomena retrace le destin bouleversant d'une mère et de son fils qui, séparés leur vie entière, ont tout fait pour se retrouver.
Lorsqu'elle tombe enceine, en 1951, Philomena Lee n'est qu'une adolescente. Dans l'Irlande d'alors, avoir un enfant hors mariage est un péché. Rejetée par les siens, elle est envoyée au couvent de Rosecrea. Pendant trois ans, Philomena travaille à la blanchisserie et ne peut voir son fils Anthony qu'une heure par jour. Une heure de soleil au milieu du labeur quotidien. Mais le 18 décembre 1955, Anthony Lee lui et enlevé et part avec sa famille adoptive - de riches Américains.
Philomena a malgré tout voué les cinquante années suivantes de son existence à chercher son fils, se heurtant sans cesse au silence de l'Eglise. Elle ignore que, de son côté, celui-ci a entrepris la même quête. Rebaptisé Michael Hess, le garçon est devenu un avocat réputé avant de travailler au sein du Parti républicain sous les administration Reagan et Bush. Il cache des années durant son homosexualité, puis sa séropositivité, à son entourage. Condamné par la maladie, il décide de partir pour l'Irlande, sur les traces de sa mère. Pour se heurter lui aussi au mutisme des religieuses...."

 

Autant vous dire tout de suite que je vais pousser un coup de gueule parce que le titre de ce livre et la quatrième de couverture sont trompeurs

Tout d'abord le titre : le titre original est The Lost Child of Philomena Lee. Et comme vous le remarquerez ici, l'éditeur français a choisi Philomena,  en référence au film de Stephen Frears qui sort ces jours-ci et qui est annoncé sur la couverture.
Ensuite la quatrième de couverture annonce que le livre "retrace le destin bouleversant d'une mère et de son fils qui, séparés leur vie entière ont tout fait pour se retrouver".

Or s'il est bien question de Philomena (et de sa vie chez les soeurs, de la séparation d'avec son enfant etc.) pendant la première partie du livre (soit 108 p.), tout le reste ne parle absolument pas d'elle dans ce pavé de plus de 500 pages, mais de la vie de son fils, reconstituée d'après l'enquête menée par le journaliste britannique Martin Sixsmith, à la demande de la fille de Philomena, Jane Libberton. Il n'est question de Philomena, qu'à la toute fin du livre, de la page 484 à l'épilogue.

Tout ça pour dire que ce que j'ai lu ici, du coup, n'était pas du tout ce à quoi je m'attendais et que c'est de la vie de l'enfant aux Etats-Unis dont il s'agit.

Passons maintenant au contenu à proprement parler. Evidemment, l'histoire d'Anthony Lee (devenu l'Américain Michael Hess suite à son adoption) est touchante, on peut difficilement dire le contraire. Mais j'ai regretté que le récit fasse pas mal dans le pathos et, il faut bien le dire, dans une forme de voyeurisme quant à l'homosexualité de Mike, avec des descriptions sur sa vie intime, puis sa longue agonie des suites du sida.

Par contre, l'ambiance de chasse aux sorcières concernant les homosexuels aux Etats-Unis est bien restituée. Et c'est toute l'ambiance de l'Amérique du milieu des années 50 aux années 90 qui est intéressante, avec le jeu des rouages politiques. De même j'ai apprécié l'aspect documentaire des années 50 en Irlande, l'embarras de Frank Aiken, alors ministre des Affaires étrangères de l'Etat libre d'Irlande sous le gouvernement De Valera, concernant le trafic d'enfants vendus par l'Eglise à de riches Américains, la mainmise de l'Eglise sur l'Etat pour des raisons de gros sous. J'aurais voulu que cela soit approfondi.


Par ailleurs, comme le souligne Judi Dench dans la préface, si ce livre brosse un portrait noir de l'Eglise catholique irlandaise, il ne verse pas non plus dans le manichéisme et montre qu'il y avait quand même des religieux bienveillants, même si trop peu nombreux, qui essayaient de faire de leur mieux à titre individuel. Mais aujourd'hui encore, il est très difficile pour un orphelin irlandais ou pour ses parents d'arriver à se retrouver car, suites aux scandales concernant la vie des filles-mères dans les couvents, les documents compromettants ont été détruits par les religieux. Et, entre les sociétés d'adoption, le comité d'adoption irlandais et le ministère des affaires étrangères, chacun se renvoie la balle...

Enfin, l'écriture elle-même m'a laissée indifférente et je tire une impression globale de maladresse concernant ce livre qui se veut un "document". Le film de Stephen Frears parle sans doute d'autre chose : de l'enquête menée par Martin Sixsmith et Philomena pour retrouver la trace d'Anthony.

Voici, à titre d'info, la couverture de l'ouvrage original de Martin Sixsmith :

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Je remercie néanmoins Babelio et les Presses de la Cité pour l'envoi du roman.

25 avril 2015

Academy Street

 

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Traduit par Madeleine Nasalik

Tess a sept ans quand sa mère décède de la tuberculose, dans l'Irlande des années 40. Dès cet instant, la petite fille a le sentiment que sa vie sera difficile, comme si le sort en était jeté. C'est d'ailleurs comme une malédiction qu'elle interprète le regard insistant d'une petite fille des gens du voyage à son égard. Tess lui tire la langue (espérant attirer son attention) et plus tard, elle apprend que la gamine est morte. Elle en perdra l'usage de la parole pendant quelques temps.
Dès les premières pages, la vie de Tess semble être sous le signe de la malédiction, de la solitude, du silence et de la mort. Elle s'imagine même que c'est Easterfield, la vieille maison où vit la famille qui "a cet effet-là, tout le monde y devient silencieux". Son instituteur lui apprendra que des gens y sont morts, du temps de la Grande Famine, enterrés dans le domaine après avoir été couverts de chaux pour éviter la propagation de la maladie...

Sa soeur aînée s'envole pour New-York où elle a trouvé du travail par le biais d'une tante. A son tour, sur les traces de sa soeur, Tess s'envole outre Atlantique, laissant sa famille en Irlande. Là-bas, elle devient infirmière, celle qui par son métier même soigne les maux des autres. Elle se fait des amis. Mais se sent toujours seule. On pense, pendant un moment que Tess va rompre sa solitude, avec l'arrivée dans le récit d'un beau jeune homme, originaire de Dublin, avocat. Elle se sent pousser des ailes pour changer sa vie. Mais c'est un fiasco et l'oiseau, après avoir obtenu ce qu'il voulait, disparaît, lui laissant, au passage, un embarrassant souvenir, le genre de souvenir qui fera s'éloigner sa famille restée en Irlande...

Le plus agaçant dans cette histoire, c'est que Tess ne se révolte pas. Elle n'a rien d'une femme exceptionnelle. Si elle n'entre pas dans le "moule" de la femme mariée avec des enfants, stéréotype de l'époque, ce n'est pas  par choix. Elle sera mère célibataire et indépendante davantage parce qu'elle accepte son sort faute d'arriver à faire aboutir désirs personnels, ses voeux les plus chers. Elle a quelque chose qui dépasse un peu l'entendement. Même son fils Théo qui dira : "Ca ne t'est jamais venu à l'idée que ce sont peut-être les autres qui se sentent dépassés par toi ?"  C'est mon sentiment via-à-vis de ce personnage. 

Des années 40 à nos jours, Mary Costello  peint le portrait d'une femme désepérement seule et fataliste. Le traumatisme du décès de sa mère pendant son enfance lui fera porter sa vie comme un fardeau, pendant que la mort s'amoncelle autour d'elle.
Une écriture qui s'attache aux détails avec beaucoup de poésie. Un roman qui accorde une grande importance aux bruits, aux jeux de lumières, au passage des saisons, au temps qui s'écoule inexorablement.
La vie de Tess n'est pas décrite avec pathos, juste donnée à voir.  Mais la fin du roman est  tellement tragique que le lecteur en a les larmes aux yeux. Prit par surprise, il se révolte et se dit que la vie de Tess n'est pas juste.

Voici le premier roman de Mary Costello traduit en français. Une belle découverte qui ne laisse pas de marbre. Pour ma part j'ai trouvé Tess agaçante sans pourtant la trouver antipathique. On se prend même vraiment d'empathie pour ce personnage un peu trop accablé par la vie quand arrive la fin du roman.
Un tour de force littéraire.




 

28 janvier 2010

Tokyo

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4e de couverture : "Quand Grey débarque à Tokyo sans attaches, argent ni bagages, elle a beaucoup à prouver et encore plus à cacher. Sa rencontre avec Jason, pour lequel elle éprouve une fascination immédiate, est déterminante : il lui trouve un toit, une maison délabrée vouée à la démolition, et un emploi dans un club à hôtesses très privé. Ses clients ? Des yakuzas et un étrange infirme accompagné d'une nurse à la silhouette monstrueuse... Mœurs inavouables, violence, écrasant secret... Ce nouvel univers est pourtant familier à Grey. Le but de son voyage ? Retrouver un mystérieux film à l'existence contestée datant de l'invasion de la Chine par les Japonais. Un seul homme pourrait l'aider. Un survivant du massacre qui refuse de répondre à ses questions..."

J'ai lu ce livre il y bientôt 3 ans et il reste marqué dans ma mémoire par sa violence psychologique, un mélange de répulsion et de fascination.

Une mystère opaque émane des personnages, tous complexes. La frontière avec la folie est floue. Jason, qui offre un toit à Grey, l'embarque par la même occasion dans l'univers glauque, celui de la mafia japonaise, où plane l'ombre de la Nurse, dite encore "le monstre Saitama".

Grey est anglaise, et elle débarque à Tokyo pour rencontrer le professeur chinois Shi Chongming, qui a vécu un épisode tragique de l'histoire sino-japonaise et détient une vidéo de cet événement.

En effet, plus qu'un bon thriller, c'est l'occasion pour Mo Hayder nous offrir là une page secrète de l'Histoire du Japon, longtemps taboue : l'invasion et le massacre par les Japonais de la ville chinoise de Nankin en 1937 "où l'armée nipponne céda à une frénésie collective  de viols, de tortures et d'humiliations qui dura un mois". "Honda, journaliste japonais, travaille depuis 1971 à faire éclater la vérité aux Yeux de ses compatriotes incrédules. (...) son recueil de témoignages paru en 1999, The Nanjing Massacre, comporte plusieurs récits de témoins évoquant "une montagne de cadavres", quelque part dans la région de la montagne du Tigre"

Deux voix se croisent tout au long du récit, celle de la romancière qui nous raconte l'aventure de Grey et celle du témoignage du vieux professeur chinois, qui raconte l'Histoire, taboue. L'horreur de la réalité finit par dépasser celle de la fiction.

Un roman qui n'est pas très "reposant", mais que l'on ne lâche pas une fois entâmé. C'est le seul livre que j'ai lu pour l'instant de Mo Hayder. J'hésite à me replonger dans autant de noirceur. Même si je ne regrette pas du tout cette lecture. Avis aux courageux :)

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