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Mille (et une) lectures
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Mille (et une) lectures
7 mars 2014

On the Brinks

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Extrait de la 4e de couverture : "De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d'un thriller. A ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles."

Je vous ai présenté Sam Millar il y a peu en vous disant que je venais de lire son autobiographie qui m'avait bouleversée. C'est peu dire tellement ce livre reste imprimé dans votre mémoire même plusieurs semaines après l'avoir refermé.

Sam est un ex-membre de l'IRA d'Irlande du Nord. Il a grandi à Belfast, dans Lancaster Street. Catholique, il n'est pas moins un mélange explosif, comme il le dit lui-même, avec tout l'humour qui le caractérise, puisque l'un de des grand-pères était tout bonnement protestant, Orangeman, de surcroît, jusqu'à... ce qu'il rencontre sa grand-mère ! Comme quoi, les histoires d'amour dépassent parfois les préjugés !

Sam commence à travailler dans un dépot de bois, où sont employés une douzaine de catholiques sur une centaine d'hommes... C'est tellement difficile, qu'il décide finalement d'aller à un jet de pierre de là, dans un... abattoir ! Autant dire que déjà le décor belfastien est bel et bien planté pour vous mettre dans l'ambiance. Mais ce sont les événements de Derry et le trop tristement célèbre Bloody Sunday qui seront le facteur déclencheur de l'engagement de Sam Millar dans les rangs de l'IRA.

De là, il atterrit rapidement à Long Kesh, la sinistre prison de Belfast.
Et là, autant vous avertir tout de suite : j'imagine que la plupart d'entre vous ont vu In the Name of the Father, Hunger, Bloody Sunday etc. On a tous en mémoire les atrocités commises par Margaret Thatcher. On connnaît tous la fin funeste du jeune député Bobby Sands. Mais lire ce qui se passait à l'intérieur de la prison de Long Kesh, en particulier le sort réservé aux Blanket Men, dont faisait partie Bobby Sands et Sam Millar, est, je crois, encore un degré plus fort dans l'émotion. Les Blanket Men ont été torturés, avec une perversité dont on n'a pas idée. Comment a-t-on pu laisser faire ça ? C'est la question lancinante qui me revenait sans cesse à l'esprit pendant la lecture. Même si on "savait" avant, en lisant ces mots, on se rend compte que c'est encore pire que ce qu'on imaginait. Un cauchemar est à côté un rêve agréable !

Sam a été torturé pendant sept ans. A titre de témoignage d'un rescapé, ce livre est précieux et bouleversant. Cela va sans dire que mon estomac s'est noué plus d'une fois et que les larmes montent facilement aux yeux. Mais Sam pourtant, ne fait pas dans le pathos. Il a même, avec le recul, le sens de l'humour. Ainsi, constate-t-il : "Si nous avions Hulk, on écraserait les Beefs en une semaine."  Les matons de la prison ont tous un surnom. Il y a, par exemple, la Verrue Humaine. Mais aussi le Fourgon Enchanté... (pour tenter de s'évader).

La colère, bien compréhensible, n'est pas absente du récit, envers les Beefs, envers Thatcher qui a laissé crever Bobby, mais aussi envers l'Eglise catholique irlandaise : "L'Eglise catholique, par le biais de ses prêtres les plus serviles, nous informa que "personne ne votera pour Bobby Sands". C'était tout à fait réconfortant de savoir que le gouvernement britannique et l'Eglise catholique chiaient dans les mêmes pantalons."

Sam résume très bien ce que l'on ressent, nous, lecteur, à son égard et à l'égard de ses camarades de galère : "Dans un profond silence, les souvenirs de toutes ces années me sont revenues où, battu et nu, j'attendais d'être conduit aux Blocs pour commencer mon parcours cauchemardesque. Tant de souffrances, tant de morts et de tortures. Comment avons-nous pu - nous les Blanket Men - survivre à tout ça ?". C'est ce qu'il se demande lui-même et ce qu'on nous nous demandons en lisant ses lignes.

Sam finira par sortir de prison par la porte, après une tentative d'évasion. Le livre bascule alors dans une autre partie de sa vie, de l'autre côté de l'Atlantique, à New York. J'ai été un peu moins captivée par le récit mais sa vie là-bas a aussi été hors du commun. Je me suis juste demandé ce qui lui était passé par la tête (on a la réponse dans le livre) 1) d'aller braquer une banque ; 2) avec un pistolet en plastique. Le Sam de cette partie du livre m'a fait penser à un personnage de comics (et à New York, Sam avait ouvert une librairie dédiée entièrement aux comics "collector") ! En plus, il réussit là le 5e plus gros casse perpétré aux USA, le tout sans une goutte de sang versé. Une histoire dingue qu'il paiera chèrement par de la prison, avant d'etre gracié par Bill Clinton. Il est aujourd'hui interdit de séjour sur le sol américain.
Comme dit Sam dans son livre, "Un fer à cheval dans le cul ? Non, toute une écurie !"

Je classe ce livre parmi mes coup de coeur 2014. Bouleversant, poignant, avec toujours le sens de l'humour (noir) ! Une lecture qui ne s'oublie pas.

 

 

 

 

 

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1 mars 2014

Les grand-mères

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Liliane et Rozeanne se connaissent depuis leur premier jour d'école. Dès ce premier jour d'école, elles deviennent inséparables, à tel point que les gens les prennent pour deux soeurs. Adultes, elles choississent de vivre l'une en face de l'autre.Quand l'une décide de se trouver un mari, l'autre fait de même. Elles sont chacune un enfant qui restera enfant unique, deux garçons.
Seulement, les deux maris se sentent presque comme des intrus dans ces vies de femmes repliées sur leur monde à deux voix. Un des hommes meurt et l'autre décide de refaire sa vie ailleurs. Le huis clos se referme alors sur quatre personnages : deux hommes et deux femmes... jusqu'à la découverte du pot aux roses (c'est d'ailleurs par là que commence le roman, même si le lecteur est incapable de le comprendre sur le coup).

J'avoue que ce très court roman de Doris Lessing me laisse perplexe. Très différent de ce que j'ai lu d'elle jusqu'à présent. Certes, elle franchit des limites et l'on reconnaît bien là son goût du risque, mais la question qui reste en suspens ici est : pour quoi faire ? Faire un roman sulfureux, pourquoi pas, à condition d'avoir un but. Ici on a du mal à le cerner clairement. On retrouve son ironie féroce, à travers ce qui pourraît être une forme de famille recomposée jusqu'à l'extrême, où les personnages, en fin de compte, aveuglés, se prennent les pieds dans le plat. Mais je n'en suis pas vraiment convaincue puisque Doris Lessing est une femme libre, qui toute sa vieMoyenne a lutté contre les préjugés. Peut-être est-ce juste un roman qu'elle a écrit pour s'amuser du lecteur ?

Le titre original du roman est bien The Grandmothers et non  Perfect Mothers, qui est le titre du film adapté du roman (pas vu d'ailleurs).

Donc voilà, c'est un déception inattendue, de la part de la grande dame des lettres britanniques. J'ai quelque peu modifié mon programme de lecture concernant le challenge : eh bien grand mal m'en a pris !



Lu dans le cadre du  :

 

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Je vous rappelle que vous pouvez vous inscrire au challenge à tout moment de l'année 2014. Il suffit de me laisser un commentaire et de me prévenir de vos billets.
Nous sommes actuellement 10 à participer au challenge.

 

7 septembre 2013

Terminus Elicius

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4e de couverture : "Toujours le même trajet. Istres-Marseille. Marseille-Istres. Sa mère, son travail. La vie de Jeanne est en transit. Elle la contemple en passager. Une lettre suffira à faire dérailler ce train-train morose :"Vous êtes si belle Jeanne." Glissée entre deux banquettes, elle l'attendait."

C'est parce que j'entends parler depuis un moment de Karine Giebel et de ses polars que j'ai décidé d'aller à sa rencontre à travers les mots. Parce que je dois dire qu'a priori je ne suis pas fana des polars made in France. La faute à Granger qui tortille mal la fin de ses bouquins à mon goût et que j'ai abandonné depuis quelques années.

La quatrième de couverture (que j'ai volontairement tronqué parce qu'elle en dit trop) me laissait craindre un truc un peu bateau. Mais bon, ayant aussi l'habitude des quatrièmre de couv et encore l'écho dans les oreilles des questions-réponses de l'interview de Karine Giebel sur France Info, je me suis dit que ça ne pouvait pas être aussi bateau que ça...

Autant vous dire que Jeanne, la presque-trentaine, secrétaire dans la Police, est une héroïne qui vous porte sur les nerfs. On n'arrête pas, au début, de se demander si plus cul-cul-la-praline ça se fait. C'est une femme tout ce qu'il y a de peu sûre d'elle. D'après ce qu'en dit son supérieur hiérachique, c'est en plus une belle femme. Mais Jeanne passe son temps à valse-hésiter, à faire le contraire de ce qu'elle voudrait faire, à monologuer dans sa tête. Les deux petites voix dans sa tête attirent rapidement l'attention du lecteur d'ailleurs. On se dit qu'elle a un problème, un grave problème, d'ordre psychiatrique. Et puis son comportement physique est parfois très étrange et effrayant. Alors quand un tueur qui met Marseille en émoi, se mêt à la harceler par lettres d'amour interposées  sur son trajet ferroviaire quotidien entre Istres et Marseille, on se dit que ça va réduire en miettes cette femme fragile. Parce que Jeanne est tout sauf bête. Elle a tout à fait conscience du danger mais elle a un problème, comme je le disais...

Karine Giebel s'attache à décrire le cheminement mental de son héroïne avec minutie, comment se met en place sa stratégie pour faire face à ce qui lui arrive. Mais comment Jeanne prend le mauvais chemin, jusqu'à la volte-face finale qui remet tout en question. L'inspecteur Esposito s'aperçoit qu'il a dans ses rangs quelqu'un de spécial, au comportement discret comme si elle voulait disparaître du décor. Mais en fait, il la remarque surtout pour son physique. Il découvre son passé...

En face d'elle Jeanne a tout simplement un psychopathe. Un fou qu souffle le chaud et le froid. Mais qui ne l'a pas toujours été dans cet état.

Ce qui est intéressant dans ce roman, c'est que Karine Giebel montre comment un événement, dans le passé de ces deux personnages, a tout fait basculer. Comment des êtres fragiles basculent dans la folie. Et comment tout n'est pas aussi simple que ce que ça en a l'air au premier abord.

Le suspense vous tord les boyaux, j'ai rarement vraiment la trouille en lisant des thrillers, mais là, j'avoue que c'est vraiment oppressant et que j'ai stressé pendant la lecture !

En tout cas, un coup de coeur de mes lectures estivales !

 

 

22 décembre 2013

Juste une ombre

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4e de couverture : "Tu te croyais forte. Invincible. Installée sur ton piédestal, tu imaginais pouvoir régenter le monde. Tu manipules ? Tu deviendras une proie. Tu domines ? Tu deviendras une esclave. Tu mènes une vie normale, banale, plutôt enviable. Tu as su t'imposer dans ce monde, y trouver ta place. Et puis un jour... Un jour, tu te retournes et tu vois une ombre derrière toi. À partir de ce jour-là, elle te poursuit. Sans relâche. Juste une ombre. Sans visage, sans nom, sans mobile déclaré. On te suit dans la rue, on ouvre ton courrier, on ferme tes fenêtres. On t'observe jusque dans les moments les plus intimes. Les flics te conseillent d'aller consulter un psychiatre. Tes amis s'écartent de toi. Personne ne te comprend, personne ne peut t'aider. Tu es seule. Et l'ombre est toujours là. Dans ta vie, dans ton dos. Ou seulement dans ta tête ? Le temps que tu comprennes, il sera peut-être trop tard..."

 

Voici mon deuxième rendez-vous avec la nouvelle reine du thriller psychologique français et pour mon plus grand bonheur. J'avais beaucoup apprécié Terminus Elicius et laissez-moi vous dire que j'ai été subjuguée par Juste une ombre ! Voilà pour le préambule...

Cloé est cadre dans une agence de pub. Elle vit en couple avec Bertrand. Un soir, en rentrant d'une soirée arrosée, elle est suivie par un type dont elle ne pourra pas discerner le visage puisqu'il porte une capuche. Mais à part la grosse frayeur qu'il cause à Cloé, il disparaît comme il est apparu. Néanmoins, la vie de la jeune femme va en être bouleversée à jamais...

Karine Giebel met en scène ici un personnage principal a priori très sûre d'elle et pour cela très antipathique : le genre de nana qui se croit supérieur au commun de mortels, qui est prête à écraser tout sur son passage pour arriver à ses fins, en particulier dans le domaine professionnel, et qui, dans sa vie privée, se croit aussi le metteur en scène de marionnettes qu'elle peut diriger à sa guise. Elle possède un ego démesuré. La moindre flatterie la faît décoller très haut. (On connaît tous des gens comme cela et on pourrait leur conseiller cette lecture...).

Mais Cloé ne sait pas qu'elle est entourée de gens aussi manipulateurs qu'elle, dans des domaines variés. Elle qui croit tout savoir, mais qui, en fin de compte, ne voit pas grand chose, sauf une seule, que personne ne voit, ("l'Ombre" qui la harcèle) va le payer cher. Voilà pour le côté négatif du personnage. J'ai détesté Cloé, même lorsque j'ai découvert son secret. En vérité, tout cela n'est qu'une carapace : Cloé est également une femme très fragile dont un psychopathe aura trouvé la faille, la blessure originelle. Elle croise sur son chemin un flic, lui aussi blessé par la vie. Le seul qui la comprenne. Evidemment, sans trop vouloir en dévoiler, il y a aura une historie d'amour entre eux... Mais oubliez les violons parce que c'est du "lourd" : ici pas de happy end et il faut lire ce roman absolument jusqu'à la dernière ligne !

J'ai englouti les plus de 600 pages de ce thriller palpitant où l'on ne s'ennuie pas une minute. J'ai apprécié la complexité des personnages et la manière dont Karine Giebel les "étudie". Elle amène le doute chez le lecteur à un moment donné, de celui qui vous faire remettre en cause tout ce que vous avez lu. A un moment, vous relisez le chapître précédent en vous demandant si le livre n'a pas un défaut dans sa conception matérielle... Vraiment, c'est trop fort ! Le seul bémol en ce qui me concerne, c'est justement la toute fin du roman : j'ai trouvé cela un peu trop miraculeux, mais bon...

Je range ce thriller parmi mes coups de coeur 2013 et Karine Giebel parmi mes belles découvertes. Affaire à suivre donc !

 

 

 

3 novembre 2013

Enquêtes générales - Immersion au coeur de la brigade de répression du banditisme

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Une fois n'est pas coutume, je vais parler d'un livre qui associe dessins et texte, sans que ce ne soit pour autant un roman graphique à proprement parler mais plutôt ce qu'on pourrait nommer un documentaire dessiné.

L'idée a germé dans l'esprit de Raynal Pellicier, réalisateur de documentaires pour les médias, d'un reportage écrit et visuel sur l'une des cellules les plus secrètes et les plus prestigieuses de la police nationale : la Brigade de répression du banditisme (BRB). L'auteur a dû vaincre les réticences en haut lieu. Son idée première était de réaliser un film documentaire, mais ce projet lui a été refusé. Raynal Pellicier a rencontré le dessinateur Tiwane et de cette rencontre est né ce livre, un "carnet de voyage" nous dit l'auteur. "Voyage" accordé, non sans mal, car les services de la "PJ (Police judiciaire dont la BRB est l'une des branches) sont assaillis de demandes de la part du cinéma, de la TV, de la presse écrite, d'écrivain jusqu'à n'en plus pouvoir...

Mais ce voyage est bien particulier, celui d'une immersion dans le quotidien des policiers de la BRB. Cela aurait pu avoir quelque chose de fastidieux. Mais le pari est réussi : après les présentations des divers "personnages", le lecteur est plongé dans un récit à suspens, comme dans un polar, mis à part que ce n'est pas de la fiction. Les enquêtes s'enchaînent, les liens se recoupent peu à peu... et l'on en oublie presque qu'il s'agit de faits réels tellement les braquages, (les "bracos", comme disent les policiers") ne manquent pas d'air parfois. Ce ne sont pas des petits voyous de bas étage que l'on traque là, mais bien de vrais bandits, parfois de surcroit criminels, d'envergure international souvent, notamment en provenance de l'ex-Yougoslavie. Parfois, lorsque les bandits se font prendre, ils n'hésitent pas à féliciter les policiers ! On est entre "pros"...  Mais sans rire, ces trafics, cette économie parallèle, l'argent qui appelle l'argent, le "braco" qui en appelle un autre encore plus gros, la perte de repères quant à la violence des faits donnent froid dans le dos.

Le texte est agréable à lire, à la fois aéré et dense, agrémenté d'illustrations où les détails ne manquent pas. N'ayant pas vraiment l'habitude de lire ce type d'ouvrage, j'appréhendais un peu. Mais j'ai été conquise ! A mes yeux, une belle réussite !

Merci à Babelio et aux Editions de La Martinière pour l'envoi du livre.

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27 avril 2013

La 5e saison

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4e de couverture : "Le printemps vient de commencer à Linköping. La célèbre inspecteur Malin Fors vit avec Peter, ne boit plus et envisage de faire un enfant. Mais ce calme est de courte durée. Très vite, les saisons se détraquent et la petite ville suédoise perd toute sérénité. Une femme atrocement mutilée est retrouvée au coeur de la forêt. Ses blessures rappellent l'affaire "Murvall". Maria Murvall, murée dans le silence depuis qu'elle a été agressée avec une rare sauvagerie. Malin n'avait jamais pu l'oublier et s'était jurée de découvrir un jour quel monstre l'avait plongée dans cet état. Les cadavres se succèdent. Malin doit faire vite. Maria est-elle une pièce de cet horrible puzzle ? Qu'est-ce qui relie la mort de ces femmes ? Et surtout, quel être humain est capable d'une telle brutalité ?"

J'attendais avec une grande impatience la sortie du 5e volume des aventures de Malin Force, l'inspectrice suédoise tellement imparfaite (apparemment celui qui a écrit la 4e de couv ne connaît pas le féminin du mot inspecteur, soit dit en passant, ce qui est bien dommage car les romans de Mons Kallentoft sont des romans féministes !).

Eh bien j'ai été déçue ! Je dirai que je me suis même plutôt ennuyée, ce qui est un comble au regard du talent de cet écrivain suédois, qui a vraiment su créer un univers littéraire original, avec un zeste de fantastique. Certes Malin est toujours aussi attachante et toujours aussi indécise sur la voie à suivre concernant sa vie personnelle, mais l'intrigue s'enlise. Pendant 400 pages, on a l'impression de redites. Et finalement, la fin s'avère assez banale. Une petite visite dans une cité suédoise s'avère néanmoins intéressante. Karim, le boss de Malin, d'origine étrangère, envisage même de "terminer l'écriture de son livre sur la question de l'immigration en Suède". Mais bon, cela ne va pas plus loin. Un peu de mafia russe, quelques hommes publics corrompus et le tour est joué. Cependant, Mons semble ici dénoncer la violence faite aux femmes à travers les crimes atroces sur lsequels il revient, à travers l'affaire Maria Murvall (on ne peut comprendre qu'en ayant lu Ete). Mais en même temps, à la lecture, il y a comme une pièce manquante.

Le seul vrai frisson ressenti concerne le devenir de Malin à la fin de ce volume.... Je me suis vraiment demandé si l'écrivain allait réserver le même sort à son héroïne que Henning Mankell à son inspecteur.

Malgré ma déception, sans doute me jetterai-je encore sur la suite des aventures de Malin, si Mons Kallentoft est décidé à les écrire. Et je vous encourage toujours à lire les précédents volumes qui sont un vrai régal !

12 avril 2013

Chaleur blanche

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4e de couverture : " Au nord du cercle arctique, l'île de Craig est le domaine d'Edie Kiglatuk. Attachée à la culture inuit, la jeune femme, guide, fait découvrir la vaste étendue de glace encore vierge aux touristes. Au cours d'une partie de chasse, l'un d'eux est abattu. Le conseil des Anciens conclut à l'accident. Mais Edie a des doutes. Qui sont renforcés quand, peu de temps après, une autre expédition tourne au drame..."

Comme l'Ecosse et ses contrées ventées ou le monde scandinave ne me suffisent plus, cette fois je suis allée encore plus au Nord, avec cette lecture qui m'a menée entre le Groënland et le Canada, sur la Terre d'Ellesmere et sur l'île (fictive) de Craig.

Je n'ai jamais rencontré de ma vie une guide aussi désagréable qu'Edie Kiglatuk, métisse de qallunaat (comprendre "blanc") et d'Inuit. J'ai eu du mal avec elle, surtout au début : elle déteste tout ce qui n'est pas inuit et en particulier les Blancs. On peut comprendre, mais quand même... Alcoolique notoire, elle se bat seule pour retrouver le meutrier d'un de ses touristes, mais surtout de son beau-fils.

En plus d'une héroïne antipathique, on a droit aussi à une intrigue assez emberlificotée : une histoire de sel, de météorite, d'astroblème... et pour finir de traces martiennes ! Argh, ça a fait beaucoup pour moi.

Bon, reste qu'il n'y a pas que des points agaçants dans ce thriller : il y a avant tout une ambiance très bien rendue sur la vie arctique et surtout inuit : on s'évade vraiment et l'écrivaine parvient à nous sensibiliser sur ce monde et ses difficultés.

En fait, le vrai personnage auquel je me suis attachée, c'est le flic du village :Derek, qui est le plus sympathique que sa compatriote casse-pied et raciste : un fana de lemmings, qui fait une découverte fondamentale sur ces petits rongeurs. Autant dire quelqu'un qui ne rentre pas vraiment dans le moule du flic passionné par les meurtres.

Une lecture en demi-teinte donc, avec ce roman pas vraiment inoubliable mais qui dépayse. A vous la soupe au sang de phoque...

 

 

 

9 janvier 2010

Ni d'Eve ni d'Adam

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4e de couverture: « Stupeur et tremblements pourrait donner l’impression qu’au Japon, à l’âge adulte, j’ai seulement été la plus désastreuse des employés. Ni d’Ève ni d’Adam révélera qu’à la même époque et dans le même lieu, j’ai aussi été la fiancée d’un Tokyoïte très singulier. »

Je suis une fan d'Amélie Nothomb, (même si ses 2 derniers romans m'ont vraiment déçue).

Elle raconte ici un épisode de sa vie au Japon en 1989-1990. Une idylle amoureuse alors qu'elle avait décidé d'apprendre le japonais, d'une manière pour le moins singulière : "Le moyen le plus efficace d'apprendre le japonais me parut d'enseigner le français." C'est ainsi qu'elle rencontre Rinri qui étudie le français à l'université de Tokyo. Une idylle toute aussi singulière s'ensuit.

"Les pires accidents de la vie sont langagiers. Un soir de semaine, après minuit, tandis que le sommeil m'e.mportait par le fond, Rinri me demanda en mariage pour la deux cent quarantième fois. Trop fatiguée pour être évasve, je répondis non et m'endormis aussitôt
Au matin, près de mon écritoire, je découvris un mot du garçon : "Merci je suis très heureux.""

J'ai pas mal ri en lisant. L'humour d'Amélie Nothomb n'est jamais moqueur. Le ridicule des situations dépasse souvent les deux amis (loin d'ici est le cliché des amoureux transis)... Un roman autobiographique sur la différence culturelle et la découverte de cette différence. C'est, à mon avis, le principal intérêt de ce récit divertissant.

Je l'ai lu à sa sortie en 2007 et je compte bien le relire avant mon départ.

25 septembre 2012

Une Anglaise à bicyclette

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4e de couverture : "Un massacre d'Indiens dans le Dakota du Sud. Le mariage d'une jeune femme avec son père adoptif dans l'Angleterre victorienne. Un constable trop méticuleux. Une bicyclette qui change un destin. Cinq mystérieuses photographies. Et sir Arthur Conan Doyle qui croit dur comme fer à l'existence des fées. Le romanesque à l'état pur de Didier Decoin."

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : voici sans doute le roman le plus farfelu que j'ai lu depuis des années. Une enfant sioux de la tribu des Lakota qu'un photographe du Yorkshire parti photographier le massacre des Indiens dans le Dakota du Sud, ramène chez lui et tentant de la faire passer pour... une Irlandaise. Un médecin qui croit dur comme fer qu'une bicyclette et une machine à coudre peuvent dérégler la vie sexuelle des femmes. Conan Doyle qui croit aux fées, ce qui l'aide à supporter la mort de son fils. Des petites filles anglaises qui prétendent en avoir rencontré (des fées)... Bref, je dirai que ce roman, français, a le mérite de nous présenter l'Angleterre victorienne d'une façon pas vraiment banale. Ok pour le préjugé sur les femmes. Mais pour le reste, je dois dire que j'ai plutôt bien rigolé... à défaut de voir où Didier Decoin veut vraiment en venir. Un clin d'oeil peut-être un peu maladroit à la littérature victorienne mais une lecture récréative, dira-t-on !

30 décembre 2012

Tu verras

 

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4e de couverture : "Mon père me criait de remonter mon jean au-dessus de mes fesses, de cesser d'écouter des chansons vultaires sur mon iPod, de rapprocher mes coudes à table et de ne pas faire la tête à chaque fois qu'il voulait m'emmener au musée. Il ajoutait toujours : "Plus tard, tu comprendras que c'est pour ton bien que je te disais ça, tu verras." N. F."

Le titre m'a intriguée et c'est pour cela que je me suis décidée à lire ce roman de Nicolas Fargues, que j'avais déjà rencontré avec J'étais derrière toi et qui, dans mon souvenir, m'avait assez plu. J'ai retourné le livre pour lire la quatrième de couverture et pour une fois mystère ! Aucun dévoilement d'intrigue. Cependant, je ne m'attendais pas du tout à l'histoire que j'ai lue qui marque justement une rupture avec titre. Attention, je vais être obligée de "spoiler" : voici le récit de la perte d'un enfant. J'avais déjà lu des romans ou témoignages sur le sujet, mais écrits par des femmes et/ou avec des narrateurs féminins. Ici c'est un homme qui raconte la perte de Clément 13 ans et il s'agit bien d'une fiction. On apprend au fur et à mesure les circonstances de sa mort qui au premier abord paraît stupide : (attention, encore un dévoilement !) : Clement est tombé sur la voie du métro alors qu'il avec le regard fixé sur son téléphone portable. Pourtant, le doute s'installe quant à la malchance qui a causé la mort de ce pré-ado en révolte. Son père découvre sa page Facebook et les messages laissés sur son mur par les "camarades" de Clément...

Bon, je dois dire que j'ai raté mon deuxièmre rendez-vous avec Nicolas Fargues : tout d'abord j'ai detesté le narrateur, trop imbu de lui-même (et qui d'une certaine manière le reconnaît) et qui visiblement a une dent contre les femmes. Il s'appitoie sur son sort tout en reconnaissant qu'il a souvent été odieux avec son fils. De plus c'est une caricature de "bo-bo". Ensuite il y a quelques thématiques intéressantes qui sont abordées, celle des relations entre ados par réseaux sociaux interposés, la manière dont ils s'y défient jusqu'à la stupidité extrême, mais cela n'est pas plus approfondi : on ne saura jamais pourquoi Clément est tombé sur la voie du métro, par exemple. Tout le roman est centré sur le nombril du narrateur mais je n'ai pas réussi à être émue par ce père.

Bref, j'ai dû rater quelque chose (ce roman a pourtant obtenu le Prix France-Culture/Télérama 2011)...

Dommage pour mon dernier roman de l'année !

 

 

 

23 décembre 2012

Betty

 

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4e de couverture : "Quand j'ai rencontré Betty, j'ai su que ma vie allait basculer. Elle était magnétique et fatale. J'aurais tout donné pour elle. J'ai même accepté de travailler pour son mari. Mais maintenant c'est moi qui suis derrière les barreaux. Aux yeux de tous, je suis coupable de meurtre. Parce que, si l'amour se joue à trois, il y en a toujours un de trop."

Alors là les gens, je vous dirai tout simplement que ce roman noir de mon chouchou islandais est tout simplement MACHIAVELIQUE !

On se fait avoir comme des "bleus" avec cette lecture. A mi-parcours, vous serez obligés de revenir en arrière en vous demandant si vous n'avez pas raté quelque chose au départ... Indridason joue parfaitement avec les idées toute faites que l'on a dans la tête et qui nous joue des tours pas croyable. La preuve par cette lecture !!!
Pourtant, au tout début, je me suis vraiment demandé où il voulait en venir. En effet, c'est un roman d'une facture toute différente de ce qu'il écrit habituellement. Ici, pas question de l'inspecteur fétiche Erlendur... Cela dit, le temps de quelques lignes, il y a un clin d'oeil puisque nous apprenons que l'histoire de Betty se déroule alors qu'Erlendur est parti sur les traces de l'homme du lac !

Mais je ne ne peux absolument pas en dire davantage sur cette histoire étonnante, prenante et dont on sort complètement subjugué par le talent de l'écrivain.

Une super lecture de vacances qui fait sourire à cause de la supercherie qu'elle contient et malgré une ambiance bien angoissante ! Peut-être qu'on en sort aussi un zeste parano...

Le seul mini (mais alors mini !) bémol que je trouve concerne la traduction : il paraît que le vouvoiement n'existe pas en islandais. Le traducteur a donc choisi du tutoiement dès le début, entre les deux personnages principaux, qui ne se connaissaient pas. Reste qu'en français, ça sonne mal.

 

15 août 2011

Le fond de l'enfer

 

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4e de couverture : "Un junkie retrouvé mort dans un squat d'Édimbourg, juste un cadavre dont le corps a été placé sur le sol selon un étrange rituel. Une jeune fugueuse terrifiée qui pense que son ami a été assassiné. Mais tout le monde s'en moque. Ce sont les déchets de la société, des drogués et des petits délinquants. Mieux vaut s'intéresser aux nouvelles entreprises en plein essor et aux lotissements flambant neufs qui vont apporter la prospérité à une ville qui se vante déjà de sa " qualité de vie ". Il n'y a guère que l'inspecteur Rébus pour s'en préoccuper, sentir quelque chose de trop malsain, de trop dangereux pour être laissé dans l'ombre... Quelque chose qui n'est peut-être pas sans lien avec le monde merveilleux que promettent promoteurs et publicistes... "

Voici le deuxième épisode des aventures de l'inspecteur Rebus, après L'étrangleur d'Edimbourg. La quatrième de couverture m'avait particulièrement alléchée : les promoteurs immobiliers avides d'un côté, les laissés-pour-compte de l'autre, le tout dans Edimbourg, c'était prometteur d'un point de vue sociétal !

Malheureusement je dois avouer que ce Rankin-là ne tient pas ses promesses. Certes, il se lit fort bien mais le fond historique que l'on retrouve dans les polars lus jusqu'à présent est quasiment absent. C'est même parfois un peu too much : la piste de la sorcellerie blanche ou noire, le personnage de Tracy, la copine du junkie retrouvé mort est un zeste invraisemblable dans son attitude envers Rebus et la copine de son acolyte Brian Holmes à qui elle assène un violent coup de tête avant d'aller lui manger dans la main... L'intrigue s'enlise avant d'être résolue par une solution un peu tirée par les cheveux, le tout mâtiné d'un fond de Mister Hyde.

Reste que l'inspecteur John Rebus est toujours aussi attachant ! Donc ça donne envie de lire la suite de ses aventures. J'ai donc enchâiné sur Rebus et le loup-garou de Londres, qui déjà me plaît beaucoup plus. Affaire à suivre donc !

 

 

30 juin 2012

Toute la famille sur la jetée du Paradis

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4e de couverture : "Irlande, 1915. La famille Goold Verschoyle vit au rythme de l'aristocratie protestante irlandaise : le manoir familial qu'elle possède dans le comté de Donegal est le théâtre de jours heureux et paisibles. Mais l'Europe gronde et ne tardera pas à disperser les uns et les autres sur les routes du chaos. Montée des conflits sociaux et guerre fratricide en Irlande pour certains, idéologie communiste ou Espagne franquiste pour d'autres : tous devront affronter l'enfer de ce siècle dans l'espoir de retrouver le paradis perdu de leur enfance. En s'inspirant d'une histoire réelle, Dermot Bolger dresse le portrait d'hommes et de femmes unis par une mémoire commune : les souvenirs d'une époque disparue. Avec la virtuosité d'un grand conteur, il nous livre le récit d'une famille prise dans la tourmente de l'Histoire."

Un roman envoûtant, un roman fascinant : ce sont les premiers mots qui me viennent après l'avoir refermé. Je découvre ici Dermot Bolger, écrivain irlandais, par ce gros pavé de plus de 650 pages écrit serré. Quel régal !

Eva, Brendan, Maud, Thomas et Art sont les cinq enfants de la famille Goold Verschoyle qui vit à Manor House, grande propriété ancestrale. Les Goold Verschoyle sont protestants et cette maison représente la fortune amassée par leurs aïeux,  qui ont spolié les terres aux Irlandais de "souche", les catholiques. Seulement, cette famille, à commencer par "Père" et "Mère" ne sont pas comme tous les autres protestants d'Irlande : ils ont un complexe par rapport au passé. Ils cherchent donc à réhabiliter leur nom par la générosité et l'ouverture d'esprit. Tout de suite, on les aime, mais on les trouve aussi un peu naïfs...

Leurs meilleurs amis s'appellent les Ffrench (avec 2 F) et ils sont communistes. Mr French décide un jour d'aller faire un séjour en Union soviétique, vivre dans un kolkhose. Seulement voilà, il est perçu là-bas comme un capitaliste pété de fric (ce qu'il est, pour le fric). Victime de préjugés de la part des communistes russes, la vie qui lui sera faite sera tout sauf idyllique. Il rentrera dans le Donegal sans toutefois révéler la vérité. Ce qui est bien dommage, car son idéal communiste va déteindre sur l'aîné des garçons Goold Verschoyle, Art, mais aussi sur le petit dernier de la famille, Brendan, qui n'a d'yeux que pour son frère. Eva, quant à elle, paraît bien plus conventionnelle, même si elle est artiste dans l'âme et surtout grande rêveuse. Quant à Maud et Thomas, si le lecteur sait qu'ils existent, ils sont quasiment absents du roman, retenus en Afrique du Sud à cause de leur nom.

Les Goold Verschoyle ont tout pour être heureux : leur magnifique demeure mais surtout un environnement digne du Paradis avec la jetée sur la mer qui se trouve à Dunkineely, où il fait bon plonger dans les vagues. La forêt, qui entoure la proriété, qui est le meilleur des refuges pour artiste en herbe. Seulement, cette famille a un souci d'identité : en Irlande, parce que protestant et donc non irlandais de "souche" de par l'histoire du pays, ils sont considérés comme des étrangers et surtout des intrus par les catholiques qui sont pauvres. C'est donc, en quelque sorte pour se faire une place respectable dans la société irlandaise que Art et Brendan vont se convertir au communisme, suite aux éloges faites par Mr Ffrench. La redistribution des richesses et la solidarité envers les plus pauvres sera leur cheval de bataille. Un programme ambitieux et utopique ! Mais nos héros sont des romantiques jusqu'au bout des ongles et c'est ce qui va les détruire, surtout lorsqu'en plus l'Histoire s'en mêle pour les transformer en pantins...

Le lecteur suit la vie de cette famille de 1915 à 1946 et va traverser avec eux l'Enfer de l'Histoire, en espérant retrouver le Paradis du début du livre !
Les personnages sont à la fois attachants et agaçants, surtout Art ! Il veut tellement arriver à son idéal sociétal qu'il oublie de penser par lui-même, bien trop endoctriné par le stalinisme qu'il a appris par son séjour en Union soviétique. On a même envie de lui coller des claques, parce que nous, lecteur, nous savons ce qui est arrivé à son petit frère Brendan (je ne peux le révèler sous peine de "spoiler" mais c'est vraiment terrible !). Il va se retrouver pieds et poings liés.
J'ai beaucoup plus apprécié le personnage d'Eva : aussi romantique que ses frères, mais dans un autre genre: c'est l'éternelle jeune fille, qui, même mariée et mère de famille, se retourne sans arrêt sur son enfance et son premier amour qu'elle a laissé filer... Mariée à Freddie Fitzerald (nom d'origine anglo-normande), un protestant caricatural, elle parviendra tout de même à se concocter un petit paradis, fragile comme une bulle de savon.

Ensuite, Eva est celle qui délivre les fantômes. Parce que oui, ce roman a un côté gothique ! Et ça ce fut une vraie bonne grosse surprise littéraire ! Les grandes demeures de Manor House et Glanmire House se transforment en ruines, au fur et à mesure que l'on avance dans l'intrigue. Mais surtout, l'ancienne cave à vins transformé en chambre de Manor House est habité par un fantôme qui demande qu'on le délivre ! Dermot Bolger m'a soufflée par cette touche d'originalité !

Reste un style magistral, à la fois simple et poétique, qui vous fait voyager loin ! On ne s'ennuie pas un seul instant, les rebondissements vont bon train. Dermot Bolger règle son compte à toutes les doctrines et comportements extrêmistes, que ce soient ceux de l'IRA, des fascistes ou des soviets - même si je l'ai trouvé dur avec l'IRA !!

Dermot Bolger rejoint mon panthéon des meilleurs écrivains irlandais contemporains, avec Joseph O'Connor, Sebastian Barry, Nuala O'Faolain et Roddy Doyle ! J'ai hâte de découvrir le reste de son oeuvre !

Ce roman est tiré d'une histoire vraie...

Je clôture donc ce mois irlandais en beauté, qui aura été celui de belles découvertes, mais je ne pouvais pas terminer ce mois sans vous montrer quelques photos du Donegal, justement !

 

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22 juin 2012

Peig

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A vrai dire, je trouve que la couverture de l'édition française est plutôt ratée... Pourtant il suffit de retourner l'ouvrage pour trouver quelque chose de plus agréable : la photo d'une femme joviale, fumant...  la pipe (eh oui !) !
Je préfère largement les couvertures des éditions en anglais :

 

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51mPRoh3GeL(édition audio, visiblement)

 

 

J'ai découvert ce livre en lisant L'homme des îles de Tomas O'Crohan et je pensais que c'était l'autobiographie d'une femme née dans les îles Blasket. Et c'est même l'annonce de la 4e de couverture : " La vie de Peig Sayers (1873-1958). Femme des Iles Blasket". Ca se discute ! Peig Sayers est née à Dun Chaoin (Dunquin), c'est-à-dire sur le "continent" irlandais, juste en face des Blasket (péninsule de Dingle). Et si elle a vécu la majeure partie de sa vie dans les îles en épousant un homme de là-bas, ici son autobiographie concerne surtout son enfance et sa vie de jeune femme à Dun Chaoin et Dingle où elle est partie travailler comme servante dans un magasin puis dans une ferme. C'est seulement page 210 (sur 290) que l'on entraperçoit un départ vers les îles et qu'ensuite elle raconte sa vie là-bas.

Cela dit, il s'agit d'un très beau témoignage sur la vie d'une femme irlandaise issu d'un milieu paysan de la fin du XIXe siècle, au tournant du siècle suivant. A la différence de Tomas O'Crohan, elle a vécu l'évacuation des îles.  Comme chez Tomas O'Crohan, ce livre laisse une impression de joie de vivre, malgré la dureté des conditions de l'époque et un attachement inconditionnel à son pays. Jamais Peig ne se plaint, elle est toujours optimiste et elle dotée d'un sacré caractère ! Peig, qui commence travailler comme servante à l'âge de douze ans voit tout d'abord dans ce travail une manière de rester indépendante. Cependant, son ambition facille assez rapidement après une expérience chez un patron bien peu attentionné envers son personnnel. Lorsque son père la donne en mariage à un homme des îles, elle y voit une manière d'échapper à cette vie de servitude et d'être maîtresse de son propre foyer. A l'époque, les mariages arrangés étaient monnaie courante. Peig fait totale confiance à son père et à l'un de ses frères, Sean : ce qui est bon pour eux est bon pour elle, pense-t-elle. Elle aura, effectivement, une belle-famille tout à fait aimable et attentionnée.

Peig attire l'attention sur la difficulté de la vie dans les îles Blasket : elle explique qu'à cette époque, les gens n'avaient pour manger que du poisson et des pommes de terre - parfois du lait, mais c'était un luxe. Tomas O'Crohan en parle aussi dans son livre, mais, comme il est né là-bas et n'a pas connu autre chose, on ressent moins, chez lui, cette idée de manque de nourriture. Peg précise cependant que cela n'empêchait pas les enfants de grandir : c'est juste le manque de variété de nourriture, sans doute, qui l'a stupéfaite. Ce n'est pas tout à fait clair, en fait, car à quelques pages de distance elle se contredit. Tout d'abord, elle affirme qu'on ne manquait de rien dans l'île et, un peu plus loin, elle dit le contraire... Cela m'a frappée !

Cependant, cet ouvrage n'est pas un roman mais une autobiographie.  Elle a en plus la particularité d'avoir été retranscrite de l'oral, et plus précisément de l'irlandais. Peig ne savait pas écrire (bien qu'elle soit allée à l'école) : elle a dicté le récit de sa vie à l'un de ses fils. Le livre sera ensuite édité, sur l'idée de deux étudiantes irlandaises.

J'ai aimé la verve de Peig, avec ses "sapristi !" et autres répliques bien senties ! J'ai moins aimé les notes en bas de page avec la traduction graphique et phonétique des noms de lieux et de personnes écrits en gaélique : ça alourdit un peu la lecture et cela n'a pas tant d'importance de savoir comment cela se prononce pour un francophone, d'autant qu'on se trompe presque toujours (parce que le gaélique est une langue tordue ) ! Reste que malgré la joie de vivre de la narratrice, il y a de forts moments d'émotions lorsqu'elle évoque la mort successive de ses jeunes enfants, puis celle de son mari et comment elle se retrouve seule, sans famille sur l'île. Reste les gens jetés à la rue comme des chiens lorsqu'ils ne pouvaient pas payer leur rente au propriétaire terrien, ce qui, à force de révolte et de résistance face à l'oppresseur, donna naissance à la Ligue Agraire en 1879 (puis devint la Ligue nationale irlandaise en 1882 et plaça l'auto-détermination en tête de gondole de ses revendications).
J'ai trouvé plus de gravité dans son récit que dans celui de Tomas O'Crohan.
Cependant, c'est la solitude dans laquelle elle se retrouve qui fera d'elle une grande conteuse. Pour distraire ses soirées, qu'elle partage avec l'unique survivant de la maison (son beau-frère), elle raconte des histoires, et avec talent, comme lui feront remarquer plus tard les étrangers de passage ! Le lecteur est témoin qu'elle sait accrocher son public !

On retrouve quelques histoires dans le récit et aussi deux annexées à la fin du livre.

Bref; une lecture hors du commun, un voyage dans l'espace et le temps et surtout un précieux témoignage d'une vie irlandaise sur la péninsule de Dingle, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe.
Mes lectures autobiographiques auront changé et approfondi mon regard sur cette région d'Irlande, que j'ai l'habitude de fréquenter depuis presque dix ans maintenant. Je ne me doutais pas des précieux trésors littéraires qu'elle cache ! Décidément, les mois thématiques peuvent mener à des découvertes formidables !

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Peig Sayers

 

 

 

23 février 2012

Causes mortelles

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4e de couverture : "Le festival théâtral d'Édimbourg bat son plein. Mais l'inspecteur John Rebus n'a pas le cœur à se mêler à la liesse générale: on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d'un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l'IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d'artifice du festival risquent d'être particulièrement explosifs cette année..."

J'étais un peu inquiète en commençant cette histoire car Le Carnet noir m'avait laissé avec un avis mitigé.... mais je dois dire que celui-ci c'est du grand Rebus et du grand Rankin (le dernier inspirant le premier) !  Nous voilà de nouveau en train d'arpenter les rues sinueuse d'Edimbourg, les rues que peu de touristes prennent le temps de visiter car elles sont à peines visibles, puisque enterrées - ou presque. C'est là qu'est découvert Billy Cunningham, mort d'un "pack de six" (comprendre 6 balles tirées façon IRA). Un cadavre d'autant plus embarassant qu'il s'agit du fils de l'abominable Gerald Cafferty, dit "le Gros Gerry", le mafiso de la ville, que Rebus avait mis à l'ombre à la fin du Carnet noir et qui depuis jure de lui faire la peau à la première occasion.

Rebus, toujours dans les bons plans de sa hiérarchie, est obligé d'intégrer la Brigade criminelle écossaise, rebaptisée par lui-même (attention chastes yeux fermez vous !)  la "Brigade des Connards d'Enculés" : de la poésie à la Rebus ! Accueilli comme un chien dans un jeu de quilles, on l'envoie se promener façon catapulte une journée à Belfast pour rencontrer un collègue de la RUC...

Le flic nord-irlandais qui accueille Rebus lui rappelle, au cas où il ne s'en souviendrait pas que "vous, les Ecossais vous vous êtes installés ici au XVIIIe siècle en chassant les catholiques" et qu'en plus il confond la RUC avec l'UDR. Dans la RUC, il y a des catholiques. Les "jaffas",ce ne sont pas des oranges, mais le surnom donné aux orangistes. Autant dire qu'on s'éclate un max avec le fond historique de l'intrigue dans ce tome-là. Bref, Rebus rentre en Ecosse avec tout un tas de filons sur les groupuscules protestants/loyalistes extrêmistes et mafieux, du Bouclier d'Ecosse, au Temple du rite écossais en passant par l'Armée du Tartan... Lui, qui a fait ses armes en Irlande du Nord, en sort avec plein de pistes fumantes, mais qu'il garde pour lui afin de mener l'enquête seul, notamment dans une infâme cité d'Edimbourg, la Garibaldi, surnommée le Gourbi par ses habitants : tout un progamme...

Si vous ne savez pas qui est Cuchullain de la Main Rouge, lisez ce livre ! Côté humour, le lecteur n'est pas en reste. On retrouve là toute la verve de Ian Rankin à son meilleur niveau ! J'ai donc passé un très bon moment avec mon copain Rebus, et appris de nouvelles insultes, telles que "FKB" ou "FTP" (l'une étant de faction catho/nationaliste et l'autre son pendant protestant-loyaliste)...Plus sérieusement, j'ai beaucoup apprécié la documentation de l'auteur sur les milices paramilitaires et l'analyse sociale qu'il en fait, dans les bas fonds d'Edimbourg. On visite des coins de la ville où les touristes n'iront jamais et qui n'ont rien à envier aux "quartiers" des villes françaises. Rankin plonge au-delà des apparences du festival attractif d'Edimbourg pour creuser un peu plus en profondeur. Au-delà des problèmes communautaires, que ce soit en Irlande du Nord ou en Ecosse, il y a avant tout des problèmes de chômages, de drogue, de misère et de grosses mains qui manipulent des pantins qui s'ennuient.

Le seul bémol concerne l'édition française version poche qui m'a mise en pétard : faute d'orthographe dans une page au début, impression très mauvaise avec carrément des morceaux de mots qui manquent, des mots coupés sans tirets et j'en passe : désolant !!!  (mon édition date du 10 août 2010, il serait temps à l'éditeur de rectifier le tir !) et encore une quatrième de couv qui présente Rankin comme l'un des auteurs majeurs du polar anglais" : de quoi s'étrangler !

Voir aussi le billet de Mélodie (qui est beaucoup moins enthousiaste que le mien).

 

 

 Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. Knots and Crosses (L’étrangleur d’Édimbourg)
  2. Hide and Seek (Le Fond de l’enfer)
  3. Tooth and Nail (ou Wolfman) (Rebus et le loup-garou de Londres)
  4. Strip Jack (Piège pour un élu)
  5. The Black Book (Le Carnet noir)
  6. Mortal Causes (Causes mortelles)
  7. Let it Bleed (Ainsi saigne-t-il)
  8. Black and Blue (L’Ombre du tueur)
  9. The Hanging Garden (Le Jardin des pendus)
  10. Dead Souls (La Mort dans l’âme)
  11. Set in Darkness (Du fond des ténèbres)
  12. The Falls (La Colline des chagrins)
  13. Resurrection Men (Une dernière chance pour Rebus)
  14. A Question of Blood (Cicatrices)
  15. Fleshmarket Close (Fleshmarket Close)
  16. The Naming of the Dead (L’appel des morts)
  17. Exit Music (Exit Music)

 

 

6 mars 2011

Il est sorti !

Enfin, depuis le temps que j'attendais ça, vient de paraître Automne de mon chouchou suédois Mons Kallentoft

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4e de couverture : "Jerry Petersson est un riche avocat parvenu. Tout le monde le déteste. Aussi, quand on retrouve son cadavre dans les douves du château qu'il vient d'acheter, personne n'est étonné. Malin mène l'enquête, qui l'amène sur l'île de Ténérife. Un dépaysement dont elle a bien besoin. Rien ne va plus chez elle. C'est l'automne à Linkôping. Il pleut, le temps est maussade et froid. Malin, maintenant bien connue du public français, est toujours aussi fragile. Elle devra affronter ses vieux démons et sa solitude pour se lancer aux trousses du tueur."

Après Hiver et Eté que je vous recommande chaudement, je vais me jeter sur celui-là ! Par ailleurs le magazine LIRE consacre un numéro spécial aux écrivains nordiques. Mais il a commis l'erreur fatale d'oublier Mons. Impardonnable !

22 septembre 2010

La moitié du ciel

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4e de couverture : "Ce livre est un choc. Il nous raconte ce que vivent des millions de femmes au-delà de nos frontières : l'esclavage sexuel, les crimes d'honneur, les mutilations, les viols. Selon Amatyra Sen, prix Nobel d'économie, il manque aujourd'hui cent millions de femmes dans le monde, parce que des centaines de milliers de petites filles meurent avant un an faute de soins. Pendant cinq ans, deux grans reporters américains ont sillonné les campagnes et les taudis d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient. Ils ont rencontré des centaines de femmes qui refusent l'oppression. (...) Chaque fois c'est une leçon de courage et de dignité qui nous galvanise. Un livre époustouflant qui nous montre que l'oppression des femmes n'es"t pas une fatalité. Best seller international."

Nicholas D. Kristof et Shreyl WuDunn, journalistes américains souhaitent par ce documentaire attirer l'attention sur la situation des femmes : "Nous tentons dans ce livre d'établir un ordre du jour pour les femmes du monde en nous concentrons sur trois abus précis : la traite sexuelle et la prostitution forcée; la violence à l'égard des femmes, dont les crimes d'honneur et les viols de masse; et la mortalité maternelle qui continue de tuer inutilement une femme toutes les minutes. Nous proposerons des solutions qui fonctionnent déjà, telles l'éducation des filles et la microfinance". Dans ce livre il n'est pourtant pas question des femmes du monde mais bien évidemment seulement de celles des pays sous-développés ou en voie de développement, c'est-à-dire des pays où elles sont le plus martyrisées notamment parce que les sytèmes politiques y sont en général peu fiables, la pauvreté endémique et la culture machiste.

Afin de sensibiliser le public, le documentaire relate tour à tour les histoires terribles de femmes cambodgiennes, indiennes, africaines ou afghanes. La prositution forcée et la traite sexuelle font des femmes les esclaves du XXIe siècle : Rath, adolescente cambodgienne, envoyée en Thailande où on lui avait promis du travail se retrouve dans un bordel, forcée à se prostituer, battue, et violée maintes fois. En Inde, on laisse les Népalaises passer la frontière indienne sans problème car elles sont appréciées pour la blancheur de leur peau et leur beauté. Les garde-frontières, pourtant au courant de ce qui attend ces femmes (enlevement par des bandes organisées qui les venderont à des bordels d'où elles seront prisonnières) ne sont pas touchés par leur sort car, selon eux, "la prostitution est inévitable (...)Ces filles sont sacrifiées pour que l'harmonie règne dans la société. Pour que les Indiennes respectables soient en sécurité", rétorque un garde-frontière au journaliste qui l'interroge. Des propos qui choquent, bien évidemment, tout comme en Afrique les crimes d'honneur (où les femmes sont utilisées comme arme de guerre par les pays en conflit), les cas de fistule, les sidéennes, ou encore l'excision...

Et le livre répéte à l'envie des témoignages, plus horribles les uns que les autres sur près de 322 pages, en alternant avec les exemples de solutions proposées. La "sponsorisation" par l'école : l' American Assistance for Cambodia qui s'attache à éduquer les enfants des campagnes cambodgiennes, en particulier les filles, ou comment une école privée américaine a récolté de l'argent par les actions des élèves pour construire une école au Cambodge et a organisé un échange pour mieux sensibiliser les jeunes à la réalité de ce pays. Il y a aussi l'entreprise louable de l'Américaine Harper McConnell, partie au Congo pour se rendre réellement compte de la réalité sur place, "voie à laquelle beaucoup de jeunes amériains devraiens songer - partir pour les pays en voie de développement afin de "donner" auxc gens quiont désespérément besoin d'aide", selon les auteurs du livre. L'exemple suédois qui, en 1999, a purement et simplement criminialisé "l'achat plutôt que la vente de services sexuels" et a vu le nombre de passes diminuer et donc la prostitution aussi.

Nicholas D. Kristof et Sheryl WuDunn veulent vraiment convaincre leurs lecteurs de s'engager pour la cause des femmes martyrisées (et donnent d'ailleurs en annexe la liste des organisations et associations américaines qui s'en occupent). Les témoignages de celles-ci sont vraiment touchants et leur situation révoltante. Mais j'ai trouvé ce livre maladroit et très "américain". Le lecteur croûle sous le poids de ces témoignages plus poignants les uns que les autres, mais souvent redondants, et finit par avoir le sentiment de lire un catalogue de la misère féminine. Toutes ces femmes disent plus ou moins la même chose : elles ont été battues, violées, brûlées, ou excisées, en somme MALTRAITEES de manière particulièrement atroce. Peut-être que ces deux journalistes auraient également dû s'intéresser aux initiatives des pays européens. En tout cas, même si "George Clooney et Angelina Jolie se sont enflamés pour ce livre", comme l'annonce la préface, je dois dire que je suis beaucoup plus modérée dans mon élan et je ne suis pas vraiment convaincue que ce livre contribuera réellement à "l'émergence d'un mouvement d'émancipation des femmes dans le monde" même si ces journalistes nous invite à nous connecter sur des sites d'organisations et d'associations diverses (anglophones) pour notamment être "directement en contact avec une personne nécessiteuse à l'étranger".

Un livre pavé de bonnes intentions mais maladroit et redondant dans sa construction. Bref, j'ai été déçue.

Lu dans le cadre du

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22 janvier 2011

Victoria et les Staveney

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4e de couverture : "Victoria n'a jamais oublié sa rencontre, à l'âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney. Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l'enfant, les Staveney proposent de l'accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n'imagine pas quelles conséquences aura sa décision. La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l'hypocrisie, l'ambition. Un regard sans concession et d'une incroyable modernité sur notre époque. "

Tout est dit dans la 4e de couverture. Doris Lessing pointe du doigt le racisme larvé d'une gauche anglaise qui se croit "bien-pensante" et exemplaire : la fille de Victoria, métisse, dont le père n'est autre que Thomas, aura droit à une éducation que la société anglaise réserve à une certaine "élite" sociale bourgeoise et riche, tout en laissant les autres sur le bas-côté de la route, en leur réservant de moins bonnes écoles. Ainsi, la famille Staveney, en admiration devant Mary, laissera sur le côté son demi-frère, qui lui n'est pas métisse, tout comme il laissera Victoria hors de leur classe sociale. Pourtant, au début du roman, on aurait pu penser que leurs intentions ne seraient pas celles-ci, les parents de Thomas et d'Edward Staveney ayant tout à fait tenu à ce que leurs fils fréquentent la même école que celle de Victoria.

J'ai trouvé ce dernier roman de Doris Lessing décevant. Les personnages sont parfois à la limite du stéréotype, l'écrivain ne fait qu'effleurer les choses sans vraiment entamer une réflexion sur la société anglaise contemporaine. Bref, pour moi ce roman manque de profondeur et je suis restée sur ma faim. Dommage car cela se lit bien malgré tout et Doris Lessing a fait tout à fait mieux par le passé.

Voir aussi l'avis plus enthousiaste d'Ys.

17 décembre 2010

Agatha & moi

Agatha et moi, on s'est connues à l'adolescence, puis on s'est perdues de vue. C'est en tout cas l'un des écrivains qui m'a fait perséverer dans la lecture à un âge où l'on a plutôt tendance à délaisser les livres.

Depuis quelques semaines j'ai une idée fixe : (re)constituer ma collection d'Agatha Christie. Après une inspection minutieuse des fins fonds de la bibliothèque familiale, j'ai retrouvé quelques specimens (malheureusement en piteux état car le temps n'est pas l'ami des livres de poche) mais d'autres ont mystérieusement disparu... L'occasion rêvée pour faire un tour en librairie et voici l'ampleur du "désastre" (avec un prédilection pour les titres qui me sont inconnus) :

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J'ai eu le malheur de repérer Rendez-vous à Bagdad, chez Choupynette et son billet alléchant et voilà, hop, un de plus  !

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C'est donc sans trop d'effort supplémentaire que je me suis inscrite au challenge

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organisée par George.

Bref, 2011 s'annonce plutôt bien mais il va falloir des étagères supplémentaires à ma bibli pour faire une place d'honneur à Agatha :)

29 novembre 2009

L'Ombre du vent

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4e de couverture : Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie est difficile, les haines rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du Vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie.

Daniel découvre l'amour de la lecture grâce à son père qui l'emmène visiter un mystérieux endroit à Barcelone dénommé le Cimetière des Livres oubliés. Le petit garçon va se passionner pour un écrivain mystérieux nommé Julian Carax. Le lecteur est entrainé sur les traces de cet écrivain qui va bouleverser la vie du héros à tout jamais.

De la littérature espagnole, je ne connaissais que Don Quichotte de Cervantès et La Vie est un songe de Calderon. Je n'avais jamais rien lu de la littérature espagnole contemporaine qui, a priori, ne m'attirait pas vraiment. Il en est autrement maintenant, depuis que j'ai lu ce délicieux roman, captivant, à l'atmosphère à la fois baroque (par sa foule de personnages, l'emboîtement de récits, le déguisement) et gothique par le mystère qui en émane et la maison "hantée" des Aldaya. Le fantastique est au coin de la rue !

Carlos Ruiz Zafon pose un regard poétique inquiétant sur la Barcelone des années 30 à 50. L'humour n'est cependant pas absent du roman, loin de là, avec le truculent personnage Fermin et nous croisons une foule de personnages que l'on dirait tout droit sortis d'un roman...! Et pour cause !

Un hommage au monde des livres, à l'amour de la lecture mais aussi à l'amour "tout court". "La vida es suena" disait Calderon, Carlos Ruiz Zafon reprend cette idée. Une belle surprise à la fin du roman. J'ai adoré !

6 septembre 2014

Quartier sous haute surveillance - Nom de Code : Komiko - tome 3

 

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Allez hop, je vous invite pour la troisième fois à prendre l'avion avec moi, direction Hong Kong pour retrouver la petite bande d'ados hackers, très sensibles à l'injustice du monde moderne et prêts à tout pour débusquer les malfrats de tous poils.

Nous sommes à la fin de l'année scolaire : Lian, Matt, et Mingmei s'apprêtent à affronter les examens et à réfléchir à leur orientation. Lian se demande si finalement, elle est vraiment faite pour intégrer le prestigieux conservatoire de Hong Kong pour lequel elle a pourtant postulé. Elle se verrait plutôt dans le droit international avec une spécialisation sur la défense des droits de l'Homme. Mingmei, toujours aussi "girly", n'a que deux obsessions : le shopping et savoir ce que pense d'elle le beau Matt. Mais elle ignore que ses deux meilleurs amis oeuvrent dans l'ombre, sur une sorte de plateforme web ultra-secrète, contre la corruption et l'injustice qui gangrènent la société. Néanmoins, c'est traînée de force dans une séance de shopping interminable que Lian se retrouve nez à nez avec une camarade de classe en train de faire la manche. Lian va ainsi découvrir la vie difficile de Jade. Autant dire que la semaine de révision avant les examens va être perturbée par cette découverte et que les jeunes hackers vont aller de surprise en surprise.

Après l'exploitation humaine dans toutes ses dimensions  ("Dans la nuit de Hong Kong") et le trafic d'animaux pour produire de faux médicaments ("Le poison du tigre"), le groupe "04/06" est confronté à la spéculation immobilière qui met en péril un quartier populaire de Hong Kong, où les habitants sont sommés de quitter leur logement sous la menace, pas assez indemnisés pour être relogés dans des conditions décentes. Lian découvre un autre monde, juste à une encablure de chez elle : celui de la misère, où les gens vivent entassés à dix dans une pièce sans aucune intimité.
Les ados vont également affronter la langue de bois d'une jeune politicienne charismatique dont le parti dit pourtant vouloir défendre les petites gens. Mais tout est très compliqué à Hong Kong : mieux vaut se méfier. Les mafia locale n'est jamais très loin, jusque dans les conseillers en import-export. Les gens se suicident, c'est très étrange... D'ailleurs, spéculation immobilière et mafia vont ensemble... Alors, même si on a été une rebelle en culotte courte avant d'être politicienne (en ayant organisé une manif contre les menus de la catine), rien n'est simple, ni évident. Lian découvrira qu'entre ce qu'on voudrait faire et ce qu'on peut faire, il y a parfois un gouffre, presque insurmontable. Mais presque, seulement.

Toujours aussi divertissante et addictive cette série ! On a du mal à décrocher avant d'avoir terminé l'histoire. Les jeunes hackers sont aussi des gamins, ce qui donne quelques moments cocasses, surtout quelque fils à retordre à Lian, obligée d'inventer une histoire de rendez-vous galant rocambolesque à cause de son incorrigible copine-commère-obsédée, Mingmei,  avant de se prendre les pieds dans les fils de son histoire imaginaire, qui lui vaudra un drame, au milieu de son enquête très sérieuse sur l'injustice sociale dans une société chinoise corrompue. Le duo Mingmei, (ado jusqu'au bout de son nombril)-Lian (altruiste jusqu'à mettre sa vie en péril)  est comique. Elles sont comme chien et chat mais elles s'entendent aussi comme larrons en foire quand il faut se réconforter l'une l'autre.

Après avoir refermé ce tome 3 je suis allée voir s'il y avait un tome 4 chez Working Partners. Ben non ! La petite bande d'ados et les vadrouilles dans Hong Kong, c'est terminé. Ca va me manquer !

Cette série, dont le premier volume a été primé par le Prix des Mordus du Polar en mai dernier, a l'avantage de sensibiliser les jeunes lecteurs aux problèmes du monde contemporain. Les vampires existent, mais pas forcément comme on les imagine ! Les couvertures de la série sont magnifiques.
Alors, c'est avec un petit pincement au coeur que je referme ce dernier livre.

Je ne peux que vous inviter à commencer la lecture de cette série si ce n'est pas déjà fait !





 

10 février 2015

Mentine tome 1 : Privée de réseau !

 

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Illustration : Margaux Motin

Mentine Green, douze ans et sept mois, le QI d'Einstein, passe en classe de troisième avec une moyenne de... 9,5. Depuis ses cinq ans, âge auquel un psy s'est aperçu qu'elle savait lire, elle se trimbale l'étiquette :  IEP-  enfant intellectuellement précoce (et hypersensible). "Une grosse tête au coeur d'artichaut". Elle adore faire enrager ses parents en s'obstinant à avoir de mauvaises notes. Pour elle, une manière de s'intégrer dans le monde impitoyable du collège où être trop bon, c'est pas cool.
Seulement, pour ses parents, cette fois-ci la coupe est pleine : 9,5 de moyenne pour une surdouée, c'est juste inadmissible ! Avec une tête de serial killer, son père lui annonce qu'il l'expédie pour l'été dans le Larzac, histoire de lui remettre les idées  en place.
Finie l'hyperconnexion avec les copines et les vacances branchouilles à Biarritz ! Dans le Larzac, pas de réseau, ou si peu. Et voilà Mentine en pension chez Raoul, ex-chef de file pacifiste de la révolte paysanne des années 70-80. Un caractère aussi bien trempé que celui de la gamine. Une alliance qui n'est pas gagnée d'avance et c'est le début des frasques de Mentine qui ne manque pas d'air...

Chacun va camper dans son rôle : Raoul dans celui du dur à cuire - qui avouera plus tard qu'il aurait bien renvoyé sa "livraison" en Colissimo à ses géniteurs ; Mentine dans celui de la gamine chiante à souhait. Un duo explosif au premier abord.

Un recadrage en règle se met en place, qui rabaisse le caquet de la surdouée, qui traîne son étiquette depuis son plus jeune âge, mais qui, finalement, ne cherche qu'à être considérée comme quelqu'un d'ordinaire.  Chose que les adultes ont du mal à comprendre : "Qui à douze ans et demi peut rêver de devenir économiste ?" se demande Mentine avec justesse.
Sa précocité intellectuelle est autant un avantage qu'un handicap, dans la société normée qui est la nôtre. Elle en fait la douloureuse expérience dans son coup de foudre pour Eric, le stagiaire de dix-sept ans qui aide Raoul : "J'avais envie de l'embrasser, ce garçon de dix-sept ans. De me jeter sur lui. Etais-je trop en avance ? Intellectuellement et sentimentalement ? Je n'en sais rien. Et puis, de toute façon, j'en avais marre de ces normes, de ces baromètres qui me classaient sans cesse dans des catégories. Trop. Pas assez. Merde !"

La gamine, toute surdouée qu'elle est, va se passionner pour la vie rurale et se faire de nouveaux amis. Elle revoit ses préjugés, le travail à la ferme lui donne le sentiment d'être utile et ordinaire. La campagne va la faire grandir, parce qu'elle n'a que douze ans. Des vacances aux allures de sauvetage.

Un roman d'apprentissage très récréatif, bourré d'humour, qui questionne la normalité, les préjugés, la manie de vouloir mettre les gens dans des cases. Le comportement de Mentine peut paraître farfelu, peu crédible : un surdoué, dans l'imaginaire collectif,  c'est censé être hyper sérieux, hyper mûr etc. Eh bien non, pas forcément ! Quand on est surdoué, on réussit dans la vie. Eh bien non, pas forcément !
Un portrait de "surdouée" très vraisemblable.

Une lecture sympathique, avec un seul bémol : on devine un peu trop facilement l'issue de cet été dans le Larzac. Mais je me demande ce que réserve le tome suivant.


Merci à Flammarion de m'avoir permis de découvrir cette série.

 

 

10 janvier 2015

L'arbre au poison

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Traduction : Catherine Ludet

4e de couverture : "Karen étudie depuis quatre ans au Queen Charlotte’s College quand, un jour étouffant de l’été 1997, elle rencontre Biba. A priori rien de commun entre elles. Karen, boursière, est brillante, studieuse, et vit en colocation avec trois amies aussi sages qu’elle. Biba, fantasque et bohème, est orpheline et habite une demeure délabrée à Highgate, en compagnie de son frère aîné, Rex. Mais lorsque Karen répond à l’invitation de Biba de venir fêter chez elle son vingt et unième anniversaire et qu’elle pénètre pour la première fois dans la vieille maison, elle est, dès ce soir-là, séduite. Elle se laisse entraîner dans l’univers fascinant de ses nouveaux amis, un univers de fête, de drogue et d’alcool. Ce que Karen ignore encore, c’est qu’elle va se retrouver mêlée à une histoire familiale compliquée."

Parce que la vie doit continuer après tous les tragiques événements que nous avons vécus cette dernière semaine, et parce que je n'ai pas encore le coeur à vous présenter un truc follement drôle, voici un thriller psychologique particulièrement réussi.

L'histoire commence in medias res, sans aucun repère pour le lecteur : un téléphone qui glisse des mains de quelqu'un, une voiture qui part en trombe, une fuite, une urgence, des appels de phare dans la nuit, la peur. On passe au premier chapitre. Des personnages. Mais toujours ce "je" qui prend la parole sans qu'on ne parvienne a l'identifier.
L'intrigue a la forme d'un puzzle. Des jeux de temps, des jeux de noms. Un aller-retour narratif entre 1997 et aujourd'hui. Le seul point de repère stable, c'est Londres. Petit à petit, pourtant, le récit s'installe, captivant. On comprend que celle qui s'exprime c'est Karen. Elle raconte un drame, dont je ne vous révélerais pas la teneur, ça va de soi !
Sachez qu'il vous faudra lire ce thriller en reprenant votre souffle car l'auteur joue à merveille avec la psychologie. Une histoire angoissante sans pourtant effusion de sang à toutes les pages. Certes, il y a des morts et c'est un histoire bien embrouillée qui nécessitera toute votre attention de lecteur. Une histoire de manipulation qui vous sidérera.

Karen est la victime. Ce qu'elle a subi est juste dingue. Pourtant, ce n'est pas une sotte. C'est quasiment une surdouée, elle a le don d'apprendre toutes les langues sans effort, elle a une mémoire phénoménale. C'est une jeune fille sérieuse, les pieds sur terre. Mais c'est bien connu : les choses les plus importantes arrivent souvent par hasard (pour le meilleur comme pour le pire) : et c'est par hasard qu'elle croise une jour Biba, une étudiante qui est son double inversé. On a du mal à comprendre ce qui attire à ce point Karen dans la personnalité de Biba si ce n'est la différence. Mais justement, la personnalité de Biba aurait dû la faire fuir.
Biba est déjantée, dépourvue d'altruisme. Son frère Rex est tout le contraire. Biba est comme un aimant qui attire tout le monde. Un frère soumis dont la raison nous est révélée peu à peu. Biba est une spirale infernale à elle seule. Rien ne s'arrange quand elle rencontre Raymond, un dealer qui deviendra aussi son amant.

Une histoire machiavélique, un drame familial à rebondissements qui vous maintient en haleine autant qu'il nécessite votre attention. Une atmosphère underground. L'histoire d'une emprise et de manipulations. Le poids de la culpabilité mais aussi d'une libération. L'histoire d'une destruction et d'une renaissance. Effrayant mais captivant. Des références à William Black jusque dans le titre. Franchement : chapeau !

 

 

23 décembre 2009

Japan Ai, 3 copines au Japon

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Présentation éditeur : "En Japonais, Ai signifie amour et si vous aimez le Japon, préparez-vous à une plongée merveilleuse dans l incroyable monde de la pop culture japonaise. Japan Ai est avant tout un journal de voyage : aux dessins s'ajoutent des légendes détaillées narrant les aventures qui ont fait de cette visite une superbe et mémorable expédition. Le livre commence par quelques informations amusantes sur Aimee et ses compagnes de voyage ; Aimee adore le Cosplay, les poupées Volks, la japanimation et tout ce qui est kawaii. Elle nous fait partager ses expériences nippones en croquant de manière adorable les moments drôles de son séjour. Ce livre est un trésor ; c'est un drôle et magnifique aperçu du Japon à travers les yeux d'une passionnée. "

Un guide illustré à lire AVANT de partir, pour éviter des déconvenues et apprendre sur le Japon en s'amusant. J'ai beaucoup rit en le lisant les aventures de ces trois Américaines.

Mais bon, en étant tout à fait sérieuse (comme toujours !), j'ai aussi acheté le guide bleu Hachette et une amie m'a gentiment prêté un roman qui m'apprend beaucoup. J'en parlerai sans doute bientôt.

4 mai 2014

Sweet Sixteen

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Ce roman est tiré d'une page de l'histoire américaine : l'intégration en 1957 de neuf étudiants noirs dans un prestigieux lycée réservé aux blancs. Nous sommes à Little Rock, Arkansas, Etat sudiste ségrégationiste.
Quand on lit la date à laquelle de déroule l'histoire, on y regarde à deux fois : 1957 ?? . Même pas le 19e siècle mais bien le 20e et il n'y a pas si longtemps que ça. On a beau savoir que la ségrégation raciale aux Etats-Unis existait encore à cette époque, en ce qui me concerne ça me fait toujours bondir autant.
Le récit alterne deux narrations : celle de Molly Costello, une des jeunes noires ayant intégré le Lycée Central et Grace, et celle d'une lycéenne blanche, Grace.
Mais d'un point de vue comme de l'autre, ce qui ressort c'est le calvaire subi les jeunes noirs (et leur famille, en l'occurrence celle de Molly). Menacés, insultés, lynchés dès que c'était possible, les Neuf ont rapidement dû être mis sous protection de l'armée sur ordre d'Eseinhower lui-même.
"A la caféteria, dès qu'elle ou l'un des autres étudiants entraient, c'était des cris d'animaux à n'en plus finir, des jets de nourriture ou même des canettes de soda." Et là, encore je dirai presque que c'est soft. Alors imaginez quand même que ce qui animaient certains blancs c'était le meurtre des gamins ! Ca allait jusque-là !
En lisant le récit de Molly, on se demande comment elle a pu résister à tout cela. Sa douleur et sa tristesse sont mises en valeur par le récit d'abord très futile de Grace dont le problème de l'intégration des noirs à l'école ne préoccupe pas plus que ça : si elle fait tout de même des réflexions sur l'événement, c'est parce que la mère de sa meilleure copine est la leader locale de la révolte des blancs contre cet événement, au nom de la sécurité de leurs enfants. Grace est au début rien d'autre qu'une dinde, qui a principale préoccupation son nombril : ses fringues, sa réputation, le mec qu'elle vise pour mieux se faire mousser, la bagnole dans laquelle il va la traîner pour mieux faire baver les autres. Bref, pauvre petite fille riche ! Mais, à force de voir Molly tous les jours, à force la voir se faire humilier sans broncher, elle finit par oublier sa couleur et c'est l'admiration qui naît, surtout après un traquenard odieux orchestré par sa meilleure copine, qui la hantera jour et nuit. Les oeillères lui tombent et son mec est finalement pas si super que ça...

"Sweet Sixteen", avoir 16 ans est un événement aux Etats-Unis. Ironie du titre pour l'une comme pour l'autre des protagonistes, qui grandiront plus vite que prévu. L'ennemi commun des noirs et des blancs qui viennent en aide aux noirs s'appelle Ku Klux Klan.

Annelise Heurtier a modifié les noms des principaux protagonistes puisque son but n'était pas d'écrire "une leçon d'histoire, conforme en tout point de vue à la réalité, mais de retranscrire la brutalité des jours que Melba Pattillo et ses huit autres camarades ont enduré au Lycé central. Puisqu'il s'agit avant tout d'une fiction, les noms des principaux protagonistes ont été changés". Elle rappelle en préface qu'on peut lire l'incroyable témoignage de Melba Patillo (Molly) dans l'autobiographie Warriors don't Cry, a Searing Memoir of the Battle to Integrate Little Rock's Central High (Washington Square Press, 1994).
Enfin, en post-face, elle informe que les Huit ont été reçu et décoré par Barak Obama en 2008 (huit, parce que le neuvième avait déclaré forfait et avait quitté le lycée).

Une très belle lecture. Le seul reproche que je peux faire c'est que j'ai trouvé que le personnage de Grace changeait un peu trop soudainement de comportement. Mais cela est compensé par le fait que la difficulté des blancs face au KKK est bien mise en évidence. Aider un noir en étant blanc était un danger de mort.
J'ai évidemment aussi beaucoup pensé à La Couleur des sentiments en lisant ce livre.

Un roman de jeunesse riche, qui est bien plus que cela et qu'on peut conseiller aux adultes. Un style simple et limpide qui rend la lecture accessible aux plus jeunes une page sombre de l'histoire des Etats-Unis : la ségregation raciale. Et qui remuera aussi des exemples plus proches et plus contemporains...

 

 

 

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